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Fugaces impressions de Lorient (2)

15 Août 2013 , Rédigé par Mbougar

Sensualité de la harpiste. Cette fragilité qu’elle arrivait à transmettre à –et par- son instrument, la légèreté de ses mains caressant les cordes comme l’on effleurerait le corps aimé, l’émotion peinte sur son visage éclairé par les feux de la passion –l’on eût dit l’extase de Sainte Thérèse d’Avila-, ses cheveux roux bouclés, encadrant son visage transporté, sa sublime solitude au milieu de la scène, l’harmonie de ses accords agrémentés de douces percussions sur le bois de son instrument, ont illuminé cette après-midi lorientaise.

L’on reconnaît le génie d’un art à ce qu’il donne envie, lorsqu’il est bien exécuté, de le pratiquer, tant l’émotion qu’elle a procurée prend la forme d’une invitation. De ce point de vue, la musique est supérieure à tout.

*

Madame de Mortsauf venait encore de s’évanouir lorsque je levai les yeux du Lys. Dans la foule de festivaliers qui remuait sur les quais, la silhouette d’un homme arrêta mon regard. Il était très grand, vêtu d’un complet sombre, et de grosses lunettes, posées un nez, dissimulaient ses yeux. Ses cheveux, d’une couleur égarée entre le roux et le blond, résistaient comme ils pouvaient, avec un certain soin, au drame de la calvitie. Je ne manquai pas de remarquer cette sorte de gêne qui semblait alourdir sa démarche, comme si, embarrassé par son grand corps —il dépassait en effet d’une tête au moins les autres—, il ne savait trop qu’en faire ; mais aussitôt cette impression naissait-elle dans mon esprit qu’elle y était contredite par une autre, que le pas tranquille de l’homme, et son air détendu tandis qu’il fumait, suscitaient. J’en étais à ces futiles élucubrations lorsque, détaillant mieux ses traits, l’homme me parut vaguement connu. Je remuai mes souvenirs de longues secondes, en vain. L’individu me dépassa, cependant que j’éprouvai cette frustration horrible, qui vient de ce que l’on n’arrive plus à se remémorer une chose évidente.

Je me retournai, et eus le temps de revoir sa longiligne silhouette, avant qu’il ne se perdît dans la foule. Ce fut à ce moment, alors que je le perdais de vue, que son nom me revint. Ce caprice de la mémoire me fit sourire.

Jean Teulé. Ecrivain.

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L'on m'a parlé récemment de cette anecdote hilarante. Jacques Chirac, alors président, se rend en Bretagne, et profite d’un bain de foule. Il sourit, salue, réconforte, écoute, conseille, encourage. Mais à chaque fois qu’il serre une main, il lance, un grand sourire aux lèvres, l’air un peu niais : « Alors, la Bretagne, toujours au bord de la mer ? »

J’ai eu l’envie, pendant tout ce séjour à Lorient, de reprendre le même procédé, en l’adaptant à ma manière. La Truie et sa portée, la taverne où nous nous rendions la nuit, accueillait beaucoup de monde. Je me suis imaginé serrant les mains de toutes les femmes présentes dans l’endroit, avant de ajouter, avec l’air et le ton de Chirac : « Alors, la Truie, toujours à l’image de celles qui y viennent ? ».

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Alors que je consigne ces impressions dans le petit carnet que je me suis procuré à cet effet, je me dis que c’est quand même un réflexe idiot et une activité dérisoire. A quoi bon ? Qui s’en souciera véritablement, hormis quelques amis qui les liront ? Pourquoi les écris-je ? Pour eux ? Pour le plaisir d’écrire ? Mais encore ? Peut-être le désir secret et si vaniteux d’écrire un jour me fait-il adopter quelques unes de ces manières (snobs ?), que les écrivains véritables ont. Peut-être suis-je simplement en train, hélas, de jouer à l’écrivain. Tout cela est possible.

Mais je me souviens aussi que, dès mon enfance, mon père avait l’habitude de nous réclamer à mes frères et moi, à chaque voyage que nous faisions un voyage ou une sortie, un compte-rendu de ce séjour. Ce furent mes premiers cahiers de voyage. Peut-être tout cela remonte-t-il à cette époque, aussi.

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L’amie, qui danse avec un autre de nos camarades une mazourka. Légèreté du pas, complicité des gestes, maîtrise de la chorégraphie, connaissance des temps, langage des corps, sourires entendus. C’est une danse technique qui, bien exécutée, donne l’impression d’être improvisée, tout à fait naturelle, déliée, etc.

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Que de tartans, que de kilts ! Mais combien s’en trouve-t-il parmi leurs porteurs, qui n’aient rien dessous, selon l’ancestrale tradition ? Et une question : est-ce que cette règle s’applique également aux femmes, vu qu’il existe aussi —je l’ai découvert— des kilts pour elles ?

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Ploemer. Charmante et tranquille bourgade située à quelques kilomètres de Lorient, que je regrette de n’avoir pas eu le temps de mieux découvrir. C’est là que la famille L., celle de l’amie, nous a accueillis avec une rare gentillesse. Quoiqu’elle fût plutôt nombreuse —cela m’a rappelé la mienne propre—, la famille L. a en effet offert le gîte à une dizaine de jeunes présents à l’occasion du festival.

La maison est grande, décorée sobrement quoiqu’avec goût, spacieuse, lumineuse. Elle respire la musique, la bonne humeur, la paix. Dans le jardin, quelques prunes mûres menacent de vous tomber sur la tête, le bruit d’un trampoline sur lequel l’on sautille en criant finit par vous devenir familier, le claquement sec d’un « rubik's cube » que l’on est en train de résoudre vous parvient, même les accords approximatifs d’un violon finissent par vous y sembler poétiques. En somme, l’on s’y sent bien. Si bien que je n’y ai même pas l’envie d’écrire ou de rouvrir le Lys : juste celle de partager avec ses habitants beaucoup de rires et quelques silences.

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Il y a deux manières de connaître la cartographie de la Bretagne : l’étude de sa géographie et l’étude de ses costumes traditionnels. J’ai rencontré les « pays » bretons : (Quimper, Châteaulin, Aven, Bigouden, etc.) par leurs coiffes et costumes traditionnels. Je salue leurs nuances, c’est-à-dire leurs richesses.

Le costume féminin de Pont-Aven est sans doute l’un des plus singuliers. La collerette qui l’agrémente, en plus d’être assez impressionnante visuellement —plus, à mon sens, que la haute coiffe de Bigouden, par exemple— est de surcroît un chef-d’œuvre de maîtrise artisanale, de patience, de précision dans la confection. Une seule chose suffit à réduire à néant près de quatre heures de préparation : la pluie. Heureusement, Dieu merci, qu’il n’y en a presque jamais en Bretagne.

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Je sais enfin ce que Dieu faisait le septième jour. Du Kouign amann. Divin.

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Merci, l’amie, et à très vite.

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dom 30/09/2013 09:23

excellent :)