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Contradictions (I)

6 Mai 2013 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Solipsismes

J’ai l’esprit baroque, et j’aime cela. Etre imprévisible, fuyant, fugace, mouvant, n’être, en un mot, constant que dans l’inconstance, m’a toujours paru être un signe de qualité, mieux : d’intelligence. Tout homme doit vivre de ses paradoxes, se délecter de ses contradictions, jouir des infinies variétés que peut lui offrir sa nature ; il n’y a que là, peut-être, qu’il peut éprouver ce qu’il y a de supérieurement beau et puissant chez lui : l’esprit. L’intelligence, c’est la contemplation des paradoxes du monde, et l’amour des siens propres. De cette définition arbitraire, je tire ce constat tout aussi arbitraire –donc authentique- que je suis un homme intelligent, cultivant, dans une frénésie et une curiosité jubilatoires, les multiples contradictions qui m’habitent et m’animent.

Cette série des « Contradictions », somme de courts textes réfléchissants, est l’expression de cette narcissique mais humble (voilà la première contradiction) observation de moi par moi-même.

Contradiction I : le dandy et le sobre

Le dandy : J’ai l’âme, l’esprit et, à quelques égards, la vie dissolue d’un dandy. J’ai le trait d’esprit fulgurant, le cynisme aussi facile que le mépris, l’admiration rare et sélective. Je n’aime rien tant que l’humour fin, de préférence acide, scabreux, douteux, absurde. J’ai la bêtise en haine. J’exècre le médiocre. Je me réclame esthète lorsque je suis sobre, et lorsque l’ivresse de la prétention me monte à la tête et au cœur, je me dis artiste. Je prône le raffinement en toute chose, ne croit qu’au Beau et à la supériorité de l’intelligence, méprise évidemment toute forme d’engagement, de cause, de soumission de ma liberté à quelque raison qui ne soit mienne. Je ne dis jamais peuple –quel affreux mot- mais utilise plutôt l’infâme plèbe, rejetant là-dedans tout mon dégoût des masses et de l’imbécile passion qu’elles charrient toujours. Le col de mes manteaux est toujours relevé, et lorsque je marche dans la nuit, mes yeux jettent sur la plèbe de bien hautaines œillades. J’aime la société des gens qui, d’une façon ou d’une autre, me ressemblent, et la solitude m’est également alliée : je ne m’épanouis jamais mieux que lorsque je suis seul avec moi-même. Ce n’est pas tant par mon style vestimentaire que je suis excentrique ou extravagant, mais par mon esprit, que je veille toujours à peindre d’une teinture originale et unique. Je suis amoureux des marges. Insensible à toute passion pathétique. Arrogant. Têtu. Provocateur. Rieur. Evidemment, comme tous les véritables dandies, je suis éternellement pauvre.

Mais, à côté du dandy, derrière le dandy, dans le dandy, il y a le sobre. L’homme simple, amical, fraternel, d’une timidité maladive. L’homme, calme, effacé, policé, doutant de ses capacités. L’homme dont le plus grand plaisir est d’être et de rire avec ses amis. L’amoureux. Le fils. L’aîné. L’exemple. Le travailleur. Celui qui déteste l’extravagance et lui préfère la sobriété de l’esprit. L’homme qui aime son peuple, et qui a conscience des devoirs qu’il a envers son pays. L’homme de l’ombre, qui préfère voir ses amis briller, et fait tout pour les faire briller. L’homme qui a peur des éloges, ne sait qu’en faire, les fuit non par modestie (je ne crois pas en cela) mais par simple timidité, ce qui, peut-être, est une autre forme de snobisme agaçant. Il y a le philosophe. Le mesuré. Le calme. L’homme sensible, naïf, incapable de prendre de la distance.

Ces deux natures, qui se trouvent bel et bien en moi —j’exagère à peine— ne sont pas exclusives : il ne s’agit pas d’une cohabitation à la Dr Jekyll et Mr Hide, où chaque identité, pour être, doit couvrir l’autre de son ombre et la confiner à l’absence : il s’agit plutôt d’un même bloc, mêlé, enchevêtré, inextricable, où simplement, par endroits, les saillies de l’une sont plus prononcées que celles de l’autre.

Je n’en préfère aucune et n’en condamne non plus aucune, évidemment. L’on ne mutile pas, l’on se comprend.

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lumière 10/05/2013 22:31

Oui il faudra un jour ou l'autre que je l'avoue à moi-même, je crois que je l'aime bien ce type. Oui dès fois je ne le comprends pas (ou ne cherche pas à le comprendre). Dès fois il me fait juste peur, oui comme si le but officieux de l'Ecole est de formater ses gosses jusqu'à ce qu'ils aient tous une même manière de penser. Mais non c'est sans doute trop sophistiqué pour être réalisable, reviens sur Terre mec et avoue juste que tu l'aimes bien ce type. Bonne chance!

Papis 11/05/2013 14:04

En effet, même s'il écrit parfois avec un style d'un énigme très prononcé, on ne peux s'empêcher de jouir dans la profondeur de ses textes! Je l'ai rencontré et lui demandé par manque d'advertance, son secret, sa réponse était brève et "ferme"... "Lire rék." Bonne continuation Mbougar!