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Ce qu'il faut aimer d'un corps de femme, entre autres...

24 Janvier 2012 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Mauvaise foi et autres méchancetés...

     D’un corps de femme, l’on n’aime jamais qu’une seule partie. Celle où, à ses propres yeux, le Créateur (ce mot ne prend son sens absolu qu’appliqué à Dieu), dans une de Ses fulgurances de génie, aura mis tout son art. Le corps de la femme comme beauté totale et parfaite est une mythologie ou alors, à admettre qu’elle existât de quelque façon, cette totalité ne serait que l’effet d’une irradiation, d’une extension, d’une diffusion. Que cela veut-il dire ? Ceci : que si un corps de femme nous semble parfait en intégralité, ce n’est pas parce qu’il l’est en soi, en effet, mais parce que que l’on a projeté en toutes ces parties, en tout son corps, la perfection du point particulier qui nous en enchante ; de sorte que la beauté, la grâce et la sensualité, concentrées en un seul endroit vénéré, désiré, rejaillissent, par une opération de transposition magique effectuée par le désir et l’aveuglemEmma...ent, d’un puissant éclat sur le reste du corps. L’excellence et la beauté de la femme sont toujours concentrées en un seul point de son corps. Tout le reste est réflexion -aux deux sens de ce terme.

 

     Les hommes aiment beaucoup de choses dans un corps de femme. Il y a chez chacun d’eux une préférence, un îlot esseulé dans cet océan de rêves où ils aiment à s’alanguir paresseusement s’ils n’y laissent traîner leurs regards –volés ou non- ou leurs mains tremblantes. Les romantiques et autres niais s’extasient devant les yeux où ils croient déceler de l’âme. D’autres ne voient que les lèvres –honni soit qui se demande en ce moment : lesquelles, de lèvres ?, car la chose relève de l’évidence. Certains, les baudelairiens, dont j’ai hésité à faire partie, contemplent et caressent les chevelures à en périr. Il y en a qui aiment les nez, et d’autres, la bouche. Etranges, ceux qui regardent les dents. Ceux-ci s’émeuvent des tailles déliées. Ceux-là, les fétichistes, du pied ou des mains. Quelques-uns, les alpinistes, aiment à s’égarer entre ces gibbosités aux courbes et lignes parfois démoniaques que constituent les seins ; quelques autres ne s’enivrent que de fesses (de toutes sortes, grosses, petites, incontrôlables, larges, étroites, etc.) – et je vous en supplie, ne voyez là rien de scabreux, je parle en esthète absolu, en théoricien pur. Il y a encore ceux qui sont ravis par les épaules, entièrement nues ou à moitié, révélées dans une posture innocente. Les chevilles ont leurs amateurs également, autant que les gros mollets ont les leurs. Le dos est objet de fantasmes, les hanches aussi. Les joues alliées éternelles des lèvres, sont également aimées: elles donnent au visage son allure, sévère et altière -les pommettes sont assez marquées alors- ou grasse. Et puis les joues ont cet avantage de recueillir, souvent, les premiers élans de tendresse. Puis, pour finir, il y a les spéléologues, ceux-là qui vouent un culte à la fleur où éclot l’humanité. Que l’on ne me demande pas ce qu’on peut aimer de cette fleur. Qu’en sais-je ? Peut-être ses senteurs, dont un de mes anciens professeurs, que je salue pour son grand sens de l’image et de l’analogie, disait qu’elles sont celles du « poisson frais »…  

     Mais tout cela en somme est d’une banalité affligeante. Les yeux, les cheveux, les courbes, la bouche, les pieds, etc. sont autant d’objets que des siècles de poésie ont achevé d’ôter l’originalité. Tout le monde les aime, sans vraiment savoir pourquoi. Il n’y a rien de pire : aimer par mimétisme. Or, si ce n’est par originalité, au moins par curiosité, il ne faut aimer du corps des femmes qu’un seul endroit, celui-là qu’on ne voit que rarement, que trop peu de vers ont chanté, qu’aucun blason n’a célébré, auquel peu d’hommes, voire peu de femmes, prêtent attention.

 

La nuque.

    

     Ôtez ce sourire. C’est l’un des plus beaux endroits du corps féminin. Parce qu’il en est le plus secret, le plus discret, et par conséquent le plus mystérieux et intrigant : les hommes l’ignorent, ne l’effleurant souvent que pour attirer la femme vers eux ; les femmes la négligent comme possible –certain- atout de leur beauté, la dissimulant souvent sous une couche de cheveux ou de greffages. L’on ne la voit pas. Nous sommes trop peu nombreux encore à savoir voir que la nuque n’est pas le cou, et que la mêler indistinctement à la masse brute et verticale de ce dernier, c’est enlever à l’objet toute sa singularité, c’est s’ôter le plaisir d’en ressentir les charmes visuels autant que ceux du toucher. Il faut voir la nuque. Voir cette petite surface, fragile et puissante à la fois, être au carrefour des épaules, des cheveux, du dos, dont elle révèle les charmes particuliers. Voir les reflets du soleil y luire légèrement, suggérant la douceur de la peau. Voir, surtout, que la féminité entière y est concentrée. La grâce, la fragilité, la sensualité, la sensibilité, la douceur, le frisson : la nuque est une réduction d’identité féminine. Cherchez-y même de la perfidie, elle s’y trouve naturellement. Lorsqu’une femme vous refuse un baiser tant espéré, c’est le mouvement de sa nuque qui lui fait tourner la tête… (A vérifier, quand même, ça.) Promenez-y vos doigts, elle frissonne, soufflez légèrement, elle sursaute mignonnement, apposez-y un baiser…

     Je pense sérieusement que l’image de la chevelure que la femme détache, et qui retombe sur ses épaules en magnifique cascade ou en splendides anneaux -cheveux naturels ou de mèches-, n’est si belle, et n’est autant objet des fantasmes mâles que parce qu’elle montre la nuque disparaissant de façon sublime, comme le soleil à l’horizon, renvoyée à son secret jusqu’à sa prochaine apparition. Remarquez que le mouvement inverse, celui des cheveux que l’on relève, est tout aussi beau. De toutes les coiffures donc, préférer le chignon. 

 

La découverte de tout corps féminin devrait commencer par la nuque. Cette chose est une invitation à la caresse.

    

     Petite leçon : aux jeunes imbéciles, je propose désormais de dire à une femme qui vous plaît, au cas où vous ne vous sentiriez pas capable de lui sortir le subtil: « Vous me faites sentir tout chose », de lui lancer, emphatique : « Madame, vous avez une nuque délicieusement exquise… ». Cela vaut mieux, et est plus original que le banal « vous êtes très belle » ou le fameux « vous êtes charmante », qui ne signifie plus rien, et que l’on ressort systématiquement quand on ne sait quoi dire et que l’on veut malgré tout avoir l’air élégant. Sinon, récitez ces vers de Verlaine :

 

« …Et c’étaient des éclairs soudains de nuques blanches,

Et ce régal comblait nos jeunes yeux de fous… »

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sakina 05/07/2018 10:46

Un texte qui a de quoi nous faire sentir sublimes, merci.
Petit bémol, l'odeur de poisson frais est bien moins alléchante que celle de la "fleur" à qui vous la prêtez ...

Sheik Ahmadu 31/01/2012 01:36

Merci grand pour cette belle sculpture du corps de la femme.

Je ne peux croire après cette belle démonstration que tu sois seulement un pur théoricien. Un simple esthète, théoricien pur, ne peut décrire avec une telle précision et prodiguer en même temps des
conseils ("Lorsqu'une femme vous refuse un baiser tant espéré, c'est le mouvement de sa nuque qui lui fait tourner la tête... (...) Promenez-y vos doigts, elle frissonne, soufflez légèrement, elle
sursaute mignonnement, euheeu, apposez-y un baiser..." humm) très justes.

Grand léral meu bok... ^^

Quant à moi, je suis jou(e)issif. J'avoue. J'avoue... (entre nous hein)

M.M.S. 31/01/2012 20:22



Lol... Et pourtant, mon ami, tu as devant toi un théoricien pur. Enfin, tout dépend de ce que l'on met derrière ce mot... Humm... Enfin... Mon grand malheur est de savoir observer. L'imagination,
les enquêtes, les questions, font le reste, n'est-ce pas? ^^ 


En tout cas j'attendais des confirmations, qui ne pouvaient être données que par des professionnels. Avec toi, tout est clair! Lol! 


Naka diek la kham ni sama grand bi dal danger leu! 


"Jou(e)issif." lol! Savoureux! Et éloquent... ^^ Ton secret est bien gardé! Kheweul!!!