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Controverses cruciales.

14 Décembre 2012 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Mauvaise foi et autres méchancetés...

Esthètes et Dandys,

 

Poètes, Romanciers, Philosophes,

 

Physiognomonistes et Physionomistes,

 

Théoriciens du Beau et du Sublime, du Laid et de l’Ignoble,

 

Swaggeurs et Swaggeuses,

 

Hommes et Femmes à crêtes non encore pendus, tondus ou fous,

 

Coiffeurs Homosexuels ou non,

 

Panafricanistes,

 

Racistes et Antiracistes,

 

Esthéticiennes,

 

Porteuses de greffages malodorantes et de perruques empoussiérées,

 

Chauves,

 

Femen nues de tous horizons,

 

Blonds, Blondes, blondinets et blondasses, 

 

Rousses sublimes,

 

Catins,

 

Châtains,

 

Châtaignes,

 

Idiots, idiotes, bêtes, imbéciles éclairés,

 

Videurs,

 

Baudelairiens,

 

Brunes sublimes mes Amours,

 

Bénévoles et Contributeurs désintéressés,

 

Mesdames et Messieurs,

 

Auguste assemblée,

 

C’est avec tous les égards dus à Vos Eminences, et avec toute la gravité que requiert le sujet dont je m’en vais vous entretenir que je vous dépêche cette missive. Et si l’entreprise peut d’abord sembler impertinente ou emplie de vanité, veuillent vos clairvoyantes Pertinences voir au-delà, et me savoir gré, au moins, de la sincérité qui sourd en mon âme, principe de ma démarche, signe de l’étendue de ma détresse. Je n’eusse point même songé à vous invoquer si le dilemme qui m’ennuie ne le requérait réellement. La chose est une question de fond.

 

Vos Grandeurs s’impatientent, je vais vitement en venir à mon fait. Mais avant, permettez que je me présente. Ce n’est là ni coquetterie de mon esprit ni vanité de mon ego. Si j’ose parler de moi, c’est que mon humble personne a quelque rapport avec l’affaire.

 

L’avouerai-je, je suis un esthète, ou aspire, pour le moins, à l’être. Je ne crois en ce triste monde qu’au Beau. Je suis aveugle à tout le reste. La laideur me donne la diarrhée pendant plusieurs jours. Voilà ce qu’il faut savoir.

 

Il y a quelques temps, hanté jusqu’à l’hallucination par la Beauté des Femmes et de leur Univers, j’ai conçu le projet d’un ouvrage, « Prolégomènes au Mundus Muliebris », dont l’ambition démesurée est de montrer, à défaut de pouvoir jamais les comprendre,  l’infinie et sublime splendeur de ces êtres et de leur monde, dans ses concepts généraux comme dans ses détails. Cet ouvrage, en 417 volumes, est destiné à paraître en 2121.  

 

C’est ainsi que très vite, j’ai été forcé de rêver et m’esbaudir devant cette chose délicieuse chez une Femme, qu’est sa chevelure. La tentation est trop grande que je déflore ma réflexion sur ce sujet pour que j’y cède : cela sera fait à un moment plus heureux. Les chevelures, donc, m’ont piégé : leurs senteurs m’ont enivré ; leurs textures, assoupi ; leurs longueurs, emberlificoté, leurs douceurs, bercé ; leurs teintes et couleurs, fasciné. Les chevelures des femmes sont des mondes. Un esprit autrement plus grand que le mien a fait des vers sur la chose. Cependant, je fus tiré de ces oniriques visions par une difficulté dont je ne me sors toujours pas, et qui me donne, c’est ici le cas de le dire, du filin à retordre. Elle se peut résumer à une question. Je vous la livre dans toute la brutalité de son laconisme :

 

Les africaines sont-elles des brunes ?

 

L’épouvante me saisit. Voici que je sue et tremble. Mon cerveau se désordonne. Mes convictions s’ébranlent. Cette question est horrible. Je ne puis néanmoins, par déontologie, par loyauté, par fidélité, par souci d’Absolu et de justesse et, surtout, par Amour des Femmes, l’éluder. Ce serait trop commode. Ne cachant nullement ma préférence, mon adoration pour les brunes –race capillaire élue- c’est naturellement que le problème de mes sœurs africaines s’est imposé. J’ai donc osé la question. Temporairement incompétent, je l’ai soumise à un panel plus étendu. Twitter, dans ses prétentions aristocratiques, ne me répondit que timidement. Je me tournai vers le Grand Facebook.

 

La question fut posée, le débat fut âpre, les opinions croisèrent le fer, les intelligences s’aiguisèrent, les inintelligences se déguisèrent, les raisonnements se construisirent, les démonstrations se battirent, les avis divergèrent, l’on combattit héroïquement à coups d’idées colosses : mon mur, champ de bataille, Waterloo d’une après-midi, en est encore lézardé, et résonne encore du fracas épouvantable des analyses. Le sang coula. Ce fut une épopée.

 

Comment souvent, deux postures s’affrontèrent. L’on répondit oui. L’on répondit non.

Les tenants du oui fondèrent leur argumentation sur le fait que le brun, strictement entendu, est une couleur. Et les cheveux des africaines étant bruns, voire noirs, aucune subtilité ne saurait les exclure du Saint-Royaume de la brunerie. Le brun est une couleur. Les africaines ont les cheveux de cette couleur. Les africaines sont brunes. De l’infaillibilité du syllogisme.

 

Les tenants du non furent plus complexes, et non moins pertinents dans leur logique. Ils fondèrent leur posture sur cette vérité abstraite, que le brun se définissant précisément par rapport, par exemple au blond, au roux ou au châtain, et que les négresses ayant toutes la même couleur de cheveu, parler de brune en ce qui concerne leur chevelure est une absurdité. En d’autres termes, les africaines ont toutes des cheveux noirs, mais ces cheveux noirs ne peuvent être appelés bruns du fait même qu’elles ne se définissent par rapport à rien de différent chez d’autres africaines, par exemple.

 

La loi de la couleur affronta celle du « différentialisme » capillaire.

 

L’on ne tomba point d’accord.  La question prit un tour dramatique lorsqu’on faillit accuser son auteur, votre humble serviteur, de racisme. L’on fit de moi un assimilé qui cherchait à imposer aux africaines des codes et des schèmes qui n’étaient pas les leurs. L’on me dit que le qualificatif de brun n’avait aucun sens chez les africaines. Mais que sont-elles, en ce cas ? Je me défendis. Les panafricanistes enragés défendirent la singularité de la chevelure des africaines ; chevelure qui, comme tout le monde sait, est toujours naturelle, et n’a pas besoin de greffages et autres implants pour être. « Niuul kuuk » m’attaqua, "Khess pethie" s'y mêla, "Takh ci riip" s'y salit. Certains, philosophes, ramenèrent la question sur le plan de la subjectivité et de la perception subjectiviste ( !) du réel (sais-je moi-même, misère, ce que cela signifie ?) La bataille fut rude. Comme je l’ai dit, ce fut une épopée.

 

Ainsi ce termina ce formidable combat de titans : en queue de poisson. Cela finit comme cela commença. Je demeure encore irrésolu, incapable de trancher. Il le faudra pourtant. L’Eloge suppose la précision.

Voici donc, mesdames et messieurs auguste assemblée, la question que je vous soumets. J’attends fébrilement votre délibération. De son issue, dépend le sort de quelques millions de femmes, dont le charme n’a jusqu’ici été réduit qu’à leur derrière généreux. 

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