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Affaire D.S.K. : Décence contre Compassion...

18 Mai 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Réflexions rafistolées.

Puisqu’il faut en parler…

 

     Une des polémiques sordides (comme le sont toutes celles qui baignent dans les eaux saumâtres et périphériques de l’affaire en tant que telle) née du scandale DSK oppose ceux qui s’émeuvent du lynchage médiatique du bonhomme et ceux qui s’indignent de ce que l’on s’émeuve de cela alors qu’une femme a peut-être été violée. Il y a ceux qui trouvent humiliantes, choquantes, irrecevables les images d’un DSK menotté, escorté, vieilli, impuissant, hagard, l’œil éteint, jeté en pâture aux caméras, photographes, bref, à la férocité des médias et la mesquine bassesse des commentaires. Et il y a ceux qui trouvent cette indignation insultante vis-à-vis de la femme qui a été violée, si tant est qu’il y ait eu viol.

     Il y a les tenants d’un certain  respect. Et il y a ceux d’un certain autre respect.

     Il y a ceux qui protestent contre la façon dont DSK a été traité, sur les conditions formelles de sa détention. Et il y a ceux qui veulent que toute émotion aille à la victime présumée, que toute indignation et compassion lui reviennent, de droit comme de fait.

     D’une part, il y a ceux qui s’interrogent sur la dignité d’un homme accusé mais qui est, que je sache, encore présumé innocent ; et d’autre part, il y a ceux qui soutiennent la femme qui aurait été violée.

     Il y a les défenseurs d’une justice décente, et ceux d’une solidarité de cœur et d’état avec la victime présumée.

     La justice contre le cœur. On connaît l’antienne : Camus et Mauriac en ont déjà été les protagonistes, en d’autres temps. C’était en 1945, à propos de l’épuration (procès des collabos.) Camus contre Mauriac. La justice contre la charité. Camus avait bien reconnu, plus tard, en 1947, qu’il avait eu tort. Que Mauriac et la charité avaient donc eu raison. Mais c’était seulement à la fin, après que la partialité et les règlements de compte ont fait irruption dans les procès, et que l’épuration a ainsi tourné en vengeance, en effusion des cœurs et des haines, et non en justice. Je persiste à croire qu’en 1945, sur le terrain des idées, c’est Camus qui avait raison.  

      Je suis pour la décence de la justice. Je m’indigne, comme beaucoup, du traitement qui a été réservé à DSK lors de sa comparution devant le procureur. Comme beaucoup, je m’indigne de la procédure américaine, que je trouve ni juste ni intelligente. La procédure. C’est ce mot qui justifie tout. A tort. Procédure ? Procédure barbare, alors. L’on me parle d’équité, d’égalité devant la justice. C’est vrai : tous les hommes sont indistincts, ou doivent l’être, devant les lois d’un pays. DSK ne fait pas exception. Mais ces lois prennent-elles en compte les conséquences particulières de ces traitements, de cette procédure, sur l’homme ? Si les hommes sont égaux et semblables devant la justice, les conséquences d’une certaine justice sur ces hommes ne le sont pas. L’appareillage médiatique déployé, les commentaires de toutes sortes commis çà et là, le retentissement planétaire de l’affaire, signifient à eux seuls une chose : DSK n’est pas un prisonnier comme les autres. C’est un truisme que de le rappeler. Aurait-ce été une faveur que de lui éviter l’ultime humiliation, planétaire, des menottes et des caméras? Ma réponse est non. Cela se serait appelé décence. Cela se serait appelé intelligence. En toutes choses, j’ai toujours détesté la rigidité et le radicalisme, qui sont des extrémismes, et que je bannis donc du champ de la pensée.  

    Une justice rigide sur ces procédures, quels que soient l’accusé et les conditions, est une justice aveugle. Une justice qui ne prend pas en considération les conséquences particulières de ses traitements sur ses prisonniers est une justice massive et non-éclairée. Une justice sans intelligence est fatalement indécente. Une justice sans cœur se rapproche de l’inhumanité.

        La justice américaine est indéfendable.

     Tout intransigeant qu’il ait voulu paraître, ce système n’aurait pas dû oublier les conséquences. Sa responsabilité s’étend jusque là. Elle juge un homme : qu’elle lui assure sa dignité jusqu’au bout. A ce point, ce n’est même plus de l’intransigeance. C’est autre chose, de regrettable : du manque de discernement. Elle n’en est pas à son premier essai. Michael Jackson a été l’exemple le plus récent. Encore la procédure. Toujours elle. La religion de la justice absolue mène à sa tyrannie. Et ce sont les hommes, toujours eux, qui en pâtissent. Ce pays, que j’ai souvent défendu, me déçoit dans sa façon de rendre justice. Tout ceci me répugne. Et je le répète : DSK aurait dû être traité autrement, ne serait-ce que par décence, et aussi pour éviter un tel acharnement médiatique, déraisonnable et ouvrant la voie aux commentaires les plus petits.  

     Que l’on n’aille pas croire que je prends position pour Dominique Strauss-Kahn. Je réfléchis sur un système, et non sur l’homme, pour qui je n’ai ni affection, ni haine particulière. Je m’arroge le droit de garder secrète mon opinion sur les faits. Elle serait prématurée, donc irrespectueuse, forcément, pour l’une des parties. Personne n’est encore en mesure de dire quoi que ce soit de vrai sur le fond de cette affaire. Tout discours se perdrait en conjectures, pronostics, accusations infondées,  spéculations et autres augures obscurs. Comme tout le monde ou presque, j’attends.

     Maintenant, la victime présumée.

     Maintenir que DSK aurait dû être traité autrement ne signifie nullement que je ne m’émeuve pas du sort de la femme impliquée, si tant est qu’elle ait, effectivement, été victime d’un crime sexuel. Le souci de la décence n’interdit pas la solidarité morale avec la victime. Le viol est un enfer pour une femme. S’il a eu lieu, je suis le premier à reléguer DSK au rang de monstre humain, et le premier à compatir à la peine de sa victime. Notez que je parle avec des « si ».  C’est dire que je ne suis certain de rien. Comme tout le monde. Ceux qui soutiennent déjà cette femme ont à l’avance, je le vois ainsi, choisi leur camp et fait leur jugement : DSK est, au moins, coupable. La notion de « présomption de culpabilité » n’existe pas. Celle de présomption d’innocence, si. Toute prise de position, pour quelque côté que ce soit, fût-elle la plus honorable, la plus morale, la plus solidaire, la plus compassionnelle, est de l’ordre de la supposition. Or, pour ce qui est du cœur et des sentiments des hommes, pour ce qui est de la justice des hommes, pour ce qui est du destin des hommes, je n’aime pas les suppositions.  Je trouve hypocrite de dire que l’on est solidaire de la victime quant on sait que c’est une victime présumée seulement. Et « si » il n’y a pas eu viol ? Et « si » elle avait menti ? Et « si »… ? Et « si »… ? Là encore, je ne suis certain de rien. Comme tout le monde. Se fendre d’un soutien émotionnel à la victime, fondé sur des suppositions, et au fond, disons-le, sur le soupçon tacite, prématuré et injuste de la culpabilité de DSK, n’est pas juste. La compassion fondée sur des « si » est, au mieux, incomplète, au pire, feinte. Les deux cas me semblent d’une insupportable hypocrisie. Je ne soutiendrais moralement la victime que s’il est avéré qu’elle est réellement victime. Pas avant. La compassion anticipée n’est pas mon fort. Dans cette affaire, lorsque l’on est observateur, je pense qu’il faut veiller à respecter également les deux parties jusqu’à ce que la justice établisse ou non la culpabilité de DSK. Après seulement, il sera temps de soutenir sans prendre le risque d’être inique.

     Mais s’il fallait choisir entre, d’une part, la revendication de la décence de la justice, fondée sur la haine d’un ignoble autant qu’inélégant lynchage médiatique et moral -indépendamment de toute prise de position pour un camp de cette affaire; et, de l’autre, la compassion morale pour la femme, peut-être ô combien louable dans son intention, mais fondée sur des « si »,  anticipée, je choisirais encore la première. 

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M.M.S. 24/05/2011 01:03


C'est plus sage, en effet. La fragilité de la justice... C'est sans doute cela qui fait que j'ai du mal à croire en elle, même si elle est la seule dont nous disposions...


Misa 23/05/2011 23:29


Personnellement j'ai un point de vue beaucoup plus mesuré... En France l'affaire aurait été "étouffée", sans nul doute. Puis exhibée en cette période électorale, considérons l'émoi qu'avait déjà
suscité "l'affaire de la Porsche". J'ai moi aussi mon point de vue que je préfère taire. Wait and see. La notion de justice est empreinte de fragilité.


A.M.K 22/05/2011 19:34


L'affaire DSK nous montre une fois de plus,que la justice et la diplomatie américaines,se gourrent bien des fois.La première veut assurer à ses citoyens,que les autorités ne bénéficient d'aucun
priviliège judiciaire.Malheureusement,dans ce cas précis,il ne s'agit point d'avantage.Il s'agit du directeur du FMI qui prend toutes les décisions politico-financières,et qui,du reste,demeure une
personnalité mondialement reconnue.Outre cela,le juge du Tribunal de Manhattan,devait mettre en avant,la question de dignité du présumé coupable,car il ne l'est pas encore..
La diplomatie.Dans le monde,seuls les Etats-Unis,refusent que leurs citoyens soient jugés hors de leur territoire,et surtout déférés au parquet.J'accepte leur suprématie.Mais c'est dommage que les
autres pays notamment la France (dans cette affaire)n'ait pas élevé la voix contre.


Pangloss 19/05/2011 10:06


Curieuse notion que celle de la présomption d'innocence!
Certes, "nul n'est coupable tant qu'un tribunal n'en a pas décidé ainsi" mais sur quelle "présomption" appréhende-t-on quelqu'un, le place-t-on en détention provisoire quelquefois pour très
longtemps, l'oblige-t-on à répondre d'actes qu'on lui reproche?


Clairette 19/05/2011 09:44


Les Etats-Unis sont le pays des extrêmes : une justice très (trop) rigoureuse, des media qui ne mâchent pas leurs mots... là où en France on nous apprend à être prudents. L'erreur judiciaire est
notre bête noire et on préfère un coupable en liberté à un innocent en prison. Et on ne peut pas se permettre de lyncher quelqu'un dans la presse : le scandale que ç'a suscité lors de l'affaire
d'Outreau avec le retournement de situation a montré un dérapage de la presse (mais qui en même temps a suivi l'opinion publique et la justice) qui n'a plus été réitéré.
J'ai été choquée de voir un étudiant en journalisme américain qui disait que ce n'était pas aux media de voir si DSK était coupable ou non, et qu'ils avaient tout à fait le droit de publier ce
qu'ils voulaient sur lui.
Dès lors qu'on touche à leur liberté d'expression, les Américains sont très sensibles.
Finalement, chacun reste dans sa ligne idéologique : les Américains s'enflamment, la France reste sceptique.