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"Amabam Amare..."

15 Février 2013 , Rédigé par Mbougar Publié dans #Solipsismes

 Il n’y a qu’un seul sentiment humain vraiment sérieux et grandiose: c’est l’Amour.

 

Comprendre comment deux âmes étrangères l’une à l’autre au départ, deux solitudes originelles fondamentales, peuvent arriver, à se lier, à se trouver, à bâtir, sur un lit de bienveillance mutuelle, la complicité la plus émouvante, l’amitié la plus haute, la complémentarité la plus admirable, au point de trouver chacune en l’autre une raison solide de vivre et de souffrir, c’est atteindre à la grandeur et à la beauté de l’humanité. J’ai le bonheur de faire partie de ceux qui ne savent encore expliquer ce prodige, et qui n’en n’ont point même l’ambition.

 

Je n’essaierai pas d’expliquer le mécanisme de ce sentiment. Il faudrait, en plus d’une immense prétention dont je ne dispose pas, du génie, que j’ai moins encore, pour entreprendre de poser quoi que ce fût qui n’ai déjà été dit, écrit, peint, chanté, sculpté, montré, sur le plus beaux et le plus éternels des sujets humains. Les Hommes n’ont jamais parlé que d’Amour. Et il n’y a plus rien à réinventer là, mon cher Rimbaud, je le crains. Il ne reste hélas ! hélas ! qu’à vivre et revivre ce bonheur.

 

Je ne tenterai non plus de dire ce qu’est l’Amour. C’est pour celui-ci un visage. C’est pour celle-là un sourire. C’est pour certains une odeur. Pour d’autres un frisson. C’est pour d’aucuns une tyrannie. Pour quelques uns une souffrance. Ici le paradis. Là l’enfer. Il en est pour qui il tient dans un vagin. Ou un phallus. Ou à un phallus dans un vagin. A moins qu’il ne s’agisse d’un regard. D’une couleur. D’une chevelure. De tout cela à la fois, peut-être. Un sentiment mystérieux, terrible, inexplicable et complexe, certainement. Un élan simple, doux, pur, sans doute.  

 

Moi-même, pourtant attiré par l’Absolu, suis contraint de me rendre à l’évidence : l’Amour, tout en étant dans son idée proche d’un Absolu, ne peut rien être en son fait qu’une chose relative par excellence. Chacun en a une singulière opinion. Vous n’avez rien à foutre de la mienne, et cela est d’ailleurs heureux : on est quittes.

 

Souffrez ces banalités protocolaires et fermez-la.  

 

Il est paradoxal que cette époque, qui parle tant de l’Amour, ne sache pourtant pas en parler, c’est-à-dire n’en parle souvent que fort mal. Soit que la grandeur de ce sentiment l’impressionnât tant qu’il ne sache trop qu’en faire, soit qu’il se sentît obligé de toujours avoir à son égard une attitude exagérée, ce temps, en tout cas ne me semble n’être en mesure de parler de l’Amour que sous deux modes : l’immonde et imbécile niaiserie ou le cynisme systématique. Abêtir l’Amour ou le moquer. Le couvrir de mièvrerie en croyant l’élever, ou le revêtir de sarcasmes en croyant le démystifier. Deux attitudes extrêmes, qui semblent opposées –et qui s’opposent peut-être, en effet- mais dont le défaut est le même : le manque de ce que l’on pourrait appeler, pour reprendre une notion aristotélicienne, la médiêtè, l’équilibre naturel qui permet de trouver le juste milieu, la voix(e) juste, sur quelque sujet. Le fait que, parlant de l’Amour, ces deux positions, si différentes dans leurs conséquences, sont identiques en leur principe, et produites par un même mouvement : une idéalisation abusive de ce sentiment.

 

Les premiers, ceux qui font de ce sentiment une sirupeuse soupe, qui croient que le romantisme –le sens de ce mot n’est-il pas le plus galvaudé, aujourd’hui ?- n’est que l’imbécile exaltation d’un cœur ensanglanté, font de l’Amour cet infini merveilleux, indépassable, hors duquel aucune aventure humaine n’est possible. Ceux-là idéalisent et grandissent tellement l’Amour, qu’il les écrase au lieu de les sauver. Quant aux seconds, les cyniques, ils se moquent volontiers de cette conception idéale à laquelle ils ont pourtant, pour la plupart, un jour cru –en secret ou non, et peut-être même y croient-ils toujours sans l’avouer. Il reste cependant que railler une conception, c’est implicitement admettre qu’elle est possible, qu’elle existe, la trouvât-on ridicule ou absurde. Les niais et les cyniques ne sont pas si différents en cela que l’Amour leur semble être à tous quelque chose d’immense ; leur différence fondamentale est dans le fait que les premiers l’agrandissent plus encore et la déifient, tandis que les seconds tentent de l’abaisser et de la démystifier en la moquant avec une âpre ironie.

 

Tous deux se trompent. L’Amour n’est pas un enjeu. L’équation qui la concerne ne se pose en ces termes : y croire trop ou n’y croire pas du tout : l’un et l’autre sont insensés. Il ne s’agit pas de croire ou ne pas croire en l’Amour. Il s’agit de le faire. Bien de préférence. Il n’y a que ça de vrai. Faire l’Amour : il suffit de décomposer l’expression, de considérer ses deux termes dans une relation autre que figée dans leur compagnie, pour se rendre compte de la beauté de ce que cela peut désigner.   Ne pas idéaliser l’Amour, ne pas l’exagérer ni dans un sens ni dans l’autre, garder toujours à l’esprit que c’est le sentiment qui élève toujours l’Homme en premier lieu, et non l’inverse, ne le prendre ni avec sérieux ni avec désinvolture, en un mot, refuser d’être un mystique de l’Amour, aimer l'amour simplement pour ce qu'il est : voilà l’essentiel.

 

Il est temps de cesser de caricaturer l’Amour. Une petite brune aimée a magistralement résumé en une phrase ce que neuf-cent mots peinent à dire.  

        

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Mam 29/01/2017 18:56

L'amour, l'ibdiscible... quel magnifique texte.

diop 14/02/2014 20:13

HUM est ce qu'on peut disposer de la photo de cette petite brune pour avoir une petite idée de ce résumé loll super texte