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Haines Parisiennes.

4 Juin 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Mauvaise foi et autres méchancetés...

     Je hais Paris. Son grouillement éternel. Le flux et le reflux lassant de sa multitude. Ses métros. Ses odeurs fétides. Barbès. Ses pauvres, qui n’ont pas dans les yeux cette étincelle qui rehausse la misère d’une mélancolique poésie. Ses congolais multicolores, mes frères. Son ciel sans horizon. Ses hypocrisies. Ses trahisons : Le Flore et les Deux-Magots, jadis lieux que les volutes de fumée des cigarettes embrumaient et qu’assourdissaient, dans une chaleur humaine communicative, les notes langoureuses du jazz ; aujourd’hui rassemblement de tout ce que la rive gauche compte de bourgeois gentilshommes, et tout ce que Paris compte, disons-le ainsi, d’intellectuels. Mon cul. Je fais l’économie de mes jalousies augustes, ceux que j’y ai vus ne les méritent pas. Qu’ils se contentent de mon mépris. Le Flore et les Deux-Magots : l’élan brisé de mes fascinations candides. Où est le jazz ? Où sont les fumées ? Les corps endiablés ? Les yeux transis, enfiévrés par l’effervescence de quelque débat ? Les éclats de voix joyeuses qui se perdent dans la nuit ? Les cahiers que des génies griffonnent ? Je ne les vois plus, ne les entends plus. Mes lectures et mes rêves m’ont encore emporté, ce que j’espérais voir appartient au passé. Maintenant, « c’est plein de duchesses et de marquises. » Je vois Sartre et Vian qui s’essuient mutuellement leurs larmes : de rire ou de peine ? Qu’importe. Je continue en retenant les miennes.

    Je hais Paris. Sa solennité gauche. Ses travestissements : la grandeur historique de ses monuments que ternit souvent la tyrannie de l’argent. Ses touristes. Ses pigeons idiots. Les vrais volatiles, j’entends, pas les touristes. Quoique, c’est peut-être la même chose… Je hais Paris. La Seine quand elle est polluée de péniches et autres bateaux-mouches. Sa Tour Eiffel : vieille dame de ferraille à la majesté décatie, phallus centenaire qui ne réussit à demeurer si virilement (et encore…) dressé vers le ciel qu’à coups de fellations touristiques de rénovations annuelles. Elle ne retrouve sa splendeur et sa pureté qu’au crépuscule ou à l’aube, quand sa silhouette bienveillante, répand sur la ville adoucie une lumière égale d’amour et de protection, sa modernité réhabilitée : « Bergère ô tour Eiffel le troupeau de ponts bêle ce matin… »

     Je hais Paris.

    Peut-être est-ce parce que je n’y vis pas. Ce que j’y cherche, je ne l’ai pas encore trouvé. Contre moi, le fait que je n’y mette les pieds que rarement. Qu’est-ce que je cherche ? Je ne sais pas exactement. Une atmosphère. Des gens. De l’aventure ? Peut-être. De la magie. Une émotion violente.

    Parfois, parfois seulement en marchant dans les rues de Paris, je sens l’étincelle du sentiment recherché, qui s’éteint hélas bien vite et me fuit. Fulgurance d’un visage, qui m’est d’autant plus douloureuse que j’en sens là, quelque part dans cette ville, au détour d’une ruelle ou tapie dans quelque quartier encore vierge de mes pas, la présence forte.

    Finalement, je ne hais pas Paris. Je lui en veux juste.

  Je lui en veux de trop bouger alors que je veux voir ses yeux. Croiser son regard que j’imagine envoûtant. Je lui en veux de ne m’avoir montré que des bohêmes quand je cherchais des dandys. Vous savez que ce n’est pas pareil, question d’art et de perfection. Le bohême est au dandy ce que le talent est au génie : une esquisse. Une préfiguration. Un inachèvement. J’en veux à Paris d’avoir énormément de talent et trop peu de génie. Je lui reproche l’intermittence de ses éclairs. Je suis exigeant : mes rêves m’en ont donné le droit. Que Paris justifie les légendes qui font son charme ou l’on fait, ou meure à mes yeux à jamais. Que cette ville arrête de courir et me regarde en face. J’emmerde l’insaisissable quand il n’est qu’un refuge de la médiocrité. Le baroque est un art, pas une lâcheté.

   Je ne suis pas encore sérieusement allé du côté de Pigalle ou du Marais. Il paraît que quelques trésors pourraient y être cachés. Je crains cependant que l’impudeur, l’artifice et la rustrerie n’y disputent l’orientation des commerces humains à la beauté, à la franchise et à l’élégance. Les premiers caractères cités vicient toute relation, les seconds l’ennoblissent. J’attends de voir.

    Hier, j’ai été à Paris. Je lui en ai encore voulu.

   Heureusement, il y avait les femmes de Paris. Et le soleil de Paris. Et les jupes qui tourbillonnaient sans jamais rien révéler qui pût nuire à l’intimité de celles qui les portent. Le génie des vraies femmes est là : dans cet exercice, que peu d’élues maîtrisent, qui consiste à envelopper la grâce ultime d’un halo d’inaccessibilité, à allier la séduction la plus irrésistible au mystère le plus intrigant, à se tenir sans chuter aux confins de la sensualité la plus suggestive et de l’innocence la plus pure.

    J’en ai voulu à Paris de s’être une nouvelle fois dérobé à mes yeux. Heureusement, il y avait ses femmes. Leur charme a adouci l’aigreur née de ma quête encore vaine. Elles m’ont donné la force de continuer à chercher Paris. Grâces leur en soient rendues.    

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leshumeursdartemis 05/06/2011 17:00


Quel billet ! quelle écriture !!
Lorsque je suis allée au Flore pour la première fois, je voulais simplement poser mon séant sur les banquettes de moleskine, là où Verlaine avait posé le sien. Mais probablement cette moleskine
n'était elle plus d'origine.
J'aime Paris, et quand j'y flâne, c'est pour tenter de mettre mes pas dans ceux qui nous ont précédé, qui en ont fait l'histoire et qui se reposent aujourd'hui dans ce grand cimetière-musée qu'est
le Père Lachaise. J'aime aussi, ce qui est moins poétique, rester à la terrasse d'un café, observer les passants et.... comptabiliser le nombre de femmes portant jupe ou pantalon. Mes statistiques
sont unanimement en faveur du second nommé. Extrêmement rares les jupettes ou les robes. Mais le temps chaud est venu... mes statistiques sont à revoir à la baisse, puisque vous avez eu ce
privilège de voir les jupes voler.

A bientôt sur votre dernier billet, je prends mon temps pour de sa lecture bien m'imprégner.


M.M.S. 06/06/2011 01:18



Le Père Lachaise, il est vrai que je n'y suis pas allé! Il m'en reste, des choses, mine de rien! Du reste, je trouve votre activité intéressante, c'est le type de choses que je ferais
volontiers... J'y retournerai souvent, cet été, je le sens, je le veux! Des robes, des jeunes filles en fleurs! 


Merci et à bientôt!!



Y£RS@N 04/06/2011 18:14


je n'ai pas encore eu l'occasion de découvrir Paris, mais cette impatience est belle et bien présente. si j'analyse les raisons, elles sont simple, sa beauté. car si je m'en souviens les personnes
avec qui j'ai eu à parler de Paris, personnes qui bien sûr l'avait visité, s'exultation juste à propos de sa beauté externe, comme tu l'as tu cette splendeur qu'on aperçoit la nuit et à l'aube,
celle aperçue de vis sus; mais en ce qui concerne sa vie active, il y avait toujours ce sentiment de déception, inutile d'en donner les détails, tu dois surement les connaître.
espérons qu'à ton prochain passage tu puisse rogner cet immense espace afin de cerné ce regard qui t'échappes à plusieurs reprise..


M.M.S. 05/06/2011 16:42



J'espère aussi. Viens vite découvrir, quand même, profite de l'été! Je suis exigeant, mais il y a quand même de très belles choses... Merci!



Pangloss 04/06/2011 17:59


Paris a gardé un peu de son ancienne beauté. Mais ceux qui l'habitent ou qui ne font qu'y passer ne sont plus des Parisiens. Ils essaient de s'en donner ce qu'ils croient être le genre comme les
touristes allemands qui s'achètent un béret pour passer inaperçus. Mais ça fait toc, c'est du plaqué. Que sont donc devenus les Parisiens d'il y a seulement un demi-siècle? Seulement? Le
"seulement" est de trop.


M.M.S. 05/06/2011 16:40



Je ne les reconnais pas, c'est eux que je cherche désespérément, sans doute... De mon Sénégal natal, j'avais lu beaucoup de choses sur Paris, que je ne trouve pas sur place. Mais je continue...