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Réminiscences bibliques.

3 Avril 2012 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Lectures au hasard.

        J’ai lu une grande partie de la Bible dans mon enfance, en même temps que l’on m’initiait au Coran. C’était à Kaolack, chez une tante. Elle possédait dans les trésors de sa bibliothèque des exemplaires illustrés du Livre Saint, en plusieurs volumes, que j’ai dévorés pendant des vacances. Je me rappelle. Des couvertures capitonnées agrémentées d’un suave bleu de turquin, que je caressais fiévreusement. De l’odeur sauvage d’un âge inconnu qui se dégageait de ces pages gorgées de mystères, et dont je m’enivrais. Et puis, surtout, des grosses lettres, d’autant plus visibles que l’enluminure dorée qui les auréolait au contour détonait sur le fond bleuté, qui formaient ce mot immense : LA BIBLE. La fascination mêlée de crainte qui me saisissait quand je retournais un de ces volumes dans mes mains, avant même qu’il ne fût ouvert, s’exprimait à travers un élan subit de recueillement, surgi de je ne sais où ; je me taisais, et subissais autant que je la savourais la solennité d’un l’instant que je ne comprenais pas. Cela s’appelait l’innocence. Je ne l’ai su que plus tard, quand je n’en ai plus eue. En ce temps-là, j’étais un vrai lecteur, absorbé dans les livres comme Dieu en sa Création.    

 

Depuis lors, la curiosité s’estompant au même rythme que m’envahissent la paresse et la suffisance, je ne me suis plus laissé allé qu’à de rares occurrences à ces échappées littéraires, extatiques, mystiques; j’en garde cependant un souvenir à peu près intact, qui me rappelle la vision que j’eus de cette religion : l’humble grandeur. Tout dans le christianisme, en effet, est traversé, sourdement, par cette dialectique entre la splendeur, la démesure, et la simplicité que la pureté charrie. J’aperçus le christianisme dans toute sa force dans la beauté tragique des martyrs et prophètes qui l’ont promulgué, dans l’emphase terrible de ses édifices, dans ses chants et ses orgues terrifiants de ferveur, dans ses renoncements grandioses, dans ses allégories grandiloquentes, dans la pompe de ses cérémonies. Mais je l’aperçus aussi dans la faiblesse, dans le doute, dans les tourments de la chair en proie à la Tentation, dans l’abandon total des pauvres gémissants à Dieu, dans la simplicité rustique de son dévouement, dans la douleur salutaire de sa dévotion. Le Génie du Christianisme, et Chateaubriand l’a montré à travers le balancement poétique de ses phrases, tient en un mot : le Sublime. Dans la grandeur comme dans la décadence. Dans la splendeur comme dans la misère. Le christianisme est la quête tragique d’un Absolu, la recherche difficile, impossible, d’autant plus belle qu’elle est impossible, d’une unité dans l’ordre du monde. Il faut voir tous ces épisodes de la Bible, toutes ces représentations, tous ces tableaux, tous ces vitraux, toutes ces mosaïques, toutes ses cathédrales, tous ces écrits dont la mystérieuse beauté réside avant tout dans l’émotion qu’ils dégagent, perceptible jusque dans leurs particules élémentaires. Des trois grandes religions monothéistes, le christianisme me semble être celle qui, le plus, le mieux, fit des grandeurs indicibles des effusions du cœur un principe fondamental de sa Foi. Le christianisme est émouvant par participation.

 

Je ne m’empêtrerai pas dans l’obscure complexité des exégèses : ce qui me lie à cette religion depuis ma plus tendre enfance est une forme de spontanéité simple et candide, incompréhensible mais agréable. Je tiens à demeurer dans ce rapport. Pour pouvoir encore ressentir cette admiration religieuse devant l’Extase de Sainte Thérèse (d’Avila) de Bernini, comme si la flèche de l’ange me frappait dans la poitrine après avoir transpercé et empli d’Amour et de divine souffrance le cœur de la Sainte. Pour m’émouvoir inlassablement devant les iconographies du Christ, de sa Flagellation par Le Caravage à sa magistrale Transfiguration par Raphaël, sans oublier, évidemment, les grandioses Noces de Cana de Véronèse ou l’énigme de La Cène du génial Da Vinci.

 

Enfant déjà, les dialogues et les scènes de la Bible m’impressionnaient. J’y entrais comme dans un roman. Et j’en ressortais avec cette forme de délectation que les répliques, terribles et absolues, ainsi que les épisodes dramatiques ou remplis d’amour de ces pages imprimaient à mon cœur et à mon esprit.

 

Et j’entends encore :

 

« Qu’as-tu fait de ton frère ?

-Suis-je le gardien de mon frère ? »

 

«Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre.

 

« Eli, Eli, Lama sabachtini ? »  

 

« L’un d’entre vous me trahira. »

 

« Barabbas, nous voulons Barabbas ! »

 

Et je vois pêle-mêle:

 

Dalila caressant Samson, la danse lascive de Salomé devant Hérode, la tête de Jean-Baptiste -celui que je préfère sur le plateau d’argent- Sodome et Gomorrhe en flammes, Saint-Thomas introduisant ses doigts sceptiques dans les stigmates encore sanguinolentes du Christ, etc.

 

Cette religion frappe l’imaginaire par sa poésie avant que de pénétrer le cœur. Le christianisme est poétique par utilisation.

 

Mais surtout, je crois que ce qui me frappait le plus, et qui annonçait ma fibre et ma curiosité pour les lettres, le langage, les signifiants, c’était cette manie de mettre des majuscules partout : Amour, Rédemption, Résurrection, Réincarnation, Vertus théologales (Foi, Espérance, Charité). Je me souviens aussi que cette phrase du Christ à son plus proche apôtre, que rapporte Matthieu, me fascinait par sa subtilité : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon église. » Je trouvais cela intelligent et magnifique. Il a fallu que je grandisse pour savoir que ce procédé s’appelle calembour. Le Christ même en faisait donc. Etonnant.           

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Lyncx 24/05/2012 17:13

Les meilleurs textes sont toujours hypertextes. Balzac là-bas, l'Évangile ici, les portes que tu ouvres vers d'autres oeuvres ont ceci d'angoissant que leur chambranle est tellement belle qu'elle
pourrait surpasser ce qui se trouve en-delà. Mais on essaiera de les ouvrir.

Mbougar 26/05/2012 14:15



L'une des belles choses dans le monde des lettres est sans doute de faire découvrir des textes inconnus, oubliés ou méprisés... Si ce blog peut aussi valoir comme "passeur" vers ceux-là, il aura
plus qu'atteint son objectif. Et je te rassure: ces textes deviennent des diamants, dès lors qu'on les éclaire d'une lecture, d'une pensée et d'une sensibilité personnelles! Bonne lecture en tout
cas! Et merci!



Lyncx 24/05/2012 17:10

Ça, c'est beau.

Chien errant 28/04/2012 14:45

Je te souhaite une trés belle reussite.
Oui!C'est ça qui me plait chez lui.A quoi sert de developper dans des textes si on a pas une magnifique plume (comme la tienne par exemple)? un style?...ecrivez!je lirai!j'en parlerai! c'est mieux
comme ça.
Non l'ami tout ce je voulais ecrire a deja été divinement ecrit par quelques grands ecrivains.Pour le moment je me contente de lire ,de prendre des notes et de reflechir,afin de mieux
comprendre...Quoi? la vie bien sur!
Ps:le mur heroique a été completement aneanti cette fois-ci...L'on voit l'inefficacité des concepts et la faiblesse de l'intellect face à cet aneantissement si brutal...ça m'a un peu tourmenté...a
vrai dire ,c'est tellement surrealiste que j'en ris.
Bien à toi

Mbougar 05/05/2012 21:56



Merci beaucoup l'ami, et mûris ta réflexion, l'on attend l'accouchement... Il sera splendide! Porte-toi bien...!



Chien errant 06/04/2012 18:26

Heureux hasard ! je me suis mis ces temps-ci à reflechir sur le message du Christ.Et à me remémorer certains passages dans des moments de doute ,de desespoir ,et à m'émouvoir.J'ai acquis le nouveau
testament au hasard d'une rencontre avec un missionaire.C'est plutard que j'ai acheté l'ancien .Je ne l'ai pas beaucoup lu d'ailleurs.La première chose qui me frappa,lors de ma première lecture des
évangiles fut l'ideal ascetique et le mepris des biens materiels du Christ.A celui qui lui demande que faire aprés l'application de tous les commendements ,le Christ répond :"il te manque une chose
,vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvre ,puis viens et suis moi" Enorme! (c'est pas du Bethio ça).Ce livre parle directement au coeur (tu l'as mieux dit que moi).Et mon pretentieux esprit qui
voulut le dissequer se fut soumis à mon coeur qui ne tarda pas à se delecter du message d'amour."Mon Dieu,mon Dieu ,pourquoi m'as-tu abandonné ?"...cette parole porte en elle une floraison de
pensées metaphysiques et d'émotions.Elle ne m'a jamais laissé indifferent...Ne pas vivre sans Dieu,mais vivre avec l'abscence de Dieu ,avec son silence ...Ne comprendront cela ,je l'espere ,que
quelques douteurs ( pas les suffisants athees et les dogmatiques (fanatiques) croyants)."il faut voir les episodes de la Bilbe ,toutes ces representations....perceptible jusque dans leurs
particules elementaires".Rien à ajouter.C'est ça !...Je veux aimer mon prochain comme moi-meme ...Je ne veux pas lui jeter une pierre, j'ai péché l'ami...Et la bienveillance !et la bienveillance
l'ami ? il nous dit le Christ d'etre bienveillant...Je l'ai cherché la bienveillance ,mais chez les hommes "rien n'est plus commun que le nom ,rien n'est plus rare que la chose"...le beau,il ne
t'échappe pas j'ai l'impression.Tu le cherches.Mieux !tu le vois presque en toute chose.Et tu sais bien le decrire.T'es un bon!...Ceci étant je poursuis ma route en souriant.
Mes salutations

Mbougar 22/04/2012 10:20



Excuse-moi de ne répondre que maintenant, l'ami, je suis pris depuis deux semaines dans la préparation d'un certain concours qui m'accable.... Beau résumé, en tout cas, comme d'habitude, de la
part du chien errant le plus singulier que je connaisse... Je crois que tu ferais un malheur si tu développais tout cela dans des textes. Et les références que tu as sont d'une qualité et d'une
finesse rares...! Si je cherche à voir le Beau en toute chose, il me semble que toi, le vis en toute chose, ce qui est autrement plus...beau. La figure du Christ me fascine. Qu'il s'agisse d'un
mythe ou non, l'on ne peut nier que c'est l'une des pierres fondatrices de notre civilisation. Le Coran Lui-même ne l'ignore pas... Son message comporte quelque chose de sublime, un idéal absolu.
C'est cela qui me plaît... Et à toi aussi, à ce que je vois...