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Quelques mots pour éclaircir...

28 Janvier 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Solipsismes

     "... nous ne pouvons plus choisir nos problèmes. Ils nous choisissent l'un après l'autre. Acceptons d'être choisis."

Albert Camus, L'Homme révolté

 

 

     Je le sais, on me l’a dit, je le sens : mon dernier billet (La Rencontre et le Souvenir.) a pu choquer. Il a pu surprendre. Il a pu décevoir certains des quelques lecteurs, qu’ils me connaissent personnellement ou non, qui me font l’honneur de passer quelques instants sur ce blog. Ces mots ont pu heurter quelques uns. A ceux-là, que je remercie pour l’intérêt qu’ils portent à ces lignes, j’exprime mon sincère regret, non pour le texte en lui-même, mais pour la réaction qu’il a engendrée chez eux, à sa lecture. Je ne suis pas de ceux-là qui croient qu’écrire, c’est chercher à choquer en étant cynique, voire vulgaire. Il y a d’autres moyens, que je juge plus efficaces, de susciter une réaction, surtout celle d’un lecteur.

Mais ce texte, je ne le retirerai pas.

Je ne regrette pas de l’avoir écrit.

Et ceci n’est point une explication, ou pire, une justification.

     On ne doit pas s’expliquer sur tout ce qu’on écrit, sinon on tombe dans un cercle vicieux, et l’on devra s’expliquer sur tout toute sa vie : le texte a été fait ainsi, qu’il demeure et perdure ainsi. D’ailleurs ce n’est pas sans une certaine hésitation que j’écris ceci, car au fond, que je le veuille ou non, je me justifie finalement. Mais cela n’arrivera plus après. Ce n’est pas pour cela que je tiens ce blog. Ce que je dirai là vaudra pour le reste. Ce texte donc, je l’ai écrit en étant parfaitement conscient. Je l’ai choisi. Le retoucher équivaudrait à nier une réalité qui m’a habité, qui ne m’a toujours pas quitté, du reste. Cette réalité, j’ai tenté de l’exprimer du mieux que je pus, avec mes lacunes et mes hésitations, avec mes modestes capacités, avec ce dont je disposais, le langage et sa finitude, parfois avec des erreurs, mais toujours sans mentir. Toujours avec authenticité et spontanéité. Toujours sans trahison ni mystification. Jamais, enfin, sans cœur.

     Je ne veux expliquer ce que j’ai voulu dire par cette histoire, ce n'est pas l'essentiel ici. J’ai voulu dire plusieurs choses à la fois. Que chacun se fasse une opinion. La pluralité des significations, leur agencement pour former un tout malgré certaines choses qui, en apparence du moins, peuvent paraître contradictoires : là est l’affaire.

     Mais il faut que je dise ceci : je conçois l’écriture comme un témoignage permanent vis-à-vis du monde. Ce n’est pas nécessairement du réalisme, car la littérature, c’est ce que je crois, est le seul témoin qui peut inventer ses témoignages, c’est-à-dire les transcrire en fictions, sans pour autant mentir. Voir les choses, les dire autrement, ou mieux, arriver à les montrer : là est l’affaire.

     Ce monde n’est pas fait que de soleil. Il n’y a pas que des fleurs. L’amour est beau, mais il n’y a pas que lui. Hélas ou heureusement ? Ce monde comporte aussi des marges, des zones d’exclusion, de l’obscurité. En lui, se jouxtent les rayons et les ombres. Cette réalité totalisante est là, sous nos yeux. On ne peut faire semblant de l’ignorer. Surtout quand on essaie d’écrire. Il ne faut pas fermer les yeux, il ne faut pas se défiler. Il faut avoir le courage de regarder avec ces yeux de chair et de sang, grand ouverts, puis, après avoir vu, chercher une nouvelle force, et une liberté : celles de montrer. Et de tout montrer. Tout.

     Je pense que l’on n’a pas le droit de choisir ce que l’on veut écrire. Ce serait alors trop facile. Ce sont les thèmes qui vous choisissent ; ils s’imposent à vous dans toute leur crudité, dans toute leur nudité. Il vous  faut alors essayer de les retranscrire, du mieux possible, sans chercher à choquer, mais en ne masquant rien. C’est là toute la difficulté de cet acte : la composition, qui n’est pas la collusion ; l’assemblage, qui n’est pas le compromis; l’authenticité, qui n’est pas la faiblesse. Il ne faut pas être traître. L’on ne se nie pas ainsi, impunément.

     Que l’on n’aille pas croire que je postule un quelconque engagement. Je ne sais pas encore ce que c’est. Ecrire n’est pas plonger dans la rage de la bataille, avec son bruit, sa fureur, sa clameur. Il faut la montrer d’abord. Et y plonger ensuite, si l’on veut. Mais une plume et de l’encre valent-ils une épée ?  Je ne sais pas encore, cela ne m’intéresse pas encore de savoir.

     Enfin, je voudrais dire, en reprenant les mots d’un ami qui pense souvent juste, qu’ «être vertueux n’empêche pas de parler du vice, et ce n’est pas parce que l’on parle du vice que l’on manque de vertu ». Les deux sont en l’homme. Il ne faut ignorer ni l’un ni l’autre. D’ailleurs, vice et vertu, bien et mal, pudeur et vulgarité, tout cela a-t-il une valeur sur un papier, dans des mots ? Faites-vous votre avis, qui peut être défendu quel qu’il soit. C’est au fond l’éternel débat entre Proust et Sainte-Beuve.

     En ce qui me concerne, je m’arroge le droit de garder le silence là-dessus, et, prenant toujours plaisir à noircir du papier, reste ce que je suis quand je le fais : une liberté qui rit et pleure.

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M.M.S. 30/01/2011 20:21


Il est possible en effet qu'il s'agisse de courage ou de sagesse, bien que je crois n'être (encore) ni l'un ni l'autre... En tout cas, il y a une dimension de "devoir de vérité" qui m'apparaît,
même s'il faut dire le remplir par des fictions. Mais vous avez absolument raison: que de chemin à parcourir encore!!!
Merci de votre visite, de la lecture et de la réaction. A bientôt.


pentaesilae 30/01/2011 16:20


Aux détours d'une communauté, je découvre ce blog par le biais de ce billet.
Evidemment, je suis allée lire la Rencontre et le Souvenir, afin d'essayer de comprendre ce dont il est question.
Ne pas se défiler et parvenir à cette liberté de montrer tout, c'est faire preuve d'un courage admirable.
Accepter de ne pas choisir ce qu'on écrit, c'est faire preuve d'une sagesse bien plus grande.
Que de chemin à parcourir encore ...


M.M.S. 29/01/2011 02:02


Merci du commentaire. Cela m'est très constructif... C'est nul, et l'argumentation s'arrête là. Et puis, ce n'était pas un poème. Quant au rêve et à l'imagination, il n'en est point besoin là où la
réalité est sordide. Il y a des univers où il est impossible de faire rêver, et je préfère trop dire que dire trop peu pour faire imaginer. Il a fallu choisir, j'ai choisi. Des textes de ce type,
il y en aura encore, sur d'autres réalités. Si cela vous choque, ne les lisez pas. Je vous remercie, et à bientôt.


kla 28/01/2011 23:58


prso je me sens visee par cette reponse, g pas ete choker ni heurter g trouver le poeme d'avt juste nul, je ne parle pas du sujet mais la maniere dont il est dis. ya aucun reve derriere, ni aucune
imagination. tout a ete dis, tu as trop parlé. rien de vulgaire ni de blessant, c juste nul c pas pareil