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Prolégomènes au "Mundus Muliebris", Texte II, partie I: De la démarche des femmes.

7 Septembre 2012 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Réflexions rafistolées.

“Jongamaa, Jongamaa, ah ya, ay ni ngay doxé nex nama.”* (paroles d’une chanson sénégalaise célèbre ; lire la traduction en fin de texte.)

 

 

Introduction

 

Les femmes ont deux cœurs. Le premier est organique, et vous est connu. Quand au second, celui qui est leur apanage exclusif, celui qui aboutit le génie de leur sexe en étant le miroir de concentration de leurs charmes, la quintessence de leurs séductions, celui qui porte leurs mouvements aux confins de la perfection, celui-là même qui commande la grâce de leurs corps en en harmonisant le mouvement général, il est injustement méconnu. Sa seule faute est d’avoir une fonction non organique, certes, mais non moins essentielle et vitale à ce monde de brutes : celle esthétique. Ô mâles rustres et mufles, médiocres esthètes au cœur et au cerveau mêlés pendouillant entre vos jambes ; ô femmes négligentes et ordinaires ignorant le plus beau et le plus décisif de vos célestes attributs, recevez, accueillez, honorez, célébrez le deuxième cœur que Dieu a mis dans la descendance d’Eve: le bassin. Pendez par les pieds ce qui ne savent pas ce que c’est ni où cela se trouve ni encore, ce qui est pire, à quoi cela sert, et estimez les heureux connaisseurs. Eux seuls ont eu le privilège, que dis-je, le bonheur suprême de voir, que dis-je, de contempler cette vision du paradis que représente une femme qui marche avec grâce, et de s’en émouvoir profondément. Une femme qui marche élégamment, en effet, est un rêve qui s’incarne, qu’aucun artiste n’a su transcrire : ni le poète pour le chanter, ni le peintre pour le saisir, ni le sculpteur pour le graver dans la pierre, exception faite, peut-être, de l’Athéna Parthenos chryséléphantine de Phidias.

 

Quelques imbéciles me demandent en cet instant quel est le rapport entre le bassin et la marche. Avant de les pendre une seconde fois, par les cheveux pour cette occurrence, il convient de leur expliquer, afin qu’ils meurent moins bêtes, que tout mouvement des reins, tout frémissement des hanches, tout balancement de cuisses, toute valse des fesses, toute magie d’un croisement de jambes, tout équilibre, toute grâce, toute félinité, toute séduction, toute perversité, toute prestance, toute élégance, toute provocation, toute sensualité, toute joliesse contenu dans une démarche de femme est commandé, permis, sublimé, par la souplesse de son bassin. De celle-ci, relative, en effet, éclot le caractère de la marche, sa beauté ou sa laideur. Car oui : il y a hélas des démarches horribles, chez des femmes qui méconnaissent la charge esthétique de leur pas.

 

C’est avec une prétention égale à l’importance de la démarche dans l’éventail du complexe univers des charmes féminins que je me lance dans cette nouvelle croisade : faire la typologie des démarches de femmes. La tâche ne fut point aisée : j’ai dû, au cours de mes expériences sur le terrain, de mes observations, préalables à toute analyse, subir les regards méprisants de la gent féminine, certaines me traitant de voyeur, d’autres d’obsédé, d’autres encore, suprême insulte, de Karl Lagerfeld. Je ne parle pas des hommes, coqs à crête blonde, qui me menaçaient de me tabasser parce que je « matais » leur poule. Les cons n’avaient pas compris que j’œuvrais pour la marche de l’humanité.  Mais le devoir commandait que je bravasse toutes ces infamies, que je les ignorasse. Je l’ai fait, superbement, avec tout ce que je pouvais de mépris et de sacrifice physique –j’ai dû en effet, quelquefois battre en retraite, faire un repli stratégique, devant des menaces musculaires trop insistantes.  Mais je refuse que l’on appelle cela fuite : « Jambaar dawul, dafa wuti dolé. »**

 

 

 

Corpus critique

 

 

Argument : Une femme ne doit pas marcher n’importe comment : c’est un crime imprescriptible contre le monde. Hélas, l’époque n’accorde guère que peu d’importance à l’art de la démarche gracieuse. La responsabilité de ce péché est à imputer aux hommes comme aux femmes : les premiers, pour n’être plus capables d’apprécier les beautés de la démarche, soit parce qu’ils sont inhibés par un élan de concupiscence aussi rapide que crétin à l’égard de toute femme à proximité, soit parce qu’ils jugent inutile la chose ; les secondes, pour ne plus savoir séduire les premiers d’un seul pas, soit parce qu’elles ne le peuvent, soit parce qu’elles croient que séduire n’est que l’affaire d’un maquillage, d’une discussion, de suggestion, d’entreprise plus ou moins hardie. Certes, ces choses sont essentielles. Mais elles sont postérieures dans le processus de séduction, si long et si complexe. La première des armes dont une femme dispose pour attirer l’attention d’un homme, sans même chercher à le séduire, juste pour seoir à cette élégance naturelle contenue dans la nature féminine –quoiqu’invisible chez certaines- et à laquelle les hommes sont si sensibles, c’est la démarche. Celle-ci, en même temps qu’elle tient à distance parce qu’elle pétrifie, attire parce qu’elle suscite le désir, et émeut parce qu’elle provoque l’estime, l’admiration, le respect des autres. Cependant, il n’y a pas de démarche universelle. Il y a des styles : certains sont exquis, d’autres plus laborieux, d’autres encore très gauches. L’effet, bien entendu, n’est pas le même. Je prétends ici apprendre aux hommes à reconnaître et apprécier les démarches de femme. Et j’ai la naïveté de croire que les femmes qui liront ceci arriveront à identifier leur style, à le corriger à l’envi, à le perfectionner éventuellement.

 

Chères femmes, rien ne sert de courir, il faut marcher à point.

 

Les balancières : Elles mettent tout l’atout de leur démarche dans le mouvement de balancier de leurs fesses, qu’elles sont souvent fort amples et dantesques, du reste : l’effet peut être ravageur si la technique est maîtrisée. Ces femmes, conscientes de l’impact de fesses monumentales et animées sur les mâles primaires, tiennent la marche pour un éloge des fesses. Il faut les voir rendre à chaque fesse –xaap, en wolof- l’hommage qui leur est dû, en la montrant bien en évidence. Chez ces femmes, les fesses ne sont pas une seule entité indifférenciée et unie dans l’assaut contre le Mâle, elles sont un assemblage, une coalition ou chaque partie à son identité. Les balancières mettent un soin particulier à soupeser leur démarche, à la calculer avec une froideur géniale : chaque fesse doit rester un nombre précis de secondes en haut, avant de redescendre. J’ai chronométré la chose : la fesse droite reste 2 secondes et 64 centièmes en hauteur, tandis que la gauche tient le haut du pavé pendant 2 secondes et 89 centièmes.  J’ai tenté une approche pour expliquer l’étrangeté de ce phénomène, mais les échantillons étaient très farouches et réfractaires à la pensée et à l’échange. L’une d’elles, une ivoirienne, m’a même sauvagement agressé, insensible qu’elle était à l’hommage que lui rendais en l’abordant, en gueulant « Bobaraaba, bobaraaba ». La question de la technique, maintenant. Les balancières ont un sens inné de la cadence. Celle-ci est chez elles lente. C’est bien la condition de leur succès. La démarche est donc lente, le pas fainéant et lascif, la mollesse du corps exacerbée. Mais derrière cette apparence de désinvolture ultime, la balancière fait en secret d’immenses efforts pour maintenir la fascination qu’elle exerce. Il faut les voir suer pour que leur buste reste droit et haut, souffrir pour respecter le nombre de secondes exactes, trahir une grimace pour supporter le poids parfois lourd de leur derrière. Le sujet de la souplesse ou non du bassin des balancières reste pour moi une énigme. Lorsqu’elles marchent, en effet, leur bassin est relativement statique : à peine remue-t-il pour leur permettre de faire leurs petits pas. Il paraît cependant, c’est l’un de mes maîtres qui me l’a dit, qu’au lit, ces bassins n’ont pas d’égal sur le terrain de la souplesse. Information sous réserve de pratique, cependant. Les balancières affectionnent les jeans, qu’elles remplissent sans vergogne : il est vrai qu’il leur sied bien, contrairement aux jupes, dont certains évasements  et replis peuvent rajouter de malheureux centièmes à leur chronométrage parfait. Il n’y a guère que le pagne qui arrive à sublimer absolument la démarche des balancières. Hélas, peu de femmes le nouent bien. Ne tombons pas dans le malheureux cliché : les balancières ne sont pas toutes africaines. Mais toutes les jongaamas sont des balancières.

 

 Les « écarteuses »: Pas d’amalgame scabreux, coquin, sexuel sur cette appellation, je vous prie. L’opportunité de cette appellation vous sera bientôt justifiée. Les "écarteuses" sont les ennemies acharnées des balancières. Quoiqu’elles eussent en partage la même idée –placer tout le pouvoir de séduction de leur démarche dans le mouvement de leurs fesses-, les moyens dont elles usent sont radicalement opposés. La violence de cet affrontement fratricide est si exacerbée que je le tiens pour l’un des plus sauvages de ce temps. Contrairement à leurs rivales, les "écarteuses" enveloppent leurs fesses dans un même mouvement, uni et ferme. Chez elles, la démarche est un éloge de la circularité. Je m’insurge souvent lorsque la vulgarité de cette ère n’a pour décrire leur démarche que cette expression limitée et réductrice, donc fallacieuse : « rouler des fesses ». En réalité, leur démarche est plus subtile, plus complexe. Car là où les balancières s’évertuent à cristalliser l’attention sur leur derrière, les "écarteuses" cherchent avant tout à faire de la démarche un mouvement où toutes les éléments sont sollicités. Le mouvement de leurs fesses n’est ainsi pas une finalité, mais une composante –la plus importante, certes- d’une harmonie plus générale. Leur technique est admirable. Elles ont le pas ample, et l’écart qu’elles mettent entre chacun d’eux relève du prodige –voilà enfin l’explication de cette caractérisation. J’ai mesuré une moyenne générale de 0,82 cm. Leur bassin est l’un des plus souples connus à ce jour, et il faut les voir marcher tandis que celui-ci ondule, imprimant à leur allure un charme délicieux. Il est une erreur fréquemment partagée au sujet de la démarche des écarteuses : le désordre et la dissipation de leurs gestes. Cet avis, je suis péremptoire, est celui de ceux qui ne sont dotés de cette « seconde vue » balzacienne, et qui ne sont capables d’aller au-delà des impressions premières. Il est vrai que voir une écarteuse qui se meut peut surprendre au premier abord. Aux grands pas qui lui donnent l’air d’être constamment pressée, il faut rajouter un mouvement incessant des épaules, un balancement assez marqué des bras, une oscillation un peu farfelue des hanches. Mais ceci n’est que l’impression générale que donne une "écarteuse" que l’on n’a observée seulement quelques secondes. Il faut allonger le regard, et surprendre, quelques secondes plus tard, la sidérante transformation qui s’opère dans cette allure : les pas de la belle deviennent symétriques et égaux, cette égalité stabilise la vitesse apparente de sa marche, ses jambes tendues se croisent sans faute, le balancement de ses bras lui assurent un équilibre parfait, les brusqueries de ses épaules gainent son dos musclé et agile en même temps qu’ils lui offrent un port de tête altier et fier. Elle est simple et fascinante, elle marche sur terre et pourtant vole tant elle est légère. Cela s’appelle la volupté. Plus que dans les jeans, les écarteuses paraissent plus sublimes encore dans des robes, lorsque le léger tressaillement de l’étoffe sur les zones cruciales trahit le galbe des courbes, révélant ainsi sa porteuse sous un jour pudique mais si désirable. Une "écarteuse" a la démarche d’autant plus exquise qu’elle a le pied petit.  

 

Les Conquérantes : Elles ont le pas impérial, rempli d’abnégation, déterminé, fort. Elles fondent sur vous et ne vous laissent guère d’autre choix que de subir leur marche irrépressible et écrasante. Leurs cuisses sont musclées, et leur tenue raide. Leur bassin, sans manquer de souplesse, a fini par devenir quelque peu mécanique à force de n’être destiné qu’à un seul usage. Union bâtarde des balancières et des écarteuses, elles ont des premières l’impressionnant mouvement des fesses et des secondes l’hyperactivité. Leurs pas sont militaires, elles attaquent le sol avec le talon, seins bombés, menton fier. Elles dégagent. Cependant, cette allure martiale n’est pas nécessairement dépourvue de charme. J’adore, de loin, regarder arriver les conquérantes, en jouant dans ma tête un air militaire que j’ai retenu du Prytanée. La vérité est que derrière cette démarche, se cache souvent une sensibilité à fleur de peau, qu’elles cachent par une course effrénée à l’affirmation. Nulle femme ne porte le tailleur et les talons mieux qu’une conquérante. La dimension stricte du tailleur leur sied à merveille lorsqu’elles marchent, que leurs mignons genoux pointent à peine, que leurs cuisses battent vigoureusement les pans serrés de la jupe, et que leurs mollets fermes offrent une gymnastique admirable. Cependant, c’est avec les chaussures à talons que ces femmes excellent dans leur démarche. Une longue pratique des trottoirs et bitumes de toutes sortes et de toutes natures leur a assoupli la cheville, et le pied en général. Elles ne tremblent pas à quinze centimètres du sol. Elles ne trichent pas, comme les autres femmes, en faisant de petits pas avec des talons. Les conquérantes gagneraient à mettre un peu de désinvolture à leurs mouvements : il faut huiler les jointures, car à être trop stricte, l’élégance se dessèche et peut effrayer. Les conquérantes mettent souvent des ceintures, qu’elles serrent sans pitié à leur taille. Le résultat ne rate pas : pour peu qu’elles ne soient pas grosses enrobées, cela finit par la leur marquer très fortement. Mais il ne suffit, pour enjouer une démarche, qu’une taille soit marquée : il faut encore qu’elle soit déliée. Le potentiel diabolique de leur déhanché ne pourra être libéré qu’à ce prix.

 

Pour des raisons de commodité de lecture, je vais suspendre ici la première partie de cette étude. Nous nous pencherons très prochainement sur le cas des miss, des cagneuses et des chamelles.

 

*«Baleine, baleine, ô que ta démarche me plaît. »

 

 **Sentence sénégalaise, qui signifie littéralement : « l’homme valeureux ne fuit jamais, il bat en retraite pour reprendre des forces. » Justification, légitimation, éloge de la lâcheté. 

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Belle Dame 03/07/2017 20:12

Mdr ! En 2012 , vous nous traitiez de baleine , j'espere qu'avec le temps vous avez reconsideré vos propos ... Parce qu'il faut un certain age pour apprecier une jongoma


Tres tres beau texte . Merci