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Les Rêves dissipés II: Le football.

20 Février 2013 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Solipsismes

                                                                                                                 

Je n’ai jamais eu que trois authentiques rêves secrets –donc perdus- dans ma vie, jusqu’à présent.

 

Le premier : devenir épistolier. J’en ai déjà parlé .

 

Le deuxième : devenir footballeur, comme tout jeune sénégalais lors de la miraculeuse –c’est le cas de le dire : un milieu de terrain avec Diao, Cissé, et Bouba Diop, misère !- aventure de 2002. Sauf que moi, j’avais du talent. Technique, « wané » -quel grand compliment, dans la bouche d’un sénégalais !- faussement nonchalant balle au pied, j’avais mes chances. Jeune, l’on me disait que j’avais un don pour ce sport : j’y croyais volontiers, d’autant plus que je n’avais jamais mis les pieds dans une école de foot, mon père m’ayant inscrit au karaté. A l’orée de l’adolescence, mon destin était tout tracé, brodé au fil d’or en huit lettres capitales dans mon esprit encore juvénile et candide : football. Mon entrée au Prytanée a brutalement abrégé cette précoce ambition. Je ne serai jamais footballeur. Dans l’absolu, ce n’est pas grave. Etre footballeur ne veut plus tellement dire grand-chose: Alou Diarra n’en est pas un et Moussa Ndiaye n’en a jamais été. Je suis plus doué qu’eux, et pourtant, ils ont été en coupe du monde. Cruel monde. Cependant, suprême consolation, je me dis qu’après Zidane, il n’y a plus rien d’originalement beau à faire, plus aucune émotion neuve à procurer par un toucher de balle, un geste, un contrôle, un dribble, une passe,  sur un terrain de football.

 

Douze ans, et première chimère, donc. Cela vous brise en cœur d’enfant. Les années passèrent. Je grandis et m’endurcis dans les rudesses, les férocités et les bonheurs du quotidien prytane. D’obsession, le football devint un amusement. L’amertume de l’illusion perdue passa. L’insouciance dans le plaisir redécouvert la remplaça. Je cessai de rêver de football ; je le vécus. Dans sa plus simple, donc sa plus grande et sa plus pure expression. J’abandonnai doucement mon premier grand rêve sur le sable de Bango, le bitume irrégulier du terrain handball, la latérite du stade Me Babacar Sèye. Je devins un footballeur amateur, nourri aux plaisirs éthérés des rencontres entre amis, enivré aux clameurs et emportements des épiques « petits camps », à leur grandiose intensité virant, lorsque l’excessive passion l’emportait sur l’esprit du jeu, à un viril engagement, voire une certaine agressivité admise. Quiconque n’a jamais disputé un gain the money –dire gagnzemani-  à 14h sous l’implacable chaleur de Dakhar Bango, une inter-classe à 21h dans le froid d’un décembre saint-louisien, un derby dominical au terrain handball, ne connaît rien des sommets d’émotion auxquels la passion autour d’un ballon rond peut porter. Au Prytanée, je vécus autrement mon rêve. J’aiguisai là mes talents et y aboutis ma science du jeu. L’on m’y disciplina. L’on m’y fit gagner en rigueur et en puissance physique ce que je perdis en désinvolture et en dédain pour les tâches défensives. Mais jamais, jamais, je n’y perdis le bonheur supérieur et ultime de faire la passe au lieu de marquer, l’audace de contrôler au lieu de dégager, l’insolence d’oser garder le cuir sous la pression des adversaires. Cela, je ne le perdrai jamais. Je ne serai jamais footballeur, mais j’ai côtoyé au Prytanée des partenaires et adversaires qui m’ont offert ce que ce sport a de plus beau : le plaisir désintéressé de jouer. De jouer.

 

Je n’oublierai jamais. Bamé et son intelligence de jeu. Le talent pur et l’inébranlable volonté de Vieux. Boy Ndiaye et son explosivité  technique. L’élégance de Dakenzo. L’insolente aisance de Ndao Fall. La générosité et l’engagement de Nokho. La frappe de Fall. La précision de Ndiogou. La puissance de Mobéang. Le sens du but de Coulibaly. La feinte de frappe de Seck. Le velours de la patte gauche de Maramtaye. La souplesse féline de Diatta. L’envergure impressionnante de Yakhya. La malicieuse rudesse de Niandou. L’impérial CBK. La classe de Thior. La vista de Yanga. La létalité de Babs. Beousca et son sens de la passe. La virtuosité technique d’Issoufou. La vitesse de Niane –avant qu’il ne prenne du ventre. Kassé, mon rival que j’ai toujours battu. La désinvolture de Coly. La prestance de Ndecky. Et Bakhoum, mon joueur préféré, l’un des tous meilleurs maestros que j’aie jamais côtoyés. Et tous ces partenaires que je ne saurai tous citer –pardon à ceux-là : comme disent les lutteurs dans leurs trop rares éclairs de bon sens, « ku limm juum ». Mes hommages, messieurs, et merci pour tous ces orgasmes footballistiques. Aujourd’hui, à vingt-deux ans, le temps des rêves est définitivement passé, ne laissant là que le plaisir du jeu, que je maintiens intact et éprouve encore dans toute son entièreté sur les synthétiques de Choisy et de Créteil, en compagnie d’un talentueux acolyte, également zidanophile et zidanolâtre.

 

Il arrivera certainement un jour où je ne serai plus en mesure de bander. Mais même dans mon cercueil, je jouerai encore au foot. J’y tiens. Question d’honneur.

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Das 20/02/2013 19:12

commentaire 1 à oublier. Je hais le foot. On attend le prochain billet...

Mbougar 22/02/2013 15:45



Tu aimes le foot, tu y jouais des heures sans interruption à Compiègne. Ne fais pas le rebuté ici, Temple du Foot.  Le prochain arrive.



Das 20/02/2013 10:29

Une seule question : quel est le troisième ? Ou bien ça sera dans un prochain billet.