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Pour saluer Mesut Özil.

4 Septembre 2013 , Rédigé par Mbougar

Mon amour pour le Real Madrid s’est toujours cristallisé sur des joueurs qui en ont porté la tunique, et en ont incarné un certain esprit, fait l’élégance, de classe, de fausse désinvolture. Ce fut d’abord, à la fin des années 90, alors que je naissais au foot, Fernando Redondo. Puis, fatalement, Zidane, mon dieu, le football fait homme, le jeu porté au rang d’Art. Depuis sa retraite, tragique donc belle, un soir de juillet 2006, ma passion pour le ballon rond s’était ôtée de cette imbécile folie qui élève ce sport à la dimension des plus somptueux drames. Je me mis alors à suivre le foot d’un œil sans feu, à regarder les rencontres les plus intenses sans passion, à assister aux joutes européennes aux enjeux cruciaux sans cette effusion du cœur qui caractérise les vrais esthètes. Le football me devint fade, insipide, sans génie. Le règne de Barcelone, équipe formidable mais dont la froide beauté du jeu ne m’émouvait pas, n’arrangea rien. Je me consolai en plongeant dans mes souvenirs ; sur Youtube, les exploits de mon dieu remonté au ciel peuplèrent mes nuits.

Dans les colonnes de la presse, prompte à établir des comparaisons aussi rapides qu’illégitimes, les « successeurs » et les « héritiers » firent légion. Camel Meriem. Mourad Meghni. Samir Nasri. Marvin Martin. Yoann Gourcuff. Tous échouèrent, évidemment. Certains, écrasés par l’insoutenable pression d’un inopportun parallèle, d’autres gênés par les blessures répétées, d’autres encore n’ayant pas eu l’humilité, la motivation et la discipline requises pour prétendre, ne serait-ce qu’à être des ersatz au et du maître. Tous, enfin, échouèrent parce qu’ils n’avaient pas, fondamentalement, le génie de Zidane. Une ressemblance physique ou gestuelle, une semblable appartenance à une origine, un petit air au détour d’une action ne suffisent pas. L’éclat du talent pâlit toujours dans le miroir du génie.

Mesut Özil n’est certes pas Zidane. Mais de tous les meneurs de jeu qui émergèrent après sa retraite, il est certainement celui qui me le rappelle le plus. Et, pour une fois, cela n’a pas à voir avec une origine commune et va au-delà de la simple ressemblance gestuelle. Il faut d’ailleurs remarquer que le style d’Özil, à bien des égards, diffère de celui du maître. Özil est plus rapide, c’est un meneur de contres redoutable, son jeu sur le côté est quelconque, il tente rarement des passements de jambe, n’exécute jamais de roulette, a un pied droit inutile, est plus impliqué dans la finition et moins dans les tâches défensives. Evidemment les parallèles tactiques sont ici absurdes : il ne s’agit ni des mêmes schémas, ni des mêmes équipes, ni des mêmes oppositions. Mais techniquement et dans le style de jeu, les deux hommes diffèrent.

Mais Özil me rappelle Zidane dans l’émotion qu’il me procure. Dans ce côté artiste du jeu. Dans cette caresse du ballon, insolente de légèreté. Dans l’élégance des conduites de balle. Dans l’amour de la passe. Dans cette fausse désinvolture qui confine à la grâce. Je le répète, cela va au-delà de la ressemblance gestuelle : Gourcuff effectuait bien des passements de jambes et des roulettes, mais il y avait dans son jeu un surplus d’énergie, de volume, qui lui ôtait trop souvent cette grâce que je recherche, et qui, jointe à l’efficacité, produit de l’émotion pure. Il n’est pas seulement l’un des derniers 10 à l’ancienne, il est aussi l’un des deux ou trois seuls esthètes que ce sport offre encore. En ce temps où cette valeur semble éculée, où elle est moquée, associée à un manque d’ambition, à de l’esbroufe, il faut y croire, et ne jamais oublier que le foot, avant les titres, est un jeu.

C’est un talent brut. Un génie en devenir. Depuis 2010, plus que Benzema, plus que Xabi Alonso, plus même que le si talentueux Modric, c’est à lui que j’associais l’esprit du Real Madrid. Et le voilà qui part au moment précis où notre idole commune, Zidane, arrive sur le banc en tant qu’adjoint. Cruelle ironie.

Je me consolerai en songeant qu’il va à Arsenal. Son jeu correspond parfaitement à la philosophie de ce club. Wenger saura le polir. Il va redonner de l’allure à l’équipe, de l’allant à son attaque, de la confiance aux joueurs, de l’ambition et de la foi à tout un stade, de l’intérêt à la lutte pour le titre et la Ligue des Champions. Aux côtés de Wilshere, Cazorla, Rosicky, Ramsey et —rêvons— Diaby, il peut constituer l’un des milieux de terrains les plus fiers d’Europe.

Son arrivée là, dans une certaine mesure, est un bien. Mais pour quel mal…

Il ne me reste plus qu’à te souhaiter bon vent, cher hibou. Prouve à tous que tu n’as pas eu tort. Et, lorsque tu recroiseras Madrid, fais leur mal. Pas trop, quand même.

J'allais oublier: merci.

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Lyncx 26/11/2013 21:59

Lorsque tu parles d'e l'émotion qu'il procure, me concernant, je t'autorise à généraliser.

Mbougar 28/11/2013 18:40

Aurais-tu été aussi saisi, conquis, ébranlé par le hibou? :)