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Ce qui a changé...

22 Mars 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Solipsismes

     Que suis-je devenu au bout de dix-neuf lunes dans un pays étranger ? Un homme qui a grandi et qui s’est rapproché de la mort et des lombrics luisants du tombeau. Rien de plus. Que ma famille et mes amis me manquent ; que j’aie souffert et pleuré, réussi et ri ; que j’aie été blessé ou que j’aie blessé ; que j’aie connu la trahison ; que j’aie désespéré souvent et espéré parfois, tout cela est sans doute vrai, et est peut-être arrivé. Mais débarrassé du pathos, de l’émotion factice, des larmes pesantes qui brouillent la vue et embrument l’esprit, armé de  la seule arme qui soit valable, la lucidité, je me rends bien vite compte que tout ce qui se passe en ce moment ne m’est pas vraiment étranger. Les situations changent. Mais les hommes restent. Les conditions et les pays varient. Mais l’humanité demeure. La nouveauté n’est qu’une tradition vécue au prisme d’expériences et de décisions différentes.

     J’avance. A mes côtés, des hommes. Masse informe et désordonnée, laborieuse, nous marchons raves, aveugles, muets, sourds. Chacun cherche son chemin, s’accroche à tel ou tel autre. Certains s’arrêtent, réfléchissent, regardent. D’autres sont perdus, tournent en rond, sont désemparés. Il y en a qui avancent lentement, et il y en a qui courent. Puis il y a ceux qui meurent. Au bord de la route, des trous béants parfois, des montagnes, des enfers et des édens, des murs, des lumières, des routes inconnues, du bonheur, du malheur, du désespoir, de l’espoir. Et les hommes qui cherchent, chacun, quelque chose, quelqu’un. C’est la rage humaine. Mais chacun essaie. Dix-neuf lunes ne sont rien là de particulier. L’on aura avancé, ou reculé. Qu’importe. L’on aura vécu, appris. Et après, inlassablement, avec la même énergie, on continue, ainsi que le font les autres.

     Continuer. Chercher le courage et la force de le faire. C’est ce que tout le monde fait. Que dire après ? Que dire qui ne soit fatalement prétentieux, ou affreusement égoïste ?

     Des amitiés qui se nouent, qui se défont, qui restent ou qu’on a perdues ; des amours mortes, des amours naissantes ; des erreurs commises et des actions engagées, incertaines mais emplies d’espoir, des solitudes, des rires, des larmes, de la peur, que résulte-t-il ? Un homme normal. Ni au-dessus, ni en dessous de quiconque, juste engagé dans la même condition avec tous. Ni meilleur ni pire, juste différent par le choix des convictions qui me guident ; convictions, d’ailleurs, que mon commerce avec ces autres aura forgées. Sartre pourrait répondre à ma place, et mieux mille fois : « Tout un homme, fait de tous les hommes, et qui les vaut tous, et que vaut n’importe qui. »

     Dix neuf lunes donc. Je n’ai pas changé, ni en bien, ni en mal. Je ne le vois pas encore ainsi, du moins. J’ai juste vécu. J’ai essayé de faire les choses pleinement, le plus justement possible, le plus librement surtout. Envers les hommes, qui ne sont jamais faciles, c’est ce que j’ai choisi. Et c’est ce que je continuerai à mettre en avant. Et que m’importe le résultat, bon ou mauvais ? Pourvu juste que je ne me sois point trahi. 

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