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Digressions sur le "Bajo".

20 Juin 2013 , Rédigé par Mbougar

Convenons-en: ce temps ne sait plus prendre à bras-le-corps les sujets cruciaux. Il ne sait plus échanger, discuter, réfléchir sur les choses essentielles. Il urgeait de corriger ce dramatique manquement. C'est dans ce sens que mon camarade Elgas et moi-même, avons décidé de réhabiliter cette si élégante habitude, qui hélas se perd, du dialogue, au sens le plus élevé et le plus noble du terme. Il s'agit, à travers une correspondance, de converser -autre beau terme-, librement mais avec sérieux, rigueur, application, sur des sujets majeurs et fondamentaux de l'époque. Nous avions déjà parlé, lors d'un mémorable échange, du Lalo. Il est maintenant temps que nous pénétrions le Bajo.

Etant un cadet respectueux, j'ai préféré laisser à mon ami la privilège du premier plongeon. Il est allé la tête la première.

Ceci est sa contribution.

A vous camarade d’infortune, d’esprit et de goût. »

M. Sarr,

Vous le savez peut-être, le 13 janvier de l’année 1988, je naissais. La superstition mondiale attribue à ce chiffre 13 quelques malchances, parfois quelques barakas ; m’enfin je transpire traditionnellement la poisse. Mon infortune ne s’arrêta pas là ; comme 1 humain sur 10, je suis né au bout d’une boucherie assez obscène que l’on nomme dans les milieux scientifiques autorisés : la césarienne. L’opération consiste à une chirurgie barbare où l’on fend le ventre de la mère pour déloger un enfant somnolent, en l’occurrence moi. On ne peut décemment trouver aucune bravoure, ni chez la génitrice, ni chez le fœtus, dans l’acte de naître après une chirurgie. J’en meurs tous les jours de honte d’égo chiffonné. En conséquence, je n’ai aucun mérite, comme ceux qui sont nés la cuillère dans la bouche, je suis né le couteau au ventre, image qui restitue assez fidèlement la caducité du matériel chirurgical africain des années 80.

M, Sarr

J’ai donc manqué, dès ma première seconde sur terre, cette chance formidable d’avoir, comme premier contact dans la vie, les caresses combinées, d’un clitoris maternel dévoué, de 4 lèvres maternelles bienveillantes, avec les contractions successives d’un intérieur abondamment liquéfié, parfois rutilant de cette couleur pourpre, le propre même des organes en extase. Cet accueil est proprement remarquable, j’en jalouse les élus. On dit d’ailleurs – et j’invite des élus de cette naissance-type à témoigner- que ces caresses sont si puissantes, d’un plaisir si intense, que le bébé hurle de joie. Historiquement, aucune simulation n’a été notée chez ces bambins parfaitement candides et incapables de jeu d’acteurs. Ces cris sont une libération sincère qui émancipe de l’inceste et solidifie le lien familial. Vous comprendrez ma peine d’enfant pas comme les autres, moi qui n’ai connu ma première rencontre avec le Bajo que 17 années plus tard.

M. Sarr,

Je suis quelque peu ému d’inviter la digression, saillie admirable et pénétration spirituelle d’essence Balzacienne, à notre propos sur cet organe sur lequel ma science est hésitante. Ne provenir d’aucun Bajo, à fortiori celui de la Femme la plus proche, discrédite à jamais toute tentative de dissertation sur l’origine du monde et parfois des muqueuses, mensuellement du sang et parfois même de bruits incommodes que les dépositaires de l’organe appellent, au bout d’une délicieuse mauvaise foi, effet ventouse. J’aurais pu, j’aurais dû, au regard de cette expérience peu fournie me condamnant à une illégitimité de fait, me retirer de cette conversation. J’aurais fait, ainsi, acte de sagesse, acte de modestie. Mais, vous le savez, je ne vous refuse rien.

M. Sarr, au cours de notre dîner fondateur où naquirent tant et tant d’idées de génie, de reconquêtes sociales, la réhabilitation historique du peuple mandingue à travers l’éloge du Lalo, et tant et tant d’autres mots d’esprits, vous, les yeux lubrifiés d’une curiosité enfantine, hoquetant comme une femme à la troisième contraction de l’orgasme, vous aviez accepté l’idée d’un échange littéraire sur le Bajo. Clairement, je ne pouvais m’y dérober. Les rares expériences que j’ai eues depuis, à défaut de refaire une bibliographie conséquente de l’objet-Bajo, m’ont permis d’entrer dans l’orifice qui semblait trôner, avant la loi de mai 2013 de l’assemblée nationale française, en tête dans la hiérarchie des trous du corps.

M. Sarr, de quoi parlons-nous ?

Le Bajo, nom sénégalais du vagin, désigne une structure très sophistiquée par laquelle, selon la religion, les hommes procréent, et selon la philosophie, ils atteignent le plaisir sur terre avant de chuter du pinacle où il les place. Comme toute définition, celle-là, n’est pas sociologiquement pertinente. On n’y détruit pas les perceptions du sens commun ; la problématique est bancale et la rigueur exhaustive du sujet est brinquebalante. Définir ainsi le Bajo est un manquement à l’éthique et à la rigueur anthropologique. Je ne peux souscrire pour les desseins, même en deux mots, qui m’animent.

M. Sarr, n’en doutez jamais,

La Bajo est l’un des 9 orifices du corps féminin[1]. Il est de taille moyenne, mesure 8 cm au repos avec une capacité de triplement en cas de nécessité. C’est un organe assez calme, plutôt floral, arômes neutres et plutôt primaire. Il a un nez conditionné par le soin, âcre, fétide ou jasminé selon la toilette. C’est un organe muet, comme tous les muets humains, la frustration à ne pas parler le conduit à être violent et à entrer dans un séisme au moindre contact qui dure. Le Bajo émane d’une rigidité administrative stricte. Il est commandé par un maître des lieux assez cérémonial, impitoyable, que l’on nomme, dès la fin des années 1700[2], le clitoris.

Grand engin aux forces tapies dans l’ombre, il règne en maître sur le Bajo dont il conditionne les états d’âme. Le Bajo et le clitoris, quoique ensemble d’un seul et même paquetage, guerroient assez souvent avec une course frénétique pour la compétitivité. Querelle culturelle tranchée par certaines tribus africaines d‘ascendance musulmane où le clitoris est souvent servi en barbecue, en défaut de victuailles. Les négresses, du fait d’un taux haut de testostérone, ont les plus grands clitoris du monde, culminant dès fois à 10, 11 voire 12 centimètres, arithmétique affolante qui ne déplaît pas à Iboo-lô.

M. Sarr,

Vers le milieu du Bajo, à 3 cm du clitoris, se dresse, un sous-orifice, minuscule mais plus développé que le plus grand neurone de Macky Sall, qui sert à pisser. En guise de protection, le Bajo est doté de 4 lèvres, deux petites et deux grandes dont l’utilité n’apparaît pas évidente. Parois d’une insignifiance totale, elles semblent orner. Le vagin est assez chaud, humide, son climat est de type tropical et l’alternance des saisons est conditionnée par les émotions. Sujets à des crus hormonaux, le Bajo peut cracher, faire office de fontaine, denrée constituante de l’approvisionnement hydraulique.

M. Sarr,

L’utilité du Bajo a déjà été contestée par une littérature manuelle et homosexuelle. Personnellement, il me fait douter. Je luis savais gré d’être outil marketing pour vendre des stérilets, accueils généreux de quelques tampons, canal opaque de réseaux mafieux, catapulte à bébés, mais rien d’autre. On dit- je vous prie de la prendre avec des pincettes - que mettre des pénis dedans peut être un moment fort agréable, j’émets des réserves.

Vacancière halée, teint frais de rose qui frétille, Nicole, 19 ans, m’offrait pour mes 17 ans son Bajo. A vrai dire, je m’étais auto-octroyé le cadeau. Détestables souvenirs d’ennuis. Gouffre quelconque, sans style ni panache, offrant toujours le même spectacle, aliéné et aliénant, reproduisant toujours les mêmes mécanismes, je connaissais ainsi un 2e divorce avec le Bajo. Il ne m’a jamais réellement démontré la supériorité de Sodome sur Gomorrhe. Dans le noir, le constat est plus troublant, et l’odeur chez les Gambiennes n’est pas un indicateur fiable, parfois confondant. Les mains aussi contestent la suprématie des Bajo. Le dualisme reste entier, sans une issue consensuelle.

M. Sarr,

Vous l’aurez peut être deviné en filigrane de ce propos, le vagin ne me fait pas bander. Ce n’est pas un élément supérieur. C’est un diktat médiocre des banalités urbaines. C’est d’un commun désarmant. Même les connes en ont un. Cela se vend à des prix modiques, gratuits à Ranérou dans le Fulaadu[3] grand temple libertin. L’islam en accorde 4 pour chaque tête d’homme. Bethio Thioune, sans doute grâce à des affinités plus poussées avec Bajo, s’en donne 7, 8 avec sa cellule de Rebeuss. Par conséquent, ployer sous la dictature du vagin ne relève pas du mauvais goût, mais du manque l’ambition. La bouche peut canaliser le rôt. L’anus pète. L’oreille entend. La narine respire. L’œil contemple. Le Bajo, que(ue) dalle. Et Grand Seigneur, c’est d’une laideur confondante. J’ai regardé, sous l’emprise de l’alcool, pendant 5 minutes d’une œillade sérieuse, un vagin, j’ai ri de pitié. Quel manque de souveraineté. Des limaces étêtées n’offriraient pire spectacle.

M. Sarr,

Pour ce qui nous lie, je finirai sur une note musulmane : méfiez-vous du Bajo. Les esclaves de notre époque, mâles cancres, ont pour bourreaux et maîtresses ces choses-là, c’en est éloquent sur leur délabrement. Les pénis, idiots ultimes de l’épopée terrestre, peuvent dans un effort minime, émerger et voir le ciel ; ce que les Bajos, jamais, ne sauront faire, affairés à fixer béatement, sottement, la même chose une vie durant.

Pour réhabiliter le Bajo, une seule lutte compte, une seule réforme : le placer entre les fesses. Le culot, le panache, bref le génie, avoir du cul en argot. Je vous transmets cette plume que mon bras ne peut plus soutenir, mon fils, allez courez, volez, et remettez le Bajo à l’envers.

Une délicate attention du verbe wolof dit d’ailleurs du Bajo ces extraordinaires maximes pour en dévaluer l’attrait :

« Li ne fang ni Bajo bu Dieu » « Dof ken duko ñamal Bajo ».

Méditez.

Elgas.

[1] Décompte faite le 17 juin 2013

[2] Chronologie de l’anatomie féminine établie par mes soins.

[3] Terre païenne de grande perversité.

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