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Variations terminologiques sur la Fesse.

29 Mars 2013 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Errances philosophiques.

Essai sérieux de linguistique wolof sur le susdit terme.

 

 

A mon rigoureux maître, Gorgui Ndiaye, qui m’apprit le si nécessaire sens de la nuance à propos de ces choses.

 

 

Wolof Ndiaye, ce moraliste à deux sous dont les pauvres aphorismes servent d’arguments aux plus médiocres discours (Wolof Ndiaye neena ku juk sa morom took, misère), s’est trompé de vocation : il aurait dû être linguiste ou lexicologue. La beauté de cette langue, en effet, ne réside ailleurs que dans son sens des nuances sémantiques. Qu’au sujet de chaque terme, il puisse y avoir une foultitude de signifiants dont chacun évoque, ou mieux, suggère une dimension singulière d’une idée générale : voilà où se situe le charme du wolof.

 

Le mot « fesse » en est l’exemple canonique, et il faut, pour mesurer le génie de la langue wolof, voir les déclinaisons que ce terme peut avoir en langue française —pauvre, très pauvre— avant de procéder à une comparaison.

 

Pour désigner cette partie décisive de l’anatomie, la langue française, certes, dispose d’un certain nombre de mots. Fesse, bien sûr, mais aussi : derrière, popotin, arrière-train, postérieur, boule, et, évidemment, l’inévitable cul. Il y en a donc plusieurs, et il pourrait, au premier abord, et après cette liste, paraître injuste de qualifier de pauvre une langue qui dispose de pas moins de sept signifiants pour célébrer, adorer, désigner, qualifier, nommer le cul. Je maintiens cependant que, comparée au wolof, la langue française, qui a par ailleurs d’autres beautés, est assez limitée, du moins, en ce qui concernait la spécification de la fesse. Cela renseigne peut-être sur les sénégalais, ce grand peuple de grands coquins. Passons. La pauvreté du français en ce domaine donc, malgré la variété des termes, tient en cela que tous ces termes sont identiques. Ce sont de parfaits synonymes. L’un peut valoir pour l’autre. Celui-ci peut aisément convenir pour celui-là. Ötez fesse et mettez cul, l’on ne verra toujours jamais que deux demi-lunes séparées par une raie. Quelle différence entre un popotin et un arrière-train ? Quelle autre entre un postérieur et un derrière ? La réponse est simple et radicale : aucune. Tous les termes français pour désigner la fesse, pour être clair, n’ont aucune singularité, aucune identité propre. Aucun n’est unique. Ils renvoient, tous, à une même entité, à une même idée qu’ils se contentent de désigner, sans chercher à en saisir la complexité —car le cul, convenons-en, est fort complexe— et en dégager les subtiles nuances. Cela, in fine, a une conséquence : que lexicalement, pour désigner le cul, la langue française soit riche, mais que sémantiquement, elle soit assez sèche.

 

Le wolof par contre a l’avantage d’allier les deux qualités : non seulement il existe dans cette langue une grande variété de mots pour désigner la fesse, mais encore, et c’est là qu’est l’intérêt, le génie, le plaisir, chacun de ces termes prend en charge un pan —c’est le cas de le dire— de l’idée générale exprimée. Autrement dit, les termes wolofs pour la fesse, tout en la désignant, parviennent, par la nuance que chacun d’eux porte, à l’évoquer sous un angle de pénétration différent.

 

Prouvons.

 

Comme pour le français, les termes sont nombreux. L’on peut néanmoins en sélectionner les cinq plus usités. Taat. Bunn. Tuun. Wang. Ganaaw. Chacun de ces mots, s’ils font partie du champ lexical du cul, ne sauraient en aucun cas être confondus. Pour peu que l’on soit respectueux de la précision de la langue et soucieux de l’exactitude, aucun ne saurait être mis pour l’autre sans que l’idée recherchée ne changeât légèrement.

 

Eprouvons.

 

Taat : C’est le terme classique, qui a le mérite de l’exactitude, de la simplicité, de la généralité et de la pudeur. Il sied de l’employer pour toutes les formes de postérieurs : les larges, les gros, les petits, les moyens, les étroits, les plats, les tombants, les haut perchés, etc. C’est le mot le plus répandu, et est assez commode lorsque l’on ne cherche pas à saisir une singularité. Bien veiller, cependant, à prononcer correctement le double « A », qui fait écho au double « A » de xaap. « Taat ñari xaap la », disait Wolof Ndiaye…

 

Bunn : On perçoit d’ici la masse, le volume, l’immensité, la lourdeur. Apanage des jongaamas, le bunn est tantôt une arme de séduction massive, lorsqu’un vieux s’y rince l’œil à en mourir d’arrêt cardiaque, tantôt un fardeau, lorsqu’il ralentit sa porteuse et l’oblige à ménager ses efforts. Le bunn est la hantise des tailleurs, dont les instruments de mesure n’arrivent bien souvent pas à cerner ces obus. Le bunn manque cependant de finesse. Ne pas confondre avec Tuun, qui est sa sœur jumelle. « Boun ku ko amul do deey », chantait poétiquement Wolof Ndiaye.     

 

Tuun : Vulgaire. L’on devine non seulement la masse de la chose, mais encore sa profondeur, sa puanteur, ainsi que la lâcheté du sphincter. Bouchez-vous le nez si vous le souhaitez, mais ne faites pas les hypocrites. Le tuun a la beauté de la sauvagerie ; il s’impose, écrase, domine, capte l’attention ; il hypnotise tant par sa force que par son irrésistible puissance sensuelle. L’utiliser lorsque l’on bave et —éventuellement— bande devant quelque monumental cul, qui n’inspire que de coupables pensées— Astaghfirlah. Ou lorsque l’on veut insulter —Astaghfirlah. Ne pas confondre avec bunn, qui est sa sœur jumelle. « Toun da wara ñaw. » affirmait Wolof Ndiaye.

 

Wang : Eloge de l’équilibre dans le balancement. La fesse est ici perçue comme mouvement. Cela a presque un côté esthétique. L’idée de masse est toujours présente, mais sublimée par une forme de raffinement. Wang évoque la beauté, la sensualité de la fesse, sa forme affirmée, ronde, ferme, mûre, déclinée en une courbure dont le tracé est supérieurement puissant. Un con chantait « Jaay fondé amul pertement… » Achevez. «Xale du teela wang » enseignait Wolof Ndiaye.

 

Ganaaw : Excès de pudeur, essai de raffinement pour parler de la chose sans passer pour un être lubrique. Peut être trompeur, car employé également par les violeurs qui font semblant d’être des saints. Renvoie singulièrement à l’aspect extravagant du postérieur, qui traîne derrière le reste du corps, comme une remorque. Ne pas l’utiliser seul : l’on pourrait penser que vous êtes un lutteur : « Ganaaw bama santé Yala, etc. »     

 

Voilà.

 

Je n’ose, par pudeur, et bien que la tentation m’en eût toutefois effleuré l’esprit, appliquer le principe de l’étude sur le terme « vagin ».   

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Commenter cet article

waly 07/01/2018 16:40

c'est la première fois q je visite votre blog. SVP faut augmenter la taille des caractères.Aussi vous auriez bien pu aussi faire un tour.. dans le ...vagin. vous êtes auteur de texte de fiction, vous avez tous les droits, vous n'auriez offensé personne.

Anonyme 07/05/2016 17:28

Cela fait un moment , que je suis habituée à me balader sur votre Blog ... mais je n'ai jamais autant ri devant un texte .
Tellement vrai , tellement hilarant , tellement beau .
Merci

Anonyme 12/01/2017 21:14

Que d'inexactitudes dans ce texte ! Premièrement , sur la richesse lexicale à propos du terme , on s'attendait à ce que vs en énumériez plus ou au moins, autant qu'en français. Mais ce n'est pas le cas.
Deuxièmement , ce soit- disant Gorgui

testing omnitech support 18/12/2014 10:12

That is one perfect example regarding the usage of words in literature. Here the variations of buttocks can be used in various contexts and each of these words has different meaning. Some of them are provocating and vulgar usage that we get to see in the situations, which are outrageous or sarcastic.