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D'en haut.

Rédigé par Mbougar

Pour Y.B.

Première partie

Le théâtre.

Ils avaient fini de prendre le petit-déjeuner et, comme chaque matin depuis les quelques jours qu’ils allaient désormais dans la montagne, le vieil homme commença à prendre le sac à dos. Le jeune homme bondit alors, et commença à le lui enlever des épaules.

-Mais tu l’as déjà porté hier, et avant-hier, et avant encore. Tu le portes depuis le début ! protesta le vieil homme.

-Et je le porterai jusqu’à la fin, un point c’est tout. De quoi aurai-je l’air, si je te laissais le porter. Imagine qu’on rencontre des gens. Que penseraient-ils de moi ? répliqua alors le jeune homme en s’emparant définitivement du sac.

-Tu es exaspérant quand tu es ainsi. Tu veux toujours prendre le sac. Que fais-tu de ma dignité ?

-Quelle dignité ? Tout de suite de grands mots terribles.

-Tu me vieillis !

-Arrête de dire n’importe quoi, répondit le jeune homme sans plus même le regarder. Je prends le sac, c’est tout. Cette discussion est finie. On part dans cinq minutes ?

Le vieillard demeura debout quelques secondes, en fixant ses yeux bleus sur le jeune homme. Il savait toujours prendre, dans ces moments-là, une expression faussement indignée, qui amusait beaucoup le jeune homme.

-Tu me vieillis ! répéta-t-il.

Mais déjà tous deux souriaient. Ils aimaient jouer cette petite comédie chaque matin avant de partir, et chacun d’eux excellait désormais dans son rôle, le perfectionnait, l’agrémentait de petites variations, le préparait, le répétait. Le vieillard savait très bien, à chaque fois qu’il faisait mine de prendre le sac, que le jeune homme ne le laisserait pas le porter. Le jeune homme, lui, guettait chaque matin le moment –c’était toujours quelques minutes après qu’ils avaient mangé- où le vieillard irait vers le coin, près de la chaudière, où le sac, préparé la veille, reposait, pour essayer de le mettre sur ses épaules ; il se levait alors théâtralement, et s’empressait d’interpréter au mieux son personnage. Lui aussi, savait faire semblant de s’indigner. Ils ne se lassaient pas de ce petit jeu dont ils maîtrisaient désormais tous les ressorts comiques et dramatiques (quand le vieillard disait, pour la première fois, « tu me vieillis ! », il prenait une voix et un air absolument tragiques), toutes les didascalies, tous les actes. Cette saynète lançait leur journée. Et pour rien au monde ils n’auraient manqué de la jouer. C’était leur rituel.

Quelques minutes plus tard, ils partirent. Il faisait chaud, et la marche s’annonçait éprouvante, c’est-à-dire belle aussi. La montagne, qui les entourait et qu’ils commençaient déjà à regarder avec envie et respect, les attendait. Ils marchaient d’un pas rapide, profitant de ce que quelques habitants seuls fussent déjà réveillés pour traverser la ville sans être arrêtés tous les trente pas. Le vieil homme connaissait beaucoup de monde, et ne refusait à personne quelques mots. La veille, ils avaient mis plus d’une demi-heure à traverser la ville. On les avait arrêtés, salués, interrogés, encouragés, retardés. Ce matin-là, ils ne rencontrèrent qu’Emmanuelle, une amie du vieil homme, à l’air toujours mélancolique, qui avait de longs cheveux blonds qui lui arrivaient à la taille. Le jeune garçon appréciait Emmanuelle. Par chance pour eux, Emmanuelle ne parlait pas beaucoup. Ils réussirent à quitter la ville après dix minutes.

La montagne s’offrit bientôt, et ils s’engagèrent sur une piste que le vieillard connaissait bien. Les premiers hectomètres les remplirent d’un bonheur qu’ils croyaient avoir éprouvé la vieille déjà, mais qu’ils savaient être différent. Ce furent les premiers vrais silences, les premiers souffles, les premiers signes de l’effort qui commençait.

Le jeune homme savait que le vieillard était content qu’il ait pris le sac. Et cette idée le remplissait aussi d’une secrète joie, non parce qu’il aimait cette vanité imbécile qu’on ressent d’habitude lorsqu’on rend service, mais simplement parce qu’il aimait que le vieil homme soit content.

*

La surdité

Le vieillard était de petite taille, robuste et trapu. Le jeune homme était très grand, et plutôt fin. Le vieillard disait pourtant qu’ils étaient tous les deux physiquement bâtis pour la marche en montagne. Le garçon avait eu quelques appréhensions avant leur première ballade. Athlétique, il se savait endurant : il pratiquait régulièrement la course de fond et avait une grande maîtrise de sa respiration et de son corps pendant l’effort. A la vue de la montagne, pourtant, il avait eu un doute ; celle-ci l’avait impressionné, et son propre corps lui avait soudain paru sans force devant celui de la montagne.

-Ne t’inquiète pas, lui avait alors dit le vieillard.

-Je ne suis pas inquiet, avait-il menti.

Le vieillard savait qu’il mentait, mais n’en avait pas rajouté. Il s’était simplement contenté de dire : « elle est plus forte que nous tous, mais il ne faut pas essayer de rivaliser avec elle. Il faut la comprendre, c’est tout. »

Le jeune n’avait alors pas immédiatement compris ce qu’il avait voulu dire. Ce n’est que lors de sa première marche que le sens des paroles du vieil homme avait semblé lui apparaître. Au début, pendant les premiers hectomètres, il avait marché avec énergie, d’un pas vigoureux et décidé. Il attaquait les montées avec entrain et puissance. La fatigue l’avait très vite gagné, mais il n’avait pas voulu ralentir le pas, de peur que le vieillard ne le considérât comme un petit citadin incapable de soutenir le moindre effort, et dont le plus grand exploit physique avait été l’ascension des quatre étages de son immeuble, vers son studio du 14e arrondissement, un jour que l’ascenseur ne marchait pas. Terrorisé à l’idée qu’on le prît pour un faible, il avait alors effectué la montée à ce qui lui ce qui lui avait semblé être une vitesse folle. Son rythme, malgré le rapide essoufflement qu’il avait ressenti, lui avait paru régulier. Mais en dépit de tous ses efforts, il n’avait jamais pu distancer le vieil homme, qui marchait pourtant d’un pas nettement moins dynamique. Le jeune homme accélérait, et prenait quelques mètres d’avance. Mais à chaque fois qu’il se retournait pour voir où en était le vieil homme, celui-ci était seulement quelques mètres derrière lui, franchissant d’un pas léger, presque allègre, une portion de l’ascension qu’il avait eu toutes les difficultés à gravir. Le jeune homme regardait alors le vieillard. Son visage était éprouvé, marqué par la fatigue, recouvert par la sueur, mais à chaque fois qu’il levait la tête, son regard bleu dégageait une joie et une énergie nouvelles. Il marchait. Ni vite, ni lentement, ni même moyennement, mais à une allure mystérieuse, qui n’appartenait qu’à lui, et qu’une voix que le jeune homme n’entendait pas semblait cadencer. Le jeune homme, lors de cette première ballade, avait eu l’impression qu’il avait déployé deux fois plus d’énergie que le vieil homme sans parvenir à le distancer. Il faisait pourtant de grands pas, usait de ses grandes jambes pour marquer de considérables écarts, accélérait, mais avait toujours eu le sentiment de n’avoir pas avancé à la mesure de ses efforts. En réalité, il ne cherchait pas tant à impressionner le vieil homme qu’à éviter que la montagne ne le dominât. Elle était là, narquoise, rieuse, moqueuse, presque arrogante, et elle le mettait au défi. Il avait marché aussi vite qu’il avait pu…

Et le soir, à la fin de la ballade, alors qu’ils redescendaient par un versant que le soleil éclairait, et sur la pente duquel ils voyaient, au fond du vallon, la petite ville où ils retournaient, le vieillard lui avait parlé.

-Tu m’as impressionné aujourd’hui, tu sais, pendant la marche, lui avait-il dit.

-Tu m’as impressionné aussi, et beaucoup. Ca se voit que tu as l’expérience de la montagne.

-C’est vrai. C’est vrai que je l’ai. Mais tu sais, l’expérience de la montagne ne signifie pas toujours avoir longtemps marché dans la montagne. Il y a des gens qui marchent des milliers de kilomètres en montagne, qui y passent toute leur vie, sans en avoir l’expérience.

Le jeune homme avait réfléchi quelques instants, puis avait dit au vieillard qu’il n’était pas sûr de comprendre ce qu’il cherchait à lui dire.

-Tu marches beaucoup trop vite. Tu luttes contre la montagne. C’est pourquoi tu es fatigué. Ne nie pas, poursuivit le vieillard alors que le jeune homme allait protester. Je t’ai observé. Tu étais essoufflé, et tu aurais eu du mal à continuer, si tu n’étais pas si athlétique.

-Est-ce que tu veux dire qu’avoir l’expérience de la montagne, c’est ne pas être essoufflé ?

-Pas du tout. D’ailleurs, c’est impossible. Il faut être essoufflé, mais pour ce qui en vaut la peine. Tu n’as pas levé les yeux une seule fois pendant la marche. Tu étais toujours penché vers le sol, à tenter de gravir et de lutter. Tu n’es pas Sisyphe. On ne lutte pas contre la montagne, on ne rivalise pas avec elle. C’est sot. On la comprend. On l’accueille. C’est-à-dire on l’accompagne. Il faut que tu arrives à marcher à la cadence de la montagne, en l’écoutant te dire comment marcher. C’est ça, avoir l’expérience de la montagne : écouter, et exprimer dans son pas ce qu’on écoute.

Le jeune homme n’avait pas répondu, et le vieillard n’attendait pas de réponse. Ils étaient restés silencieux tout le reste de la descente. Le jeune homme avait enfin écouté. La descente s’était terminée dans ce silence convenu. Le garçon avait été surpris lorsqu’ils étaient arrivés en bas. Il voulait écouter encore, rattraper tout ce qu’il avait manqué dans la fureur désordonnée de son ascension.

Le vieillard savait ce qu’il ressentait ; il savait que le jeune homme voulait remonter et rester là-haut. Il apprenait vite.

-Patience, lui dit-il. On y retournera demain. Mais maintenant, il faut se reposer. Je ne suis plus tout jeune.

Ils s’étaient dirigés vers la petite ville. Le soir tombait, et le jeune homme avait encore la tête remplie du murmure mystérieux de la grande montagne. Il n’était plus sourd, et tout dès lors lui avait semblé léger et beau.

*

Le corps

Il faisait chaud, et cela faisait une heure maintenant qu’ils étaient dans la montagne. Le vieil homme ouvrait la marche. Le jeune homme voyait son dos nu sur lequel perlaient de grosses gouttes de sueur. Le vieil homme ne craignait cependant pas le soleil. Il en avait l’habitude, et disait que le soleil faisait partie de la montagne.

Derrière lui, le jeune homme voyait son corps se mouvoir. Il en devinait la puissance, et songeait qu’autrefois, le vieillard avait dû être d’une force et d’une robustesse colossales. Les épaules du vieillard étaient larges, et il les bougeait très peu en marchant. Une grande partie de sa force, et le jeune homme s’en rendit bientôt compte, résidait dans ses jambes, courtes mais musclées. Ses mollets étaient parfaitement dessinés, et dans son pas régulier, le jeune homme sentait une profonde sérénité, mais aussi une puissance contenue. Chaque pas que le vieillard faisait laissait une empreinte nette sur le sol ; et sur la pierre même, le jeune homme croyait parfois voir, furtivement, le dessin, le signe d’un pas. Le jeune homme aimait le sillage du vieillard. C’était un sillage léger : ses empreintes n’étaient pas lourdes ; elles ne s’enfonçaient pas dans le sol, mais se contentaient de l’embrasser doucement. Les buis, pourtant si inflexibles, semblaient s’écarter lorsqu’arrivait le vieillard, et les gentianes, comme si elles le saluaient, éclataient d’un bleu vif qui était presque mauve.

C’était un mage de la montagne ; et son corps tout entier, dans lequel la montagne avait inscrit toutes ses stigmates, toutes ses prophéties depuis quarante ans qu’il y marchait, inscrivait à son tour, dans chaque sentier, sur chaque mont, sur chaque cairne, sur chaque haut plateau sommital, la parole de la montagne. C’était le prophète d’un dieu silencieux que tous entendaient, mais que bien peu parvenaient à écouter; et son corps, après avoir reçu puis absorbé la parole de ce dieu, la répandait, la semait, la divulguait.

Le jeune comprit à ce moment-là que le corps du vieillard, malgré l’âge, était fort parce que le désir de la montagne l’animait. Désir de la montagne, aux deux sens de l’expression. Désir de la montagne : l’envie physique de s’unir à la montagne, de ne plus simplement l’attendre, de sortir du corps passif, de quitter la stase du corps pour rejoindre la montagne, par la marche, dans l’ex-tase. Désir de la montagne : volonté de la montagne, volonté de parole, que le corps humain doit saisir et exprimer. Chaque frémissement du plus petit muscle du corps du vieil homme était tendu vers la montagne.

L’effort du corps du vieillard, dans la montagne, était sans cesse un effort de traduction et d’inscription. Sa marche était l’écriture de son amour. Chaque pas était un geste de dévotion.

Le jeune homme ne quittait pas le vieil homme des yeux. Il était beau ainsi, torse nu, habité par son amour pour son dieu, sa maîtresse, son épouse. Le jeune homme savait que le vieillard était le seul à posséder ce don d’amour. Le lien qu’il avait, que son corps avait avec cette montagne, personne, aucun autre corps ne l’avait. Il aimait le sillage du vieil homme. Il le suivait avec un entier sentiment de confiance. Et l’initiation continuait ainsi.

*

Le miroir

Ils arrivèrent, au bout de deux heures de marche, dans un endroit merveilleux, d’où ils avaient l’impression que l’un des sommets de cette chaîne de montagnes les regardait dans les yeux. C’était un col boisé que le vieil homme aimait beaucoup, et dont il voulait faire profiter le jeune homme. Celui-ci regardait le sommet avec des yeux emplis de rêves, et émus. Il avait simplement dit, dans un murmure, « c’est beau… ». Le vieil homme avait fait oui de la tête, puis ils s’étaient tus tous les deux, et regardaient la montagne.

Le jeune homme savait désormais se taire. Au début de son séjour, lors de leurs premières excursions, il n’avait eu de cesse, à chacune de leurs haltes, d’essayer de commenter la majesté du spectacle qui s’offrait à leurs yeux. Puis, peu à peu, il s’était contenté de dire, simplement, devant le tableau de la montagne : « c’est beau… » avant de se taire. Il ne faisait pas cela parce qu’il croyait que la beauté de la montagne était indescriptible ou indicible ; simplement, il commençait à comprendre qu’après avoir dit d’une chose qu’elle était belle, l’on n’en pouvait plus rien dire d’autre qui fût plus haut. Certes, par réflexe ou par lâcheté, le langage humain, devant le spectacle de la beauté, coule : il devient informe, ne se tient pas, se répand en éloges et abuse des superlatifs ; le garçon n’était pas certain toutefois que tout cet effort du langage de l’extase ajoutât essentiellement au constat initial de la beauté –si on la constatait. C’est la raison pour laquelle, depuis quelques jours, il se refusait à céder au vertige des métaphores, des images et des paraphrases éclatantes, pour ne plus seulement dire désormais, comme il venait de le faire : « c’est beau… ». Tout alors pour lui était dit, et il se taisait avec le vieil homme.

Il n’était pourtant pas un mystique du silence. Il ne pensait pas que la seule attitude vraie devant la beauté soit le silence. Non, la beauté pour lui n’était pas ce qui rendait inutile ou superflu le langage humain ; elle était bien plutôt ce qui l’obligeait à son expression la plus juste. Le langage est l’obligé de la beauté : il lui doit tout ce qu’il peut offrir de justesse. Il est vrai que devant le spectacle de la beauté, des hommes jugent sage, ou noble, ou même naturel de se taire. Dans la grâce de l’éblouissement, grande est la tentation de l’aphasie sublime, du silence grandiose, du ravissement interloqué ; mais céder à cette tentation n’est pas élever la beauté par l’impossibilité de la parole : c’est au contraire alourdir la beauté, la charger de la pesanteur d’un mystère sans issue, incommunicable car impossible à connaître. Lorsque le langage ne peut élever la beauté, la célébrer en la disant, la soulever, c’est alors que la beauté est lourde. Mais qu’est-ce qu’une beauté si lourde qu’elle écrase le langage ? La beauté peut être un mystère, mais alors c’est un mystère que l’homme peut approcher, puisqu’il la sent et la reconnaît lorsqu’il la voit dans le monde. Alors il doit la dire, essayer de la dire, sans tomber ni dans l’excès sans précision de la parole, ni dans le néant du silence. Parler de la beauté, ce n’est peut-être rien trouver que ce difficile équilibre entre l’effusion désordonnée et le silence du ravissement. C’est trouver le langage de la grâce et de la légèreté. En disant : « c’est beau », le jeune homme croyait échapper à la lourdeur des mots et à la lourdeur du silence. Dire « c’est beau.. » peut paraître banal, simple, sans éclat, mais cette impression n’est vraie que pour ceux qui ont perdu la mesure de la beauté ; elle n’est vraie que pour ceux qui ont dévoyé la beauté en la prostituant à tout, en la rendant facile et vulgaire finalement. Mais la beauté n’est pas aisée ; et peu de choses la contiennent, et peu de choses la méritent.

Le jeune homme refusait donc de se laisser noyer dans la beauté (par l’excès) et de se laisser écraser par elle (par la lourdeur silencieuse).

Sur le chemin de Damas, Saul est bouleversé par l’apparition du Christ, qui est lumière et beauté. Mais dans cette expérience de beauté radicale même, Saul résiste au poids du silence comme il se refuse au désordre de la parole : dans le mystère et la grandeur de son éblouissement, il répond. Il parle. Le langage le sauve, et c’est lorsqu’il se tait après avoir parlé qu’il est devenu Paul. Celui qui a parlé à la Beauté par la parole et par le silence.

C’est ça, en réalité : il s’agit moins de parler de la beauté que de lui parler. Et parler à la beauté de la montagne, pour le garçon, c’était lui murmurer « c’est beau… ». Car tout discours fait à la beauté est une glace que le langage lui présente. Ce « c’est beau… » était le miroir que le jeune homme tendait à la beauté.

Le vieil homme fut le premier à détacher son regard de la montagne. Il demanda au jeune homme de lui donner le sac à dos. Ils ne firent cette fois-ci aucune comédie. Ils devaient manger, et, ensuite seulement, le travail pourrait commencer. Ils commencèrent à sortir leurs provisions. La montagne était belle.

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