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Prolégomènes au "Mundus Muliebris" Texte III: Après la douche

24 Avril 2013 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Ecrits de jeunesse.

(Extrait de la nouvelle L'Etreinte)

Peu de spectacles sur cette terre sont plus grandioses que celui d’une belle femme qui s’apprête. Il faut l’entrevoir -et l’entrevoir seulement, car le voyeurisme a ses innocences- à la sortie de son bain, recouvrir son corps encore ruisselant de fines gouttes d’eau d’une petite serviette, toujours trop courte, à peine assez grande pour faire semblant de cacher ses attributs, et qu’elle noue nonchalamment dans son dos. Il faut voir sa poitrine haletante essayer de s’échapper de ce linge complice. Il faut voir ses tétons que le froid de l’air fait pointer se dessiner à travers la serviette, et former de petites bosses mignonnes qui feraient frémir d’émerveillement n’importe quel mâle ayant un minimum de soif de beautés. La serviette, définitivement, est en ces moments le plus grand allié de l’homme esthète : elle s’arrête aux cuisses de la femme, et il faut apprécier leur fermeté, deviner les courbures célestes des hanches qui s’annoncent, saisir en pensée ce creux divin, celui des reins, de la taille, imaginer la souplesse du bassin, ce bonheur en mouvement, deuxième cœur de la femme. Un léger sentiment de gêne, marque tant de la pudeur, que du désir de ne pas aller plus profondément dans la recherche de ce qui est caché, doit en ce point vous saisir, et il faut alors quitter ces parties sublimes, en ayant au préalable jeté un furtif et agréable regard sur les jambes, puisse Dieu faire qu’elles ne soient pas cagneuses et qu’elles soient épilées. Remontez votre regard, lecteur, et voyez cette femme, ses épaules nues, son cou gracile et gracieux, le grain de sa peau luisante. Sentez son odeur, laissez-vous transporter par ces effluves dont le sillage émeut, respirez l’insolente beauté de ce corps qui marche dans sa chambre comme une chatte en cage. Soyez patients, laissez là jouir mignonnement des caprices de l’ornement. Souffrez qu’elle fasse mille va-et-vient entre sa salle de bain et sa chambre. Souffrez qu’elle se mire mille et deux fois. Souffrez qu’elle se trouve laide alors qu’elle sait mieux que vous qu’elle est belle. Laissez-la s’énerver avec joliesse de quelques petites imperfections que son œil seul peut voir. Cela vaut le coup d’attendre, c’est féminin, et c’est beau. Puis, sublime moment, il faut la voir approcher du bord du lit, en face de la coiffeuse, défaire sa serviette, et s’asseoir. Il ne faut voir quand elle délie sa serviette que le dos, cette partie du corps est faite pour la nudité. En ce moment, regardez ses cheveux –le Seigneur fasse qu’elle en ait. Regardez-les onduler ou s’aplatir sur son exquise nuque. Souriez, vous êtes au paradis. Il faut ensuite la regarder pénétrer dans son élément, le « mundus muliebris », et s’y mouvoir avec la grâce d’un ange. Aimez les ornements de la femme autant que la femme elle-même. Admirez la femme autant que son maquillage. Ne séparez pas la beauté de la femme de la beauté ses habits, de la magnificence ses atours, de l’éclat de ses artifices. Un grand esprit l’a dit. La femme naturelle est belle ; mais la femme parée est sublime. Faites-vôtre cette vérité, homme de goût. Votre sacerdoce est de vous émouvoir des secrets féminins. Il n’y a pour l’homme qu’un devoir : celui de célébrer la beauté des femmes qui se font belles. Car après tout, pour qui se font-elles belles ? Elles vous répondront : « pour moi-même ! ». Elles vous asséneront : « par amour et respect de mon propre corps ! ». Elles vous crieront : « pour la beauté seule ! ». Mais tout ceci ne suffit pas, lecteur mâle. Leur coquetterie vous est destinée ; chercher à vous charmer, même inconsciemment, est leur raison de se faire si belle.

Mais revenons à notre femme à la sortie de son bain. Voici qu’elle se maquille, qu’elle se parfume, qu’elle fait mille et une petites choses que vous jugerez inutiles, mais qui sont la quintessence de la coquetterie. Lorsqu’elle se fait belle, rien de ce que fait une femme n’est inutile. Elle sait ce qu’elle fait, la beauté est son monde. Ne vous plaignez pas lorsqu’elle entame sa gymnastique pour choisir son vêtement. L’habit fait la femme. Regardez. Contemplez. Vivez l’instant. Ne mourrez pas encore d’extase, ce serait précoce, vous manqueriez le sublime. Et tandis qu’elle se déshabille et se rhabille au gré de ses humeurs et de ses caprices, regardez son corps. Sa lingerie. Ses mains. Sa gestuelle. L’harmonie de ses mouvements. Là voilà presque prête. Un dernier pli arrangé, une étoffe lâchement, indolemment jetée sur ses épaules, un mouchoir de tête ou un chapeau faussement négligé posé, achèvent de la parfaire dans sa beauté. Là voici attifée comme une reine. Regardez-la. Elle vous éblouit. Détournez les yeux, puis crevez. Vous ressusciterez à sa prochaine toilette.

Tout le reste est par trop humain.

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