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Plaidoirie pour un continent.

Voilà le texte écrit dans le cadre du concours AYICA 2, organisé par l’Union Africaine. Le but du concours était de placer les jeunes de toute l’Afrique au cœur d’un destin, de voir ce qu’ils étaient capables de penser, et de proposer en vue  de 

leur continent.

Je servais encore à quelque chose, à l’époque. Qu’importe, l’important est d’y croire. Toujours. J’espère mourir en me battant, quitte à passer  pour un vieux con idéaliste. De toute façon, sans idéal, point d’avenir. Et sans avenir, point d’homme. J’y crois, sinon quel sens cela aurait-il d’être né africain ? Etre noir, c’est d’emblée trouver un sens à sa vie : celui du combat pour le développement. Qui s’y refuse se nie. Le passé commande l’avenir. L’on ne maîtrise pas l’histoire, mais on peut la construire. C’est ce que je crois.

 

Dieu bénisse l’Afrique. Je persiste à croire qu’Il ne nous a pas oubliés. Je l’espère, en tout cas…

 

      Et si l’Afrique refusait le développement ? A vrai dire, autant cette question d’Axelle KABOU m’a fait réfléchir à outrance, autant elle m’est apparue, en dernière analyse, d’une radicalité et d’une sévérité quelque peu exagérées. Sans rien enlever à la pertinence et à l’originalité d’approche de l’ouvrage de cette éminente sociologue camerounaise, j’ose toutefois lui reprocher son apparent manque de confiance en une jeunesse africaine qui, parce qu’héritière d’idéologies et de mentalités fixistes, résignées, fatalistes et passéistes, serait dans l’incapacité de faire mouvoir le continent vers un développement durable. 

     Est-il besoin de vous préciser, Mesdames et Messieurs, que je me refuse à ce constat pessimiste, qui est presque une négation de la volonté de toute une génération de tout un avenir, de tout un continent ? Et si l’Afrique et sa jeunesse ne refusaient pas le développement (peut-on d’ailleurs le refuser ?) ? N’ignoraient-ils tout simplement pas de quelle manière appréhender ce dernier ? 

     Ces questions me semblent d’autant plus cruciales qu’entre tradition et modernité, entre désir d’occidentalisation et souci de s’éviter une rupture abrupte avec les coutumes sacro-saintes d’antan, entre présent chatoyant mais fuyant et passé contraignant, il faut bien reconnaître que les jeunes africains sont tiraillés, et paraissent égarés dans le dédale infernal d’une anomie généralisée où la quête de leur identité véritable, condition essentielle à tout épanouissement, est plus que jamais en proie à d’obscures menaces. Réussir le pari difficile de la conjonction de nos valeurs positives traditionnelles avec celles d’une modernité exigeante, changeante et parfois dangereuse ; voilà, je le crois, notre défi à nous, jeunes africains. 

    Cependant, parce que le gain d’un tel pari présuppose au départ une parfaite connaissance de nos valeurs positives traditionnelles ; parce que ces mêmes valeurs sont souvent méconnues ou mal perçues des jeunes générations ; et parce qu’elles sont accusées de désuétude une fois analysées au prisme bien souvent déformant de la postmodernité, il me semble que le pari  le plus urgent demeure l’incorporation, en tout jeune africain, de ces agrégats . Pour que l’envol vers un développement durable soit possible, il faudrait que ces valeurs sus-évoquées cessent d’apparaître comme des idéaux chimériques et incompatibles avec notre présent pour devenir des réalités concrètes, senties, vécues et utilisées par tout jeune africain ayant en vue une Afrique forte, unie et indivisible. C’est la raison pour laquelle, devant cette auguste assemblée, je plaide pour l’adoption dans la Charte Africaine de la Jeunesse, d’une loi donnant « le Droit à tout jeune africain à une connaissance de son histoire, de son passé, et des valeurs positives sous-tendant la culture à laquelle il appartient ou dont il est originaire. »      

     Tout d’abord, Mesdames et Messieurs, qu’il me soit permis d’exprimer mon indignation et ma déception lorsque, repensant à la vision panafricaniste de Kwamé Nkrumah, me remémorant l’injonction d’enracinement et d’ouverture de Léopold Sédar Senghor, songeant au « long chemin vers la liberté » parcouru par Nelson Mandela, me rappelant des œuvres de Kenyatta, de Lumumba et de tous ces pères fondateurs de l’Afrique, je constate, non sans effroi, que leur Action est en passe de sombrer dans un irréversible oubli. Il ne s’agit non pas là d’un oubli de leurs noms qui, par ailleurs, resteront pour l’éternité gravés au panthéon des Immortels, mais d’une disparition pure et simple des valeurs et des vertus ayant entretenu leurs combats ; combats certes différents par les moyens mais similaires par leur motivation et leur visée : l’image d’une Afrique rayonnante et souveraine. Il est devenu très rare, aujourd’hui, d’entendre des jeunes débattre avec une conviction réelle, de panafricanisme, d’unité africaine, de sacrifice, de patriotisme, de courage, d’humilité, bref, de toutes ces valeurs ayant profondément animé les pionniers africains. Les jeunes africains ont de moins en moins tendance à s’abreuver à la source de leur patrimoine historique et culturel, pourtant d’une richesse incommensurable. 

     Mais, analyse faite, peut-être bien que les causes de délaissement et  de cet oubli progressifs ne sont pas tant à rechercher en ces jeunes mêmes, qu’en des facteurs qui leur sont extrinsèques et qui impliquent, de près ou de loin, leur entourage ainsi que l’ensemble des institutions chargées de leur formation morale, historique et culturelle. 

     En effet, s’il serait arbitraire et inique de ma part de vouloir décharger les jeunes de toute responsabilité dans cette crise des valeurs, reconnaissons au moins que leur implication est moindre, et qu’ils sont plus des victimes que de véritables facteurs originels et totalement impliqués.  La responsabilité est donc partagée, et ce n’est qu’en nous appuyant, une fois de plus, sur la solidarité intergénérationnelle, cette valeur presque inhérente à tous les africains, que nous réussirons, ensemble, à faire prendre conscience à la jeunesse africaine qu’elle symbolise l’avenir et l’espoir de tout un continent. Bien évidemment, cette entreprise ne sera pas aisée car les jeunes sont comme dans une certaine forme de déréliction qui fait qu’aux effets pernicieux et pervers véhiculés par la mondialisation (via Internet notamment), viennent s’ajouter une sournoise et insidieuse forme d’impérialisme culturel doublée d’une quasi-méconnaissance de l’histoire et des valeurs africaines. Pour que l’Afrique renaisse, tel le phénix des légendes,  il faut qu’il y ait impérativement retour aux sources de la part des jeunes africains, retour aux sources qui, s’il était besoin de le clarifier, est indissociable d’une renaissance socioculturelle et de la promotion des valeurs positives africaines.

      Cependant, gardons nous d’un contresens : revenir aux sources n’implique nullement, pour nous jeunes africains, que nous nous emmurions aveuglément, sans discernement, dans un passé ayant certes des vertus louables, mais abritant également des excès dangereux dont l’énumération n’est pas ici de mon objet. La difficulté majeure, comme dit précédemment, réside donc dans l’aptitude de la jeunesse africaine à faire la part des choses et à réussir un savant dosage entre valeurs traditionnelles et problématiques présentes. Cette tâche sera bien sur ambiguë et délicate, mais j’ai la ferme conviction que les jeunes ont le potentiel et le courage nécessaires à sa réalisation. Mais vous conviendrez avec moi que nous n’en sommes pas encore à ce stade ; et l’éradication de la corruption, la résolution des conflits internes, la victoire contre le VIH SIDA et contre tous ces autres maux sont autant de projets qui ne sauraient être réellement effectifs si les jeunes, au fondement de leur action, ne retrouvent pas le sens de leurs valeurs. 

     Cette intériorisation de son patrimoine historique et culturel devrait être un des droits fondamentaux et absolument inaliénables de la jeunesse africaine. Il est certes bien beau de s’entretenir avec les jeunes de tolérance culturelle, de patriotisme, de solidarité, de dialogue, mais ces notions serviraient-elles à quelque chose si ses principaux destinataires en ignoraient les significations profondes ? Auraient-elles quelque effet si elles étaient perçues par ces jeunes comme de simples expressions grandiloquentes et, partant, dénuées de tout sens véritable ? Je vous le demande, Mesdames et Messieurs. Doit-on laisser les jeunes à leur propre sort, celui peu enviable de l’inculture ? Doit-on renoncer à leur faire réaliser qu’ils sont le substrat de l’envol de l’Afrique ? Je laisse ces questions à votre appréciation, tout en ayant cependant la conviction que vos réponses ressembleront aux miennes, du moins je l’espère. Devrions-nous croire qu’au terme de balbutiements et d’errances de toutes sortes que la jeunesse africaine soit condamnée par l’histoire chaotique et tragique de son continent ? Devrions-nous croire que ces mêmes jeunes, à la croisée des valeurs, et aux prises avec les démons de tous bords, n’aient d’autres issues que l’errance suicidaire à travers monts, mers et déserts ?

    Non ! Et de toutes mes forces, non ! Une croyance plus sûre, plus rassurante et plus radieuse que la mort me dicte cette réponse dont l’écho, je le souhaite, traverse les cœurs des jeunes chevillés à la foi au salut du continent.
 Je voudrais pour finir attirer votre attention sur le fait que la Charte Africaine de la Jeunesse, quoique salutaire, à elle seule, ne saurait garantir l’heureux aboutissement d’un projet d’une telle envergure et d’une telle importance. C’est une tâche qui nous incombe tous : à nous, jeunes africains, principaux concernés, à vous, responsables africains qui êtes nos guides et nos références, à nos parents, aux instituteurs, à tous les membres de la diaspora africaine et, finalement, à l’Afrique toute entière. 

 Vive la jeunesse ! Vive le retour aux valeurs positives ! Vive le développement ! Et Vive le renouveau de l’Afrique ! 
    

Je vous remercie de votre attention.

 

**Il m’arrive parfois de rigoler doucement en relisant ce texte. Il est superbement pompeux, rapidement ennuyeux et surfait au plus haut point. Mais c’était une plaidoirie politique.  Il le fallait, d’autant plus que ma plume était encore outrageusement immature, à cette époque. Mais à ceux qui en douteraient, je précise que je crois fermement à tout ce que je dis là.   

 J’ai compris une chose, récemment : l’amour, qu’il soit pour son pays ou pour une femme, ne se montre pas par le verbe. Il se prouve par les actes. Discrets de préférence, mais symboliques. Cela peut sembler banal, mais ce n’en est pas moins important et capital.

 

Compiègne, le 16 mai 2010.                                                     

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