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Lui, Laminaire.

29 Janvier 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Solipsismes

     C’était le soir. Sa chambre était étrangement calme, bien rangée. Il y faisait chaud. Le Cahier entre les mains, au fond de son lit, à la lumière d’une lampe de chevet qui diffusait une lumière jaune et douce, rassurante, il lisait. C’est sans doute le seul moment de la journée où il tient sa pensée, la domestique. Ces vers étaient beaux. Chaque mot était beau, et avait mille et un sens. Ces vers vibraient, retentissaient, fouettaient, résonnaient. Mais l’homme était triste sans savoir pourquoi. Certains appellent cela la mélancolie, d’autres, plus tragiques, l’acédie. Mais ce n’était rien de tout cela. Il ne saurait exactement décrire le mal. Il voulut essayer, prit un cahier, nota : « une impression de vide, de néant, de solitude dans un long tunnel dont on ne voit pas la sortie. Le sang tiède. Le cœur mort. L’œil éteint. Le front lourd. Mes vingt ans m'en pèsent cinquante ce soir.»

     Puis, posant le recueil, et regardant autour de lui, il se rendit subitement compte qu’il était étranger à tout. Il ne reconnaissait rien. Rien ne lui appartenait. Le mal empira. Et il devint nauséeux.

     Dans une mer déchaînée et infinie, balloté par les furieuses vagues, le vague à l’âme, baladé par le vent,  sans destination, solitaire, perdu au milieu des flots, un laminaire lutte contre cet univers hostile et étranger. Son rocher est loin, là-bas, au-delà des vagues, sur les plages chaudes. Mais ils finiront par se retrouver. L’on finit toujours par se retrouver ici-bas. Face au monde, être patient.

     Le rocher et son laminaire. Sa famille et lui. Le pays de l’homme et l’homme. Le soleil de l’homme et l’homme.

     Rentrer. Revoir. Aimer.

     Le mal empira. 

     Mais là, il entendit une voix :

     « Partir. Mon cœur bruissait de générosités emphatiques. Partir… j’arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : '’J’ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies.’’ »

     Alors, l’homme s’endormit. Il n’était plus triste.

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