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Sermon sur l'Apocalypse capillaire.

25 Septembre 2012 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Mauvaise foi et autres méchancetés...

A la Mémoire des Iroquois et des Mohicans.

 

Parmi les si nombreux désordres qui hantent ce funeste temps, au milieu des chutes et des déliquescences morales qui caractérisent cette triste époque, il est une engeance, une entité, une chose qui se distingue des autres tant par l’implacabilité de sa tyrannie que l’étendue de son Mal ; une chose qui, de manière plus évidente que tous les autres signes d’une proche Apocalypse, sonne le glas de l’espèce humaine, annihile son intelligence, annonce l’Antéchrist, réduit à néant des millénaires de progrès,  éteint le soleil, désespère de vivre et d’être heureux. Cette chose, dont je répugne à prononcer le nom, est d’autant plus dangereuse qu’elle avance masquée, insaisissable, au cœur des sociétés qu’elle ronge de l’intérieur, et qu’elle trompe en se fondant dans la masse de ce que la bêtise humaine nomme tendance ; cette chose, qui glace le sang et épouvante l’âme, est d’autant plus insidieuse qu’elle revêt l’apparence tout à fait banale et inoffensive d’une mode capillaire. Oui, mes frères : la crête, tremblez et frémissez à ce terrible nom, est la prémonition la plus juste de la fin de notre ère. L’Histoire aura donc attendu la toute fin pour nous infliger la plus cruelle, la plus cinglante et la plus humiliante des ironies : que l’humanité soit éteinte ni par un météorite ni par un raz-de-marée, non plus que par la pollution ou même, j’eusse préféré cela, par un concours de pets qui aurait mal tourné, mais par une invasion ignoble de crêtes crétines.

 

Je ne m’attarderai pas à décrire la tragédie de ce temps. Son apparence est banale, oserai-je, risible. Héritée des Iroquois et des Mohicans, valeureux peuples qui eussent préféré ne point exister s’ils eussent su le destin qui attendait leur coiffure, la crête, jadis signe de courage et de bravoure, est aujourd’hui reléguée à la vanité des artifices de la coquetterie. S’il ne s’agissait que de cette vanité, il n’y aurait, esthétiquement parlant, rien à redire. Ce serait à n’y plus rien comprendre si moi, qui ai vanté la nuque des femmes et fait l’éloge de certains effets du maquillage, moi qui travaille comme un forcené pour achever un mémoire sur la chevelure des femmes, moi encore, qui ai maintes fois célébré l’inutile dans sa beauté, je me mettais à dénigrer les effets esthétiques, leur indolence et la dimension de vanité qu’ils contiennent, et qui sont essentiels au salut de ce monde. Mais le fait est que, même sur le critère esthétique, cette coiffure nommée crête est au mieux horrible, médiocre, haïssable. Tous ceux qui la portent, pour le salut de la beauté de ce monde, mériteraient la tonsure ad vitam aeternam et la sentence d’excommunication de la raison humaine. Figurez-vous, ô mortels, un trait de cheveux, un seul, plus ou moins touffu, qui fend méchamment en son plein milieu un crâne glabre et dénué d’intelligence sur toute sa longueur. Vous avez là, dans toute sa sublime simplicité, le caractère de base de la crête. Ses porteurs, géniaux dans l’infâme, bourreaux achevés de nos yeux esthètes, mécontents de cette bête simplicité, l’ont cependant complexifiée, en en déclinant les effets et les coupes. Ainsi arrive-t-il qu’au lieu d’être complètement nu, le crâne soit légèrement garni de cheveux qui font mieux ressortir le tracé farfelu de la crête. Il se peut aussi, que par ce qu’ils appellent art et que je nomme vacuité de l’esprit, les porteurs de la crête effectuent des variations sur la longueur de leur chose, sur son épaisseur, sur son volume. Mais ce ne sont pas ceux-là, les plus malheureux. Non, mes frères. Il existe, dans la masse abrutie des porteurs de crêtes, une frange – restons dans le lexique capillaire- spéciale d’individus, qui poussent la bêtise de la crête à un art : voyez, misérables contemporains de la crête, ces êtres qui teignent le trait de leur chute du plus affreux des pigments : le jaune ! L’effet est abominable, et combien de fois n’ai-je vomi en regardant ces individus marcher fièrement, sûrs de leur fait ? La crête est un trait qui ne finit que dans le malheur. Je le dis, je le défends, je le veux : cette fente est la porte de l’Enfer! Celle de Moïse ouvrait sur la Liberté, celle des Femmes ouvre sur le Bonheur absolu, mais celle de la crête ! Elle ouvre sur le néant, le vide !

 

Les êtres à crête ne sont pas comme nous. Ils ne réfléchissent pas comme nous, s’ils réfléchissent. En fait, pour tout vous dire, les êtres à crêtes sont fous. Je ne vois pas d’autres explications à ce pas en avant dans la fantaisie capillaire. La coupe « zoulou » elle-même, aujourd’hui tombée en désuétude et –c’est anecdotique- apanage des rats, n’était point tombée si bas dans la tragédie. Je n’arrive pas à me débarrasser de l’idée, tenace, que certaines crêtes préfigurent la non-intelligence de leurs porteurs.  Et puis quelle idée, d’aller disputer aux coqs cette couronne sans prestige ? La seule accointance qu’ils ont avec les gallinacés, c’est qu’il leur arrive de se battre entre eux, pour une poule : savoureux spectacle ! Hormis cela, ils n’ont rien, rien, des coqs : ni la majesté, ni la sublime indifférence, ni le pas altier, ni même, il faut le faire –on parle quand même de ces cons de coqs, la connerie, la leur étant transcendentalement supérieure.  

 

Hélas, mes frères, toutes mes colères crevées et mes élans pamphlétaires ne peuvent éluder un fait : ce sont ces fous qui envahissent le monde et le conquièrent. Vos enfants, vos jeunes frères et sœurs, vos neveux et nièces, toute cette génération de l’avenir, qui ne sait encore rien des beautés de ce monde, croit que la crête est leur salut, et s’agrippe à elle. Faut-il leur en vouloir, dites-moi, si l’on sait que ceux qui passent pour les idoles de l’époque arborent des crêtes ? Il est temps, si l’on veut éviter à nos cadets d’être une génération sacrifiée, si on veut leur éviter l’ignominie d’être une génération à crête, d’agir, de sonner le crépuscule des idoles. Pour votre salut, le mien, celui du monde, de la beauté et de vos enfants, pour tout ce que vous avez aimé et chéri, pour les Iroquois et les Mohicans, pour réhabiliter l’Histoire, pour la gloire, et pour Dieu, mes frères, entrons en guerre sainte. Agissons.

 

Tondons-les.

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macoumba 19/10/2012 14:36

Vos réflexions sur les sénégalais et leurs applaudissements sont brillantes!
Je suis victime de ce phénomène dans une classe de sport où l'instructeur éprouve le besoin de faire taper les mains toutes les 5 minutes..... C'est ridicule mais c'est comme ca. On confond
folklore et activité physique!

Mbougar 25/10/2012 12:49



Cela atteste aussi d'une certaine vanité, et d'un manque de jugeotte pour cerner les choses essentielles. Merci, et bon courage avec votre professeur!