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La mise à mort.

30 Décembre 2010 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Mauvaise foi et autres méchancetés...

     Ciel, quelle erreur de la nature ! Dieu qu’il est laid ! Diable qu’il est laid ! Qu’il est horriblement laid avec son large front dégarni, sa barbe broussailleuse, ses yeux globuleux de boeuf, son nez qui trône au milieu de sa face morne ! Son nez ! Son nez ! Que dire de son nez ? « C’est un roc !... C’est un pic !... C’est un cap !... Que-dis-je, c’est un cap ?... C’est une péninsule ! » Rostand aurait pu parler de lui! Que la pauvre expression de son visage reflète celle de son âme! Aurait-il vécu à la même époque que Socrate que le père de la philosophie se serait senti presque beau.

    J’aurais pu continuer ainsi, à le décrire, mais je ne préfère pas. Il n’est d’ailleurs de langue assez riche pour receler de qualificatifs assez incisifs, au point de seoir avec exactitude à la propre hideur de l’homme. Je vous épargne donc le supplice d’une telle description. Veuillez excuser ma lâcheté devant un si douloureux rapport. On m’a toujours interdit d’attaquer le physique. C’est inélégant, m’a-t-on dit. Avec cet individu, l’on ne peut manquer le physique. C’est la première chose qui vous saute aux yeux, et vous noue la gorge de répulsion. Mais soyons donc élégant, puisqu’il le faut. Quittons l’aspect repoussant du bonhomme. Jugeons plutôt ses arguments et ses idées.

     Là, il n’y a rien. Rien de plus qu’un formidable fouillis d’idées mutilées, de projets inachevés, d’écrits aussi longs qu’inutiles, d’œuvres petites et absconses, que la maîtrise formidable -reconnaissons lui au moins cela- d’une langue a malheureusement suffit à faire admettre au panthéon des génies. Suprême sacrilège. Il a écrit beaucoup de choses, mais peu d’entre ces choses furent utiles. Il fut un aussi piètre politique qu’il fut poète indigent, dansant habilement une valse politique à mille temps. A droite, puis à gauche. Il était doué.  Sournois, il avait compris mieux que tout le monde la faiblesse de la psychologie humaine. Il avait très tôt compris que les hommes, parce qu’ils sont fiers et orgueilleux, ne reconnaissent jamais leur ignorance. Il savait que les hommes, lorsqu’ils ne comprenaient pas une chose, ne faisaient jamais aveu d’ignorance, préférant faire semblant de savoir, et faire passer ladite chose pour une production divine. Ainsi réussit-il à construire sa légende. Il écrit des choses que l’on ne comprit pas. L’écrivain du peuple écrit pour les petites gens qu’il disait défendre des choses en latin. Vous avez dit Pauca Meae ? Nomen, Numen, Lumen ? Solitudines coeli ? Il devint un génie par une formidable usurpation. Il jalousa certains de ses contemporains, plus talentueux, plus populaires, moins imbus d’eux-mêmes, plus humbles dans leur érudition. On l’exila un temps. Il sauta immédiatement sur l’occasion pour écrire l’œuvre la plus rébarbative de toute l’histoire des lettres françaises. Les Misérables, paraît-il que ça s'appelle. Il faut en être un pour en décrire tant.

     Il se fit poète lyrique et épique, romancier, essayiste, dramaturge, théoricien. De tant de dispersion, il ne peut rien résulter de grand. Tout au plus réussit-il la prouesse de parler de tout. C’est-à-dire de rien. Cette propension qu’il a eue à verser systématiquement dans l’emphase, cette manie de rendre digne d’une épopée homérique la mort d’une mouche, cette façon de chercher la démesure là où un mot suffirait, tout cela, toute cette enflure, toute cette héroïsation des faits les plus banals en ont fait un écrivain massif, gros, lourd, soporifique. Il endort à coups de gourdins. Il vous force à l’aimer.  

     Je m’arrête là. Tant de malhonnêteté intellectuelle de la part d’un soi-disant visionnaire me révulse.  Et si c’est cela que l’on appelle génie, alors je renie pour l’éternité le jugement des hommes.

     Même si je me refuse, par principe moral, à prononcer son nom, vous avez sans doute deviné de qui je parle. Il ne peut y avoir existé qu’un seul homme aussi grand dans l’indigence, autant littéraire qu’humaine. S’il devait y en avoir un second, le monde, trop exigu pour supporter le faix d’une telle pauvreté, disparaitrait avec lui. Il fut indéniablement le génie d’un siècle, mais pas dans le domaine qu’on a cru, et que l’on croit encore, dans l’infinie étendue de notre bêtise. Maudit soit-il.

     Et le Matador sans coeur, derrière son écran, arborant un sourire inhumain, pervers et cruel, planta son épée dans le cou puissant du taureau qui s'effondra dans un nuage de poussière rouge, la langue pendante.

      Je ne vous ferai pas l'injure de vous préciser que cette mise à mort  est en réalité une ignoble ironie, un essai de mauvaise foi. Et l’exercice de mauvaise foi n’est lui-même qu’un exercice d’admiration inversé. Mais comment dire qu'on admire Victor Hugo et s'en tenir là sans se sentir bien ridicule? Il faut dire pourquoi. Je ne sais pas pourquoi. Trop de choses. J'ai donc choisi la mauvaise foi. Mais même là, ça ne marche pas. Je le reconnais. J'aurais quand même essayé... 

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M.M.S. 31/12/2010 12:39


Je crois de plus en plus que l'enseignement que l'on donne de Hugo à la Fac est réducteur et barbant. J'ai remarqué qu'on l'aimait plus en le lisant, en le découvrant tout seul, au gré de lectures
improvisées et imprévues... c'est ce qui s'est passé pour moi.
Merci bien, Kiara, pour le commentaire et le petit mot de bienvenue. Je sens que cette communauté va me plaire.
A bientôt.


Kiara 31/12/2010 09:47


J'ai détesté cet auteur à la fac. En lettres, il faut AVOIR LU Hugo, on est OBLIGE. J'ai donc détesté.
Avec du recul, j'ai découvert son texte et maintenant je l'apprécie.
Quoi qu'il en soit, bienvenue dans notre communauté "intime et décalé".
A bientôt.


YERSAN BOJEUR 30/12/2010 20:56


en d'autres raison, c'est une chose que tu ne peux expliquer. il me faudrait juste le lire pour ainsi pouvoir jouir de toute cette admiration que tu essaye tant bien que mal de montrer...au moins
tu aurais essayé. merci


M.M.S. 30/12/2010 19:39


Il m'est impossible de dire clairement ce que Hugo m'inspire. Je ne dis pas que c'est mon écrivain préféré, mais il a quelque chose. Le lire, c'est vraiment ressentir la littérature. Tant de
puissance de création! Tant d'imagination! C'est le génie. En outre, j'ai jugé que "ce piège" était la meilleure solution pour parler de lui... Merci beaucoup.


YERSAN BOJEUR 30/12/2010 12:33


la mauvaise foi...j'y aurais du prêter attention...le texte est original à tel point point qu'il suffirait pas juste d'une lecture (je parle de moi) pour le comprendre dans sa totalité..encore
chapeau..