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Ma génération.

21 Mars 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Solipsismes

     La génération à laquelle j’appartiens a peur de tout ce qu’elle veut. Ou plutôt, elle veut plusieurs choses à la fois, dont certaines sont souvent contradictoires. Entre deux eaux, elle hésite. Elle est perdue, une carte et une boussole à la main pourtant. L’image d’un passé, paradis à jamais perdu, où les valeurs, dit-on, étaient encore là et donnaient une raison de vivre, mêlée à la crainte d’un futur incertain en raison d’un présent désordonné, emprisonne cette génération dans des contradictions terribles. Mais ma génération est fière et orgueilleuse. Elle refuse le fait de ne plus tellement savoir ce qu’elle veut. Elle appelle cela, ce refus donc, la liberté. Ce mot, pour reprendre Valéry, me semble, hélas, de plus en plus « avoir plus de valeur que de sens ». On l’utilise partout, et elle justifie tout. Mais enfin. Ma génération est préoccupée. En soit, cela n’est pas un souci : il faut être préoccupé dans ce monde. Mais tout le malheur de ma génération est qu’elle oublie de vivre. C’est-à-dire d’essayer d’être heureux. Elle se sait préoccupée, mais ne veut agir. Elle croit qu’agir nuit au bonheur. Elle ignore qu’aucun bonheur n’est tranquille, et que le bonheur véritable est dans l’action pour le chercher. Elle attend. Quoi ? Que quelque chose se passe. Quoi ? Elle ne sait pas. Il ne faut pas lui poser trop de questions, à ma génération, sinon elle cafouille. Elle a le verbe peu clair. Elle attend. Qui ? Quelqu’un. Qui ? Godot. Qui n’arrivera évidemment jamais.

Ma génération se cherche des combats, mais refuse de les mener quand il le faut.

Elle est volontiers rebelle, mais ne connaît point ses causes, ou ne veut les voir.

Elle veut la richesse, mais déteste le labeur.

Ma génération parle beaucoup, mais dit si peu.

Ma génération n’aime pas la politique, alors que son temps est politique. Elle est apolitique par défaut.    

Elle veut le grand Amour, mais en a si peur qu’elle ne veut plus croire en son existence, et lui ferme la porte.

Elle veut être libre, mais ne choisit pas. Sa liberté est dans le non-choix. Dans la peur.

Ma génération, au nom de sa liberté donc, ne veut faire partie d’aucun groupe. Soit. Mais elle craint la solitude.

Elle refuse la dictature du passé, veut un avenir, oublie que l’avenir se construit ici et maintenant.

Ma génération a des idoles. Mais que fait-elle pour devenir elle-même un exemple ?

Ma génération n’aime pas ce qui semble compliqué. Elle veut tout comprendre vite. Elle  est impatiente.

     Et tant d’autres choses…

     Mais je la comprends. J’en fais partie. Le dilemme est vieux comme le monde. Il faut choisir entre la passion vécue jusqu’à la mort, et le détachement du monde. Entre la plongée jusqu’au cœur du monde, et le survol de celui-ci. D’un côté, il y a la nécessité d’agir et de changer les choses. De l’autre, il y a le désenchantement, et la volonté de rester en dehors de tout cela, qui est inutile. Il y a l’amour des hommes, et il y a le désespoir qui naît à leur contact. Il faut choisir. Quoi ? Cela importe peu. La véritable question est celle-ci : « pourquoi choisir ceci plutôt que cela ? » La véritable question est celle de la légitimation d’une posture, quelle qu’elle soit. C’est celle de la responsabilité de la pensée.

    Mais ma génération ne veut pas entendre parler de ce mot. Elle ne veut être responsable de rien, ne veut rien assumer. Même pas ce qu’elle fait, ou pire, ce qu’elle pense. C’est qu’elle a peur du regard et du jugement des hommes.  

    La génération à laquelle j’appartiens a peur d’entrer dans le monde. Mais quel ailleurs y a-t-il ? 

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Ilm 04/04/2011 12:01


M.M.S hein.. :)


Sheik Ahmadu 22/03/2011 21:50


Majestueux ! Et ma génération a la chance de te compter parmi elle ^^