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De Hustera.

4 Janvier 2013 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Mauvaise foi et autres méchancetés...

Traité savant et sérieux sur un obscur phénomène psychique, neurologique, fonctionnel et féminin.

 

A Marion B., princesse polonaise et poétesse très fêlée.

 

Ainsi que la surface des mers les plus calmes se trouble parfois de solitaires et sauvages îlots, il arrive que la douceur naturelle des femmes, êtres de lumière et de beauté, sylphides et sensibles, comme tout le monde le sait, se complique ponctuellement d’instants de fureur aussi splendides que sont sublimes leurs élans de grâce. Ces moments fulgurants, que l’on ne s’y trompe pas, ne sont pas de la colère. La colère n’est qu’une petite chose banale et rapide, souvent terrible dans sa promesse, toujours  lamentable dans sa chute. La colère, comme l’éjaculation, n’est jamais que mâle. Hélas.

 

L’homme, donc, a des colères. Mais la femme ! La femme peut aller au-delà de la simple colère : elle a des accès de fureur plus totaux, plus absolus, plus complexes, plus incompréhensibles, plus violents, plus obscurs, plus orageux, plus incontrôlables ; en bref, plus grandioses et admirables. Le sang de l’homme ne fait qu’un tour. Celui de la femme, lorsqu’elle s’emporte vraiment, ne fait pas de tour : il bleuit. Et alors, comme les reines de jadis, elle devient magnifique dans son transport –c’est le mot pédant distingué pour emportement. La femme, donc, même dans la colère, est supérieure à l’homme.

 

Car la femme a l’hystérie.

 

Cela est autre chose. Cela est plus puissant. C’est cela que l’on va essayer d’analyser.  

 

Définissons. Qu’est-ce que l’hystérie ? Un état sublime. Quels en sont les signes ? Une rage inouïe : un dérèglement du corps, subséquent à celui, terrible, de l’esprit. A-t-elle un autre nom ? La fureur, c’est-à-dire l’appellation antique de la folie. Combien de temps dure-t-elle ? Cela est toujours fulgurant : une bonne hystérie est une hystérie brève. Au-delà de cinq minutes, cela devient simulation. Qui est sujet à cet état ? Les femmes. Rien que les femmes. Voilà ce qu’il faut savoir pour aller plus loin.

 

Continuons. Mais avant, défendons-nous. Nous en voyons qui s’indignent et agitent déjà leur méchant clitoris. Nous en percevons qui se dévêtent dès maintenant, prêtes à nous livrer en pâture à leur poitrine carnassière. Halte à la méprise, malheureuses. Nous le répétons avec la certitude de l’expérience empirique: l’hystérie, tout le monde le sait, est une maladie –nous osons le mot- strictement féminine. Nous ne croyons pas au hasard ; et que ce terme, hystérie, trouvât précisément son origine dans le mot grec d’ « hustera », celui-là même d’où a jailli « utérus », ne saurait être totalement fortuit. L’hystérie est fille de l’utérus. L’utérus est fille de la femme. La femme est la grand-mère de l’hystérie. Qui peut dire non à cela ? Nous jugeons du reste utile de préciser que les hommes devenus femmes peuvent accéder à cet état, à la condition que leur transformation soit complète, et qu’il n’y ait plus trace de phallus. L’hystérie se dessine dès lors que toute vie mâle se dissipe. Nous en voulons pour preuve le témoignage irremplaçable et unique de Tirésias, premier transsexuel. Dans l’Antiquité grecque, il confessait deux vérités cruciales, que notre temps a reconnues :

 

1)       Les femmes ont dix fois plus de plaisir que les hommes lors du coït.

Et surtout :

Les transsexuels peuvent être sujets à une hystérie d’une intensité analogue à celle des femmes.

D’où cette sentence que nous érigeons en loi :

 

Qu’importe l’utérus, pourvu qu’on ait l’hystérie.

 

Progressons encore. Toute femme dotée d’un utérus est donc potentiellement hystérique. Potentiellement. Comme l’on dirait que toutes les femmes sont potentiellement femmes-fontaines. Ou que tout homme a potentiellement un troisième lobe de cerveau dans son pénis. Toute femme dotée d’un utérus est potentiellement hystérique, donc. Est-ce à dire que toutes les femmes sont hystériques ? Que nenni. Le potentiellement change quelque chose. Que change-t-il ? Tout. Que cela signifie-t-il ? Ceci : il faut qu’il y ait quelque chose qui exploite le potentiel et le révèle, de manière à ce qu’il ne soit plus potentiel, mais qu’il devienne réalité effective, de façon à ce qu’il ne reste pas à l’état de possibilité, mais qu’il se mue en pouvoir. Une question, dès lors, s’impose : quelle est cette chose qui élève certaines femmes à la grandeur de l’hystérie et la cache à d’autres ? En termes plus scientifiques : quel est le mode d’élection à l’hystéricité parmi les utérus ? Voici notre réponse : c’est le suffrage aristocratique. Il faut être apte à l’hystérie. Toutes les femmes sont potentiellement hystériques mais cette chose qui fait que certaines le deviennent réellement tient en sept lettres : la passion. Une femme incapable de passion verra l’hystérie lui être inaccessible à jamais.

 

Mais précisons. Ce serait erreur, par passion, d’entendre ces élans enfiévrés de l’âme transie d’amour, faits de pâmoisons grotesques, de mélancolies surfaites, de pâleurs épouvantables et de soupirs imbéciles. Par passion, nous entendons caractère : c’est-à-dire cette chose mystérieuse chez les femmes qui les porte à tout refuser de ce qui est simple et insipide. Les femmes sujettes à l’hystérie ne savent pas s’ennuyer –c’est un drame, car il faut savoir s’ennuyer avec panache- et refusent de s’ennuyer. Elles ont de la passion, c’est-à-dire qu’elles vivent les événements avec trois ou quatre cœurs, dont les sensibilités sont différentes. L’hystérie suppose l’instabilité. L’hystérie suppose la complexité de la psyché. L’hystérie suppose la confusion. Toute femme dotée d’un utérus, capable de passion, régulièrement instable, indécise, irrésolue, confuse, qui dit oui, non et peut-être au sujet d’une même chose, est certaine d’accéder à l’hystérie. Nous le disons avec la certitude de l’expérience empirique. En ce point, il nous faut nous impliquer encore personnellement pour dire que de la même façon que l’hystérie chez certaines femmes nous fascine, nous admirons celles qui n’y sont pas sujettes. Elles sont douces et toujours tendres. Cela est plutôt agréable.

 

Mais revenons-en à notre hystérie. Décrivons cet être terrible qu’est la femme hystérique. N’étant nous-mêmes point femme, nous ne nous borderons qu’à décrire les manifestations externes, physiques du phénomène ; quant à son mécanisme et ses conséquences psychologiques, quoique nous les sachions quelque peu pour les avoir longtemps étudiés, nous en ignorons encore une trop large part –la chose est complexe et obscure- pour prétendre les rendre dans leur détail clinique. Nous préférons, par rigueur scientifique, reporter leur étude complète à d’ultérieurs développements. Nous en dirons toutefois quelques mots, pour en donner une idée générale.

 

L’hystérique. C’est une créature étrange, qui n’est pas comme nous. Son Q.I. est de 723, 67. Mais c’est une intelligence mise au service de la folie. Paradoxal, non ? Ses yeux brillent d’un éclat terrible et épouvantable, qui lui confère un regard dément. Elle bave presque. Elle est agitée, ses nerfs sont tendus. Elle a chaud. Elle ne parle pas : elle crie, et sa voix est au sommet de l’aigu. C’est un couinement strident.  Son débit est rapide, torrentiel. L’on ne comprend pas ce qu’elle dit. Elle cède très vite à la violence. Elle pleure parfois. Ses cheveux sont en ordre de bataille. Ses ongles poussent. Ses poils se dressent même lorsqu’elle est parfaitement épilée. Elle est sublime en vous terrorisant. Vous avez peur mais vous l’admirez. Cela dure quelques minutes, puis elle se calme, épuisée par une telle débauche d’énergie. Dans son esprit, il se passe un phénomène sur lequel nous reviendrons : l’inversion. Tout se chamboule, tout se bouleverse. Elle n’a plus de repères.  

 

Voilà ce que nous pouvions dire sur l’hystérie, magnifique état dont nous ne savons, en réalité, s’il est plus beau d’en être le sujet ou le spectateur. Rendez hommage aux hystériques. Du moins, tant qu’elles ne vous tuent pas. Dernière chose, messieurs : évitez de mettre une hystérique dans votre lit. Vous mourriez sans avoir eu le temps de dire : « pas si vite, chérie. »

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Controverses cruciales.

14 Décembre 2012 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Mauvaise foi et autres méchancetés...

Esthètes et Dandys,

 

Poètes, Romanciers, Philosophes,

 

Physiognomonistes et Physionomistes,

 

Théoriciens du Beau et du Sublime, du Laid et de l’Ignoble,

 

Swaggeurs et Swaggeuses,

 

Hommes et Femmes à crêtes non encore pendus, tondus ou fous,

 

Coiffeurs Homosexuels ou non,

 

Panafricanistes,

 

Racistes et Antiracistes,

 

Esthéticiennes,

 

Porteuses de greffages malodorantes et de perruques empoussiérées,

 

Chauves,

 

Femen nues de tous horizons,

 

Blonds, Blondes, blondinets et blondasses, 

 

Rousses sublimes,

 

Catins,

 

Châtains,

 

Châtaignes,

 

Idiots, idiotes, bêtes, imbéciles éclairés,

 

Videurs,

 

Baudelairiens,

 

Brunes sublimes mes Amours,

 

Bénévoles et Contributeurs désintéressés,

 

Mesdames et Messieurs,

 

Auguste assemblée,

 

C’est avec tous les égards dus à Vos Eminences, et avec toute la gravité que requiert le sujet dont je m’en vais vous entretenir que je vous dépêche cette missive. Et si l’entreprise peut d’abord sembler impertinente ou emplie de vanité, veuillent vos clairvoyantes Pertinences voir au-delà, et me savoir gré, au moins, de la sincérité qui sourd en mon âme, principe de ma démarche, signe de l’étendue de ma détresse. Je n’eusse point même songé à vous invoquer si le dilemme qui m’ennuie ne le requérait réellement. La chose est une question de fond.

 

Vos Grandeurs s’impatientent, je vais vitement en venir à mon fait. Mais avant, permettez que je me présente. Ce n’est là ni coquetterie de mon esprit ni vanité de mon ego. Si j’ose parler de moi, c’est que mon humble personne a quelque rapport avec l’affaire.

 

L’avouerai-je, je suis un esthète, ou aspire, pour le moins, à l’être. Je ne crois en ce triste monde qu’au Beau. Je suis aveugle à tout le reste. La laideur me donne la diarrhée pendant plusieurs jours. Voilà ce qu’il faut savoir.

 

Il y a quelques temps, hanté jusqu’à l’hallucination par la Beauté des Femmes et de leur Univers, j’ai conçu le projet d’un ouvrage, « Prolégomènes au Mundus Muliebris », dont l’ambition démesurée est de montrer, à défaut de pouvoir jamais les comprendre,  l’infinie et sublime splendeur de ces êtres et de leur monde, dans ses concepts généraux comme dans ses détails. Cet ouvrage, en 417 volumes, est destiné à paraître en 2121.  

 

C’est ainsi que très vite, j’ai été forcé de rêver et m’esbaudir devant cette chose délicieuse chez une Femme, qu’est sa chevelure. La tentation est trop grande que je déflore ma réflexion sur ce sujet pour que j’y cède : cela sera fait à un moment plus heureux. Les chevelures, donc, m’ont piégé : leurs senteurs m’ont enivré ; leurs textures, assoupi ; leurs longueurs, emberlificoté, leurs douceurs, bercé ; leurs teintes et couleurs, fasciné. Les chevelures des femmes sont des mondes. Un esprit autrement plus grand que le mien a fait des vers sur la chose. Cependant, je fus tiré de ces oniriques visions par une difficulté dont je ne me sors toujours pas, et qui me donne, c’est ici le cas de le dire, du filin à retordre. Elle se peut résumer à une question. Je vous la livre dans toute la brutalité de son laconisme :

 

Les africaines sont-elles des brunes ?

 

L’épouvante me saisit. Voici que je sue et tremble. Mon cerveau se désordonne. Mes convictions s’ébranlent. Cette question est horrible. Je ne puis néanmoins, par déontologie, par loyauté, par fidélité, par souci d’Absolu et de justesse et, surtout, par Amour des Femmes, l’éluder. Ce serait trop commode. Ne cachant nullement ma préférence, mon adoration pour les brunes –race capillaire élue- c’est naturellement que le problème de mes sœurs africaines s’est imposé. J’ai donc osé la question. Temporairement incompétent, je l’ai soumise à un panel plus étendu. Twitter, dans ses prétentions aristocratiques, ne me répondit que timidement. Je me tournai vers le Grand Facebook.

 

La question fut posée, le débat fut âpre, les opinions croisèrent le fer, les intelligences s’aiguisèrent, les inintelligences se déguisèrent, les raisonnements se construisirent, les démonstrations se battirent, les avis divergèrent, l’on combattit héroïquement à coups d’idées colosses : mon mur, champ de bataille, Waterloo d’une après-midi, en est encore lézardé, et résonne encore du fracas épouvantable des analyses. Le sang coula. Ce fut une épopée.

 

Comment souvent, deux postures s’affrontèrent. L’on répondit oui. L’on répondit non.

Les tenants du oui fondèrent leur argumentation sur le fait que le brun, strictement entendu, est une couleur. Et les cheveux des africaines étant bruns, voire noirs, aucune subtilité ne saurait les exclure du Saint-Royaume de la brunerie. Le brun est une couleur. Les africaines ont les cheveux de cette couleur. Les africaines sont brunes. De l’infaillibilité du syllogisme.

 

Les tenants du non furent plus complexes, et non moins pertinents dans leur logique. Ils fondèrent leur posture sur cette vérité abstraite, que le brun se définissant précisément par rapport, par exemple au blond, au roux ou au châtain, et que les négresses ayant toutes la même couleur de cheveu, parler de brune en ce qui concerne leur chevelure est une absurdité. En d’autres termes, les africaines ont toutes des cheveux noirs, mais ces cheveux noirs ne peuvent être appelés bruns du fait même qu’elles ne se définissent par rapport à rien de différent chez d’autres africaines, par exemple.

 

La loi de la couleur affronta celle du « différentialisme » capillaire.

 

L’on ne tomba point d’accord.  La question prit un tour dramatique lorsqu’on faillit accuser son auteur, votre humble serviteur, de racisme. L’on fit de moi un assimilé qui cherchait à imposer aux africaines des codes et des schèmes qui n’étaient pas les leurs. L’on me dit que le qualificatif de brun n’avait aucun sens chez les africaines. Mais que sont-elles, en ce cas ? Je me défendis. Les panafricanistes enragés défendirent la singularité de la chevelure des africaines ; chevelure qui, comme tout le monde sait, est toujours naturelle, et n’a pas besoin de greffages et autres implants pour être. « Niuul kuuk » m’attaqua, "Khess pethie" s'y mêla, "Takh ci riip" s'y salit. Certains, philosophes, ramenèrent la question sur le plan de la subjectivité et de la perception subjectiviste ( !) du réel (sais-je moi-même, misère, ce que cela signifie ?) La bataille fut rude. Comme je l’ai dit, ce fut une épopée.

 

Ainsi ce termina ce formidable combat de titans : en queue de poisson. Cela finit comme cela commença. Je demeure encore irrésolu, incapable de trancher. Il le faudra pourtant. L’Eloge suppose la précision.

Voici donc, mesdames et messieurs auguste assemblée, la question que je vous soumets. J’attends fébrilement votre délibération. De son issue, dépend le sort de quelques millions de femmes, dont le charme n’a jusqu’ici été réduit qu’à leur derrière généreux. 

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Prolégomènes au "Mundus Muliebris", De la démarche des femmes.

30 Octobre 2012 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Mauvaise foi et autres méchancetés...

Prolégomènes au Muliebris, Texte II : De la Démarche des Femmes, partie II.

 

La publication de la première partie de cette étude m’a valu des douleurs et des critiques.

 

 J’ai d’abord été bestialement agressé par des ivoiriennes, qui n’ont pas supporté que je les eusse classé dans la si noble catégorie des balancières. Nourries à l’atiéké, aux bananes plantains et au poulet braisé, sauvages et brutales, rudes et animales, bodybuildées, les lâches m’ont attaqué à deux. J’invoque l’infériorité numérique pour expliquer ma débâcle. De plus, elles faisaient bien, à elles deux, deux quintaux. J’ai failli mourir, j’ai été dans le coma. Je ne sais comment j’en ai réchappé. Tout ceci est d’autant plus regrettable qu’il ne s’agit que d’une affaire de démarche. La susceptibilité est un péché. Et pourtant, j’adore les ivoiriennes. Je ne peux m’empêcher de les admirer, surtout lorsqu’elles dansent quand retentissent le rythme endiablé de « Bobaaraba », ou qu’elles s’excitent et entrent en transe alors que le prophète et boucantier ivoirien Molaré délivre ses grandes vérités : « il faut faire le malin sauvagement ; il faut faire le malin à outrance. » L’amour, cet éternel malentendu…

 

J’ai ensuite reçu des objections de la part d’esprits maniaques, qui réfutaient mes chiffres sur le temps de balancement de fesses des balancières. Cela m’a meurtri. Car c’est ma déontologie et mon statut qui sont en réalité mis en doute. Le scientifique que je suis, reconnu par la prestigieuse Académie des Sciences Physiques, Chimiques, Mathématiques et Morales, n’a pas souffert qu’un travail si fastidieux, mené dans les règles de la rigueur scientifique la plus absolue, soit contesté pour ses chiffres. C’est humiliant. Je rappelle à mes contradicteurs qu’à l’époque déjà, j’avais payé de ma personne –une autre ivoirienne m’avait giflé- pour mesurer ce temps, et dresser ces chiffres. J’ai perdu mon chronomètre et une dent dans l’affaire. Que l’on puisse, suite à tous ces sacrifices et tous ces sévices, m’accuser de falsification, d’exagération, de fantasme sur les grosses fesses, d’inexactitude, d’invention de spécimens surhumains, m’est proprement insupportable. C’est du sabotage. J’ai des images, que j’ai moi-même filmées, pour corroborer mes chiffres. Elles sont sous scellé, et seront dévoilées quand l’humanité sera prête à admettre des vérités si dérangeantes mais si nécessaires. Je vous donne rendez-vous dans cinquante ans. D’ici là, je maintiens : lorsqu’elle marche, la fesse droite de la balancière reste 2 secondes et 64 centièmes en hauteur, tandis que la gauche tient le haut du pavé pendant 2 secondes et 89 centièmes.  L’Histoire tranchera par la raie; et la raie ne ment pas.

 

Ceci dit, et malgré la peur qui m’étreint les entrailles à l’idée que l’on m’agresse encore, il faut continuer. Il y a quelques autres catégories. Je serai moins disert que je ne le fus pour la partie précédente : je ne tiens pas à trahir ma couverture par une trop grande volubilité.

 

Les Miss : Il faut leur reconnaître une certaine grâce, surtout lorsque leurs jambes, qu’elles ont interminables, se croisent et se décroisent vertigineusement. Leur science du bassin et de la démarche est fondée sur une idée directrice: l’élégance du pas naît de la raideur du buste. En d’autres termes, plus ce dernier est immobile, plus le déhanché est réussi. Tout est une question d’équilibre chez ces êtres extraordinaires, qui ne veulent pas balancer des bras lorsqu’elles se meuvent. Ce tour de force ne se fait pas sans sacrifices, cependant : les plus douées parviennent, en se tenant la taille pendant la marche, à maintenir leurs bras immobiles. Mais cette technique n’est l’apanage, comme je l’ai dit, que des miss qui ont du talent. Les autres, moins douées, font dans l’extrémisme : elles se coupent les bras à coups de machettes. Plus de bras, plus de balancements de bras, plus de mouvement du buste. Froide et implacable logique. Je vous épargne les scènes morbides dont je fus le spectateur. Toutefois, ceci n’est pas le plus remarquable chez les miss et leur démarche. Il y a mieux : une miss qui marche n’est jamais parfaite que lorsqu’elle tombe. Aussi ai-je découvert que toutes les manœuvres des miss ne tendent qu’à la chute. Leurs croisements et décroisement de jambes, pour élégants qu’ils soient, ne sont à vrai dire que les germes des crocs-en-jambe qu’elles s’apprêtent à s’infliger. Et elles savent tomber, en s’arrangeant toujours, comme les chats arrivent toujours à retomber sur leurs pattes, comme les tartines retombent toujours du côté beurré, à tomber sur leur derrière. Le destin d’une miss est de tomber. Les miss sont les masochistes de la démarche féminine. Elles aiment souffrir.

 

Les cagneuses : Ce sont les incarnations humaines des araignées. Nul ne comprend réellement comment elles marchent. Elles semblent avoir huit pattes désarticulées. Et pourtant, ce qu’elles courent vite ! Deux d’entre elles m’ont poursuivi parce que j’avais ri de leur morphologie, et je ne dus mon salut qu’aux menaces que je leur fis de leur donner des béquilles, outils qu’elles détestent par-dessus tout. Puisque je ne saurai dire comment elles marchent, je vais tenter, au moins de les décrire. Les cagneuses ont plusieurs genoux, quatre au total, deux comme nous autres, et deux autres tournées vers l’intérieur. Cette singularité physique leur conférence une apparence des plus étranges : l’on a l’impression que leurs genoux –les quatre- sont liées, et que leurs jambes ont la forme d’un grand X. La conséquence de cette bizarrerie est un développement fort marqué du buste : les bras sont musclés, les seins lourds, les épaules masculines. Je m’arrête là, je ne veux m’en faire des ennemies, d’autant plus que je n’ai plus de béquilles. Toute aide pour en savoir plus sur ces femmes est la bienvenue.

 

Les culs-de-jatte : J’ai un cœur grand et noble, et je ne stigmatise ni n’exclus personne de mon étude. Je suis un humaniste : toutes les Femmes naissent égales en démarche, puis certaines ont moins de chance que d’autre. Je m’intéresse à toutes les femmes, même aux handicapées. Je dois une fière chandelle aux culs-de-jatte femmes, car figurez-vous que les béquilles qui m’avaient sauvé la vie, alors que me poursuivaient les cagneuses, m’avaient été prêtées par une de ces grandes dames. Aussi désiré-je leur rendre hommage, en décrivant leur façon de se mouvoir. Mais la chose est technique, complexe, difficile ; la traiter dans son détail clinique pourrait tourner à l’impudeur, à la nausée, à l’horreur. Je vais simplifier, et leur offrant cet aphorisme : les culs-de-jatte femmes ont la démarche la plus fluide qui soit : elles rampent. Mais les plus riches se paient le luxe d’un pousse-pousse ou de béquilles. 

 

Les chamelles : Comme leur nom l’indique, elles vont l’amble. Ne me demandez pas comment cela se fait : c’est un mystère de la nature. Leurs deux jambes –à moins qu’elles n’en aient quatre- se meuvent en même temps, leurs deux talons se soulèvent et se reposent en même temps. Ne croyez pas qu’elles sautent. Elles ne sautent pas, elles marchent.

 

Il est temps pour moi d’arrêter cette étude et de fuir. J’entends, de la cave misérable d’où j’écris ces mots qui pourraient être mes derniers, une meute d’ivoiriennes cagneuses (la combinaison est épouvantable) qui me veut du mal. Elles m’ont trouvé. Si je leur échappe, je vous parlerai la prochaine fois, toujours dans le cadre des Prolégomènes au Mundus Muliebris, d’un autre sujet épineux : les chevelures de femmes. Adieu.

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Sermon sur l'Apocalypse capillaire.

25 Septembre 2012 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Mauvaise foi et autres méchancetés...

A la Mémoire des Iroquois et des Mohicans.

 

Parmi les si nombreux désordres qui hantent ce funeste temps, au milieu des chutes et des déliquescences morales qui caractérisent cette triste époque, il est une engeance, une entité, une chose qui se distingue des autres tant par l’implacabilité de sa tyrannie que l’étendue de son Mal ; une chose qui, de manière plus évidente que tous les autres signes d’une proche Apocalypse, sonne le glas de l’espèce humaine, annihile son intelligence, annonce l’Antéchrist, réduit à néant des millénaires de progrès,  éteint le soleil, désespère de vivre et d’être heureux. Cette chose, dont je répugne à prononcer le nom, est d’autant plus dangereuse qu’elle avance masquée, insaisissable, au cœur des sociétés qu’elle ronge de l’intérieur, et qu’elle trompe en se fondant dans la masse de ce que la bêtise humaine nomme tendance ; cette chose, qui glace le sang et épouvante l’âme, est d’autant plus insidieuse qu’elle revêt l’apparence tout à fait banale et inoffensive d’une mode capillaire. Oui, mes frères : la crête, tremblez et frémissez à ce terrible nom, est la prémonition la plus juste de la fin de notre ère. L’Histoire aura donc attendu la toute fin pour nous infliger la plus cruelle, la plus cinglante et la plus humiliante des ironies : que l’humanité soit éteinte ni par un météorite ni par un raz-de-marée, non plus que par la pollution ou même, j’eusse préféré cela, par un concours de pets qui aurait mal tourné, mais par une invasion ignoble de crêtes crétines.

 

Je ne m’attarderai pas à décrire la tragédie de ce temps. Son apparence est banale, oserai-je, risible. Héritée des Iroquois et des Mohicans, valeureux peuples qui eussent préféré ne point exister s’ils eussent su le destin qui attendait leur coiffure, la crête, jadis signe de courage et de bravoure, est aujourd’hui reléguée à la vanité des artifices de la coquetterie. S’il ne s’agissait que de cette vanité, il n’y aurait, esthétiquement parlant, rien à redire. Ce serait à n’y plus rien comprendre si moi, qui ai vanté la nuque des femmes et fait l’éloge de certains effets du maquillage, moi qui travaille comme un forcené pour achever un mémoire sur la chevelure des femmes, moi encore, qui ai maintes fois célébré l’inutile dans sa beauté, je me mettais à dénigrer les effets esthétiques, leur indolence et la dimension de vanité qu’ils contiennent, et qui sont essentiels au salut de ce monde. Mais le fait est que, même sur le critère esthétique, cette coiffure nommée crête est au mieux horrible, médiocre, haïssable. Tous ceux qui la portent, pour le salut de la beauté de ce monde, mériteraient la tonsure ad vitam aeternam et la sentence d’excommunication de la raison humaine. Figurez-vous, ô mortels, un trait de cheveux, un seul, plus ou moins touffu, qui fend méchamment en son plein milieu un crâne glabre et dénué d’intelligence sur toute sa longueur. Vous avez là, dans toute sa sublime simplicité, le caractère de base de la crête. Ses porteurs, géniaux dans l’infâme, bourreaux achevés de nos yeux esthètes, mécontents de cette bête simplicité, l’ont cependant complexifiée, en en déclinant les effets et les coupes. Ainsi arrive-t-il qu’au lieu d’être complètement nu, le crâne soit légèrement garni de cheveux qui font mieux ressortir le tracé farfelu de la crête. Il se peut aussi, que par ce qu’ils appellent art et que je nomme vacuité de l’esprit, les porteurs de la crête effectuent des variations sur la longueur de leur chose, sur son épaisseur, sur son volume. Mais ce ne sont pas ceux-là, les plus malheureux. Non, mes frères. Il existe, dans la masse abrutie des porteurs de crêtes, une frange – restons dans le lexique capillaire- spéciale d’individus, qui poussent la bêtise de la crête à un art : voyez, misérables contemporains de la crête, ces êtres qui teignent le trait de leur chute du plus affreux des pigments : le jaune ! L’effet est abominable, et combien de fois n’ai-je vomi en regardant ces individus marcher fièrement, sûrs de leur fait ? La crête est un trait qui ne finit que dans le malheur. Je le dis, je le défends, je le veux : cette fente est la porte de l’Enfer! Celle de Moïse ouvrait sur la Liberté, celle des Femmes ouvre sur le Bonheur absolu, mais celle de la crête ! Elle ouvre sur le néant, le vide !

 

Les êtres à crête ne sont pas comme nous. Ils ne réfléchissent pas comme nous, s’ils réfléchissent. En fait, pour tout vous dire, les êtres à crêtes sont fous. Je ne vois pas d’autres explications à ce pas en avant dans la fantaisie capillaire. La coupe « zoulou » elle-même, aujourd’hui tombée en désuétude et –c’est anecdotique- apanage des rats, n’était point tombée si bas dans la tragédie. Je n’arrive pas à me débarrasser de l’idée, tenace, que certaines crêtes préfigurent la non-intelligence de leurs porteurs.  Et puis quelle idée, d’aller disputer aux coqs cette couronne sans prestige ? La seule accointance qu’ils ont avec les gallinacés, c’est qu’il leur arrive de se battre entre eux, pour une poule : savoureux spectacle ! Hormis cela, ils n’ont rien, rien, des coqs : ni la majesté, ni la sublime indifférence, ni le pas altier, ni même, il faut le faire –on parle quand même de ces cons de coqs, la connerie, la leur étant transcendentalement supérieure.  

 

Hélas, mes frères, toutes mes colères crevées et mes élans pamphlétaires ne peuvent éluder un fait : ce sont ces fous qui envahissent le monde et le conquièrent. Vos enfants, vos jeunes frères et sœurs, vos neveux et nièces, toute cette génération de l’avenir, qui ne sait encore rien des beautés de ce monde, croit que la crête est leur salut, et s’agrippe à elle. Faut-il leur en vouloir, dites-moi, si l’on sait que ceux qui passent pour les idoles de l’époque arborent des crêtes ? Il est temps, si l’on veut éviter à nos cadets d’être une génération sacrifiée, si on veut leur éviter l’ignominie d’être une génération à crête, d’agir, de sonner le crépuscule des idoles. Pour votre salut, le mien, celui du monde, de la beauté et de vos enfants, pour tout ce que vous avez aimé et chéri, pour les Iroquois et les Mohicans, pour réhabiliter l’Histoire, pour la gloire, et pour Dieu, mes frères, entrons en guerre sainte. Agissons.

 

Tondons-les.

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Prolégomènes au "Mundus Muliebris", Texte I: Le Maquillage.

10 Juillet 2012 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Mauvaise foi et autres méchancetés...

Note : La lourdeur de ce titre n’est pas la manifestation de quelque pédantisme de l’auteur, mais bien plutôt la marque de sa volonté d’être légitime, l’indice du sérieux de son étude, à laquelle il a consacré de longues heures de labeur, et sacrifié jusqu’à certaines heures qu’il consacrait d’habitude au football.

 

 

 

                                                                                   Introduction :

 

Ce monde aspire trop à la virilité. Il bande trop et pour un rien, éjacule dans un râle petit, et en oublie, dans ce lamentable et furtif état où la pensée devient un vide, de parler de ce qui est fondamental : de ces mystères qui enveloppent la beauté, en rehaussant son éclat des douceurs de l’inconnu. De la femme donc. La femme, en effet, est en ce monde l’une des choses essentielles, ou n’est rien. Cela va de soi. Mais si elle est essentielle, ce n’est pas tellement pour les charmes de son corps ou la complexe, incompréhensible, agaçante, délicieuse, malicieuse, sournoise, détestable ou agréable  manifestation de son instable psychologie, que pour l’univers qui l’entoure. L’univers féminin. L’univers de l’apparat. De la magie de l’artifice. Une constellation d’argent où chaque étoile mérite qu’on s’émeuve de ses feux, et qu’on l’évoque avec passion. De la femme naturelle à la femme parée, la transformation est si grande qu’Ovide eût sans doute été bien inspiré d’en faire cas dans ses Métamorphoses. Le mundus muliebris, « l’univers féminin », espace de la coquetterie féminine, on le sait depuis Baudelaire, doit être réhabilité et considéré. L’essence de la séduction est tout entière contenue dans les femmes ; c’est là, entre autres, ce qui fait le génie de leur sexe.

 

Il faut voir clair dans cet univers féminin. La tâche n’est pas aisée. Les contours du sujet sont flous, ses replis nombreux, ses couches épaisses et parfois graisseuses, ses sentiers tortueux, quelquefois non débroussaillés et emplis de surprises.

 

Un ami s’était, ici (à lire absolument !), dévoué pour nous éclairer sur la lingerie féminine. Cette partie était grave, c’est elle qui recouvrait le plus de difficulté, de bosses, de profondeur ; elle nécessitait agilité, délicatesse, minutie, doigté. Il fallait au moins le talent, la finesse et l’expérience de ce jeune esthète pour l’aborder.     

 

Baudelaire avait fait l’Eloge du Maquillage. Tout autre mot dans le but de célébrer cet artifice serait donc inutile.

 

Aussi ne vais-je en faire, humblement, que la typologie et la critique. Et pour ceux qui en douteraient, je me sens légitime pour parler cosmétique.  L’un de mes talents, que j’ai, ma foi, nombreux, est de savoir être aussi perfide qu’une femme jugeant une autre femme sur son apparence : je sais, d’un coup d’œil, déceler la vallée de la ride sous le fard, le cratère de la cerne sous le fond de teint, l’imperfection sous l’artifice. Et je sais aussi en rire méchamment, intérieurement, hypocritement, sournoisement. Fémininement, donc. N’ayant cependant pas pensé seul, ayant bénéficié du précieux concours d’une personne chère du sexe fiable, experte de son état, dont je tairai le nom par respect, je ne saurai commencer sans l’avoir associé à cette étude, et lui avoir exprimé toute ma profonde gratitude.  

 

Cette introduction, sans pour me vanter, était magnifique. Il sied toutefois, pour ne point irriter les lecteurs hâtifs, de l’abréger ici. Hélas.

 

 

Corpus critique

 

Argument : Le maquillage, dit-on, est une question d’harmonie. Certes. Mais toute harmonie naît d’un assemblage qu’elle clôt et sublime, en en nivelant, en en unifiant les diverses composantes. L’erreur, fréquente chez les femmes, est de songer immédiatement, systématiquement, bêtement donc, à l’harmonie, sans accorder aux pièces de la composition l’attention singulière que chacune d’elle mérite. L’harmonie n’est pas la tyrannie du résultat, elle est l’exigence du cheminement, du raisonnement, de la cohérence construite. Le maquillage est une architecture : si sa beauté globale n’est perceptible qu’à la toute fin, il ne faut jamais oublier que chacune de ses étapes constitue en soi une beauté essentielle qui, à cet égard, mérite science, amour, étude, attention. Trop de femmes l’oublient souvent. De là naissent fatalement tant de désastres et d’horreurs sur quelques méchantes figures. Désastres et horreurs qui déchirent, accablent, détruisent, empoisonnent, l’amateur de grâces visuelles que je suis. Magnanime et superbe, le front ceint de la noble intention de secourir, humaniste, j’ai décidé de réagir. Ceci est un acte d’amour autant qu’un cri de détresse. Mal maquillées, je dis votre nom et espère, pour mon salut et le vôtre, que vous réagirez. Sinon par orgueil, au moins par sollicitude et humanité.

 

Le fond de teint : C’est la mère de toutes les tragédies, la matrice de tous les malheurs que le maquillage peut déclencher, et le Seigneur sait qu’ils sont aussi nombreux qu’épouvantables. C’est simple : l’application du fond de teint est au maquillage ce que le contrôle est au football : un acte de base fondamental : ratez-le, et c’est toute la manœuvre qui est condamnée à être fastidieuse et pénible. Il y a un endroit essentiel où il ne faut pas oublier d’en appliquer, sous peine d’échouer et d’être laide à jamais : derrière les oreilles. Et un peu à l’intérieur aussi : ça peut cacher le cérumen. Sous peine de ressembler à Rame Yade, bariolée, haute en couleurs, perdue entre deux vagues pigments, clownesque, je vous conseille, Mesdames, d’avoir le toucher élégant en maniant le fond de teint. Je ne saurai terminer sans rappeler solennellement tout ce que le fond de teint doit à la latérite terre battue du Burkina-Faso. Une minute de silence admiratif pour la terre rouge du pays des hommes intègres.

 

Le rouge à lèvres : Que l’on me permette une indignation. Le ségrégationnisme n’est pas mort : l’on s’en rend hélas compte en abordant la question du rouge à lèvres.  Quelle raison autre qu’odieuse, honteuse, innommable en effet, peut expliquer que les hautes lèvres seules aient leur instrument de maquillage, l’outil de leur mise en valeur ? Et les nobles lèvres du bas ? Que deviennent-elles, livrées à elles-mêmes, pendantes, maltraitées par quelques malhabiles et indélicats mâles ? Parce qu’elles forment les deux battants du majestueux portique de l’origine du monde, parce qu’elles sont l’objet de tant de phantasmes, de tueries, de folies humaines, parce qu’elles sont rouges, et parce qu’elles contiennent héroïquement l’odeur de poisson frais qui tend, m’a-t-on dit, à se dégager de la chose, je milite ici pour la création d’un rouge à lèvres basses. Inutile de saluer le génie et la noblesse de ma requête : la question est grave, il fallait une réponse à sa mesure : je la donne ici avec l’humilité qui sied. Ceci dit, il faut en revenir au rouge à lèvres classique. Il est bien connu qu’il ne faut pas en mettre lorsque les yeux sont trop maquillés. Mais cela, apparemment, beaucoup de sénégalaises femmes ne le comprennent pas encore. La bouche d’une femme est un fruit dont la rougeur trahit la succulence. Plus ses lèvres sont rouges, plus ce fruit semble défendu, et donc désirable. Il faut préférer la couleur rouge ou, à la limite, rosie, pour les lèvres. C’est souligner le mystère et l’attrait de cette merveilleuse partie de l’anatomie féminine. L’application du rouge à lèvres me fascine : lorsque la femme, fatale et désinvolte, achève de le mettre, et pince ensuite ses lèvres, les gonfle, les fait jouer dans une gymnastique épouvantablement belle, en vous regardant d’un œil où luit je ne sais quelle diabolique éclat, il faut s’émouvoir ou crever. Toutes les vraies femmes préfèrent le rouge pour leurs lèvres. Les autres sont des clowns. Ou des gothiques refoulées. Ou Lady Gaga.

 

Le gloss : n.m. : pâle avatar du rouge à lèvres qu’il ne pourra jamais remplacer, il paraît aux dernières nouvelles qu’il sert à donner de l’éclat aux lèvres, ou à leur donner du volume par un effet d’optique. L’entreprise est farfelue, ses motivations foireuses. A quoi sert-il, en effet, d’essayer de rajouter de l’éclat à la plus éclatante partie du visage. C’est comme poser le faisceau d’une torche sur le soleil. Le gloss est un artifice d’autant plus lamentable qu’il ne trompe plus. Le gloss est la supercherie de la supercherie. Le gloss tue. Le gloss est un attrape-nigaud. Le gloss est à bannir de la palette du maquillage. Personnellement, je préfère le baume à lèvres, ça protège au moins du froid et hydrate les lèvres. J’exècre le gloss.

 

Le mascara : Certaines femmes qui ne le sont que de nom arrivent à se foutre la tige du mascara dans l’œil. Il faut souhaiter, messieurs, ne jamais voir cela : votre déception serait supérieure à celle qui vous a saisi lorsque vous avez découvert, jeune et idéaliste, nourrissant une indéfectible foi dans la perfection, que les femmes aussi allaient aux chiottes. C’est un mythe qui s’écroule, et cela fait mal. Le mascara, donc. Eloge de la majesté du cil, l’intensité qu’il donne aux yeux défroquerait un ermite. Mais plus que d’intensité, le mascara confère de l’intelligence au regard : il arrive même à rendre intelligent l’œil crétin et avide de certaines femmes. C’est dire. Hélas, sur ces êtres hostiles à la grâce, l’effet du mascara s’estompe dès que s’ouvre leur bouche. Le mascara n’est réellement appréciable que sur une femme de classe. Il ne faut pas en mettre trop, ça alourdit la paupière, et abêtit le faciès. Conseil aux femmes : lorsque vous avez utilisé du mascara, ne fermez pas les yeux lorsque votre homme vous embrasse : faites juste battre vos cils allongés, ceux-ci le chatouilleront, il étouffera un rire. L’effet en bouche est exquis.

 

L’eye-liner : cet anglicisme est à honnir alors qu’il y a ligneur dans la langue française. Ce petit point de terminologie réglé, je ne puis que clamer mon admiration et mon émotion devant la magie et la sublime beauté que le ligneur et le crayon apportent au visage. Un regard doit être un mélange de mystère et de suggestion. Ces instruments apportent ces deux choses à la fois, et rajoutent une profondeur inégalée. Ma préférence cependant, c'est mon côté littéraire facho, va au crayon. Ô khôl, contour brun de ces yeux de biche, principe de mes émotions, étincelle de mes étincelles, flamme noire des regards enflammés, mystère de Didon, de Cléopâtre, de Néfertiti, trésor d’Egypte, je te salue amoureusement ! Le crayon a sur les peaux hâlées un effet grandiose, raison pour laquelle je vous ordonne, messieurs, de réclamer le regard d’une belle arabe avec du khôl autour des yeux sur votre lit de mort. Une étude très sérieuse que j’ai menée m’a du reste récemment révélé que Méduse en mettait chaque matin. Le mystère de son regard stupéfiant et maléfique est résolu. J’ai vu il y a quelques jours dans un bus une japonaise avait utilisé du crayon pour s’étirer le coin des yeux : cela les lui avait presque bridés. Presque.

 

L’anti-cerne : Les impudiques et les méchantes langues l’appellent « correcteur. » Toute femme doit en avoir à partir de 28 ans, âge où, le pic de beauté, déjà atteint, commence fatalement à décliner, où les crevasses se forment plus facilement et profondément autour des yeux, où, pour une seule nuit blanche, les rides se creusent sur le visage, où les joues se flétrissent.  Pour refuser de vieillir, il n’y a pas mieux. Il ne faut pas en abuser, cependant : jour où l’on n’en met pas, c’est une tragédie. Mieux vaut donc ne jamais en mettre en vivre un drame permanent que de s’y habituer et d’oublier d’en mettre un jour, et de vivre une tragédie d’un soir.

 

Le fard : Dans la hiérarchie de mes préférences quant au corps féminin, les joues figurent en très bonne place. Ces surfaces molles et adorables, réceptacles des premiers élans amoureux, méritent qu’on les célèbre. Le fard à joues, puisque c’est de lui qu’il s’agit lorsqu’il faut les célébrer, est une arme terrible de séduction : appliqué avec légèreté, rosissant légèrement les joues, il donne au visage féminin une candeur angélique, que les mâles ont souvent envie soit de protéger soit de couvrir de baisers; étalé avec un peu plus d’intensité, il révèle chez la femme l’insolente assurance de sa beauté, la provocation silencieuse de son visage intouchable, la pureté du grain de sa peau. Eve, cette avant-gardiste, mettait du fard à joues: cela me suffit pour ne pas lui en vouloir d’avoir bouffé une golden avec Adam.

 

Le fard à paupières : Inutile. Le fard à paupières est au mascara ce que le gloss est au rouge à lèvres.

 

 

La liste, évidemment, est non exhaustive. Il est un certain nombre de produits que j’ai jugés mineurs, et que je n’ai par conséquent pas traités. Je finirai juste en disant ceci : une femme qui ne sait pas se maquiller est un homme. Je m’en tiens là.

 

Prochainement sur cette question : l’univers de séduction chez les femmes sénégalaises. 

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Ce qu'il faut aimer d'un corps de femme, entre autres...

24 Janvier 2012 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Mauvaise foi et autres méchancetés...

     D’un corps de femme, l’on n’aime jamais qu’une seule partie. Celle où, à ses propres yeux, le Créateur (ce mot ne prend son sens absolu qu’appliqué à Dieu), dans une de Ses fulgurances de génie, aura mis tout son art. Le corps de la femme comme beauté totale et parfaite est une mythologie ou alors, à admettre qu’elle existât de quelque façon, cette totalité ne serait que l’effet d’une irradiation, d’une extension, d’une diffusion. Que cela veut-il dire ? Ceci : que si un corps de femme nous semble parfait en intégralité, ce n’est pas parce qu’il l’est en soi, en effet, mais parce que que l’on a projeté en toutes ces parties, en tout son corps, la perfection du point particulier qui nous en enchante ; de sorte que la beauté, la grâce et la sensualité, concentrées en un seul endroit vénéré, désiré, rejaillissent, par une opération de transposition magique effectuée par le désir et l’aveuglemEmma...ent, d’un puissant éclat sur le reste du corps. L’excellence et la beauté de la femme sont toujours concentrées en un seul point de son corps. Tout le reste est réflexion -aux deux sens de ce terme.

 

     Les hommes aiment beaucoup de choses dans un corps de femme. Il y a chez chacun d’eux une préférence, un îlot esseulé dans cet océan de rêves où ils aiment à s’alanguir paresseusement s’ils n’y laissent traîner leurs regards –volés ou non- ou leurs mains tremblantes. Les romantiques et autres niais s’extasient devant les yeux où ils croient déceler de l’âme. D’autres ne voient que les lèvres –honni soit qui se demande en ce moment : lesquelles, de lèvres ?, car la chose relève de l’évidence. Certains, les baudelairiens, dont j’ai hésité à faire partie, contemplent et caressent les chevelures à en périr. Il y en a qui aiment les nez, et d’autres, la bouche. Etranges, ceux qui regardent les dents. Ceux-ci s’émeuvent des tailles déliées. Ceux-là, les fétichistes, du pied ou des mains. Quelques-uns, les alpinistes, aiment à s’égarer entre ces gibbosités aux courbes et lignes parfois démoniaques que constituent les seins ; quelques autres ne s’enivrent que de fesses (de toutes sortes, grosses, petites, incontrôlables, larges, étroites, etc.) – et je vous en supplie, ne voyez là rien de scabreux, je parle en esthète absolu, en théoricien pur. Il y a encore ceux qui sont ravis par les épaules, entièrement nues ou à moitié, révélées dans une posture innocente. Les chevilles ont leurs amateurs également, autant que les gros mollets ont les leurs. Le dos est objet de fantasmes, les hanches aussi. Les joues alliées éternelles des lèvres, sont également aimées: elles donnent au visage son allure, sévère et altière -les pommettes sont assez marquées alors- ou grasse. Et puis les joues ont cet avantage de recueillir, souvent, les premiers élans de tendresse. Puis, pour finir, il y a les spéléologues, ceux-là qui vouent un culte à la fleur où éclot l’humanité. Que l’on ne me demande pas ce qu’on peut aimer de cette fleur. Qu’en sais-je ? Peut-être ses senteurs, dont un de mes anciens professeurs, que je salue pour son grand sens de l’image et de l’analogie, disait qu’elles sont celles du « poisson frais »…  

     Mais tout cela en somme est d’une banalité affligeante. Les yeux, les cheveux, les courbes, la bouche, les pieds, etc. sont autant d’objets que des siècles de poésie ont achevé d’ôter l’originalité. Tout le monde les aime, sans vraiment savoir pourquoi. Il n’y a rien de pire : aimer par mimétisme. Or, si ce n’est par originalité, au moins par curiosité, il ne faut aimer du corps des femmes qu’un seul endroit, celui-là qu’on ne voit que rarement, que trop peu de vers ont chanté, qu’aucun blason n’a célébré, auquel peu d’hommes, voire peu de femmes, prêtent attention.

 

La nuque.

    

     Ôtez ce sourire. C’est l’un des plus beaux endroits du corps féminin. Parce qu’il en est le plus secret, le plus discret, et par conséquent le plus mystérieux et intrigant : les hommes l’ignorent, ne l’effleurant souvent que pour attirer la femme vers eux ; les femmes la négligent comme possible –certain- atout de leur beauté, la dissimulant souvent sous une couche de cheveux ou de greffages. L’on ne la voit pas. Nous sommes trop peu nombreux encore à savoir voir que la nuque n’est pas le cou, et que la mêler indistinctement à la masse brute et verticale de ce dernier, c’est enlever à l’objet toute sa singularité, c’est s’ôter le plaisir d’en ressentir les charmes visuels autant que ceux du toucher. Il faut voir la nuque. Voir cette petite surface, fragile et puissante à la fois, être au carrefour des épaules, des cheveux, du dos, dont elle révèle les charmes particuliers. Voir les reflets du soleil y luire légèrement, suggérant la douceur de la peau. Voir, surtout, que la féminité entière y est concentrée. La grâce, la fragilité, la sensualité, la sensibilité, la douceur, le frisson : la nuque est une réduction d’identité féminine. Cherchez-y même de la perfidie, elle s’y trouve naturellement. Lorsqu’une femme vous refuse un baiser tant espéré, c’est le mouvement de sa nuque qui lui fait tourner la tête… (A vérifier, quand même, ça.) Promenez-y vos doigts, elle frissonne, soufflez légèrement, elle sursaute mignonnement, apposez-y un baiser…

     Je pense sérieusement que l’image de la chevelure que la femme détache, et qui retombe sur ses épaules en magnifique cascade ou en splendides anneaux -cheveux naturels ou de mèches-, n’est si belle, et n’est autant objet des fantasmes mâles que parce qu’elle montre la nuque disparaissant de façon sublime, comme le soleil à l’horizon, renvoyée à son secret jusqu’à sa prochaine apparition. Remarquez que le mouvement inverse, celui des cheveux que l’on relève, est tout aussi beau. De toutes les coiffures donc, préférer le chignon. 

 

La découverte de tout corps féminin devrait commencer par la nuque. Cette chose est une invitation à la caresse.

    

     Petite leçon : aux jeunes imbéciles, je propose désormais de dire à une femme qui vous plaît, au cas où vous ne vous sentiriez pas capable de lui sortir le subtil: « Vous me faites sentir tout chose », de lui lancer, emphatique : « Madame, vous avez une nuque délicieusement exquise… ». Cela vaut mieux, et est plus original que le banal « vous êtes très belle » ou le fameux « vous êtes charmante », qui ne signifie plus rien, et que l’on ressort systématiquement quand on ne sait quoi dire et que l’on veut malgré tout avoir l’air élégant. Sinon, récitez ces vers de Verlaine :

 

« …Et c’étaient des éclairs soudains de nuques blanches,

Et ce régal comblait nos jeunes yeux de fous… »

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Haines Parisiennes.

4 Juin 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Mauvaise foi et autres méchancetés...

     Je hais Paris. Son grouillement éternel. Le flux et le reflux lassant de sa multitude. Ses métros. Ses odeurs fétides. Barbès. Ses pauvres, qui n’ont pas dans les yeux cette étincelle qui rehausse la misère d’une mélancolique poésie. Ses congolais multicolores, mes frères. Son ciel sans horizon. Ses hypocrisies. Ses trahisons : Le Flore et les Deux-Magots, jadis lieux que les volutes de fumée des cigarettes embrumaient et qu’assourdissaient, dans une chaleur humaine communicative, les notes langoureuses du jazz ; aujourd’hui rassemblement de tout ce que la rive gauche compte de bourgeois gentilshommes, et tout ce que Paris compte, disons-le ainsi, d’intellectuels. Mon cul. Je fais l’économie de mes jalousies augustes, ceux que j’y ai vus ne les méritent pas. Qu’ils se contentent de mon mépris. Le Flore et les Deux-Magots : l’élan brisé de mes fascinations candides. Où est le jazz ? Où sont les fumées ? Les corps endiablés ? Les yeux transis, enfiévrés par l’effervescence de quelque débat ? Les éclats de voix joyeuses qui se perdent dans la nuit ? Les cahiers que des génies griffonnent ? Je ne les vois plus, ne les entends plus. Mes lectures et mes rêves m’ont encore emporté, ce que j’espérais voir appartient au passé. Maintenant, « c’est plein de duchesses et de marquises. » Je vois Sartre et Vian qui s’essuient mutuellement leurs larmes : de rire ou de peine ? Qu’importe. Je continue en retenant les miennes.

    Je hais Paris. Sa solennité gauche. Ses travestissements : la grandeur historique de ses monuments que ternit souvent la tyrannie de l’argent. Ses touristes. Ses pigeons idiots. Les vrais volatiles, j’entends, pas les touristes. Quoique, c’est peut-être la même chose… Je hais Paris. La Seine quand elle est polluée de péniches et autres bateaux-mouches. Sa Tour Eiffel : vieille dame de ferraille à la majesté décatie, phallus centenaire qui ne réussit à demeurer si virilement (et encore…) dressé vers le ciel qu’à coups de fellations touristiques de rénovations annuelles. Elle ne retrouve sa splendeur et sa pureté qu’au crépuscule ou à l’aube, quand sa silhouette bienveillante, répand sur la ville adoucie une lumière égale d’amour et de protection, sa modernité réhabilitée : « Bergère ô tour Eiffel le troupeau de ponts bêle ce matin… »

     Je hais Paris.

    Peut-être est-ce parce que je n’y vis pas. Ce que j’y cherche, je ne l’ai pas encore trouvé. Contre moi, le fait que je n’y mette les pieds que rarement. Qu’est-ce que je cherche ? Je ne sais pas exactement. Une atmosphère. Des gens. De l’aventure ? Peut-être. De la magie. Une émotion violente.

    Parfois, parfois seulement en marchant dans les rues de Paris, je sens l’étincelle du sentiment recherché, qui s’éteint hélas bien vite et me fuit. Fulgurance d’un visage, qui m’est d’autant plus douloureuse que j’en sens là, quelque part dans cette ville, au détour d’une ruelle ou tapie dans quelque quartier encore vierge de mes pas, la présence forte.

    Finalement, je ne hais pas Paris. Je lui en veux juste.

  Je lui en veux de trop bouger alors que je veux voir ses yeux. Croiser son regard que j’imagine envoûtant. Je lui en veux de ne m’avoir montré que des bohêmes quand je cherchais des dandys. Vous savez que ce n’est pas pareil, question d’art et de perfection. Le bohême est au dandy ce que le talent est au génie : une esquisse. Une préfiguration. Un inachèvement. J’en veux à Paris d’avoir énormément de talent et trop peu de génie. Je lui reproche l’intermittence de ses éclairs. Je suis exigeant : mes rêves m’en ont donné le droit. Que Paris justifie les légendes qui font son charme ou l’on fait, ou meure à mes yeux à jamais. Que cette ville arrête de courir et me regarde en face. J’emmerde l’insaisissable quand il n’est qu’un refuge de la médiocrité. Le baroque est un art, pas une lâcheté.

   Je ne suis pas encore sérieusement allé du côté de Pigalle ou du Marais. Il paraît que quelques trésors pourraient y être cachés. Je crains cependant que l’impudeur, l’artifice et la rustrerie n’y disputent l’orientation des commerces humains à la beauté, à la franchise et à l’élégance. Les premiers caractères cités vicient toute relation, les seconds l’ennoblissent. J’attends de voir.

    Hier, j’ai été à Paris. Je lui en ai encore voulu.

   Heureusement, il y avait les femmes de Paris. Et le soleil de Paris. Et les jupes qui tourbillonnaient sans jamais rien révéler qui pût nuire à l’intimité de celles qui les portent. Le génie des vraies femmes est là : dans cet exercice, que peu d’élues maîtrisent, qui consiste à envelopper la grâce ultime d’un halo d’inaccessibilité, à allier la séduction la plus irrésistible au mystère le plus intrigant, à se tenir sans chuter aux confins de la sensualité la plus suggestive et de l’innocence la plus pure.

    J’en ai voulu à Paris de s’être une nouvelle fois dérobé à mes yeux. Heureusement, il y avait ses femmes. Leur charme a adouci l’aigreur née de ma quête encore vaine. Elles m’ont donné la force de continuer à chercher Paris. Grâces leur en soient rendues.    

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Draguer, Charmer, Séduire (Acte III)

12 Février 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Mauvaise foi et autres méchancetés...

     Séduire. Je n’ai pas grand-chose à dire sur les séducteurs.

     Ce sont des araignées, avec tout ce que l’animal a de perfide, de sournois, d’effrayant. Mais avant tout, le séducteur est quelqu’un d’extrêmement intelligent. C’est un génie. C’est non avec les faiblesses de la personne qu’il tente de séduire qu’il va arriver à ses fins, mais avec les forces propres de cette dernière, qu’il va arriver à la faire tomber dans sa toile. Il ne force rien. Il donne l’impression de ne rien faire, mais derrière cette apparence passive, un jeu diabolique se met en place, et l’étau se resserre imperceptiblement. Le compliment discret, mais diablement puissant, le regard effacé, mais tellement éloquent, la diction simple, mais ravageuse, l’élégance sans extravagance, voici les principaux éléments de l’arsenal du séducteur ; arsenal d’autant plus efficace qu’il est latent, insidieux dans son action.

     Tout séducteur est un charmeur. C’est-à-dire que, joueur invétéré, il a pour objet non la personne en elle-même, mais cette chose immatérielle, métaphysique, qui l’unit à elle : la conquête. Tout séducteur est également un dragueur : il y a du Narcisse en lui, une volonté de se prouver quelque chose. Cependant, à ces deux caractéristiques, le séducteur ajoute une troisième, qui lui confère toute sa singularité : il est un danger pour lui-même. En séduisant, il s’expose à cette chose qu’il craint tant : l’attirance pour l’autre. Car voyez vous, les plus grands séducteurs ont peur de l’amour. Ils n’en veulent pas, ça les tuerait. Ils ne savent qu’en faire. Ils séduisent pour s’occuper, faire diversion, se protéger de l’amour, mais ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’en séduisant, ils peuvent parfois être eux-mêmes séduits, et tomber amoureux, ce qui signifierait leur fin, du moins en tant que séducteur. Que dis-je ? Ils ne le savent pas ? Certains d’entre eux le savent parfaitement.  Mais c’est cela qui  les intéresse : le risque, la limite ultime, l’exercice de funambulisme. La possibilité du cou brisé sur le sol des sentiments. La séduction est une arme fatale : autant pour la personne qui la subit que pour celle qui l’exerce. J’ai utilisé tout à l’heure l’image de l’araignée. Je la change : prenez celle du scorpion. Son dard est un poison pour l’ennemi, mais le danger, c’est que le dard pique parfois son possesseur. Telle est l’ambivalence de la séduction, et la condition –désirable ou pas ?- du séducteur.   

     Tous les mythes de grands séducteurs que la littérature nous offre finissent d’ailleurs par mourir de leur jeu : Dom Juan, Le Vicomte de Valmont, Dorian Gray, soit pour défier Dieu jusqu’à l’ultime souffle (Dom Juan), soit en se débattant dans le piège qu’ils ont eux-mêmes dressé, et dont ils ne peuvent s’échapper (Valmont), soit en payant le prix de leur séduction, leur âme, à l’Enfer (Dorian Gray).

     Il y a bien eu un séducteur célèbre –et réel- qui survécut à ses aventures: Casanova. Mais lui, il ne refusait pas l’amour. Il l’assumait.

     J’arrête là mon analyse sur les séducteurs. Ce sont des personnages complexes, que, -je l’avoue humblement- je n’ai pas encore cerné (sans doute est-ce là leur nature, que de se fondre dans le paysage), mais dont je suis néanmoins très curieux. Je reviendrai à la charge, dès que j’en rencontrerai d’avantage. Pour l’instant, le seul que je sois certain de connaître, c’est le Diable.  

     Voilà. La trilogie est terminée. Draguer, charmer, séduire. Messieurs, Mesdames, choisissez, faites vos jeux. Vous vous y reconnaîtrez peut-être.

     Et moi, dans tout ça ? Moi ? Je me tais. C’est une nouvelle technique, une nouvelle catégorie, dont je suis le seul spécimen. Inutile donc que je l’explique.   

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Draguer, Charmer, Séduire. (Acte II)

7 Février 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Mauvaise foi et autres méchancetés...

   Charmer. Ou l’art de plaire finement, intelligemment, sans en avoir l’air et, parfois, dans l’inconscience la plus absolue.

     Je dois vous avouer que c’est avec cette catégorie d’individus que j’ai eu le plus de mal, car sans être des dragueurs, et refusant d’être des séducteurs, les charmeurs sont le seuil, la zone grise. Ne pouvant cependant être réduits à une catégorie de transition, car ayant eux-mêmes leurs caractéristiques propres, les charmeurs ont l’élégance et la cruauté suprêmes des bourreaux des cœurs. J’essaierai d’expliquer pourquoi tout à l’heure. Mais pour faciliter les choses, j’ai essayé de trouver une formule qui me semble définir assez bien ces êtres inclassables : un charmeur est un séducteur qui drague: moins diabolique et précis que le premier cité, plus raffiné qu'un simple dragueur.

     Le charmeur est le rapport entre le charmeur (sans jeu de mots) de serpent, et le serpent lui-même. Ce qui l’intéresse, c’est le la façon dont le lien s’établit, la forme et l’intensité du regard, la douceur de la musique. Il est le lien, le regard, la musique. Plus clairement, le charmeur est toujours dans la dialectique amoureuse, et il veut y rester.

     Epris de vent et de liberté, quelle que soit la gravité de la situation, il joue.  

     L’art de plaire est pour lui un amusement. Il ne drague pas, il ne séduit pas: la fin de son action n’est pas extérieure ou intrinsèque à l’action elle-même. En d’autres termes, le but du charmeur ne  réside ni dans l’objet charmé (l’autre), ni dans le sujet charmant (lui), mais dans le charme lui-même, qui est le processus magique qui unit les deux. L’objet du charmeur, c’est le déploiement du charme. Méfiez-vous de ces êtres : sont des philosophes du cœur. Ils s’interrogent sur la manière dont deux personnes peuvent être amenées à n’en former qu’une (ou presque). Le charmeur s’interroge, s’étonne, prend plaisir à constater les effets du charme, et ne veut en sortir. C’est dans ce sens qu’il est cruel : l’autre serait-il en train de se pâmer d’amour pour lui qu’il ne s’en soucierait pas. Il ne le verrait même pas. Il serait capable de le laisser mourir. Mais ce n’est pas de la méchanceté. La magie de la fusion, le jeu et sa forme le subjuguent à un point tel qu’il ne voit rien d’autre. C’est un extasié, un transi, un esthète, un exalté, un innocent que sa passion rend coupable. C’est un fou. Spectacle n’est plus saisissant que la rencontre d’un charmeur et d’une charmeuse. Voyez un hôpital psychiatrique, mettez-y deux patients, dont chacun survit parce que l’autre est là, et vous aurez la chose. Un charmeur n’est véritablement heureux qu’avec une personne d’une mentalité semblable à la sienne. Leur relation est en chantier perpétuel, et c’est justement cela qui fait leur bonheur. Et leur malheur.

     Il y a ceux qui charment inconsciemment. On dit d’eux, platement, qu’ils « ont du charme ». Eux-mêmes ne le savent pas encore, mais le jour où ils s’en rendront compte-ce qui arrivera tôt ou tard, ils deviendront comme les autres. Faire vivre le charme deviendra leur seule raison d’être dans le monde des rapports amoureux.

     Et puis il y a également les gens charmants. Certes, mais ils n’ont pas plus de deux années. Seuls les bébés sont charmants. Ils incarnent le charme dans sa dimension la plus innocente et la plus pure, donc la plus vraie : l’enfance. Eux, ne font rien : leur charme est lié non à leur existence (c’est-à-dire à une suite d’actions ou à une façon d’être), mais à leur essence, d’où leur différence avec les charmeurs inconscients. Au-delà des couches, l’on n’est plus charmant, mais charmeur. Inconscient ou volontaire, qu’importe! Juste coupable, mais d’une culpabilité que personne ne voit.

     Les authentiques charmeurs sont aujourd’hui des êtres rares, une espèce en voie d’extinction. Mais les quelques spécimens qui demeurent sont des monuments, des légendes à ménager. Ils sont les seuls, dans cette jungle du "plaire", à être passionnés, pénétrés par ce qu’ils font. Chez eux, le mot « art » revêt tout son sens. Désintéressés bien que joailliers. Détachés mais bijoutiers. Aériens et bohêmes. Orfèvres quoique bourreaux, parfois.

      Il y eut la théorie de « l’art pour l’art », celle de Théophile Gautier, poète parnassien.  

      Il y a désormais celle du « charme pour le charme », inventée par et pour les charmeurs. 

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Draguer, Charmer, Séduire. (Acte I)

6 Février 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Mauvaise foi et autres méchancetés...

   Tous trois sont détestables ! Préférez-leur la simplicité, la vérité et le bonheur d’« aimer. »

   Mais comme il faut toujours choisir, et qu’aimer est un élan imbécile, car inexplicable, donc malvenu dans ce monde cartésien qui ne veut plus rêver et veut tout comprendre au prisme des lumières critiques du logos (oui, j’unis la forme et le fond dans la complexité !), je vais tenter ici, sans ironie, de dresser les différences (et donc les spécificités), ainsi que les lignes de démarcation entre ces trois verbes et ces trois attitudes. Bien sûr, c’est complètement subjectif. Et bien sûr, même si j’emploie souvent le mot et les personnes qui s’y rapportent, ainsi que leurs qualificatifs au masculin, cette étude scientifique s’adresse autant aux hommes qu’aux femmes.

  Draguer. La chose est bien crétine. Pourtant, elle est plus répandue que ces deux autres rivales. Est-ce à dire que le sordide univers des affaires de cœur ne soit peuplé que de crétin(e)s ?  Allons ! Ne me faites pas dire ce que je n’ai fait qu’entrevoir en pensée n'ose penser.

  Le plus souvent, cet exercice, la drague donc, n’a d’autre fin qu’utilitaire. On drague par égoïsme ; soit pour se sentir moins seul, soit pour se prouver, ou prouver à d’autres, que l’on peut « se la/le taper », soit parce que l’on n’a besoin que de satisfaire un désir inavouable. Il reste en tout cas que dans la drague, l’autre est réduit au rang de moyen. Il/Elle n’a pas de visage, ni d’identité (je hais ce mot, mais vous comprenez), si ce n’est ceux d’intermédiaire anonyme vers…soi-même. Car oui : quand on drague, c’est toujours soi-même que l’on drague, d’une certaine manière.

   Là est la misère. Ici est le malheur.

   On se flatte. On teste sa rhétorique (car ce n’est que cela !).On s’enorgueillit. On s’infatue. Tout cela me semble tristement vide, ma foi. Il n’y a pour ainsi dire dans cet exercice aucune profondeur. L’enjeu est soi-même. La poule pond. Le dragueur drague. La tension amoureuse vers l’autre est escamotée, remplacée par une tension vers soi, au détour de l’aval sans valeur d’autrui. Tous les dragueurs sont des Narcisse. Il faut voir ces hommes et ces femmes, guindés, ridicules, sortir de longs discours remplis de vides, sans teneur. Finalement, je me demande quelle est, d’entre la personne qui drague et celle qui se fait draguer, la plus intelligente, ou plutôt, puisque tout dans ce rapport procède par le bas, la moins stupide. Il m’est d’avis que les personnes qui draguent restent malgré tout imbattables dans la misère de la pensée, car l’on peut accepter la demande d’un dragueur juste pour avoir le loisir de la voir continuer à se débattre dans le spectacle irrésistiblement hilarant de la bêtise humaine.

   J’oubliais : il y a dans cet exercice trois constantes, trois règles. La première, que la drague est un art du temps réduit: le bon dragueur drague vite, entre quelques heures et deux jours maximum, sinon l’échec est cuisant. La seconde, que le dragueur n’a justement jamais d’échec. En effet, pour cet être surpuissant, tout est toujours de la faute de l’autre, ce con, cette conne, cet inconscient, cette folle, qui n’a pas su saisir la chance de sa vie : lui ! Un dragueur ne perd jamais dans sa croisade, il ne revient jamais bredouille, ou sinon, c’est parce que l’autre n’a pas refusé (non, non, jamais !), mais fui devant son talent et son assurance.

  Savez-vous, dragueurs, pourquoi je vous adore et vous respecte, malgré tout ? Parce que vous incarnez la vanité humaine dans tout ce qu’elle a de plus sublime : le refus de la défaite. Sauf que l’adversaire, c’est le vent. Vous êtes les Don Quichotte de notre temps. Les Templiers de ces heures sombres. Des magnifiques pour l’Eternité. Des Immortels. C’est bien assez pour que je vous admire.

  Que les dragueurs et dragueuses, même s’ils n’accepteront jamais qu’ils en sont, (troisième caractéristique, que je vous livre ici) qui lisent ceci me pardonnent. C’était de l’humour. Evidemment.

Au prochain épisode : Le Charme et les charmeurs. 

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