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Mots d'adieu.

9 Janvier 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Solipsismes

     Un homme, ça pleure pas quand ça quitte un être qui lui est cher. Ca dit au revoir. Ca dit à bientôt. Ca ne dit jamais adieu. C’est trop triste. Et puis là-haut, chacun se souciera d’abord de son petit sort. Ce sera la Grande Délibération. Et une voix méchante proclamant les résultats de mille milliards de candidats :

-Admis !

-Admis !

-Recalé !

-Encore en délibération !

-Recalé !

-Recalé !

-Tous les autres, recalés ! Fin de liste.

     Moi, évidemment, je serai admis. Je suis quelqu’un de bien, n’est-ce pas? On me l’a dit. Je serai l’un des premiers à rentrer, et j’irai tout de suite trouver un coin tranquille d’éternité heureuse. Je ne te verrai donc pas. Je ne me souviendrai même pas de toi. Voilà pourquoi je ne te dis pas adieu. Je te reverrai quand même.

     Un homme, ça fait semblant d’être un roc quand ça se sépare d’un être cher. Ca essaie de rire. Ca essaie de faire rire. Ca essaie d’être cynique. Ca essaie de « détendre l’atmosphère. » Ca essaie même d’être méchant. Mais on l’aura compris : tout ceci, c’est un grand cinéma, un cirque, une abominable mascarade. En réalité, ça rie dehors et ça chiale dedans, avec des morves dégueulasses de gosse de bourgeois. Mais c’est un vieux tour. Une technique classique. Ca marche encore.

     Un homme, quand ça se sépare d’un être cher, ça n’ose pas le regarder dans les yeux. Ca fait juste semblant de le faire. Mais on le sait : ce qu’il fait, c’est regarder non pas les yeux, mais ce point du visage, situé entre les deux yeux, à la base du nez. Ca donne toujours l’impression que l’on regarde les yeux. C’est encore un mensonge.  

     Et puis de toute façon, un homme, ça ment tout le temps. C’est trop orgueilleux pour se laisser aller. C’est lâche. C’est gros. C’est têtu. C’est poilu. Ca veut jouer le dur et ne point avoir un cœur. Ou sinon, il le veut en acier. Trempé, s’il vous plaît.

     Je sais que tu sais tout cela. Que tu as démasqué mon jeu. Merci quand même de l’avoir joué. De n’avoir pas rigolé quand tu as senti mon désarroi. Car vois-tu, malgré tout, un homme, quand ça quitte un être cher, ça devient humain le temps de quelques minutes. Puis ça redevient un homme. Oui : un homme, c’est pas humain. C’est justement cela qui fait sa force. Et, parfois, comme lorsque ça quitte un être cher, son malheur.

     Et là, la nature chassée revint au galop ; et l’orgueil sursauta !

     Mais vas surtout pas croire que j’étais malheureux. N’oublie pas que je suis un homme. La tristesse, connais pas. Connais que le soleil, la mer, Dieu et les femmes. Le reste, l’amour, l’amitié, le courage, l’humanisme, tout ça, c’est inutile. C’est un tas de conneries. Voilà, c’est fini.

     Au revoir, et bon vent !

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M.M.S. 23/01/2011 16:59


1)Merci bien Bayala! J'essaierai quand même de ne pas perdre certaines pièces du puzzle.. =)

2)Marrant: voilà le mot Mbissine! "Homo-comedius"... =)

Merci bien, les amis, et à bientôt!


Kane 21/01/2011 01:49


Tu sais pourquoi l'homme fait mine d'etre fort lorsqu'il perd ou a perdu un etre cher?C'est un sensible.Un etre qui sait s'apesantir sur son destin,regarder son passé et vivre son présent ..la
différence avec les animaux.En face d'un mort,on vomit tous nos actes pour extraire le bloc de bonté ..Au regard de cela,on s'émeut,et on se force à croire qu'on est naturellement bon..C'est juste
marrant..


Thierry 12/01/2011 00:08


" Et là, la nature chassée revint au galop ; et l’orgueil sursauta !" tout y est...j'aime bien..ça fait réfléchir sur les considérations qu'on porte sur ces choses que tu juge inutile...like
it...des écrits forment de parfaits puzzle et c'est un plaisir d'y jouer