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Draguer, Charmer, Séduire (Acte III)

12 Février 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Mauvaise foi et autres méchancetés...

     Séduire. Je n’ai pas grand-chose à dire sur les séducteurs.

     Ce sont des araignées, avec tout ce que l’animal a de perfide, de sournois, d’effrayant. Mais avant tout, le séducteur est quelqu’un d’extrêmement intelligent. C’est un génie. C’est non avec les faiblesses de la personne qu’il tente de séduire qu’il va arriver à ses fins, mais avec les forces propres de cette dernière, qu’il va arriver à la faire tomber dans sa toile. Il ne force rien. Il donne l’impression de ne rien faire, mais derrière cette apparence passive, un jeu diabolique se met en place, et l’étau se resserre imperceptiblement. Le compliment discret, mais diablement puissant, le regard effacé, mais tellement éloquent, la diction simple, mais ravageuse, l’élégance sans extravagance, voici les principaux éléments de l’arsenal du séducteur ; arsenal d’autant plus efficace qu’il est latent, insidieux dans son action.

     Tout séducteur est un charmeur. C’est-à-dire que, joueur invétéré, il a pour objet non la personne en elle-même, mais cette chose immatérielle, métaphysique, qui l’unit à elle : la conquête. Tout séducteur est également un dragueur : il y a du Narcisse en lui, une volonté de se prouver quelque chose. Cependant, à ces deux caractéristiques, le séducteur ajoute une troisième, qui lui confère toute sa singularité : il est un danger pour lui-même. En séduisant, il s’expose à cette chose qu’il craint tant : l’attirance pour l’autre. Car voyez vous, les plus grands séducteurs ont peur de l’amour. Ils n’en veulent pas, ça les tuerait. Ils ne savent qu’en faire. Ils séduisent pour s’occuper, faire diversion, se protéger de l’amour, mais ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’en séduisant, ils peuvent parfois être eux-mêmes séduits, et tomber amoureux, ce qui signifierait leur fin, du moins en tant que séducteur. Que dis-je ? Ils ne le savent pas ? Certains d’entre eux le savent parfaitement.  Mais c’est cela qui  les intéresse : le risque, la limite ultime, l’exercice de funambulisme. La possibilité du cou brisé sur le sol des sentiments. La séduction est une arme fatale : autant pour la personne qui la subit que pour celle qui l’exerce. J’ai utilisé tout à l’heure l’image de l’araignée. Je la change : prenez celle du scorpion. Son dard est un poison pour l’ennemi, mais le danger, c’est que le dard pique parfois son possesseur. Telle est l’ambivalence de la séduction, et la condition –désirable ou pas ?- du séducteur.   

     Tous les mythes de grands séducteurs que la littérature nous offre finissent d’ailleurs par mourir de leur jeu : Dom Juan, Le Vicomte de Valmont, Dorian Gray, soit pour défier Dieu jusqu’à l’ultime souffle (Dom Juan), soit en se débattant dans le piège qu’ils ont eux-mêmes dressé, et dont ils ne peuvent s’échapper (Valmont), soit en payant le prix de leur séduction, leur âme, à l’Enfer (Dorian Gray).

     Il y a bien eu un séducteur célèbre –et réel- qui survécut à ses aventures: Casanova. Mais lui, il ne refusait pas l’amour. Il l’assumait.

     J’arrête là mon analyse sur les séducteurs. Ce sont des personnages complexes, que, -je l’avoue humblement- je n’ai pas encore cerné (sans doute est-ce là leur nature, que de se fondre dans le paysage), mais dont je suis néanmoins très curieux. Je reviendrai à la charge, dès que j’en rencontrerai d’avantage. Pour l’instant, le seul que je sois certain de connaître, c’est le Diable.  

     Voilà. La trilogie est terminée. Draguer, charmer, séduire. Messieurs, Mesdames, choisissez, faites vos jeux. Vous vous y reconnaîtrez peut-être.

     Et moi, dans tout ça ? Moi ? Je me tais. C’est une nouvelle technique, une nouvelle catégorie, dont je suis le seul spécimen. Inutile donc que je l’explique.   

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M.M.S. 28/05/2011 23:55


Existe-t-elle encore, celle-là?


Misa 27/05/2011 22:43


Le séducteur tel que vous le décrivez n'est il pas, peut être, un mal aimé durant son enfance ? Le séducteur, la femme déjà expérimentée, ne le sent elle pas venir, n'entre t elle pas dans son jeu,
parce qu'elle est prète à jouer elle aussi ? La séduction ? Un jeu d'échec ? Mais l'innocente qui croit encore aux contes de fée ?