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Brèves de Concours... (Suite et Fin)

8 Mai 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Solipsismes

     Voici les derniers hectomètres du chemin de croix. Le dernier rapport du calvaire.

     Les épreuves de Géographie (tronc commun) et de Spécialité Histoire m’ayant paru sans grand intérêt ni piquant (c’est surtout que je les ai ratées sans éclat), je n’en ferai pas mention. Cette brève, la dernière, je la réserve à mon amour, « mon cher amour mon bel amour, ma déchirure », la spécialité Géographie. Ma déchirure surtout. Car je ne m’en suis pas sorti entier. Cette épreuve fut pour moi un molosse sans pitié.

    La Géo Spé donc. De quoi s’agit-il ? D’un commentaire de carte. Le commentaire de carte topographique : deux ans que j’en fais sans rien y comprendre, deux ans que c’est ma hantise, deux ans que l’exécuteur de ces hautes œuvres me massacre (mais c’est réciproque, je le massacre aussi), deux ans que ce bourreau mien me décapite la tête sans que je ne meure. Conclusion nécessaire : je suis le descendant de l’hydre de Lerne.

    Avant l’épreuve, je le savais, l’on allait nous donner la carte d’un pauvre patelin perdu de ce beau pays. J’avais raison. De toutes les façons, pour pressentir ma misère, j’ai toujours raison.

    Il est quatorze heures. L’on nous distribue d’abord des calques. Malheur : à quoi cela sert-il, dans un commentaire de carte ? Double malheur : j’avais oublié comment s’utilisait un calque. Je n’en avais pas eu un entre les mains depuis le C.E. 2, je crois, quand je m’en servais pour faire des lions et autres bonhommes en cours de dessin. L’on nous donne ensuite la carte proprement dite. Je déglutis.

Manosque.

Diable.

Palsambleu.

    Un sourire bête s’afficha sur mon visage. Mais je gardai mon légendaire flegme, pour l’instant. En bon géographe, je me posai LA question, l’existentielle, la seule qui valût la peine d’être posée, la métaphysique interrogation de trois mots : « c’est où ? ». Je ne savais absolument pas où c’était, Manosque. Je ne savais même pas que ça existait.  Je me retournai, hagard et désemparé. Je tombai sur le visage d’un candidat aux cheveux longs qui avait l’air plus hagard et désemparé. Cela me rassura : j’ai vu tout de suite qu’il ne savait pas non plus. Que voulez-vous ? Quand on est ignorant, il faut être méchant, et chercher ses pairs.

    Manosque. C’est où ?

   Les heures s’égrènent. J’ai mis de côté les calques. J’ai commencé à écrire. J’essayai de me souvenir de la voix de la volubile Madame D., de ce qu’elle disait quand elle commentait une carte. Mais ici, cela ne me servit à rien. C’est dans ces moments de solitude que je regrette mon enfance. Immonde monde où l’on grandit pour commenter des cartes stupides.  

   Sur la carte, je décrivis des choses terribles, invisibles à l’œil non exercé, bien entendu. Je produisis des théories. Je me sentis géographe. J'étais géographe. C’est bien.

    Il paraît qu’une candidate (c’est Mohamed, l’autre, le faux, qui me l’a dit) se mettait debout, avec un air intelligent, pour prendre de la hauteur sur la carte, et mieux en voir les aspects, les milieux, les contacts, les dénivelés. Petite idiote que j'ai haïe parce qu’elle réussissait sans doute mieux que moi l’épreuve.

    Au bout de trois heures, c’était fini. Le concours était fini. J’ai survécu. A fêter.

    Au fait, pour tous les ignares, nombreux j’en suis sûr, qui se demandent encore en ce moment même où se trouve la commune de Manosque, sachez qu’elle est  dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, département des Alpes-deHaute-Provence.

    Je l’ai située quelque part en Champagne-Ardenne.

    Puisse Madame D. me pardonner, puisse Dieu me bénir. Amen. Sans trop y croire.

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M.M.S. 17/05/2011 19:48


Et on ose dire après cela que les femmes n'ont aucun sens de l'orientation... J'ai galéré sur cette épreuve, et pas sur qu'elle, du reste. Quant aux départements, faudrait que je songe à les
connaître. Au bout de deux ans, il serait temps d'ouvrir au moins un bouquin...
Conseil de géographe raté: Ne t'enfonce pas trop dans les cartes... Ces choses enrhument. Au plaisir!


Lau 17/05/2011 18:13


Après les 5 premières minutes de panique, oui, à pas de chenille, en menant l'enquête parmi les noms de patelins, notamment, et ma mémoire des espaces cartographiés que j'avais étudiés. J'aime bien
la géo, mais comme toi j'ai peu d'affinités avec le calque...que je n'ai jamais gribouillé faute de temps. Au final je me suis dit qu'il faudrait que je pense à apprendre mes départements. Ca peut
rendre des services. (je t'ai lu un peu sur d'autres articles qui m'ont fait beaucoup sourire, je reviendrai un peu plus émergée du boulot)


M.M.S. 17/05/2011 17:51


J'espère que tu as eu plus de chance, par la suite et que tu tu as réussi à te repérer, là où je m'égarais... ^^


Lau 17/05/2011 16:33


Pour l'avoir passé, le dit calvaire, ton article m'a bien fait sourire. Même première réaction!


Pascale 11/05/2011 18:35


Strasbourg, 1987. Le prof me demande d'évoquer Goethe en langue allemande. Je débarquais alors de St Etienne. Terrible moment de solitude...