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Vie et Geste extraordinaires du Bienheureux Mr G.

19 Janvier 2013 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Déjections littéraires.

Note du scribe: Tout ce qui va suivre n’est pas le fruit de mon imagination, qui n’est pas si fertile. J’écris directement sous la dictée de celui a vécu cette histoire, qui est un être réel. Rien n’est modifié, rien n’est stylisé, rien n’est arrangé. All is true.  

 

 

Chant I : Où je me présente. Où je vous présente l’acolyte. Où nous faisons une terrible rencontre.

                                                                

 

Mon nom est G. Comme le point. Sauf que moi, je l’ai vraiment trouvé. Gräfenberg lui-même, quoiqu’il l’ait théoriquement découvert, perdait tous ses moyens quand il s’agissait de le trouver pratiquement. Il l’a cherché de A à Z. Cet homme n’était pas génial. Cet homme était con : il ne connaissait pas son alphabet. Moi, après avoir trouvé ce fameux point, que croyez-vous que j’ai fait ? Je lui ai mis une virgule. C’est mon côté fasciste littéraire. Je tiens à préciser que j’avais six ans.

 

J’en ai maintenant 25. Autant en centimètres entre les jambes, au repos. Dix fois plus en Q.I., les jours où je m’accorde le droit d’être bête.  

 

Je tiens, avant de poursuivre, à clarifier un point. Certains pourraient croire, en ce point du récit, que je suis un petit prétentieux.

 

C’est le cas, en effet.

 

Cette affaire réglée, il est temps d’en venir à celle qui nous importe : ma geste. J’évoquerai d’abord la mienne avec les femmes. A défaut de les connaître, je les ai pratiquées, sous toutes les coutures, sous tous les angles, sous toutes les perspectives. J’ai connu les plus hauts sommets, gravi les plus épiques, prestigieux et redoutés cols –j’ai eu une chute terrible lors de certaines montées du si fameux col de l’utérus ; j’ai bu sans renâcler aux fontaines les plus troubles, giclassent-elles tels de brûlants geysers. Je vous raconterai cela une autre fois. A côté de toutes ces gloires, cependant, j’ai traversé les moments les plus délicats. Certaines femmes sans pitié, comme Dieu le fit avec Satan, m’ont précipité sans me demander mon avis au fond du trou. Le leur. Là, bravement, j’ai creusé encore : il faut avoir du panache, dans le triomphe comme dans la chute. Le panache, je l’ai toujours eu. Je vais vous le prouver. Ecoutez cela.

 

C’était une nuit d’automne, Il pissait légèrement sur la ville, le pavé moqueur me déroulait son tapis d’airain de feuilles chues, mon équipe venait de perdre,  je chialais, j’étais prêt à provoquer Dieu en duel singulier, l’acolyte était là pour tenir mes armes. L’acolyte est ce qu’on appelle, pour être bref, un étrange type. Sa triste condition de nain me le rend néanmoins sympathique. L’on se sent grand et rassuré, à côté d’un homme qui fait en taille le triple de votre phallus au repos. Ce soir-là, donc, disais-je, l’acolyte et moi écumions la ville, à la recherche de quelque romanesque aventure.

 

Un dancing à l’allure plutôt alléchante s’offrit vite à notre quête. Des postérieurs sublimes y brillaient de mille promesses, une musique suggestive en sortait, le Diable habitait là. Je frémis. L’acolyte sautilla. Nous nous avançâmes vers l’endroit. A son entrée, se tenait une sorte de chose épouvantable, mi-homme mi-cheval. L’on a coutume d’appeler cela un videur. Le centaure nous considéra. Je ravalai mon mépris. Lui affichai ma mine la plus hypocrite. Négociai. Il ne comprit rien à mon charme.

 

-Pas femme, pas rentrer.

 

-Mais… Mais c'est injuste! J’ai une bite, et il en faut, dans cet endroit, Monsieur ! J'ai le droit! tentai-je, avec énergie.

 

-Non.

 

L’œil bête mais méchant de l’être me menacèrent, ses muscles achevèrent de me dissuader. Je battis en retraite. Derrière moi, l’acolyte n’avait pas dit mot. Ce nain est un traître.

 

Nous en étions à palabrer sur la bêtise du centaure lorsqu’une voix, de derrière nous, interrompit nos conciliabules.   

 

-Vous donc bien jeune, pour être père.

 

Je me retournai, avide : la douceur de la voix faisait espérer la splendeur du reste. Et là, je l’aperçus. Qui ? L.

 

Il faut en ce point s’arrêter. Je ne repense pas à cette vision sans émotion. Vous la rendre avec exactitude m’est une terrible épreuve. Entrevoyez la chose, si vous le pouvez.

 

L. était de la pire des espèces parmi les espèces de femmes : celles qui ne sont ni belles ni franchement laides. On l’embrasse du regard, puis toute la faculté de notre jugement semble inopérante. Elle est là, c’est tout. L. avait les cheveux blonds, et était robuste. Le bassin lourd et n’offrant aucun signe d’agilité, la cuisse forte, le sein indécis, l’on eût dit une caryatide. Son visage, quoique l’on devinât par endroits qu’il recelait encore les beautés d’une jeunesse qui résistait comme il pouvait à la fanaison, semblait masqué par quelque voile. Effet des volutes de fumée qu’elle envoyait de sa bouche en fumant. La chose s’approcha. A mon mollet, je sentis l’acolyte qui se cramponnait, dans un instinctif mouvement de crainte. Je détaillai mieux l’affaire. Elle avait le menton prononcé et méprisant, le sourire vague, le regard empli de vice. Je frémis.

 

-Comment, mademoiselle ?

 

-Je disais que vous sembliez bien jeune pour avoir un fils ? Pourquoi est-ce qu’il se cache, le petit minot ? Viens voir maman L. !

 

-Ce n’est pas mon fils, c’est mon acolyte.

 

-Ah mais, sa taille…

 

-Cela se nomme un nain.  

 

-Ah…

 

-Je m’appelle G. renchéris-je, ne lui laissant pas le temps de réfléchir à la condition de l’acolyte. Et vous ?

 

-L. J’ai cru comprendre que vous vouliez rentrer. J’ai suivi votre discussion. Il vous faut de la femme. Je suis de la femme.

 

-Vous êtes sûre, mademoiselle ? Je doute de tout !

 

Elle ne comprit pas la subtilité. Je passai.

 

-Peut-être pourrions-nous aller autre part ? Qu’en dites-vous ? Enfin, si la compagnie d’un nègre et demi ne vous effraie pas ?

 

-Je l’ai assez élastique. En poussant un peu… Et puis vous savez, je suis allé plusieurs fois en Afrique. Les plumes dans le derrière, les danses, tout ça, je connais.

 

-Ah…

 

Nous allâmes dans un autre lieu, où nous fîmes mine de danser. La raideur de son bassin s’y confirma, la profondeur de son gosier s’y révéla. Elle but trois bouteilles de bière. Son œil s’assombrit d’inavouables projets. Nous sortîmes, et nous en fûmes chez moi. Deux bouteilles divines plus tard, L. tenait toujours, et semblait plus en forme que jamais. L’acolyte, ivre –ces gens-là ne peuvent pas contenir beaucoup, hélas-, s’était mis à raconter des conneries. L. quant à elle semblait ne plus sentir quelque effet que ce fût. Elle en était à son septième verre lorsqu’elle lâcha ceci, après nous avoir tous deux regardé longuement :

 

-Vous savez, je vous regarde depuis tout à l’heure, et je vous trouve tous deux très beaux. Je ne sais pas

lequel choisir… Je vous veux tous les deux, mes pigeons ! Venez !

 

C’est là que le drame se produisit. En voulant me lever pour fuir cette furie, je glissai et basculai en avant, dans les bras de L. Son étreinte fût une prison.

 

-Ah ben, c’est toi que Dieu a choisi.

 

Dieu, finalement, avait remporté notre duel. Vieux tricheur.  

 

Désespéré, je jetai un regard derrière moi, pour quérir le secours de l’acolyte, les supplices les plus terribles s’adoucissent lorsqu’ils sont partagés. Mais je ne vis rien. L’acolyte était parti quand L. avait dit « venez ! ». Ces nains sont des traîtres.

 

Seul face à la bête, je fus désemparé. Elle remplissait le lit, affalée, baleine échouée sur une jetée de malheur. Je repris trois verres du céleste breuvage. L’Enfer, c’est la conscience du désastre. M’enivrer, m’abîmer dans l’inconscience, vite…    

 

-Est-ce que je peux dormir ici ?

 

Comme si elle me laissait le choix.

 

Elle ôta ses vêtements. Je rajoutai une couche aux miens. Deux minutes s’écoulèrent pendant lesquelles je résistai héroïquement. Mais que faire, face à quelqu’un de plus fort ? Je suis maigre, malingre, et sec. Elle était forte comme la mère Thénardier. Elle m’ordonna de me déshabiller. J’obtempérai. Le moment crucial approchait. Il fallait que je tentasse un dernier hoquet de défense. Ne jamais mourir sans avoir combattu.

 

-Je n’ai plus de capote.

 

-Tant que tu n’es pas malade.

 

-Je le suis.

 

-Qu’as-tu ?

 

-Le SIDA.

 

-Tu mens.

 

-Que puis-je faire d’autre ?

 

Le dialogue s’acheva là. Je n’avais plus de munitions. Essoufflé, j’éteignis la lumière, la queue basse. L’ombre massive de L. me recouvrit aussitôt.     

 

Je vous épargne les détails de la lutte.  

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Me 30/10/2018 23:42

Signé Elgas ? Ça ressemble bien à son style..