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Muses (5)

17 Octobre 2019 , Rédigé par Mbougar

5

Il se demandait encore la raison véritable de son retour. Sa mère était la seule personne, l’unique argument de ses derniers séjours ; mais maintenant qu’elle était morte et que plus rien ne l’obligeait à revenir dans ce pays qu’il avait appris à haïr, que faisait-il là ?

Etait-ce pour les honneurs dont on l’allait couvrir ? Etait-ce pour la gloire ? Il ne niait pas le poids de la vanité sur son esprit et son cœur, bien qu’il sût aussi que la source de cette vanité - les distinctions officielles - l’humiliait. Il demeurait assez lucide pour percevoir en lui, même s’il la détestait, l’ignoble bête assoiffée de reconnaissance. Il méprisait les lumières des distinctions officielles et, dans le même temps, celles-ci l’attiraient comme d’ardentes lueurs appellent le papillon qui va se tuer à leur feu. Comme nombre d’écrivains, peut-être comme nombre d’hommes, simplement, tout ce qui émanait du pouvoir exerçait sur lui une étrange et malsaine fascination où se mêlaient puissante curiosité et viscéral dégoût. Que son pays le décorât lui répugnait, mais la postérité !... La gloire !... La reconnaissance !... Qui était-il pour prétendre résister à leur séduction ?

Tahirou était entré relativement tard en littérature, publiant seulement son premier roman à près de soixante ans. Quinze ans plus tard, ses onze livres l’avaient imposé comme un écrivain majeur et ses pairs, les critiques, le public, reconnu, malgré des réserves, comme l’un des tout meilleurs que comptât le pays, voire le continent. Il avait bâti une œuvre exigeante qui confinait parfois à l’hermétisme tant elle se refusait à la facilité. Insensible aux modes littéraires, seulement préoccupé de créer dans ses livres un univers qui ne fût qu’à lui, il avait publié une œuvre où se croisaient romans, essais, et divers livres inclassables auxquels nul ne comprenait rien en général. Il avait enseigné la littérature pendant plus de deux décennies dans son pays, à l’Ecole Normale Supérieure. Il y avait rencontré une femme française, Sandrine, invitée pour un temps à l’Ecole comme maîtresse de conférences. Ils avaient noué une relation. Sandrine trouva un poste dans une université de la capitale et resta plusieurs années en sa compagnie. Ils n’eurent pas d’enfants. Un jour, Sandrine voulut rentrer. Il prit une retraite anticipée et la suivit en France où, après quelques années de vie commune, elle succomba à un cancer de l’utérus. Après avoir travaillé comme lecteur dans une grande maison d’édition parisienne où son ex-compagne avait pu le recommander, Tahirou écrivit et publia son premier texte. Plusieurs autres suivirent avec une grande régularité et, pour avoir été tardive, son œuvre n’en avait pas moins été accouchée prête, comme le sont celles qu’on porte en soi toute une vie, et qui y viennent mûres.  

Son travail n’était pas toujours loué -bien au contraire, on avait beaucoup critiqué son goût pour l’obscur, sa vision désespérée de l’espèce humaine, ses romans sans réelle intrigue, ses constructions jugées inutilement complexes, sa pesante érudition (on pardonne de moins en moins à un écrivain d’être cultivé, on lui demande de raconter sans la ramener), son appétence pour le scabreux et la sexualité orgiaque, son hubris, sa débauche ; mais on lui reconnaissait un effort littéraire pour être original. Tahirou n’écrivait cependant plus. Il avait publié il y a trois ans, quelques mois avant la mort de sa mère, son onzième livre, qui devait aussi être le dernier, puisque Tahirou, dont la vue était déjà assez basse pendant l’écriture dudit ouvrage, perdit définitivement l’usage de ses yeux -une vieille maladie génétique irréversible- peu de temps avant sa sortie. Il fut ainsi contraint de cesser d’écrire, à 73 ans. Nombre de commentateurs, à l’occasion de cette parution, avaient salué l’originalité d’une entreprise littéraire difficile mais féconde. Et lorsqu’on sut qu’il ne publierait plus à cause de sa cécité, on jeta un œil différent sur son œuvre. Elle fut en effet regardée comme une œuvre achevée et, sous la lumière crépusculaire que l’avènement de leur fin jette toujours sur les choses, le motif dans le grand tapis tahiresque apparut. On vit nettement se dessiner, en prenant du recul pour considérer l’ensemble du tableau auquel le Maître, on le savait désormais, ne toucherait plus, ce qu’il avait essayé de composer pendant toutes ces années. On ne le comprit pas davantage, mais plus personne ne douta qu’il avait, contrairement à beaucoup qui s’épuisaient en sauts ridicules à son orée, tracé son sentier dans l’immense forêt obscure de la littérature.

Malgré la reconnaissance de son œuvre, il avait toujours nourri un certain complexe lié à son entrée tardive en écriture. Il arrivait qu’il se sente illégitime. Parfois, il ne pouvait s’empêcher de dire qu’il avait manqué une étape ; que le fait de n’avoir pas écrit jeune faisait de lui un écrivain incomplet. Cette pensée fondait et expliquait le désir avide de reconnaissance qui l’habitait et qu’il méprisait. Il se convainquait (tout en sachant que cette croyance était ridicule) que la reconnaissance de son œuvre tardive compensait le retard qu’elle avait accusé à la naissance. C’est pourquoi qu’il avait accepté de venir recevoir l’honneur mortel de son gouvernement.

Mais était-ce réellement pour cette médaille et son éclat de gloire qu’il était là ? N’était-ce pas pour retrouver Ousseïna, qui fut, à l’époque où il enseignait à l’Ecole Normale, sa jeune maîtresse, sa confidente, son amie ? N’était-ce pas pour venir rendre hommage à celle qui, alors qu’il n’avait encore rien écrit, était déjà l’axe autour duquel s’enroulait, comme le serpent autour du caducée, son imagination, ses rêveries, ses fantasmes ? N’était-il pas revenu pour regoûter à la source vive de celle qui le guida dans les régions les plus reculées, les plus inquiétantes, les plus providentielles de la chair ? Il se souvenait des soirées ici, avec Ousseïna et Sandrine, laquelle avait fini, après avoir d’abord brutalement rejeté et condamné ses mœurs « décadentes », par les adopter doucement, rejoignant son univers libertin et amical où furent révélées aux autres, et sans doute à elle-même aussi, son inspiration, son audace, son inventivité stupéfiantes dans la lubricité et la recherche irréfrénée du plaisir (une authentique cochonne, pensa-t-il). Ousseïna et elle étaient d’ailleurs devenues amies, complices dans la vie quotidienne comme dans la vie nocturne -ce qui n’avait pas été pour lui déplaire. Etait-ce pour Ousseïna qu’il était revenu ? Son corps ? son énergie vitale ? Qu’attendait-il d’elle ?

Etait-ce pour sa mère ? Est-ce pour ma mère que je suis là ?

Son image apparut dans l’obscurité.

-Tu n’écris pas pour nous, lui dit-elle, ce jour-là. Un de tes cousins a lu et traduit pour moi ton livre. Tu n’écris pas pour nous, tu écris pour d’autres personnes, peut-être les gens de là où tu vis maintenant. Peut-être pour ta Blanche. Peut-être pour toi-même. Mais c’est clair que ce n’est pas pour nous. On parle beaucoup de toi ici, partout. Une télévision est venue me voir et m’a demandé si j’étais ta mère. J’ai dit que j’étais ta mère, même si je n’avais pas compris ce que tu avais écrit. Mais je suis ta mère. Tu peux écrire pour d’autres, mais tu comprendras toujours ce que je te dirai dans notre langue.

Il repensait à ces paroles qui, à l’époque, ne l’avaient pas peiné. Il se rappelait même très exactement, à rebours de tout chagrin, la joie profonde qui l’avait traversé lorsque sa mère lui avait dit qu’il n’écrivait pas pour eux. Ces mots avaient eu pour lui la saveur d’une revanche, d’une victoire sur ce pays, sur les siens, sur sa culture, sur son peuple, sur tout ce qu’il avait patiemment détesté puis haï pendant plus de cinquante ans, tout ce qui l’avait entravé et empêché d’écrire plus tôt. La vie quotidienne dans ce pays lui avait très tôt fait comprendre qu’aucune œuvre de qualité n’était possible pour lui ici. Sa famille, populeuse, paresseuse, avide, tout entière adossée à son salaire pour survivre ; ses amis, fiers béotiens, méprisants envers toute activité de l’esprit, tournés vers la jouissance la plus vulgaire et le souci le plus immédiat ; ses collègues, lits secs où le fleuve de la pensée littéraire ne coulait plus depuis des lustres ; la scène intellectuelle de son pays, imbue d’elle-même, apathique, préoccupée par les petits privilèges de son autorité, poissée par le scandale qu’était devenue la politique ; ses étudiants qui, pour la plupart, ne se souciaient des études que dans une logique de pur utilitarisme social ; tout, tout en somme, dans son pays l’avait enfermé dans une réclusion amère où son œuvre n’avait aucune chance de s’épanouir ni même de naître.

Par la solitude qu’elles exigeaient, la lecture et l’écriture apparaissaient à ses compatriotes comme des contresens voire des blasphèmes sociaux ; elles constituaient un désaveu du groupe, une insulte à loi de l’ensemble, un esseulement coupable, une mutinerie contre l’ordre d’un monde. Il trouvait à la configuration sociale où il était piégé une telle médiocrité, qu’il eût sans doute fini, pour s’en sauver, par se tuer, s’il n’avait pas eu quelques lucarnes par lesquelles filtraient la lumière de la stimulation de l’esprit : Sandrine, ses jeux avec Ousseïna, sa bibliothèque (qu’il arrivait parfois à rejoindre malgré l’incessante et épuisante sollicitation du dehors), sans oublier deux ou trois étudiants chez qui il avait senti une réelle volonté de connaissance -Ataher était le plus remarquable d’entre eux. Cependant il avait accumulé contre son pays une telle rage qu’il avait écrit son premier livre contre lui, pour l’humilier, non pas en l’attaquant frontalement, mais en faisant du texte un dédale où périraient la plupart de ses compatriotes qui réussiraient à y entrer. Pour le dire simplement, il avait écrit pour n’être pas compris des siens, pour les trahir, pour se venger de l’amertume frustrée qu’ils lui avaient infligée toutes ces années. Entendre sa mère, ce jour-là, lui dire : tu n’écris pas pour nous, l’avait rendu heureux, d’une joie vengeresse et puissante. Sa mère, à ce moment-là, avait incarné tout ce qu’il n’aimait pas de son pays ; elle avait cristallisé l’objet de son ressentiment.  

Mais c’était il y a vingt-cinq ans, alors qu’il venait de publier son premier livre, que deux prix avaient aussitôt salué en France. Sa mère ne lui avait plus parlé d’aucun de ses livres suivants. Tu n’écris pas pour nous. Aujourd’hui, alors qu’il repensait aux mots de la mère, la joie qui fut la sienne un quart de siècle plus tôt avait laissé la place à une grande tristesse. Non que sa détestation de l’ordre social de son pays ait disparu ; non que l’âge ait adouci ses jugements ; mais simplement, cette nuit, il comprenait soudain qu’il avait toujours mal compris les paroles de sa mère. Aveuglé par sa colère ou par sa joie, il n’avait fait qu’interpréter littéralement la phrase : tu n’écris pas pour nous. Or ce soir, il se rendait compte qu’il ne s’agissait pas de cela : quand elle disait : tu n’écris pas pour nous, sa mère disait en réalité : « tu n’écris pas pour moi, moi, ta mère ». C’était désormais clair pour lui, et la dernière phrase de sa mère le lui confirmait : Tu peux écrire pour d’autres, mais tu comprendras toujours ce que je te dirai dans notre langue, car je suis ta mère. Cela signifiait : tu peux détourner la tête et parler à d’autres personnes, mais nous ne cesserons jamais de nous parler, car je te parlerai même si tu ne veux pas me parler, et tu me comprendras même sans le souhaiter. » Il lui avait fallu vingt-cinq ans pour comprendre ça. Aujourd’hui sa mère était morte et il n’avait rien écrit pour elle.

C’était peut-être pour ça qu’il était venu : pour enfin écrire pour elle. C’était trop tard, certes, mais il faut toujours qu’il soit trop tard pour ce genre de choses.

Il se demanda s’il rêverait encore d’elle, comme il l’avait fait dans l’avion. Mais pour l’heure il n’avait aucune envie de dormir. Il attendait qu’Ousseïna vînt le chercher ; et l’excitation de leurs imminentes retrouvailles, mêlée à l’idée qu’Anjita les accompagnerait, lui rendait tout sommeil impossible.      

 

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Un appel

15 Octobre 2019 , Rédigé par Mbougar

"J’ai appelé mes parents ce soir.

-Tu as des problèmes ? a dit ma mère.

-Non, tout va bien.

-Vraiment ?

-Vraiment.

-Tu nous appelles comme ça ?

-Oui. Pour prendre des nouvelles.

-Anh, Latyr, c’est ça qui m’inquiète. Tu es sûr que tu vas bien ?

Lorsque nous nous passons un appel vidéo, mes parents, côte-à-côte, tiennent l’appareil en sorte que je voie sur l’écran une partie du visage de chacun. La moitié du visage de papa, la moitié du visage de maman. Je regarde ainsi le visage parental réunifié. Les signes de son vieillissement m’ont serré le cœur et donné l’envie de couper l’image pour ne plus entendre que leurs voix. Mais cela n’aurait rien changé : leurs voix aussi avaient vieilli, des lézardes profondes sur les murs du temps. Je me suis promis, comme à chaque fois, de les appeler plus souvent. Je savais pourtant que je ne le ferai pas. Je continuerai de les appeler rarement. Ma mère souligne toujours, en plaisantant, mon faible sens de la famille, mon autonomie, ma distance. Mais ce sont d’amères plaisanteries ; en elles, je sens une certaine incompréhension et, peut-être, une silencieuse accusation. Mon père ne dit jamais rien à ce propos et cela veut tout dire. Tous deux ne s’expliquent pas mes longues périodes de silence. La chose me paraît pourtant limpide : je remplis l’office dont beaucoup d’enfants doivent s’acquitter vis-à-vis de leurs parents à un moment de leur vie : l’office de l’ingratitude. Il y a, oui, une part d’ingratitude dans mon comportement. L’autre part était faite de naïveté : celle qui me faisait croire que je disposais de mes parents à volonté. Si je repoussais à chaque fois le moment de leur passer un coup de fil, c’était peut-être parce que j’avais une confiance aveugle dans le fait que je les retrouverai bientôt, et qu’il n’était donc pas nécessaire de les appeler tous les jours, puisque celui où je rentrerai définitivement à leur côté viendrait rapidement. Mirage que ce jour dans le désert de l’exil. Ainsi chaque appel reporté, sous l’illusion de retrouvailles prochaines qui justifiait son annulation, marquait en réalité un éloignement plus grand. J’ai atteint le stade terminal de l’immigration : je ne crois plus simplement à la possibilité du retour : je me suis convaincu de son imminence et persuadé qu’il me ferait rattraper le temps passé loin des miens. Ces tragiques illusions me font vivre autant qu’elles me tuent : je veux non seulement croire que je rentrerai bientôt chez moi, mais que tout y sera inchangé, ou que je pourrai rattraper. Le retour qu’on rêve est un roman parfait -un mauvais roman donc.

Quelque chose s’est perdu. Le monde que j’ai quitté a disparu dès que je lui ai tourné le dos. J’ai cru, l’habitant et y ayant enterré, comme un trésor, mon enfance, qu’il était devenu indestructible par la seule grâce de ce don. J’ai cru à son éternité, à sa loyauté à mon existence passée. Rien n’était plus chimérique : le monde jadis aimé n’a pas signé de pacte de fidélité. Aussitôt m’en étais-je absenté qu’il s’éloignait déjà dans le tunnel du temps. Je regarde sa ruine, le signe brûlant de son absence. Ce qui m’attriste dans ces moments-là n’est pas le fait que ce monde ait été détruit : c’était un monde vivant et tout ce qui vit est périssable ; ce qui me chagrine, c’est qu’il ait été détruit si facilement quand je pensais lui avoir donné les ressources de tenir.

L’exilé est obsédé par la distance, la séparation géographique, l’éloignement dans l’espace. C’est pourtant le temps qui fonde l’essentiel de sa solitude. En elle-même la distance n’est rien ; on ne finit par sentir le feu de sa blessure qu’à cause du temps qui passe ; et alors on accuse les kilomètres quand ce sont les jours qui nous tuent. C’est dans le temps qu’on s’éloigne vraiment des êtres aimés et quittés, dans le temps, toujours en lui, et non dans l’espace. Dans l’espace, ce monde est trop petit pour qu’un exil y soit possible. J’aurais pu supporter d’être à des milliards de bornes du visage parental si j’avais eu la certitude que le temps glisserait sur lui sans rien lui infliger de ses dommages. Mais cela est impossible ; il faut que les rides se creusent, que les joues tombent, que la vue baisse, que la mémoire flanche, que la faiblesse frappe le corps, que des maladies menacent.

Quelque chose est mort. Je regardais le visage parental, mais il m’était impossible de le voir en son état. Un grand trou s’étendait entre nos vies, qu’aucun récit ne comblerait. Le récit écrit : anagramme absolue de vocables jumeaux dans leur acte de création, de nomination, d’épuisement du monde sur une page. Mais le trou n’a que faire de cette interversion alphabétique possible au cœur la puissance de la parole. Le trou se creuse, indifférent à ces sortilèges du langage.

A certains qui sont partis, il faut souhaiter qu’ils ne rentrent jamais, bien que ce soit leur plus profond désir : ils en mourraient de chagrin. Mes parents me manquaient mais je craignais de les appeler ; le temps passait ; et comme j’étais triste de ne pas les entendre me raconter ce qui arrivait dans leur vie, l’idée qu’ils me le disent m’effrayait également, car je savais au fond ce qui arrivait vraiment dans leur vie. C’était ce qui arrivait dans toute vie : ils se rapprochaient de la mort. Je ne les appelais pas et j’en souffrais ; je les appelais et j’en souffrais aussi, peut-être même davantage.

Mes parents voulaient me parler de mille choses, de tout et de rien, des mariages, des décès, de l’hivernage tardif, des petits soucis et bonheur du quotidien, de mes jeunes frères qui pensaient par trop à jouer au lieu de travailler en classe. Mais je n’avais pas le cœur à écouter tout cela. Sur la seule question qui vaille, ils gardaient le silence, faisaient semblant et je faisais aussi semblant. Jeu de dupes. Je leur en voulais de s’approcher de la mort. Un peu sèchement, j’ai écourté l’appel."

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