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L'Ame du Politique.

17 Janvier 2013 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Réflexions rafistolées.

J’ai toujours pensé que les hommes politiques n’étaient pas comme nous autres. Supérieurement intelligents ou infiniment bêtes, insolemment talentueux ou incroyablement médiocres, honnêtes ou corrompus, charismatiques ou austères, ils m’ont en tout cas toujours semblé, quelles que fussent leur nature, leur affiliation politique, leur conviction, différents. Pas simplement de cette différence, superficielle, qui fait que des hommes n’ont pas les mêmes idées, mais de celle-là, plus profonde, qui sépare les fins auxquelles leurs idées respectives tendent. En clair, les hommes politiques m’ont toujours paru différents par la force leur ambition, latente ou manifeste.

 

Parenthèse. Je ne puis me défendre, pour n’en faire pas partie, d’admirer grandement les Hommes ambitieux. Ce sont de terribles êtres qui, lorsqu’ils  sont assez forts pour ne point s’assujettir au diktat d’un monde qui confond trop vite l’ambition et l’immodestie, la volonté de parvenir et la sotte prétention, sont géants, irrésistibles, proprement romanesques. Je tiens cela de mes apartés avec Eugène de Rastignac, de mes promenades avec Julien Sorel, de mes correspondances avec Raphaël de Valentin, de mes errances nocturnes avec Georges Duroy, de mes méditations poétiques en compagnie de Lucien de Rubempré. Autant de jeunes âmes assoiffées d’un absolu plus grand qu’elles, d’un destin qui les dépasse mais contre lequel elles se battent à mains nues, lancées dans une quête dont l’issue ne peut être que le triomphe ou la mort. La seule manière véritable de nourrir son ambition, c’est de lui offrir complètement son âme, au risque de n’en avoir plus. C’est le prix. Toute autre nourriture est une tricherie. Digression close.

 

L’ambition des hommes politiques tient en un mot, qui résumé toute leur différence : le pouvoir. Mot terrible, s’il en est. Cause de tant de tueries et d’inhumanités. Origine de tant de fratricides, de génocides, absurdités. Pomme de la Discorde : n’est-ce pas pour pouvoir, plus même ou du mois autant que pour savoir, qu’Eve, puis Adam, se laissèrent tenter ? Le pouvoir, cette si humaine inhumanité, supérieure à tout autre moyen humain, même à l’argent : l’argent est le nerf de la guerre ; le pouvoir est le nerf de l’argent. Le pouvoir est si grand, qu’il a débordé les limites d’un simple moyen : il a fini par devenir une fin, un achèvement. Mais s’il est une fin, le pouvoir est une fin qui ne rassasie pas, qui ne lasse jamais, mais qui affame, creuse l’âme. C’est son paradoxe : qu’une fois que l’on y accède, son exercice porte fatalement à en vouloir encore. Trêve de banalités. Charles Louis de Secondat, Baron de Montesquieu, meilleur écrivain que philosophe politique soit dit en passant, résumait superbement la chose par cette assertion passée à la postérité : « (…) c’est une expérience éternelle que toute personne qui a du pouvoir est portée à en abuser. »

 

C’est donc à cette chose terrible que les hommes politiques font allégeance. Ce n’est pas nier leur patriotisme, leur amour pour leur pays, leur volonté de servir le peuple, leurs convictions dans le progrès, leurs efforts pour le développement, que de faire de la quête du pouvoir leur fin ultime. Car il doit bien s’en trouver, du commun lot, quelques uns qui soient animés d’une authentique foi dans la noblesse de la politique, et d’une croyance forte en l’engagement pour un avenir collectif meilleur. Présumons-le. Mais tout engagement politique, quel que soit son motif et son principe, est indissociable d’une quête assumée ou dégagée du pouvoir. Tout homme politique qui affirme n’être pas hanté par le pouvoir ment. De même que celui qui concède n’y penser que peu. Car ce peu est déjà beaucoup. L’on imagine que très mal ce qu’il faut de force mentale, d’ambition, de froideur, de feinte, de cynisme,  pour faire un homme politique, fût-il le plus le incapable de tous. C’est toujours d’une certaine façon sa quête du pouvoir qu’il accomplit, lorsqu’il agit, discourt, acte, signe, milite. Tout intègre et probe qu’il soit ou cherche à paraître, l’homme politique ne se départit jamais totalement de cette passion dévorante. Celle-ci est là, tapie au fond de son cœur, soigneusement dissimulée ou au contraire volontairement exhibée. Ce n’est point pourtant par nature qu’il est ainsi. Mais dès lors qu’il fait irruption dans cet implacable milieu, et qu’il voit l’épithète politique lui être accolée, il est pour ainsi dire obligé de nourrir de l’ambition pour cette chose au nom de laquelle tous les autres trahissent, s’affrontent, s’insultent, s’allient, se séparent, trichent, se combattent avec violence, cette chose devant laquelle toute retenue et toute élégance ne se maintiennent que difficilement.

 

Me demanderait-on de prouver ce que j’affirme que je ne le pourrais certainement pas. Que la politique soit intrinsèquement liée à la recherche du pouvoir, que celle-ci soit inhérente à celle-là, n’est pas un théorème. C’est une intuition. Fondée sur la nature humaine et sur l’essence de l’art politique lui-même. S’engager. Débattre. Solliciter. Convaincre. Mentir. Tout cela au nom de quoi, dites-moi ? Je ne crois pas en une gratuité de l’acte politique, ni, hélas, à sa morale. Il se joue en son sein, sinon une passion dévorante pour le pouvoir, au moins une fascination pour celui-ci. C’est ce qui fait la force des grands hommes politiques : l’intelligence avec laquelle ils vivent cette passion, rusant avec elle, la domptant, la caressant. La plupart des hommes politiques n’accèderont jamais au pouvoir suprême. Certains d’entre eux, les plus sublimes, l’effleureront du bout des rêves. Mais en fin de compte, le plus grandiose dans le pouvoir se situe dans sa quête : c’est là que l’humanité, confrontée à sa nudité et à ses limites, se révèle vraiment. La quête du pouvoir politique est aussi quête de soi. C’est pourquoi je ne puis mépriser totalement certains hommes politiques. Car au fond, c’est leur identité sans fard qu’ils touchent en cherchant à s’élever. C’est une autre expérience humaine de l’authenticité. Certaines aboutissent à la grandeur. D’autres à la splendeur puis à la misère. D’autres encore à la plus élémentaire bêtise. Et dire que Farba porte le même nom que Léopold.

 

Je ne ferai évidemment jamais de la politique. En admirer les mécanismes et les jeux m’est  infiniment plus agréable que la faire.   

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Devoir d'inutilité

24 Novembre 2012 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Réflexions rafistolées.

Si notre époque devait prendre la forme d’une question, celle-ci tiendrait en quatre lettres, quatre malheureuses lettres, innocentes en apparence, mais sous lesquelles se jouent et s’actent des drames, se font et défont des destins, éclatent et se dénouent des tragédies : « A quoi sert ceci ? » Question pragmatique, question lapidaire, question précise. Question qui dicte le sens, ordonne les choses, régit et jauge la valeur des hommes, de leurs actes et de leurs choix. Question, enfin, à laquelle rien ni personne ne doit échapper, sous peine d’être exclu et rejeté dans la marginalité.

 

Ce temps est celui, bien étrange, où l’on est sommé, sans recours possible, d’être utile ; le temps où l’on doit absolument servir à quelque chose ; celui où être, avec toute la charge métaphysique que ce mot peut convoyer, revient à être utile. La valeur des actes humains, ainsi que la valeur même des Hommes, se mesurent à leur utilité au tout social. Celle-ci est devenue l’étalon de l’humanité, de la grandeur, de la bonté, du respectable, mieux, pire, de la dignité. Il faut être utile ou n’être pas : hors de l’utilité, point de Salut possible et point d’humanité. Il en va du milieu professionnel comme du milieu familial, comme de tout autre milieu, du reste : partout et toujours, toute entreprise, toute décision, tout projet est soumis à la rituelle question de passage : « A quoi sert cela ? » Il faut toujours justifier ses actes, les légitimer par l’utilité de leur fin, pour espérer être crédible. L’on en est à un point où tous ces principes extérieurs à celui de l’utilité -au sens de ce qui doit servir immédiatement- tous ces principes extérieurs donc, comme le plaisir, l’envie ou la simple curiosité ne suffisent plus à fonder une action. Ils ne suffisent même plus à fonder une pensée. Car à force d’être soumis à une constante pression, exercée de l’extérieur par un entourage –une famille, un patron, des amis, bref, par la société comme entité- chaque individu en arrive, par habitude, ou rancœur, ou mimétisme, à reproduire à son tour, dans sa propre conscience, la logique dont il est la victime : sommé d’être utile par un tiers, chacun exige en retour de l’autre qu’il fasse de l’utile. Ainsi chacun tyrannise-t-il chacun, et la loi de l’utilité tyrannise-t-elle tout le monde. 

 

Il ne s’agit pas à proprement parler d’utilitarisme, au sens philosophique. En effet, dans l’utilitarisme philosophique, le principe d’utilité, quoique jugeant toujours la pertinence d’un acte à l’utilité de ses conséquences, impliquait toujours une dimension de bonheur collectif. L’utilitarisme commande à l’acte d’être utile, mais utile au sens où il contribue à la construction, à la mise en place, à l’élaboration d’un bonheur dont le plus grand nombre profiterait. Cette idée d’un bonheur mis en perspective fait que l’utilitarisme, quoique très pragmatique, peut souffrir que le résultat ne soit pas immédiat, pourvu simplement qu’il ne soit pas nul. En d’autres  termes, à partir du moment où l’acte participe au devenir d’un bonheur collectif, il est utile. La notion de temps n’entre pas en jeu. Et c’est là que se situe la principale différence du principe d’utilité philosophique de celui qui commande cette époque, et que cette époque commande : dans nos sociétés, l’utilité doit être immédiate. Elle peut viser au bonheur –pas toujours collectif- mais à un bonheur immédiat. Aujourd’hui, l’utilité n’a que faire d’un bonheur lointain et hypothétique, elle n’a que faire d’un bonheur construit, promis : elle veut le bonheur hic et nunc.  Dans l’utilitarisme philosophique, l’acte est jugé à sa conséquence –ce qu’il fait en vue d’un bonheur collectif ; dans l’utilitarisme actuel, il est jugé à sa fin, et à sa fin immédiate. L’essentiel de nos jours n’est pas de promettre l’utilité dans un avenir plus ou moins proche, mais de produire dans et pour l’immédiat présent.

 

Produire. Le mot est lâché : cette époque est celle d’un productivisme outrancier, et érigé en loi. C’est l’époque où il ne fait pas bon ne pas servir à quelque chose. Qui accuser ? Le capitalisme ? La mondialisation ? Le libéralisme ? Tout cela à la fois, c’est-à-dire ce que l’on désigne souvent sous le vague nom du « système » ? Je ne sais vraiment, et cela m’importe peu, finalement. Qu’il faille être utile et faire utile, pourquoi pas, après tout ? Un réalisme élémentaire, en ces temps cruels, féroces, de sélection, en ce monde de requins, commande de ne pas trop verser dans cet idéalisme niais, proche de la posture, voire de l’imposture, où l’on refuserait systématiquement de se mêler au système. Cela est de la bêtise. Le système, moi, je l’attaque, le dénigre, le ronge dès que je peux, mais de l’intérieur ; car je ne puis nier que j’en fais partie, que je le sers et qu’il me sert, et que parfois, il m’assure quelques avantages. Ainsi va le monde : à coup d’hypocrisies assumées et partagées. Mais l’hypocrisie même a ses hiérarchies : il en est qui l’ont dans le sang ; et d’autres qui se l’injectent peu à peu, par nécessité. Inutiles, chères consciences morales, chers aboyeurs, chères polices humanistes, droit-de-lhommistes, vous autres qui ne fautez jamais et qui réuississez le tour de force d'être moralement immaculés, de vous indigner : vous êtes pires que moi.  Le monde est ce qu’il est : peu de chose ; et il ne s’agit plus pour moi, pardon grand Karl, de m’échiner à le transformer, mais de connaître ceux qui l’habitent : les Hommes.  Voilà qui est dit.

 

En fait, pour revenir à mon histoire, ce qui me gêne dans le devoir d’utilité, c’est son caractère absolu, c’est lorsqu’il devient un despotisme moderne et nouveau. C’est lorsqu’il ne laisse plus de place à l’inutilité. Or, c’est ma conviction profonde, il y a une dimension inutile dont tout homme doit avoir soif : celle du Beau. A son fondement, l’Art n’a de principe et de fin que le Beau, qui est inutile, et qui est donc absolument nécessaire à l’Homme harassé par les exigences de la production. L’on peut lui faire porter ou défendre des causes par la suite, mais où chercher sa vocation originelle ailleurs que dans le seul plaisir esthétique ? Il faut de l’inutilité. Ne serait-ce que quelques minutes par jour. Refuser d’être utile tout le temps, c’est pour l’Homme s’assurer la Liberté : celle de créer, de contempler, de se perdre sans remords dans les joies de la beauté. Libertés nécessaires, libertés indispensables.  Etre inutile, oser vouloir être inutile, se dresser contre l’exigence d’utilité immédiate, oser répondre « à rien » lorsque l’on demande à quoi sert ce que l’on fait, et rire de, et moquer, et mépriser superbement ceux voudront précisément vous mépriser, être fier de cette inutilité bienheureuse, quelques secondes, quelques minutes, quelques heures, qu’importe, mais l’être ! Voilà l’affaire. Le désir d’inutilité fait partie des quelques vrais héroïsmes encore possibles.

 

Baudelaire, le grand Baudelaire, réclamait que l’on ajoutât aux Droits de l’Homme deux autres, fondamentaux: celui de s’en aller, et celui de se contredire ; je n’en veux qu’un : celui d’être inutile non-utile me semble même plus juste- et vain.   

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Prolégomènes au "Mundus Muliebris", Texte II, partie I: De la démarche des femmes.

7 Septembre 2012 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Réflexions rafistolées.

“Jongamaa, Jongamaa, ah ya, ay ni ngay doxé nex nama.”* (paroles d’une chanson sénégalaise célèbre ; lire la traduction en fin de texte.)

 

 

Introduction

 

Les femmes ont deux cœurs. Le premier est organique, et vous est connu. Quand au second, celui qui est leur apanage exclusif, celui qui aboutit le génie de leur sexe en étant le miroir de concentration de leurs charmes, la quintessence de leurs séductions, celui qui porte leurs mouvements aux confins de la perfection, celui-là même qui commande la grâce de leurs corps en en harmonisant le mouvement général, il est injustement méconnu. Sa seule faute est d’avoir une fonction non organique, certes, mais non moins essentielle et vitale à ce monde de brutes : celle esthétique. Ô mâles rustres et mufles, médiocres esthètes au cœur et au cerveau mêlés pendouillant entre vos jambes ; ô femmes négligentes et ordinaires ignorant le plus beau et le plus décisif de vos célestes attributs, recevez, accueillez, honorez, célébrez le deuxième cœur que Dieu a mis dans la descendance d’Eve: le bassin. Pendez par les pieds ce qui ne savent pas ce que c’est ni où cela se trouve ni encore, ce qui est pire, à quoi cela sert, et estimez les heureux connaisseurs. Eux seuls ont eu le privilège, que dis-je, le bonheur suprême de voir, que dis-je, de contempler cette vision du paradis que représente une femme qui marche avec grâce, et de s’en émouvoir profondément. Une femme qui marche élégamment, en effet, est un rêve qui s’incarne, qu’aucun artiste n’a su transcrire : ni le poète pour le chanter, ni le peintre pour le saisir, ni le sculpteur pour le graver dans la pierre, exception faite, peut-être, de l’Athéna Parthenos chryséléphantine de Phidias.

 

Quelques imbéciles me demandent en cet instant quel est le rapport entre le bassin et la marche. Avant de les pendre une seconde fois, par les cheveux pour cette occurrence, il convient de leur expliquer, afin qu’ils meurent moins bêtes, que tout mouvement des reins, tout frémissement des hanches, tout balancement de cuisses, toute valse des fesses, toute magie d’un croisement de jambes, tout équilibre, toute grâce, toute félinité, toute séduction, toute perversité, toute prestance, toute élégance, toute provocation, toute sensualité, toute joliesse contenu dans une démarche de femme est commandé, permis, sublimé, par la souplesse de son bassin. De celle-ci, relative, en effet, éclot le caractère de la marche, sa beauté ou sa laideur. Car oui : il y a hélas des démarches horribles, chez des femmes qui méconnaissent la charge esthétique de leur pas.

 

C’est avec une prétention égale à l’importance de la démarche dans l’éventail du complexe univers des charmes féminins que je me lance dans cette nouvelle croisade : faire la typologie des démarches de femmes. La tâche ne fut point aisée : j’ai dû, au cours de mes expériences sur le terrain, de mes observations, préalables à toute analyse, subir les regards méprisants de la gent féminine, certaines me traitant de voyeur, d’autres d’obsédé, d’autres encore, suprême insulte, de Karl Lagerfeld. Je ne parle pas des hommes, coqs à crête blonde, qui me menaçaient de me tabasser parce que je « matais » leur poule. Les cons n’avaient pas compris que j’œuvrais pour la marche de l’humanité.  Mais le devoir commandait que je bravasse toutes ces infamies, que je les ignorasse. Je l’ai fait, superbement, avec tout ce que je pouvais de mépris et de sacrifice physique –j’ai dû en effet, quelquefois battre en retraite, faire un repli stratégique, devant des menaces musculaires trop insistantes.  Mais je refuse que l’on appelle cela fuite : « Jambaar dawul, dafa wuti dolé. »**

 

 

 

Corpus critique

 

 

Argument : Une femme ne doit pas marcher n’importe comment : c’est un crime imprescriptible contre le monde. Hélas, l’époque n’accorde guère que peu d’importance à l’art de la démarche gracieuse. La responsabilité de ce péché est à imputer aux hommes comme aux femmes : les premiers, pour n’être plus capables d’apprécier les beautés de la démarche, soit parce qu’ils sont inhibés par un élan de concupiscence aussi rapide que crétin à l’égard de toute femme à proximité, soit parce qu’ils jugent inutile la chose ; les secondes, pour ne plus savoir séduire les premiers d’un seul pas, soit parce qu’elles ne le peuvent, soit parce qu’elles croient que séduire n’est que l’affaire d’un maquillage, d’une discussion, de suggestion, d’entreprise plus ou moins hardie. Certes, ces choses sont essentielles. Mais elles sont postérieures dans le processus de séduction, si long et si complexe. La première des armes dont une femme dispose pour attirer l’attention d’un homme, sans même chercher à le séduire, juste pour seoir à cette élégance naturelle contenue dans la nature féminine –quoiqu’invisible chez certaines- et à laquelle les hommes sont si sensibles, c’est la démarche. Celle-ci, en même temps qu’elle tient à distance parce qu’elle pétrifie, attire parce qu’elle suscite le désir, et émeut parce qu’elle provoque l’estime, l’admiration, le respect des autres. Cependant, il n’y a pas de démarche universelle. Il y a des styles : certains sont exquis, d’autres plus laborieux, d’autres encore très gauches. L’effet, bien entendu, n’est pas le même. Je prétends ici apprendre aux hommes à reconnaître et apprécier les démarches de femme. Et j’ai la naïveté de croire que les femmes qui liront ceci arriveront à identifier leur style, à le corriger à l’envi, à le perfectionner éventuellement.

 

Chères femmes, rien ne sert de courir, il faut marcher à point.

 

Les balancières : Elles mettent tout l’atout de leur démarche dans le mouvement de balancier de leurs fesses, qu’elles sont souvent fort amples et dantesques, du reste : l’effet peut être ravageur si la technique est maîtrisée. Ces femmes, conscientes de l’impact de fesses monumentales et animées sur les mâles primaires, tiennent la marche pour un éloge des fesses. Il faut les voir rendre à chaque fesse –xaap, en wolof- l’hommage qui leur est dû, en la montrant bien en évidence. Chez ces femmes, les fesses ne sont pas une seule entité indifférenciée et unie dans l’assaut contre le Mâle, elles sont un assemblage, une coalition ou chaque partie à son identité. Les balancières mettent un soin particulier à soupeser leur démarche, à la calculer avec une froideur géniale : chaque fesse doit rester un nombre précis de secondes en haut, avant de redescendre. J’ai chronométré la chose : la fesse droite reste 2 secondes et 64 centièmes en hauteur, tandis que la gauche tient le haut du pavé pendant 2 secondes et 89 centièmes.  J’ai tenté une approche pour expliquer l’étrangeté de ce phénomène, mais les échantillons étaient très farouches et réfractaires à la pensée et à l’échange. L’une d’elles, une ivoirienne, m’a même sauvagement agressé, insensible qu’elle était à l’hommage que lui rendais en l’abordant, en gueulant « Bobaraaba, bobaraaba ». La question de la technique, maintenant. Les balancières ont un sens inné de la cadence. Celle-ci est chez elles lente. C’est bien la condition de leur succès. La démarche est donc lente, le pas fainéant et lascif, la mollesse du corps exacerbée. Mais derrière cette apparence de désinvolture ultime, la balancière fait en secret d’immenses efforts pour maintenir la fascination qu’elle exerce. Il faut les voir suer pour que leur buste reste droit et haut, souffrir pour respecter le nombre de secondes exactes, trahir une grimace pour supporter le poids parfois lourd de leur derrière. Le sujet de la souplesse ou non du bassin des balancières reste pour moi une énigme. Lorsqu’elles marchent, en effet, leur bassin est relativement statique : à peine remue-t-il pour leur permettre de faire leurs petits pas. Il paraît cependant, c’est l’un de mes maîtres qui me l’a dit, qu’au lit, ces bassins n’ont pas d’égal sur le terrain de la souplesse. Information sous réserve de pratique, cependant. Les balancières affectionnent les jeans, qu’elles remplissent sans vergogne : il est vrai qu’il leur sied bien, contrairement aux jupes, dont certains évasements  et replis peuvent rajouter de malheureux centièmes à leur chronométrage parfait. Il n’y a guère que le pagne qui arrive à sublimer absolument la démarche des balancières. Hélas, peu de femmes le nouent bien. Ne tombons pas dans le malheureux cliché : les balancières ne sont pas toutes africaines. Mais toutes les jongaamas sont des balancières.

 

 Les « écarteuses »: Pas d’amalgame scabreux, coquin, sexuel sur cette appellation, je vous prie. L’opportunité de cette appellation vous sera bientôt justifiée. Les "écarteuses" sont les ennemies acharnées des balancières. Quoiqu’elles eussent en partage la même idée –placer tout le pouvoir de séduction de leur démarche dans le mouvement de leurs fesses-, les moyens dont elles usent sont radicalement opposés. La violence de cet affrontement fratricide est si exacerbée que je le tiens pour l’un des plus sauvages de ce temps. Contrairement à leurs rivales, les "écarteuses" enveloppent leurs fesses dans un même mouvement, uni et ferme. Chez elles, la démarche est un éloge de la circularité. Je m’insurge souvent lorsque la vulgarité de cette ère n’a pour décrire leur démarche que cette expression limitée et réductrice, donc fallacieuse : « rouler des fesses ». En réalité, leur démarche est plus subtile, plus complexe. Car là où les balancières s’évertuent à cristalliser l’attention sur leur derrière, les "écarteuses" cherchent avant tout à faire de la démarche un mouvement où toutes les éléments sont sollicités. Le mouvement de leurs fesses n’est ainsi pas une finalité, mais une composante –la plus importante, certes- d’une harmonie plus générale. Leur technique est admirable. Elles ont le pas ample, et l’écart qu’elles mettent entre chacun d’eux relève du prodige –voilà enfin l’explication de cette caractérisation. J’ai mesuré une moyenne générale de 0,82 cm. Leur bassin est l’un des plus souples connus à ce jour, et il faut les voir marcher tandis que celui-ci ondule, imprimant à leur allure un charme délicieux. Il est une erreur fréquemment partagée au sujet de la démarche des écarteuses : le désordre et la dissipation de leurs gestes. Cet avis, je suis péremptoire, est celui de ceux qui ne sont dotés de cette « seconde vue » balzacienne, et qui ne sont capables d’aller au-delà des impressions premières. Il est vrai que voir une écarteuse qui se meut peut surprendre au premier abord. Aux grands pas qui lui donnent l’air d’être constamment pressée, il faut rajouter un mouvement incessant des épaules, un balancement assez marqué des bras, une oscillation un peu farfelue des hanches. Mais ceci n’est que l’impression générale que donne une "écarteuse" que l’on n’a observée seulement quelques secondes. Il faut allonger le regard, et surprendre, quelques secondes plus tard, la sidérante transformation qui s’opère dans cette allure : les pas de la belle deviennent symétriques et égaux, cette égalité stabilise la vitesse apparente de sa marche, ses jambes tendues se croisent sans faute, le balancement de ses bras lui assurent un équilibre parfait, les brusqueries de ses épaules gainent son dos musclé et agile en même temps qu’ils lui offrent un port de tête altier et fier. Elle est simple et fascinante, elle marche sur terre et pourtant vole tant elle est légère. Cela s’appelle la volupté. Plus que dans les jeans, les écarteuses paraissent plus sublimes encore dans des robes, lorsque le léger tressaillement de l’étoffe sur les zones cruciales trahit le galbe des courbes, révélant ainsi sa porteuse sous un jour pudique mais si désirable. Une "écarteuse" a la démarche d’autant plus exquise qu’elle a le pied petit.  

 

Les Conquérantes : Elles ont le pas impérial, rempli d’abnégation, déterminé, fort. Elles fondent sur vous et ne vous laissent guère d’autre choix que de subir leur marche irrépressible et écrasante. Leurs cuisses sont musclées, et leur tenue raide. Leur bassin, sans manquer de souplesse, a fini par devenir quelque peu mécanique à force de n’être destiné qu’à un seul usage. Union bâtarde des balancières et des écarteuses, elles ont des premières l’impressionnant mouvement des fesses et des secondes l’hyperactivité. Leurs pas sont militaires, elles attaquent le sol avec le talon, seins bombés, menton fier. Elles dégagent. Cependant, cette allure martiale n’est pas nécessairement dépourvue de charme. J’adore, de loin, regarder arriver les conquérantes, en jouant dans ma tête un air militaire que j’ai retenu du Prytanée. La vérité est que derrière cette démarche, se cache souvent une sensibilité à fleur de peau, qu’elles cachent par une course effrénée à l’affirmation. Nulle femme ne porte le tailleur et les talons mieux qu’une conquérante. La dimension stricte du tailleur leur sied à merveille lorsqu’elles marchent, que leurs mignons genoux pointent à peine, que leurs cuisses battent vigoureusement les pans serrés de la jupe, et que leurs mollets fermes offrent une gymnastique admirable. Cependant, c’est avec les chaussures à talons que ces femmes excellent dans leur démarche. Une longue pratique des trottoirs et bitumes de toutes sortes et de toutes natures leur a assoupli la cheville, et le pied en général. Elles ne tremblent pas à quinze centimètres du sol. Elles ne trichent pas, comme les autres femmes, en faisant de petits pas avec des talons. Les conquérantes gagneraient à mettre un peu de désinvolture à leurs mouvements : il faut huiler les jointures, car à être trop stricte, l’élégance se dessèche et peut effrayer. Les conquérantes mettent souvent des ceintures, qu’elles serrent sans pitié à leur taille. Le résultat ne rate pas : pour peu qu’elles ne soient pas grosses enrobées, cela finit par la leur marquer très fortement. Mais il ne suffit, pour enjouer une démarche, qu’une taille soit marquée : il faut encore qu’elle soit déliée. Le potentiel diabolique de leur déhanché ne pourra être libéré qu’à ce prix.

 

Pour des raisons de commodité de lecture, je vais suspendre ici la première partie de cette étude. Nous nous pencherons très prochainement sur le cas des miss, des cagneuses et des chamelles.

 

*«Baleine, baleine, ô que ta démarche me plaît. »

 

 **Sentence sénégalaise, qui signifie littéralement : « l’homme valeureux ne fuit jamais, il bat en retraite pour reprendre des forces. » Justification, légitimation, éloge de la lâcheté. 

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De l'immodestie d'écrire.

13 Août 2012 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Réflexions rafistolées.

Qu’elles l’assument ou s’en défendent, toutes les personnes qui prétendent écrire de façon manifeste, de l’écrivain reconnu au chroniqueur en passant par le tenancier de quelque obscur blog, sont fatalement immodestes. Non pas qu’elles le soient intrinsèquement : quoique ce trait de caractère pût être originellement lié à leur personnalité, il est surtout ici, dans le cas précis de ces individus, lié à la nature même de l’acte d’écrire –comprenez : d’écrire en vue d’être lu, d’écrire publiquement, à la vue de tous. L’écriture, en soi, sans même qu’on songeât à la porter sur le champ public, me semble déjà être la manifestation, certes tacite et contenue, d’un certain ego fort et d’un certain orgueil, mais publier ! Ecrire pour publier ! Cela est essentiellement immodeste, et implique toujours, au fond, de la prétention. Il y a une dimension sinon d’arrogance, au moins de vanité qui est inhérente à l’acte même d’écrire, qu’il recèle en son cœur, et qui est la condition non seulement de son existence, mais bien souvent aussi celle de sa valeur.

 

Je ne vois en effet nulle part ailleurs qu’en l’immodestie le principe qui peut justifier que l’on montre ce que l’on a produit. Publier, partager donc une expérience, une pensée, une opinion que l’on a mûries d’abord, bâties ensuite dans la solitude et l’intimité de son cœur, implique toujours que l’on ait quelque chose à dire, à montrer, à suggérer aux autres. Et ce quelque chose, qu’on l’élève à la vérité la plus absolue, fruit d’une certitude, ou, qu’au contraire, on le ceigne du relativisme d’une opinion donnée parmi tant d’autres, reste en tout cas un postulat, que l’on juge digne d’être publié, et que l’on publie, et que l’on soumet à la lecture et au regard d’autrui. Que l’on ne me parle point d’intentions, ou de motivations : ces choses n’y changent rien. On peut bien écrire en ayant dans l’idée d’aider ses lecteurs comme on peut le faire pour les divertir ; on peut parfaitement écrire pour mettre en garde, critiquer, analyser, par pur plaisir, ou même pour seoir à l’inutilité la plus totale. On peut encore écrire juste pour la beauté des phrases et l’amour de l’esthétisme. On peut écrire pour mille autres raisons, et mille autres motivations, qui diffèrent selon les hommes de plume et le regard qu’ils jettent sur cet acte. Mais l’écriture n’a que faire de l’intention : une fois qu’elle est portée à l’appréciation des autres, dès qu’elle devient publique, elle devient souveraine et indépendante, gagne une autre vie, devient discours que l’on impose presque aux autres (de lire), se pose essentiellement comme acte d’orgueil, comme immodestie pure, et ce, que son auteur le veuille ou non, l’eût souhaité ou pas.

 

Je ne crois pas en la modestie de l’écriture. Je ne crois pas en la modestie, tout simplement : je lui préfère l’humilité. Mais cela est une autre question, j’y reviendrai un de ces jours. Pour pouvoir, ne serait-ce quelques minutes, se plonger dans un univers de mots qu’on essaie, comme Dieu, d’ordonner, et dont on tente de faire une harmonie ; pour pouvoir se situer impunément dans la marge de l’humanité, afin de l’observer, la disséquer, la peindre ; pour pouvoir parfois faire du monde extérieur et des autres des objets, pour pouvoir créer entre eux et soi une distance ; pour pouvoir réduire le monde à un moyen, pour pouvoir s’arroger souverainement le droit de l’aimer, de le détester, de le chérir ou de le mépriser ; pour être capable, dans la solitude la plus absolue et la plus souhaitée, de porter sur lui un regard –quel qu’il soit-, il faut plus que du courage : il faut de l’égoïsme, que l’on aboutit en vanité en livrant aux autres l’opinion que l’on a d’eux. C’est l’écriture qui veut cela : elle est un acte de création, solitaire par essence, toujours empreint de prétention, flattant immanquablement l’ego lorsqu’il est achevé.   

 

Après l’avoir longtemps refusé, j’ai enfin accepté, parce que j’écrivais, et publiais sur ce blog, et donnait mon avis, et jugeais, que je pouvais être un personnage assez immodeste, narcissique à certains égards, volontiers prétentieux, ayant le mépris aussi facile que l’admiration sélective et l’affinité élective, sans pour autant être détestable, loin de là. C’est ainsi, je le revendique désormais. Il me semble que lorsqu’on a la prétention d’écrire, il faut avoir aussi celle d’être immodeste. Mais de cette immodestie que commandent la soif d’absolu et la tyrannie de l’exigence littéraire. Dernière chose : je n’écris évidemment pas avec mes sentiments. Ce serait le meilleur moyen de tomber dans l’écriture la plus tiède et la plus pathétique qui soit, apanage exclusif –qu’il le reste- des plumitifs. J’écris avec mon esprit, et peut-être aussi avec un cœur, un cœur froid. Ce que l’on appelle d’habitude la sensibilité en parlant de l’écriture n’est chez moi rien de plus que l’effort pour unir dans une virgule l’élégance du signe et l’émotion qu’elle introduit dans l’écriture en ce moment précis.

 

Je suis immodeste et assez inhumain –mais oui, si vous saviez combien de fois je vous ai tous tués en mots- quand j’écris. Et c’est bien.

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La dictature du respect.

1 Août 2012 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Réflexions rafistolées.

Les ressorts et les principes de la démocratie peuvent devenir ses tyrannies : on le sait depuis Tocqueville et ses observations sur la société démocratique américaine naissante au début du XIXème siècle. Ainsi de l’idéal du semblable à tout prix. Ainsi de l’horizon indépassable de l’égalité. Ainsi de l’exigence de liberté. Autant de passions démocratiques dont la noblesse s’altère dès que l’époque les érige systématiquement en valeurs absolues, éternelles et inaltérables, arguments ultimes devant lesquels plus aucun discours critique n’a de sens et de teneur, et n’a même pas lieu d’être. En clair, la démocratie est le lieu d’une ambivalence : d’une part, ses valeurs ouvrent le champ des idées, du discours, de la parole à tous ; d’autre part, la prolifération des discours, conséquence directe de leur démocratisation, les nivelle et les égalise : nous sommes dans une ère où tous les discours, s’arrogent non seulement le droit d’être souverains, mais exigent encore d’avoir autant de valeur et de sens que les autres discours. Chacun détient sa vérité, et toutes les vérités se valent. Ou quand l’absolu et le relatif s’entendent. C’est là le moindre des paradoxes de la démocratie, inutile de s’en étonner davantage.

 

Mais il me semble que l’époque a encore fait un pas dans le travestissement de la démocratie. Il n’y a pas si longtemps, les différents discours, pour peu qu’ils fussent argumentés, arrivaient encore à cohabiter, à se mêler, à dialoguer. C’est-à-dire qu’un individu pouvait, souverain et libre, et au nom de la démocratie, produire un discours, un jugement critique sur n’importe quel phénomène, et s’attendre, pour peu qu’il eût –je le répète- des arguments  à : premièrement, que ces derniers soient entendus ; et deuxièmement, qu’il leur soit apporté une réponse tout aussi étayée. Ainsi vivait le débat démocratique : courtois quoiqu’impitoyable la plupart du temps, rude parfois, plus rarement violent, mais toujours possible, au nom de la démocratie. Je crains hélas qu’aujourd’hui, il ne le soit même plus, ou alors difficilement. La faute à un mot que l’époque brandit tout le temps, comme un trophée, comme un argument d’autorité, comme une conjuration, comme un jugement de Dieu, comme une protection éternelle, comme un repoussoir absolu, comme le siège de la vérité universelle, comme une formule fabuleuse qui coupe court au débat, voire qui l’empêche d’éclore.

 

Le respect.

 

Je parcourais hier sur quelque page d’un réseau social une discussion à propos de la récente lapidation d’un couple par les islamistes présents au Nord du Mali. Un des internautes avait eu le courage, que dis-je l’outrecuidance, l’impertinence, la folie, l’élan hérétique, de dire, en substance, que cet acte était indigne d’une religion qui se réclamait de la tolérance et de l’amour, et que même si l’Islam n’était pas réductible à la Charia, il était nécessaire qu’il affronte ses contradictions, pour n’être plus accusé de telles barbaries. Ce mot a fait bondir les autres : « Quoi, qu’ouïs-je, vient-il de traiter la Charia de barbarie ? Quel manque de tolérance ! Quelle absence d’ouverture d’esprit ! Quel manque de…respect ! » Et les commentaires de dizaines d’intervenants de pleuvoir, accusant essentiellement le pauvre homme d’irrespect à l’égard d’une religion et de ses adeptes. La sentence fut délivrée, elle fut souveraine, absolue, sans appel. Non-argumentée. Manque de respect notoire, doublé d’accusations d’islamophobie et, accessoirement, d’athéisme, de christianisme, de judaïsme, de paganisme, de comploteur, ou, déchéance et insulte ultimes, d’occidental. Emballé, pesé, vendu. Au suivant.

 

Ce n’est évidemment pas la réaction en elle-même qui m’étonne. C’est un scénario classique. Non, ce qui me frappe, et que cette anecdote n’a fait qu’illustrer, c’est cette forme d’absolution éternelle et systématique, propre à notre temps, dont un phénomène se couvre dès lors qu’il invoque à sa rescousse le respect. L’exigence de respect peut tout. Elle légitime tout. Elle protège des attaques extérieures. Elle justifie que l’on n’ait à se justifier, et encore moins à s’expliquer. Tu n’es pas d’accord avec ce que je dis ou fais ? C’est ton droit, mais ferme ta gueule, et respecte.

 

La chose est commode. Elle élève le relativisme de la pensée à la négation de la pensée, voire au nihilisme. Elle dispense de réfléchir, exempte du débat, refuse la critique. C’est, surtout et enfin, qu’elle est une forme nouvelle de censure des idées. Il est vrai que se retrancher derrière la réclamation du respect est un moyen comme un autre de n’avoir pas à argumenter, et de réduire l’autre, du même coup, au silence. Mais il faut y voir, en plus, un signe de la médiocrité de l’époque en idées. Confrontée à leur incapacité à fonder en idée des arguments solides pour répondre à un contradicteur, les thuriféraires du respect à tout prix préfèrent tout simplement empêcher ce dernier d’exprimer les siens. La vieille maxime que l’on prête à Voltaire, « Je ne suis pas d’accord avec vos idées, mais je me battrai afin que vous puissiez les exprimer », est désormais loin, elle s’inverse : « Je ne suis non seulement pas d’accord avec vos idées, mais je vous battrai afin que vous ne les exprimiez pas par respect pour moi. »

 

J’ai pris l’exemple de la religion, car elle me semblait être le champ par excellence où le rejet du discours critique par le recours au respect, ce cache-misère moderne de la pensée, était le plus manifeste. Cependant, il y a bien d’autres domaines où cette tendance s’exprime : de la littérature (tu n’aimes pas mon livre ? Ok, mais respecte mon travail et mes lecteurs : tais-toi et garde ta critique) et de l’art en général à la politique –ce qui est grave-, en passant par des réalités plus triviales comme la satire –peut-on rire de tout et de tout le monde ?-, cette forme de relativisme dangereux et tyrannique s’installe peu à peu, faisant de nos sociétés des lieux de la divinisation de la (non) pensée individuelle et de la négation de la pensée de l’autre, devenant par ce fait même pensée unique. Tout ceci au nom du respect.

 

Il y a bien évidemment une distance infinie entre produire un discours critique sur une réalité donnée, et manquer de respect à cette réalité et aux personnes qui la vivent. Aucun fait n’est légitime et absolu du seul fait de son existence, qu’il le proclame ou l’exige. La pensée, comme outil critique, peut s’intéresser à tout, réfléchir à tout, tout juger, pourvu qu’elle le fasse sans perdre en intelligence et en objectivité. Il faut comprendre que le discours critique est le faisceau au prisme duquel l’on peut légitimer sa propre pensée. C’est la seule manière certaine, en ces temps d’acquiescement systématique, d’abrutissement collectif, de massification des individus, d’éviter un moyenâgeux obscurantisme. Le respect n’a rien à voir dans cette histoire. Je pense même que le manque de respect est plutôt du côté de ceux qui ne veulent recevoir les arguments extérieurs. Quant au fait de se draper dans l’exigence du respect pour ne point avoir à exposer sa pensée aux lumières critiques, plus que de médiocrité, c’est d’une lâcheté immonde qu’il s’agit.

 

Voilà mon avis. Respectez-le. 

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Qu'est-ce que la digression?

4 Juillet 2012 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Réflexions rafistolées.

J’aime Honoré de Balzac pour les mêmes raisons, précisément, qui font que d’aucuns –les pauvres malheureuses âmes- répugnent à le lire : la supposée lourdeur de son style, ses tics agaçants, ses généralisations abusives qui n’en sont point, l’impureté présumée de son écriture. Balzac, a-t-on dit et dit-on encore, écrivait mal : trop touffu, trop peu limpide, trop besogneux, trop laborieux. Trop descriptif. Trop digressif. C’est surtout sur ce dernier aspect, la digression, que j’aimerais revenir. Non pour défendre Balzac –de quoi?- mais plutôt pour essayer de montrer que la digression romanesque est tout un art, et peut-être même l’art le plus subtil du récit.  

 

Il faut commencer par la généralité, la facilité, l’évidence : la littérature elle-même est une vaste digression au sein de cette marche parfois pénible qu’est la vie. Plus précisément, si l’on se place du point de vue d’un lecteur, l’on dira que sa lecture est une sorte de grande parenthèse, de grande digression de quelques minutes ou de quelques heures, au cours de laquelle il se soustrait aux aléas et aux affres du réel –que ce mot est lancinant et parfois épouvantable ! Le temps d’un livre ou d’une page, en effet, l’attitude du lecteur, pour filer une métaphore commode, est semblable à celle de ce promeneur qui, au cours d’une marche connue sur une route mille fois battue, s’émerveille soudain de voir au détour de quelque clairière un adorable quoique mystérieux petit chemin serpentant à travers bosquets, et qu’il s’empresse, curieux et désireux de se plonger dans l’exaltant inconnu, d’emprunter. Je ne vous ferai pas l’injure de clarifier les analogies. L’on ne s’en rend sans doute pas toujours compte, certains, les savants et autres figures qui se réclament du goût, ne l’admettront peut-être pas par quelque orgueil, mais il me semble que la lecture est d’abord, définition minimale, une façon de bifurquer de l’affreuse route du quotidien, que balisent la banalité et l’habitude, qui est une seconde nature, mais une première mort. Rêver, se divertir, voyager, s’envoler : voilà, vulgairement dit, ce que la plupart des lecteurs attendent d’un roman : que celui-ci les prenne par la main, et leur dise : « venez, suivez-moi, je connais un petit chemin plus agréable que cette route boueuse, il est lumineux et ce ne sont pas des oiseaux qui y chantent mais des anges ; nous finirons bien entendu par revenir à la route boueuse, mais vous verrez : elle vous semblera moins horrible lorsque vous aurez emprunté ce petit chemin du paradis, et ce petit chemin, c’est moi. » Tout lecteur, pour ne pas étendre la chose à l’homme, est aussi, peut-être d’abord « homo digressus ».

 

Sans nous égarer dans une analyse métalittéraire savante, pédante, techniciste et donc inutile ici (exit Propp, Jakobson, Genette, Eco…), essayons quand même de donner des fondements plus solides, plus concrets à notre démonstration. Entrons dans le particulier : voyons la valeur littéraire de la digression, ainsi que sa fonction, au sein du récit.

 

La digression a d’abord valeur de pause par rapport au fil du récit initial. Mais quel est le sens de cette pause ? Il y en a en réalité plusieurs : il peut s’agir d’une pause que l’auteur-narrateur, ou le narrateur, met à profit pour s’adresser au lecteur, le divertir un peu plus, l’arracher à l’emprise excitante de l’histoire, dialoguer avec lui, l’obliger à lever le nez et à penser à autre chose. Ne croyez pas que la chose soit aisée : l’on n’imagine pas combien il est difficile de parler à son lecteur d’autre chose que de l’histoire principale, de l’aventure, du fait, de l’action, sans perdre son intérêt et son attention. L’ennui est le pire ennemi du récit, l’on en convient. Mais il faut savoir qu’il y a plusieurs ennuis : l’on peut s’ennuyer dans un roman qu’il ne s’y passe rien comme on peut s’ennuyer qu’il s’y passe trop de choses. Dans les deux cas, la digression sert à arracher le lecteur à son ennui, en cela qu’il lui parle d’autre chose. Pour autant que la chose soit bien menée, gaiement, légèrement, savamment, le lecteur, le temps de cet excursus, retrouvera des couleurs, de l’entrain. Il faut donc se débarrasser de l’idée que la digression est par excellence le lieu de l’ennui : c’est même tout le contraire. La digression est un ornement, et en tant que tel, elle se doit d’être plaisante. Le sens de la pause digressive peut aussi se trouver dans un simple effet d’attente. En d’autres termes, la digression sert souvent à l’auteur à ménager son effet, à le préparer, à le faire désirer, à le souligner. Elle cherche dès lors à apporter au récit ce que le suspens tend à introduire au cinéma. Tout auteur qui va directement à l’essentiel épuise vite ses munitions et ses idées. Voilà pourquoi tout roman est nécessairement fondé sur la digression sous peine de tourner court. Cette technique est au récit ce que les préliminaires sont à l’amour. Car que faites-vous donc, messieurs, mesdames, lors des préliminaires, si ce n’est une sorte de digression par rapport à ce que l’on tient pour la finalité de l’acte ? Et cette digression est si plaisante et nécessaire que d’aucuns la tiennent pour l’essentiel… Je ne trancherai pas, je n’en sais rien. Fin de la digression.

 

Tout roman, disais-je donc, est fondé sur l’art des digressions réussies. Et si le lecteur ne les remarque pas toujours, c’est qu’elles sont disséminées dans le récit, subrepticement, l’air de rien : c’est tantôt un dialogue inutile mais plaisant, tantôt quelques phrases plates sur un paysage ou un coucher de soleil ou une ville, tantôt encore le rappel d’un fait dont l’importance n’est pas si capitale, à la fin de l’histoire. Il me semble aujourd’hui que les livres qui usent le plus de la digression sont étrangement les polars et romans policiers, qui sont supposés être fondés sur une action et un halètement permanents. Mais cela est impossible : les auteurs de ces romans sont souvent maîtres en l’art de camoufler leurs écarts. La digression est d’autant plus difficile qu’il faut la couler dans le récit. Toute la difficulté du romancier est là. Une digression qui tombe dans le récit comme un cheveu sur la soupe, grosse et détectable comme le nez au milieu du visage, est assez indigeste, piètre et détestable. Il faut toujours qu’elle ait un rapport, même fin, avec l’histoire principale tout en s’écartant d’elle. La digression est donc un paradoxe : d’une part, elle s’écarte du récit principal ; d’autre part, elle est de quelque façon liée à lui.  

 

Je ne saurai achever ce propos sans un mot sur la digression balzacienne, sainte reine de toutes les digressions. Chez Balzac, la description est souvent mêlée à la description, soit d’un bâtiment, soit du physique ou de la psychologie d’un personnage. Loin d’être gratuite, la digression balzacienne participe à la mise en place du décor où couve le drame. Il y a bien entendu la célèbre description de la pension Vauquer au début du Père Goriot, où le bâtiment est un miroir des caractères de ses occupants (n’est-ce pas magistral ?), mais il y a surtout –personnellement celle-ci m’impressionne plus- celle du magasin du vieil antiquaire de La Peau de chagrin, dont l’atmosphère troublante, magique et fantastique annonce le mystère de son propriétaire et le drame que Raphael de Valentin commencera à y vivre.

 

Cependant, il faut l’admettre, la plus admirable et magistrale digression qu’il m’a été donné de lire n’est pas de l’immense Balzac, mais du non moins gigantesque Hugo : tout un chapitre, en plein cœur de Notre-Dame de Paris : « Ceci tuera cela. »

 

Merci de votre attention, lecteurs. Quelques uns d’entre vous auront peut-être noté que ce texte ne répondait pas fondamentalement à la question qui en constitue le titre. C’est qu’il est lui-même, au fond, une vaste digression qui se cache. 

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Ce que la littérature doit à quelques autres arts- Suite et Fin.

4 Mai 2012 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Réflexions rafistolées.

Avant même que d’argumenter, j’aimerais, pour montrer le rapport de la littérature à l’architecture, commencer exceptionnellement par des exemples. Qu’est-ce que la Comédie Humaine, sinon un gigantesque édifice élevé par Balzac à l’humanité et à sa nature ? Qu’est-ce que La Recherche du Temps perdu, sinon une « cathédrale » bâtie par Proust à la gloire de la littérature et de son influence sur la vie spirituelle des hommes ? Comprendre ce que la littérature doit à l’architecture, c’est d’abord changer de perspective, pour se situer à la fin. Se situer du point de vue de l’œuvre, mot à comprendre ici au masculin. L’œuvre, au masculin, est l’ensemble sinon achevé, au moins entier d’œuvres : il suppose donc une certaine articulation de toutes les productions d’un auteur. Cette articulation, qui doit viser à faire apercevoir une cohérence interne à la structure de l’œuvre, est ce que la littérature doit à l’architecture. Toute littérature doit être construction : d’une métaphysique, d’une temporalité, d’une vision du monde, d’un style, d’une voix, d’un univers. En se retournant sur son œuvre au crépuscule de sa vie, l’écrivain doit pouvoir distinguer dans l’amas épars de ses compositions une sourde intelligence qui les relie les unes au autres. Soit, en effet, il a eu le projet, volontaire et conscient, de bâtir une œuvre structurée autour de thèmes qu’il a choisis et qu’il a chéris durant toute son activité, soit il a écrit, pour ainsi dire, librement, explorant des univers variés, expérimentant sans cesse. En ce dernier cas, alors, l’articulation interne de ses œuvres a quelque chose de plus fascinant peut-être, puisqu’elle se fait naturellement, les productions s’emboîtant selon des principes inattendus, et autour de thèmes divers et variés. Mon opinion est en tout cas qu’il est possible de trouver dans l’œuvre de tout écrivain une communauté d’intelligence qui le confine à la construction. Un œuvre totalement éclaté, absolument fragmenté n’existe pas. En changeant d’échelle, pour se placer à celle d’une seule œuvre, l’on peut se rendre également compte de la dimension architecturale de la littérature. Ecrire un livre, c’est le construire, et le construire techniquement. Tel l’architecte, l’écrivain a d’abord un plan au départ. Il peut arriver qu’il le change en cours de route, qu’il laisse sa plume le guider, qu’il bifurque vers des directions inattendues et imprévues, mais il reste qu’au départ, il y a un plan, une sorte d’ossature. La plupart des écrivains se tiennent à leur plan, selon le modèle balzacien. On parle bien aujourd’hui d’écrivains du bâtiment. Tout ce qui relève des techniques narratives, des changements de point de vue, des alternances de voix et de tonalités, de registres,  a trait à une construction. Ecrire, c’est d’une certaine manière chercher à rendre le monde, après l’avoir embrassé du regard et du cœur. Mais le monde est vaste. Et toute littérature étant une re-construction de ce dernier, elle est lente architecture. Les écrivains sont des architectes de l’âme. De l’âme du monde.

 

  Littérature et photographie sont rivales. Si, en effet, l’on pense le réel en tant qu’il peut-être à la fois enjeu, objet, support essentiel de la photographie et de la littérature, l’on voit clairement la compétition qui s’installe entre les deux arts autour de la notion de représentation. Dès lors, interroger les rapports entre littérature et photographie, c’est d’emblée interroger la notion plus générale de réalisme, comprise ici, de façon minimale, comme tentative de saisir le réel et de le rendre dans sa complexité, son fourmillement de détails. Le réalisme au sens strict, bien évidemment, est impossible, en ce sens que tout art procède, parallèlement à une représentation du réel, à son esthétisation. Mais cette question, qui est extérieure à mon propos, mérite de plus amples et complexes développements que je laisse à meilleurs que moi. Pour en revenir à la littérature et à la photographie, à ce que celle-là doit à celle-ci, il faut s’interroger sur leurs moyens respectifs pour rendre le réel, sur les solidarités et les écarts de ces moyens. La littérature se sert du langage, son essence réside dans la textualité. La photographie, elle, use de la capture de l’image, elle trouve donc son principe dans la plasticité. Ce que la textualité doit à la plasticité, à mon sens, c’est cette faculté qu’elle à objectiver le monde, à le saisir en tant qu’objet, tout réussissant le tour de force d’en faire un sujet à qui elle imprime une pensée. Eclaircissons. La photographie tire toute sa difficulté de ce qu’elle est une tension entre distance et proximité. Distance, en effet, que le photographe doit nécessairement avoir à l’égard du monde pour le saisir ; et proximité qu’il doit tout aussi nécessairement garder par rapport à l’objet pour que celui-ci soit imprégné de la pensée, du style, de la personnalité du photographe. Eloignement nécessaire et rapprochement exigé, distance technique et proximité naturelle, impersonnalité de l’œuvre et personnalisation esthétique, voilà les couples de principes qui régissent la photographie et qui en font un art si difficile. Un bon photographe doit savoir disparaître derrière son modèle mais se diluer, se diffuser en lui, il doit faire voir l’objet et seulement l’objet, mais lui imprimer une âme, la sienne, que l’on doit deviner derrière, ou en l’objet. Il en est de même pour la littérature. Par cette recherche d’équilibre (qui fait penser, d’ailleurs, au mouvement du photographe réglant son zoom, pour ne pas étouffer l’objet mais pour être assez près pour qu’on sente sa marque) entre personnalité et impersonnalité, l’écrivain doit essayer de faire de son œuvre un objet d’art autonome esthétiquement, mais stylistiquement imprégné de l’âme et de la subjectivité de son auteur. A l’égard de son œuvre, l’écrivain, comme le photographe, doit être près et loin, il doit coïncider avec elle mais s’en écarter. C’est cela qu’entendait Flaubert lorsqu’il écrivait, dans une de ses lettres, que « l’artiste doit être dans son œuvre comme Dieu dans la Création, invisible et tout-puissant ; qu’on le sente partout, qu’on ne le voie nulle part. » Tout bon écrivain doit être également dans et en dehors de son œuvre, comme tout photographe doit savoir disparaître derrière son modèle tout en étant présent en lui.  

 

Ce que la littérature, enfin, doit à la danse me semble évident : la grâce du mouvement. Un texte de littérature, qu’il soit poétique ou en prose, doit, par le soin apporté à l’élégance du style et de la langue, à la clarté, être un ondoiement, un mouvement rythmique. Une cadence. Le rythme n’est pas seulement affaire de sonorité et de musique. Il est aussi question, lorsqu’on l’évoque, de prendre en compte un mouvement, une légèreté. Comme une danse, le texte doit se déployer, chaque mot, chaque phrase constituant un pas, une esquisse sous la symphonie magistralement orchestrée par les balancements du  style. Le rythme doit se faire entendre, mais aussi se faire sentir. Comme dans une danse, le texte doit accélérer son rythme lorsque son objet l’exige, et ralentir lorsque son dessein l’impose. Comme un batteur essaierait de deviner les mouvements d’une femme qui danse pour les accorder aux fureurs de son instrument, l’écrivain doit sentir l’allure du texte, et deviner ses mouvements pour une heureuse lecture. Un texte doit respirer, comme s’il dansait : il doit éviter l’essoufflement sans pour autant verser dans l’ennui de la lenteur. C’est bien là le rôle de la ponctuation, qui exprime le mouvement, l’allure, le rythme du texte. Il est fréquent, en étudiant les textes très portés sur le style (Chateaubriand, Flaubert…), ou les discours des grands orateurs, de Cicéron à Bossuet, de remarquer des rythmes ternaires ou binaires. Faut-il souligner la proximité de ce vocabulaire avec celui de la danse, notamment de la valse ? « Au troisième temps de la valse/ Il y a toi, il y a l’amour et il y a moi… »

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Sur l'Envie: texte deuxième.

25 Avril 2012 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Réflexions rafistolées.

La dent centrale du trident de l’envie est la plus visible des trois. Elle est longue, effilée, pointue ; sa forme sournoise préfigure sa dangereuse et insaisissable identité; elle a été forgée par le Diable, et touche tous les Hommes. Voyez, messieurs, mesdames, après l’admiration, la deuxième déclinaison de l’envie : la jalousie.

 

L’envie se mue en jalousie lorsque, au plaisir désintéressé, et qui fonde l’admiration, d’observer les qualités ou les avoirs de l’autre dans leur éclat, se substitue la fureur qui nous incline à affirmer avec aigreur qu’on les possède aussi, ou du moins, à vouloir que l’autre ne les possède pas. La jalousie, en effet, dans son élan le plus simple, est à la fois négation et affirmation. Négation tacite de l’autre en tant qu’il possède quelque chose que l’on croyait être seul à posséder ; affirmation de sa propre individualité comme étant la seule, parmi toutes les autres, apte à posséder cette chose, ou la seule apte à la conserver. Le Jaloux dit en même temps : « tu ne devrais pas posséder ceci, tu n’en es pas digne» et « je suis le seul à pouvoir et à devoir posséder ceci, et personne d’autre ». De ce double postulat, contradictoire dans ses mouvements, mais produit par une seule logique fondée sur l’exclusivisme de la possession, ce constat : que la jalousie, d’une part, ait besoin d’une altérité possédante pour advenir; et de l’autre, qu’elle soit le nécessaire effacement de cette altérité possédante.

 

La jalousie, donc, quelle qu’elle soit, s’appuie dans tous les cas sur le sentiment confus que ce qui est voulu et nié chez l’autre est toujours, en quelque façon déjà présent chez soi : soit que ce quelque chose vous appartienne déjà, en effet, soit que vous imaginiez que vous l’avez. Qu’elle soit fondée sur le «Uti possidetis juris »-la possession effective, ou sur la possession imaginée/imaginaire, l’affirmation qui sous-tend la jalousie s’adosse en tout cas, pour la personne jalouse, sur la certitude qu’elle possède déjà –intégralement ou en partie- ce qu’elle refuse à l’autre. Et c’est là, sur ce point précis, que la jalousie se distingue de ce que l’opinion commune nomme vulgairement l’envie, pour désigner cet élan qui nous porte à convoiter les qualités de l’autre. Alors que l’envie suppose que ce qui est désiré soit absent de soi (l’on sait depuis Platon et sa parabole du Tonneau des Danaïdes que le désir est toujours désir infini et éternellement insatisfait de ce que l’on n’a pas), la jalousie implique toujours que ce « désiré » soit présent en soi. L’Envieux n’a rien. Le Jaloux a déjà, ou croit avoir. Cela se vérifie, jusque dans les histoires de cœur -et de cul, accessoirement : l’on envie et désire la femme de l’autre, que l’on n’a pas, mais l’on est jaloux quand l’on pense ou sait que l’autre partage votre compagne, que vous posséd(i)ez déjà (et les femmes en ce moment, je l’imagine aisément, s’indignent et hurlent hystériques, révulsées, que je les reléguasse, machiste, indifférent et superbe, à des objets –ce qui est pour le coup vrai, hélas).

La jalousie est donc désir de solitude dans la possession. Il se peut, bien sûr, que le jaloux ne fasse qu’imaginer qu’il possède déjà ce qu’il refuse à l’autre, mais qu’en réalité, il ne possède rien. Cependant, ce qui est important dans la jalousie, c’est le jaloux, c’est-à-dire la conscience du jaloux: si, dans son esprit, le jaloux pense, même confusément, qu’il possède ce qu’il désire, qui est aussi présent chez celui qu’il jalouse, alors l’affaire est pliée. Qu’importe qu’il la possède vraiment ou non, cette chose. L’essentiel est qu’il croit la posséder.

 

Une question maintenant. Que vous avez dû vous poser. Ou pas –ce qui ne me ferait nullement méjuger de votre intelligence, loin de là : pourquoi, justement, désirer ce que l’on possède déjà ? Quel est ce mécanisme qui fait paraître la jalousie absurde ? J’ai déjà parlé du désir de solitude dans la possession et d’exclusivisme de la possession. Cela est néanmoins insuffisant. Il me semble que ce qui fait essentiellement que le jaloux veut (ou refuse) chez l’autre ce qu’il a, c’est le doute. Au cœur de toute jalousie, il y a le doute. Le jaloux doute que la chose en question lui appartienne encore entièrement ; il doute d’être encore le seul maître. Le mari jaloux l’est parce qu’il doute d’être encore le seul dans le cœur de sa femme. Dès lors que le doute s’estompe, la jalousie n’est plus. Soit, en effet, le jaloux se rend compte qu’il n’est plus le seul maître, et il devient violent ; soit il se rend compte qu’il reste en fait le seul maître et il se calme. Dans les deux cas, la jalousie a disparu en même temps que le doute est devenu certitude. Ecoutons La Rochefoucauld, à ce propos :

 

« La jalousie se nourrit dans les doutes, et elle devient fureur, ou elle finit, sitôt que l’on passe du doute à la certitude. » Maximes, Réflexions morales, maxime 32.

 

La certitude de posséder ce que l’autre possède aussi, dans la dynamique de la jalousie, est contrée, puis vaincue par le doute qui fait réduit la valeur de sa propre possession face à celle de l’autre. Tout l’effort de la jalousie, dès lors, tend à se déprendre du doute pour revenir à la certitude.

 

 

                                                             

                                                          Jalousie féminine, jalousie masculine.

 

Je ne pouvais évidemment pas clore ce billet sur la jalousie sans l’évoquer en l'appliquant aux sexes. Une opinion assez répandue veut qu’un homme jaloux soit « mignon », alors qu’une femme jalouse est « dangereuse ». Opposition et distinction rapides, réductrices, simplistes. Vulgaires. Oserai-je, crétines. Comme presque tout ce que l’opinion produit de clichés et idées reçues. 

 

Une femme jalouse n’est pas plus dangereuse qu’un homme jaloux ne l’est ; non plus qu’un homme jaloux, plus « mignon » qu’une femme jalouse. Le fait est que la mignonnerie et la dangerosité ne doivent être des catégories de la jalousie. Celle-ci, il ne faut pas l’oublier, est d’abord une souffrance. Tant pour l’homme que pour la femme. Selon les motifs, évidemment, cette souffrance est plus ou moins profonde. Il ne faut pas perdre cela de vue. Lorsque son motif est grave, il n’y a pas de jalousie mignonne pas plus qu’il n’y en a une dangereuse. Il y a juste de la jalousie.

 

Si, cependant, je ne trouve pas qu’il y ait de différence dans la manière de ressentir la jalousie entre un homme et une femme, je puis concevoir qu’il y en ait dans celle de l’exprimer. Et encore, la trouvé-je très superficielle : l’homme jaloux devient exceptionnellement plus rieur et bavard, affiche un sourire forcé en lisant un message quelconque sur son portable, pour cacher qu’il est jaloux, et pour ainsi feindre de s’en foutre. La femme jalouse devient silencieuse, sort plus souvent sans dire ni sa destination ni son heure de retour, fait beaucoup d’efforts exceptionnels pour soigner son apparence, pour cacher qu’elle est jalouse, et feindre de s’en foutre. Tous deux, par cette attitude à laquelle ils essaient d’imprimer du mystère, essaient en fait d’intriguer l’autre, de lui montrer que lui/elle aussi peut être objet de jalousie. Chez l’homme comme chez la femme, la réaction classique à sa propre jalousie est souvent de chercher à susciter celle de l’autre. Banale ritournelle de la concurrence qui régit la plupart des commerces humains, fussent-ils amoureux.      

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Ce que la littérature doit à quelques autres arts.

21 Avril 2012 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Réflexions rafistolées.

La littérature n’est peut-être pas le plus grand ni le meilleur des arts –et d’ailleurs, sur ce point, toute tentative de classification me paraît d’emblée imbécile- mais une petite attention à certains détails suffit à faire remarquer qu’elle est du moins l’art le plus ouvert, le plus intégral, le plus étendu, enfin, le plus réceptif à la greffe. Les principes de quelques autres arts majeurs se trouvent en effet contenus en elle ; elle les intègre, les mêle aux siens propres et en épouse naturellement les contours, en sorte qu’à travers les deux actes essentiels qui la fondent –l’écriture et la lecture -, la littérature, subrepticement, parfois simultanément, exécute tous ces autres arts qui l’élèvent et qu’elle célèbre en retour. La littérature est un essai de symbiose artistique, une constante opération alchimique, d’où surgit obscurément une fusion des arts. La littérature est fondamentalement un art qui rend hommage à l’Art. Elle est un « miroir de concentration » artistique.

 

La relation de la littérature à la musique est certainement la plus ténue de toutes. Toute littérature perd de son âme qui n’est pas musicale. Je n’insisterai pas sur l’injonction verlainienne, qui demandait, exigeait qu’il y ait « de la musicalité avant toute chose. » L’heureux arrangement des sons, que produit le langage, l’élévation du paragraphe ou de la strophe à la puissance du livret ou de la page de partition, la recherche d’une analogie permanente des mots avec les notes, l’exploration du langage poussée jusque dans ses confins avec les mystères de la composition: voilà quelques-unes des préoccupations élémentaires qui sont inséparables de l’art de l’écrivain. Il ne s’agit pas simplement pour lui d’additionner les mots, de les empiler hasardeusement les uns sur les autres pour qu’à la fin ils ne fassent que signifier. Il ne s’agit pas pour lui, dans une fuite en avant interminable, de raccorder vulgairement les signifiants pour la seule quête du sens. Le sens n’est rien sans le son, ou s’il est quelque chose, il est quelque chose d’osseux, de décharné, de fade. Quoiqu’en disent certains, parmi lesquels des écrivains farceurs, la littérature a un minimum de sophistication : elle est esthétiquement élitiste. Ecrire un paragraphe de roman n’est pas la même chose qu’écrire un télégraphe ou un mail ou une recette de cuisine. Ce que l’on appelle communément « style » n’est au fond rien de plus que ce supplément d’âme, ou de travail, qui fait que l’usage du langage est autrement plus complexe dans sa conception littéraire, c’est-à-dire esthétique, que dans son utilisation vulgaire. Et l’un des critères majeurs de cette qualité esthétique est le son, la musique. En ce qui concerne la poésie, la recherche du son relève de l’évidence naturelle. Tout poème devrait pouvoir être mis en musique, tout vers devrait faire danser. Ce n’est pas un hasard si l’on parle d’allitérations, d’assonances, de jeu de sonorités…  « Toute pensée émet un coup de dés… » Toute phrase doit faire entendre son bruit. Qu’importe que l’écriture raisonne au premier abord, qu’elle résonne d’abord du fin bris du cristal.   

 

Entre la littérature et la peinture, la différence n’est que de moyens. Leur fin est identique. L’écrivain se sert du langage, ou plutôt, « le sert », comme dirait Sartre à propose des poètes ; le peintre se sert des couleurs. Celui-ci a à sa disposition une palette, un chevalet, quelques pinceaux. Celui-là, une page, un crayon, un stylo. Ils ont les mêmes modèles : le monde, ses beautés, ses laideurs. Leur proximité, leur intimité deviennent manifestes dès lors que l’on s’intéresse au vocabulaire de ces deux arts. L’on dit souvent d’un écrivain qu’il peint un paysage, qu’il dépeint un caractère, qu’il dresse le tableau d’une situation ou d'une époque, qu’il rapporte des scènes, qu’il saisit des instants comme le peintre saisirait des éclats de vie, qu’il compose une oeuvre. Autant d’appellations qui ont trait au sens visuel, qui est par excellence celui que convoque la peinture. Le fait est que tout écrivain est mauvais dès lors qu’il ne fait qu’évoquer les choses. Il ne suffit pas pour lui de simplement évoquer ou dire : il faut encore qu’il montre les choses à son lecteur, qu’il lui fasse voir un bout de leur éclat, et qu’il le laisse ensuite, comme s’il était devant un vrai tableau, découvrir seul la source d’une émotion potentielle, chercher l’étincelle cosmique qui le mène à coïncider avec le sens du texte et des images qu’il dresse, fouiller en lui les sensations qui font le plaisir visuel du texte. Toute phrase doit être une touche picturale ou se résigner à être médiocre. Tout vers meurt de ne pas receler les sept couleurs primitives. Tout langage littéraire est un monde d’images. Toute plume est un pinceau.

 

A l’égard du langage, tout écrivain doit être un sculpteur ou se pendre. Le langage, en effet, étant à sa genèse un amas brut et bête, une masse monolithique et granitique, un basalte rugueux et impur, de la matière nue et âpre, de la rocaille hostile et sauvage, l’écrivain se retrouve devant lui comme le sculpteur devant un bloc de pierre. Comme ce dernier pour sa pierre, il lui faut polir le langage, le tailler, l’arranger, lui donner une forme, un mouvement, une ossature, de la chair, de l’émotion, de la vie. De tous les arts, la sculpture m’a toujours semblé être le plus laborieux, le plus exigeant, le plus louable. Car là où l’écrivain, le poète, le peintre, le compositeur peuvent parfois invoquer cette insaisissable, vague, mystérieuse, peut-être divine faculté qu’est l’inspiration pour expliquer un éclair de leur génie, le sculpteur ne peut que s’appuyer sur son labeur pour faire advenir le sien. Dompter une pierre n’est que travail, écorchures, sueurs. La sculpture est l’art matériel par excellence, mieux : c’est un éloge, une sublimation de la matière. Le sculpteur, à la différence de quelques autres artistes qui peuvent voler sur les ailes de l’abstraction, de l’idée, du concept, ne peut que s’adosser à sa pierre, se nourrir d’elle et lui donner vie. C’est l’art où l’échange, l’osmose est la plus nécessaire, la plus totale, la plus visible entre l’homme et sa création. Et loin de le plonger dans la trivialité, cette matérialité nécessaire l’élève, et entoure le sculpteur, une fois son grand œuvre achevé, d’un halo d’or, où les éclats du génie sont confondus aux particules du sacrifice de soi. Il me semble que tout écrivain doit avoir en partage avec le sculpteur la minutie, la précision clinique, qui seules font des mots des émaux, des camées, des améthystes. Tout écrivain doit vouloir souffrir pour que ses phrases soient de la joaillerie ; tout poète, saigner pour qu’un seul de ses vers soit une émeraude. Avant que d’être bijoutier du langage, l’écrivain doit être sculpteur, martyr de la précision, et souffrir, et connaître l’angoisse de la page blanche, et ciseler chaque mot avec la passion d’un orfèvre.

 

Je vais m’arrêter ici pour l’instant, pour la commodité de la lecture. Ce que la littérature doit à l’architecture, à la photographie et à la danse attendra bien une prochaine fois.

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Aphorismes sur les Femmes.

8 Mars 2012 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Réflexions rafistolées.

     Puisqu’il paraît qu’il faut vous rendre hommage en ce jour, voici, chères femmes, une énième contribution.  La mienne, fruit de 21 ans de réflexion, d’observation, d’expériences, de retraite, modeste et sans prétention autre que celle de livrer un point de vue différent sur le sujet. Différent. Tendre. Méchant. Amoureux. Cynique. Admiratif. Etonné. Extasié. Machiste. Situé par-delà les catégories morales. Esthète. Détaché. Résolument subjectif. Foncièrement objectif. Un hommage, un vrai, qui vaut pour tout le temps, et non la sirupeuse et sotte flatterie d’un jour que l’on abat sur vos têtes.   

 

                                                                                                            *

La Femme existe. Dieu aussi, par conséquent. Tous les arguments théologiques et théosophiques, toutes les démonstrations, tous les traités tendant depuis des siècles à prouver l’existence de Dieu sont précaires, incertains, réfutables. Mais la femme est l’argument-massue. Le pire des athées ne saurait raisonnablement nier la présence d’une Entité supérieure en regardant une femme. La Femme est la seule preuve valable, légitime, concrète, touchable –surtout touchable- de l’existence du Seigneur.

 

*

La Femme existe. Le Diable aussi, par conséquent. Naturellement.  

 

*

Pour avoir créé la Femme, Dieu ne peut être qu’un homme. Vous imaginez, vous, une Femme créer une autre Femme, avec tant de beauté, de perfection, de grâce? Si oui, vous ignorez tout le sens du mot mesquinerie. Du reste, si Dieu était une Femme, la jalousie aurait été un commandement divin.

 

*

Le corps de la Femme est un infernal paradis. L’on y souffre mille morts autant qu’on y jouit d’une félicité éternelle.

 

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Le Diable habite dans les yeux de la Femme.

 

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Dieu a créé le sourire des Femmes avant le Soleil. Il avait besoin d’une lumière pour éclairer ses Travaux dans le Chaos originel.

 

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La bouche d’une femme a la forme d’un vacarme assourdissant.

 

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Les lèvres (extérieures) de la femme sont une insinuation à la luxure. C’est l’incarnation moderne de la Gorgone Méduse. Ne les fixez jamais : vous seriez ensorcelé, et fatalement perdu.

 

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Les lèvres (les autres) de la Femme sont celles où Dieu a mis tout son art. Elles constituent un labyrinthe de subtilité où il fait bon se perdre, mais pas trop longtemps : vous seriez fatalement perdu. Il paraît que ça sent le poisson frais. Insupportable, irrespirable donc, quand ça pourrit. Mais cela pourrit-il ? Mystère. Contrairement aux autres, prenez le temps de les regarder, de les contempler. Mais pas trop longtemps, là aussi. Vous seriez aveugle.  

 

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Les Idées gouvernent le monde. Le sexe de la femme est la plus grande des Idées. Le sexe de la femme gouverne les Idées qui gouvernent le monde.    

 

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Le syllogisme précédent est un fallacieux paralogisme. Où suis-je allé chercher que le sexe des Femmes était une Idée ?

 

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La Femme est le sexe fiable.

 

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Il ne faut pas dire vagin, mais pertuis. C’est plus fin, plus subtil, plus élégant. Plus imagé. Surtout, éviter de dire pont-levis. La métaphore est intéressante. Mais assez barbare.  

 

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Le sexe de la Femme est une pensée autonome.

 

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La Femme a la vague forme d’une hystérie.

 

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La Femme a la forme d’une harmonie. Enfin, n’exagérons pas…

 

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La nuque d’une Femme est la Beauté absolue.

 

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Les cheveux de la Femme (du moins, quand elle en a) sont un monde qu’on ne finira jamais d’explorer.

 

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Je ne sais que dire des seins de la Femme. Devant eux, l’on se sent petit, aphasique, émerveillé, effrayé, perdu entre deux collines. La poitrine des femmes : Silent hill.

 

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Il est très malpoli, jeunes gens, de regarder le balancement des fesses d’une femme qui marche. Sauf si vous avez des Ray-ban. Totalement noirs, of course.

 

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Le parfum des femmes est… est… Atchoum !!

 

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La peau de la femme est une incitation à la caresse.

 

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Il n’est de vraie douceur que féminine.

 

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La femme est définitivement plus intelligente que l’homme. Elle n’a qu’un seul piège, dans lequel l’homme tombe depuis toujours, la tête (ou autre chose) la première : quelques trous, qu’elle ne prend même pas la peine de couvrir de feuillages, qui plus est! Ayez honte, messieurs.

 

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Dieu a créé la Femme avant la Terre. Il avait besoin d’un modèle parfait pour la courbure du globe.

 

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Le Salut des Hommes passe par la Femme.

 

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L’amour d’une Femme est une raison de refuser le paradis.

 

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Une rencontre de femmes est une raison de fuir s’abriter en Enfer.

                                                                           

 

 

     Voilà, je m’arrête là, et vous donne rendez-vous dans un an. D’ici là, je trouverai bien d’autres choses à dire sur vous. Car vous êtes inépuisables.

Mille baisers.   

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