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De Hustera.

4 Janvier 2013 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Mauvaise foi et autres méchancetés...

Traité savant et sérieux sur un obscur phénomène psychique, neurologique, fonctionnel et féminin.

 

A Marion B., princesse polonaise et poétesse très fêlée.

 

Ainsi que la surface des mers les plus calmes se trouble parfois de solitaires et sauvages îlots, il arrive que la douceur naturelle des femmes, êtres de lumière et de beauté, sylphides et sensibles, comme tout le monde le sait, se complique ponctuellement d’instants de fureur aussi splendides que sont sublimes leurs élans de grâce. Ces moments fulgurants, que l’on ne s’y trompe pas, ne sont pas de la colère. La colère n’est qu’une petite chose banale et rapide, souvent terrible dans sa promesse, toujours  lamentable dans sa chute. La colère, comme l’éjaculation, n’est jamais que mâle. Hélas.

 

L’homme, donc, a des colères. Mais la femme ! La femme peut aller au-delà de la simple colère : elle a des accès de fureur plus totaux, plus absolus, plus complexes, plus incompréhensibles, plus violents, plus obscurs, plus orageux, plus incontrôlables ; en bref, plus grandioses et admirables. Le sang de l’homme ne fait qu’un tour. Celui de la femme, lorsqu’elle s’emporte vraiment, ne fait pas de tour : il bleuit. Et alors, comme les reines de jadis, elle devient magnifique dans son transport –c’est le mot pédant distingué pour emportement. La femme, donc, même dans la colère, est supérieure à l’homme.

 

Car la femme a l’hystérie.

 

Cela est autre chose. Cela est plus puissant. C’est cela que l’on va essayer d’analyser.  

 

Définissons. Qu’est-ce que l’hystérie ? Un état sublime. Quels en sont les signes ? Une rage inouïe : un dérèglement du corps, subséquent à celui, terrible, de l’esprit. A-t-elle un autre nom ? La fureur, c’est-à-dire l’appellation antique de la folie. Combien de temps dure-t-elle ? Cela est toujours fulgurant : une bonne hystérie est une hystérie brève. Au-delà de cinq minutes, cela devient simulation. Qui est sujet à cet état ? Les femmes. Rien que les femmes. Voilà ce qu’il faut savoir pour aller plus loin.

 

Continuons. Mais avant, défendons-nous. Nous en voyons qui s’indignent et agitent déjà leur méchant clitoris. Nous en percevons qui se dévêtent dès maintenant, prêtes à nous livrer en pâture à leur poitrine carnassière. Halte à la méprise, malheureuses. Nous le répétons avec la certitude de l’expérience empirique: l’hystérie, tout le monde le sait, est une maladie –nous osons le mot- strictement féminine. Nous ne croyons pas au hasard ; et que ce terme, hystérie, trouvât précisément son origine dans le mot grec d’ « hustera », celui-là même d’où a jailli « utérus », ne saurait être totalement fortuit. L’hystérie est fille de l’utérus. L’utérus est fille de la femme. La femme est la grand-mère de l’hystérie. Qui peut dire non à cela ? Nous jugeons du reste utile de préciser que les hommes devenus femmes peuvent accéder à cet état, à la condition que leur transformation soit complète, et qu’il n’y ait plus trace de phallus. L’hystérie se dessine dès lors que toute vie mâle se dissipe. Nous en voulons pour preuve le témoignage irremplaçable et unique de Tirésias, premier transsexuel. Dans l’Antiquité grecque, il confessait deux vérités cruciales, que notre temps a reconnues :

 

1)       Les femmes ont dix fois plus de plaisir que les hommes lors du coït.

Et surtout :

Les transsexuels peuvent être sujets à une hystérie d’une intensité analogue à celle des femmes.

D’où cette sentence que nous érigeons en loi :

 

Qu’importe l’utérus, pourvu qu’on ait l’hystérie.

 

Progressons encore. Toute femme dotée d’un utérus est donc potentiellement hystérique. Potentiellement. Comme l’on dirait que toutes les femmes sont potentiellement femmes-fontaines. Ou que tout homme a potentiellement un troisième lobe de cerveau dans son pénis. Toute femme dotée d’un utérus est potentiellement hystérique, donc. Est-ce à dire que toutes les femmes sont hystériques ? Que nenni. Le potentiellement change quelque chose. Que change-t-il ? Tout. Que cela signifie-t-il ? Ceci : il faut qu’il y ait quelque chose qui exploite le potentiel et le révèle, de manière à ce qu’il ne soit plus potentiel, mais qu’il devienne réalité effective, de façon à ce qu’il ne reste pas à l’état de possibilité, mais qu’il se mue en pouvoir. Une question, dès lors, s’impose : quelle est cette chose qui élève certaines femmes à la grandeur de l’hystérie et la cache à d’autres ? En termes plus scientifiques : quel est le mode d’élection à l’hystéricité parmi les utérus ? Voici notre réponse : c’est le suffrage aristocratique. Il faut être apte à l’hystérie. Toutes les femmes sont potentiellement hystériques mais cette chose qui fait que certaines le deviennent réellement tient en sept lettres : la passion. Une femme incapable de passion verra l’hystérie lui être inaccessible à jamais.

 

Mais précisons. Ce serait erreur, par passion, d’entendre ces élans enfiévrés de l’âme transie d’amour, faits de pâmoisons grotesques, de mélancolies surfaites, de pâleurs épouvantables et de soupirs imbéciles. Par passion, nous entendons caractère : c’est-à-dire cette chose mystérieuse chez les femmes qui les porte à tout refuser de ce qui est simple et insipide. Les femmes sujettes à l’hystérie ne savent pas s’ennuyer –c’est un drame, car il faut savoir s’ennuyer avec panache- et refusent de s’ennuyer. Elles ont de la passion, c’est-à-dire qu’elles vivent les événements avec trois ou quatre cœurs, dont les sensibilités sont différentes. L’hystérie suppose l’instabilité. L’hystérie suppose la complexité de la psyché. L’hystérie suppose la confusion. Toute femme dotée d’un utérus, capable de passion, régulièrement instable, indécise, irrésolue, confuse, qui dit oui, non et peut-être au sujet d’une même chose, est certaine d’accéder à l’hystérie. Nous le disons avec la certitude de l’expérience empirique. En ce point, il nous faut nous impliquer encore personnellement pour dire que de la même façon que l’hystérie chez certaines femmes nous fascine, nous admirons celles qui n’y sont pas sujettes. Elles sont douces et toujours tendres. Cela est plutôt agréable.

 

Mais revenons-en à notre hystérie. Décrivons cet être terrible qu’est la femme hystérique. N’étant nous-mêmes point femme, nous ne nous borderons qu’à décrire les manifestations externes, physiques du phénomène ; quant à son mécanisme et ses conséquences psychologiques, quoique nous les sachions quelque peu pour les avoir longtemps étudiés, nous en ignorons encore une trop large part –la chose est complexe et obscure- pour prétendre les rendre dans leur détail clinique. Nous préférons, par rigueur scientifique, reporter leur étude complète à d’ultérieurs développements. Nous en dirons toutefois quelques mots, pour en donner une idée générale.

 

L’hystérique. C’est une créature étrange, qui n’est pas comme nous. Son Q.I. est de 723, 67. Mais c’est une intelligence mise au service de la folie. Paradoxal, non ? Ses yeux brillent d’un éclat terrible et épouvantable, qui lui confère un regard dément. Elle bave presque. Elle est agitée, ses nerfs sont tendus. Elle a chaud. Elle ne parle pas : elle crie, et sa voix est au sommet de l’aigu. C’est un couinement strident.  Son débit est rapide, torrentiel. L’on ne comprend pas ce qu’elle dit. Elle cède très vite à la violence. Elle pleure parfois. Ses cheveux sont en ordre de bataille. Ses ongles poussent. Ses poils se dressent même lorsqu’elle est parfaitement épilée. Elle est sublime en vous terrorisant. Vous avez peur mais vous l’admirez. Cela dure quelques minutes, puis elle se calme, épuisée par une telle débauche d’énergie. Dans son esprit, il se passe un phénomène sur lequel nous reviendrons : l’inversion. Tout se chamboule, tout se bouleverse. Elle n’a plus de repères.  

 

Voilà ce que nous pouvions dire sur l’hystérie, magnifique état dont nous ne savons, en réalité, s’il est plus beau d’en être le sujet ou le spectateur. Rendez hommage aux hystériques. Du moins, tant qu’elles ne vous tuent pas. Dernière chose, messieurs : évitez de mettre une hystérique dans votre lit. Vous mourriez sans avoir eu le temps de dire : « pas si vite, chérie. »

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Károly 29/10/2013 17:05

Je cherchais quelques explications à propos de l étude n. X, intitulée La Femme, parue dans "Le peintre de la vie moderne"( de Baudelaire, est il besoin de le rappeller?) et à mon grand étonnement, je découvris mbougar. Je dois reconnaitre que vos chroniques, oscillant entre une connaissance littéraire rare, une verve croustillante et un loufoque decomplexé forcent à une certaine forme de respect.. Bref, je vous encourage a continuer!

Mbougar 30/10/2013 12:08

Je vous remercie, Kàroly!