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Bréviaire d'un Vaincu provisoire.

26 Octobre 2012 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Solipsismes

Il devient lassant de tirer à boulets rouges sur le Sénégal et son peuple. Ce pays, je m’y résous, est plus endurant qu’on ne le croit dans la posture de la souffrance héroïque, posture dans laquelle il excelle: crachez-lui dessus, il avale ; critiquez-le, il jouit ; pointez ses tares et sa bêtise, il s’abêtit plus encore. En combat singulier, l’on ne gagne jamais contre un masochiste ; ce pays en comporte quelques millions.

Je vais abdiquer quelques temps, pour recharger l’énergie, le fiel, l’ironie –je me trouve un peu trop grave ces temps-ci- et la méchanceté nécessaires à toute lutte contre l’inintelligence. Je reviendrai, bien évidemment, et très vite. Il est peut-être vain de s’obstiner à continuer ces vociférations intempestives sur cet obscur blog, mais comme tous les hommes sensibles et doués d’un peu d’intelligence, dont je suis (le prétentieux vous salue), j’aime la vanité de certaines choses, l’absurde inutilité de quelques entreprises. « Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid… », comme disait ce cher Théophile, que je citais déjà dans toutes mes dissertations de Première. Je laisse donc ce pays à l’éternelle ritournelle de ses tristes saynètes, expression sans oxymores ici, je le veux. Il faut laisser mousser la bêtise. L’on ne la fend et n’en rit que mieux. Mais il ne faut surtout pas s’y mêler trop longtemps : une longue pratique expérimentale de cette chose m’a enseigné qu’elle était contagieuse. On l’attrape sans s’en rendre compte. Je suis donc fier d’abandonner lâchement. Je laisse les patriotes, panafricanistes et autres engagés enragés continuer. Ne me mettez pas dans le lot : ces gens-là sont rudes et m’effraient.

 

Béthio? Je ferai des vers sur le symbolisme de son nom, si je trouve de bonnes rimes. Le Mouridisme ? J’en garderai l’image de Serigne Saliou Mbacké, souriant, humble, léger, presque drôle, me servant une tasse de thé lors des dix minutes que mes frères et moi passâmes avec lui, seuls, en 2001. République sauce sénégalaise ou République universelle ? Je demanderai à Aristote et Montesquieu, qui en savent beaucoup sur la laïcité. El Hadj Diouf ? Qu’il enlève d’abord sa crête et je statuerai sur sa nature –humaine ou animale. L’autre El Hadj Diouf, celui à la mâchoire aussi carnassière que bête, qui se fait appeler maître? Qu’il mette une crête pour affirmer sa nature animale, et on parlera. Mbaye Ndiaye, médiocre ministre de l’intérieur ? Personnellement, je préférais le chanteur, et non moins soûlard sérère, amateur de soum-soum. Dieu ? Le plus drôle d’entre nous, humoriste sublime, soliste de génie, jouant son One-God-Show depuis plusieurs siècles. Le peuple sénégalais ? En ce jour béni, qu’il me pardonne de ne leur avoir pas tapé dessus plus violemment, je promets de faire mieux la prochaine fois. Quant à moi, je leur pardonne leurs tares : la plupart me font hélas ! pisser de rire.

 

Je me réfugie, toujours aussi vain, toujours aussi prétentieux, toujours aussi morveux, sur les Hauteurs de l’Art, promontoire d’où seule la Beauté échoit. Je lirai, écouterai, verrai, écrirai des choses dont le seul mérite est d’évoquer le monde, mais de l’évoquer bellement, sans autre ambition que de lui être autrement inutile. Je crois profondément que l’Homme est un animal esthétique : il n’y a que l’Art, et le mystère des émotions qu’il peut provoquer en son âme, qui puisse l’émouvoir profondément et durablement. L’on ne se demande jamais pourquoi et comment une musique, quelques mots, une image, une statue, parviennent parfois, même l’espace de quelques secondes, à nous toucher si puissamment. Mais cette foi, la mienne, est si ridicule et absurde en ces temps d’utilité et de pragmatisme, que rien ne sert de vouloir la professer. Contentons-nous de la vivre, c’est déjà un exploit. Que s’ouvre la littérature, le plus démocratique des arts ; que se dresse la sculpture, le plus ambitieux d’entre eux ; que résonne la musique, le plus mystique de tous ; que brille la peinture, la plus aristocratique de ces splendeurs, que s’érige l’architecture, le plus inhumain de ces humanités. Le cinéma et la photographie me séduisent peu à peu. Les autres me sont encore trop inconnus. J’irai à leur rencontre. A mon cœur vide et mon esprit las, j’offre ces quelques joyaux de douceur.    

 

Puisque, malgré tous mes efforts, je ne puis être indifférent à la bêtise et aux autres, puisque j’adore la solitude aussi fortement que je la crains, puisque la misanthropie, seule épopée de ce temps, est impossible, puisque, tout simplement, j’aime les Hommes –pas d’amalgame scabreux- autant que je doute de l’Humanité, je m’exile dans le seul endroit où j’ai l’impression d’être seul tout en sachant que le génie humain est à mes côtés, l’Art, seul repos valable du guerrier. Une partie de foot, une douche chaude, la douceur d’une femme, la mienne, en plus, et je reviens à mes combats vains.

 

Je crois en fin de compte qu’il y au moins des personnes qui peuvent tenir tête à des sénégalais masochistes. Des sénégalais sadiques. J’en suis.   

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