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L'idéalisme est un humanisme.

27 Février 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Errances philosophiques.

     J’ai toujours cru à l’abstraction. Je ne peux plus le nier, et cela serait d’ailleurs inutile : on n’échappe pas à soi-même. Je m’en accommode donc. Oui, je crois en l’Amour, en l’existence du Bien et du Mal (même s’ils sont aussi banals l’un que l’autre, à mon avis), en l’Homme, à la grandeur humaine, à la générosité, etc. Peut-être viendra-t-il un temps où tout cela m’apparaîtra comme une formidable imbécillité. Mais ce temps n’est pas encore arrivé. Il fut une époque, pas si lointaine que cela, où une forme de désenchantement du monde me poussait à le regarder avec des yeux que je voulais lucides, mais qui n’étaient en réalité que désabusés, désespérés, et, à la longue, méchants. La lucidité n’est pas la noirceur, et il ne faut point l’alimenter, ou pire, la confondre avec le cynisme. Le faisant, on pense mal, car on pense contre soi. On fait preuve de mauvaise foi. Or, je pense que la valeur d’un homme se juge à la cohérence qu’il a avec lui-même. « Ruser avec ses principes » est le début du malheur.

     Que l’on me comprenne : je ne dis pas que le cynisme n’est pas humain. Il l’est parfaitement, chez certains. A ceux-là, que bien leur prenne de voir le monde ainsi, de traiter les hommes ainsi. C’est leur manière d’être eux-mêmes, d’exister ; cela, nul ne saurait leur en faire le reproche. Ce que je dis, c’est qu’il ne faut pas, dans un mécanisme de pensée que je rencontre hélas de plus en plus souvent, croire que la seule façon de vivre bien est d’être cynique envers la vie. L’essentiel ici est de vivre juste, c’est-à-dire en accord avec soi-même, suivant les idées qu’on aura pensées soi-même. L’essentiel ici est d’être vrai envers soi.

     Il y a dans nos sociétés des vagues, des tendances. Il est très drôle de voir que les hommes croient y être indépendants, alors qu’ils sont de plain-pied dans les effets de masse. L’on croit être libre. L’on est qu’un chaînon. Une forme de « massification des individus », et il n’y a au fond pas vraiment de contradiction dans l’expression, produit des « types ». Il faut être « ainsi », ou vivre dans la marge. Et dire que nous sommes censés être à l’ère de la liberté… Pâle liberté, illusoire liberté donc, que celle-ci. Nous ne sommes plus loin de l’obscurantisme. Il faudrait peut-être de nouvelles Lumières, et un rappel de l’injonction kantienne du « penser par soi-même. »

     Je me suis un peu éloigné de mon problème initial. C’est qu’il fallait que je montre ce qui me semble en être le levier principal.

     Je vis dans une époque où il ne fait pas bon croire aux idées. L’on est vite taxé de rêveur. « Idéaliste » est devenu une insulte. Cela est synonyme souvent de niais, de candide, d’utopiste, de con. Mais tout cela est faux, et l’amalgame est injuste. Croire aux idées n’exclut pas l’immersion totale dans le monde et dans la réalité. Simplement, la nécessité de changer certaines choses impose que l’on pense, que l’on veuille encore faire confiance à la raison (malgré les dérives auxquelles elle a mené l’humanité), et aux idées qu’elle produit. Nous n’avons que la raison, et elle produit des idées qu’il nous revient de juger, et de mettre ou non en pratique. Le hiatus qui a longtemps prévalu, et qui prévaut encore, entre l’idéalisme et le matérialisme me semble absurde. Les idées sont au service du réel. L’action sur le réel est le prolongement d’une idée. Cela s’arrête là.

     Je l’ai déjà dit ici, je ne crois pas que l’optimisme ou le pessimisme aient tous deux quelque sens, à l’échelle humaine. La complexité de l’Homme interdit toute adhésion à ces façons prédéfinies de le penser. Ce qui est décisif, par contre, c’est d’être capable de replacer l’Homme, et la raison humaine, au cœur des événements de leur temps. Ce recentrage ne signifie pas que l’homme soit « maître et possesseur de la nature », ou qu’il soit guide absolu. On sait les monumentales erreurs auxquelles nous a conduits l’anthropocentrisme au cours des siècles, et « l’Homme n’est pas un empire dans un empire », comme le disait Spinoza. Ce recentrage signifie juste que l’Homme est responsable, car libre et doté d’une raison dont il doit user pour améliorer son sort, et celui du monde.

    Il faut prendre parti, et ne pas simplement se contenter, dans cette manière de penser qui nie la capacité des hommes à pouvoir incarner le progrès, de tout détruire, en prétendant être détaché des choses et des problèmes de ce monde. L’indifférence est impossible ici. Il est très facile d’être cynique. Mais il est lâche de demeurer dans le cynisme par crainte d’être impuissant face à la vie et ses obstacles et ses horreurs, par peur, surtout, d’être victime du cynisme moqueur des autres. Il faut oser penser, ce qui implique que l’on puisse se tromper, et oser mettre cette pensée au service d’un agir. Les combats se gagnent ou se perdent, mais encore faut-il les mener. Et face aux idées, la seule posture valable est l’attitude critique, non le cynisme qui, exacerbé, vire au nihilisme ; c’est la déconstruction, non la destruction pure et simple.

     J’entends d’ici la tempête. Mais non : l’affaire n’est pas de se chercher des combats, de s’en inventer, d’être à la recherche de cavalcades glorieuses et chevaleresques. Ce serait absurde et risible. L’affaire est d’être prêt à penser les problèmes qui se posent à nous chaque jour, au quotidien, de ne pas les fuir. Toute l’affaire de cette existence, tout son enjeu, toute sa difficulté, c’est d’être heureux dignement. 

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M.M.S. 28/02/2011 16:50


Merci bien, l'ami. A bientôt!


Y£RS@N 27/02/2011 10:11


belle ruse sur la police, c'est en lisant qu'on se rend compte qu'il est long ce texte, mais on est immédiatement sous le charme de celui-ci d'où l'envie de le terminer...j'ai moi aussi remarqué
que le terme "idéaliste" a perdu sa valeur, traiter quelqu'un d'idéaliste de nos jours est ( une injure sous entendue)d'où nos idées sont perçue comme utopique, abstraite et
inconcrétisable...bref
beau texte