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Lacrimosa dies illa...

24 Juin 2014 , Rédigé par Mbougar

Hier, Charles Camara est mort. Ou peut-être avant. Je ne sais pas. Je l’ai appris en lisant le propos aussi bref qu’ému d’un ami qui l’aimait: « Charles Camara… #RIP. » Et puis c’était tout. Et puis j’ai compris. C’était peut-être hier.

La douleur, hier encore, était cette brutale commotion, massive et insensée, et qui empêchait de penser, de se rendre compte, de se rendre à l’évidence. Aujourd’hui, elle s’est dépouillée de cette dimension absurde ; elle est devenue quelque chose d’autre, de plus dur encore : cet air lent, funèbre, sombre, qui est le terrible et implacable cortège de la fatalité. Elle est devenue le reflux des souvenirs heureux, l’amer langage de ce qu’on aurait aimé lui dire une dernière fois, la conscience de la perte, le vertige de l’impuissance. La douleur aujourd’hui est devenue lisible, pensable, regardable avec lucidité.

Charles Camara est mort. Comment ne pas penser, d’abord, à sa famille, à sa femme, à ses enfants, à ses amis ? Je joins ma voix à celle de tous ceux –élèves, professeurs, connaissances- qui l’ont connu et aimé, pour adresser mes condoléances à ses proches. Sans prétendre comprendre, ressentir, exprimer leur douleur, j’aimerais néanmoins leur dire que j’en porte une part, dérisoire par rapport à la leur, et qui pourtant m’écrase.

J’ai naïvement cru que Charles Camara était immortel. Tant de générations d’enfants de troupe l’ont connu, tant d’esprits ont été forgés dans les éclats du sien, tant d’années qu’une part du Prytanée Militaire semblait prendre chair en lui, que j’avais naturellement pensé qu’il serait là aussi longtemps que cette institution existerait. Je le revois encore, alors que j’étais, en classe de Première, Rédacteur en Chef de la V.E.T, le journal de l’école, qui me disait, de sa voix claire, enthousiasmée et légèrement tremblante : « C’est un très beau travail, Mbougar, je n’ai rien à y redire, sinon que l’hommage à Césaire aurait peut-être dû être un peu plus long… Non ? ». Oui, Monsieur : il aurait dû être plus long, et vous auriez dû insister pour qu’on le réécrive. Mais vous étiez ainsi, tout entier contenu dans ce « non ? » : toujours trop intelligent pour ne pas songer à la sensibilité de l’autre, toujours trop détaché pour froisser, toujours trop modeste, hélas. Il est vrai, Charles Camara était une figure et une voix connues de tout le Prytanée et de tout Saint-Louis : son attachement à la culture, son amour de la Littérature, l’énergie que, malgré, l’âge, il déployait pour l’esprit, avaient achevé d’en faire une personnalité publique. Il y avait chez lui une forme de géniale et folle dispersion, une espèce d’ubiquité qui le singularisait. Un besoin d’être partout. De n’être saisissable nulle part, donc. C’était l’homme du déplacement. C’est ce qui me fait penser qu’au fond, et c’est l’image que je garde de lui, Charles Camara, malgré cette visibilité et cet engagement auxquels il avait habitué, était comme tous les hommes de culture : un homme de retraite, fuyant, non par lâcheté ou peur, mais bien par cette discrétion qui est chez certains l’ultime sceau de l’élégance.

Chaque enfant de troupe, depuis vingt promotions au moins, a ses souvenirs personnels de/avec Charles Camara ; cela suffit à dire l’immensité de la perte que cette institution a subie. Je garderai les miens, je les égrènerai dans ma mémoire comme les perles d’un chapelet d’hommages. Je revivrai Charles Camara. Mais je ne puis m’empêcher, avant de me taire, de rendre ce que je lui dois à mon premier professeur de Latin, qui formulait, avec une coquetterie et un enthousiasme délicieux, dans ce qui était alors la 6e A, en octobre 2002, ces mots à jamais gravés dans ma mémoire : Ancilla, Aminatae et amicae, aquam dat. Phrase banale, mais qui me fit aimer le Latin. Aujourd’hui, en ce jour plein de larmes, Mr Charles, Magister, où que vous soyez, entendez cette formule de la liturgie de la Messe chrétienne, que vous m’apprîtes aussi, et qui hélas sied ici : Dominus Vobiscum. Amen.

Merci, et reposez en paix.

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Brève spéciale #4: Benzema

22 Juin 2014 , Rédigé par Mbougar

Benzema ne parle pas beaucoup, et c’est tant mieux : chacune de ses phrases, en interview ou en conférence de presse, fait fraterniser la platitude avec la banalité. Mais il arrive qu’il ait, dans –et par- la simplicité même de ses propos, d’émouvants éclairs de génie. Il y a quelques jours, avant le Mondial, alors qu’on lui demandait s’il ne devait pas davantage marquer pour être vraiment à la place où on l’attend, que la question de son association avec Giroud se résumait toujours à un duel de buteurs, qu’on lui faisait remarquer qu’il ne marquait pas autant que d’autres grandes stars, qu’on lui rappelait ses 1000 et quelques minutes sans buts, Benzema, mi-agacé mi-serein, livrait cette réponse, désarmante d’innocence et de spontanéité : « Moi, je joue au foot ». Génie, mais surtout, vérité d’un laconisme qui dit en réalité deux choses :

Le football est un jeu. Ce jeu n’est pas qu’une obsession du but.

Benzema, c’est d’abord ça : un certain rapport à la notion de jeu. Avant la facilité technique, la finesse du toucher, l’adresse devant le but, le sens et la vitesse d’exécution du dribble, la précision de la frappe (des deux pieds), il y a d’abord cette volonté chez lui de jouer, c’est-à-dire de faire vivre le ballon par le mouvement. Jouer, chez Benzema, ce n’est pas sacrifier l’efficacité à l’inutile fantaisie, ni privilégier le spectacle face au pragmatisme. De ce point de vue, d’ailleurs, Benzema, entre Lyon et Madrid, a acquis une sobriété qui a davantage souligné son élégance racée et son allure. Le jeune lyonnais qui enflammait Gerland par son audace, allant seul à l’abordage d’une défense entière, qui était supérieurement doué dans le dribble, qui multipliait les passements de jambes et les crochets, est aujourd’hui, au Bernabeù, reconnu pour le dépouillement et la justesse de son jeu, sa maîtrise des fondamentaux (le contrôle, la passe, le déplacement, recevoir, donner, bouger), sa sérénité. Ce qu’il a perdu en capacité de percussion (avec tous les déchets que la provocation permanente recèle), Benzema l’a gagné en capacité d’organisation ; il brille désormais moins par sa supériorité technique individuelle que par son aptitude à faire de cette supériorité le moteur d’un collectif : le soliste est devenu un maestro. Cela a pris du temps et a été parfois très difficile. Avoir du talent n’est pas l’affaire ; le plus difficile est de trouver une expression, une mesure et une régularité à ce talent, d’en faire une constante et non une intermittence, un éclat perpétuel et non de perpétuelles éclipses. Benzema a réussi à trouver le langage de son talent : l’altruisme. Autrement dit, ne trouver un sens à son propre jeu qu’en créant celui des autres.

Parlant des attaquants de pointe, l’expression animer un attaque –littéralement, donner une anima, une âme, une vie à une attaque- ne devrait être employée que pour lui. Du moins, elle lui sied le mieux. Au-delà du fait qu’il ne scorait pas, on lui a beaucoup reproché en France -où il a été critiqué et enfoncé avec une rare violence par ceux, journaleux et amateurs, qui aujourd’hui l’adulent sans honte- de dézoner. Ceux qui le faisaient ne comprenaient alors pas que c’était là la meilleure des choses à faire pour Benzema : retrouver la sensation du ballon, redoubler les passes, susciter le mouvement, construire, garder la possession, en somme, jouer au lieu d’être hanté par le but. L’on ne souligne jamais le fait que pendant cette période de mutisme devant le but, Benzema a parallèlement participé à l’élaboration de la quasi-totalité des buts de la France, soit directement, par les passes décisives, soit indirectement, par son importance à la construction. Le cancer du foot aujourd’hui, avec les footix, c’est la tyrannie des statistiques, des chiffres, des baromètres ; tyrannie souvent exercée et subie (il faut le faire) par les footix, du reste. Répétons-le : le football est un jeu.

Benzema est une garantie technique, l’assurance du jeu devant n’importe quelle défense. Haute, Benzema la déstabilise par son mouvement, sa vision du jeu et sa spontanéité (Voyez sa passe sur le But de Di Marià contre le Barça lors de la finale de la Copa, celle à Bale sur le premier but de Ronaldo contre le Bayern, ou celle pour Ronaldo contre la Juventus) ; basse, sa technique lui permet, en une touche, de jouer dans les petits espaces, ou de faire encore valoir sa qualité de passe (contre l’Ukraine à l’Euro 2012 pour Cabaye, contre Bilbao en début de saison pour Isco, contre Schalke pour Bale). Mais tout cela, toutes ces actions décisives ne sont rien devant son apport à la construction même du jeu. Excellent comme point d’appui, létal dans la profondeur, absolument exquis dans la remise, sa panoplie technique, en tant qu’avant centre, me semble aujourd’hui complète. Dans le jeu de tête même, il arrive désormais à s’imposer. Regardez-le qui prend le dessus sur le rugueux Mascherano…

Cette race d’attaquants, capables, par leur aisance, autant de partir de loin que de garder le ballon pour faire remonter l’équipe, en mesure de dribbler tant que de créer du mouvement par leurs remises et leurs passes, d’allier la pureté du geste à son efficacité, le tout avec cette sorte de fausse désinvolture qui les consacre à la seigneurie de esthètes, compte de moins en moins de membres. Cinq, peut-être, à mes yeux. Van Persie (pur). Berbatov (vieillissant, mais pur). Cardozo (pureté gâchée par l’obsession du but, parfois). Lewandowski (avec un peu plus de relâchement, de souplesse dans le toucher, et moins de physique). Et Benzema. Pur, évidemment.

Je ne parlerai pas de ses deux derniers matchs, pour ne pas lui porter la poisse, et puis, d'ailleurs, ses prestations sont assez éloquentes pour que je n'y ajoute rien. Mais je ne peux m’empêcher de dire que contre la Suisse, sur son but, entre la passe de Pogba et sa conclusion, le plus difficile geste n’est pas celui que l’on croit. Et que rien pour sa beauté, la FIFA devrait lui accorder le but refusé. Je m’arrête là.

Fais-les jouir, Karim.

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Brèves de Mondial #3

17 Juin 2014 , Rédigé par Mbougar

Il ne faut pas être éjaculateur précoce. Je vais donc réprimer mon envie d’orgasmes multiples –et réprimer autoritairement la vôtre- en ne commettant pas tout de suite un dithyrambe de Benzema. Je vais attendre quelques jours encore, le temps que la France monte en puissance dans ce tournoi, et que Karim fasse couler sur votre front humble le pur miel de son talent, de sa technique (c’est pour moi le joueur le plus doué techniquement du Real, c’est dit), de son élégance, de son intelligence. Rendez-vous début juillet. D’ici là, revoyez tous les Clasico de cette saison et les deux matchs contre le Bayern. Focalisez-vous sur Benzema. Et pleurez : le paradis, ça ne peut pas être autre chose. Impossible.

*

Il faudra un jour que l’on m’explique pour quelle raison la plupart des sénégalais ont une haine viscérale de l’équipe de foot française. Je ne peux pas simplement croire que c’est parce que « les journalistes français parlent trop ». Cet argument tourne vite court, je pense, pour la simple raison qu’ailleurs, je veux dire, dans les autres bonnes nations de foot, c’est pareil. Je me souviens de tout le tohu-bohu qu’il y avait eu lorsque le Sénégal était en phase finale de coupe du monde : les mobilisations, les visites au Palais, les nombreuses chansons faites en leur honneur, les foultitudes de plateaux d’analyse, les kyrielles de reportages, les myriades d’interviews… Et j’en passe. Les journalistes français en font trop, certes. Encensent vite. Critiquent vite. Enterrent vite. S’emballent vite. Mais je ne suis pas certain que ce soit simplement ça qui justifie cette aversion de l’équipe de France.

Dois-je me lancer dans une psychanalyse des anciens colonisés ?

*

J’ai connu deux grands joueurs qui évoluaient chaussettes baissées, mollets découverts, (protège-)tibias en l’air : Francesco Totti et Manuel Cesar Rui Costa. Caractéristiques assez similaires : technique supérieure, vision du jeu exceptionnelle, frappe lourde, meneurs de jeu (Rui Costa était un pur 10, tandis que Totti sait se muer en 9 et demi), passeurs hors pairs. Il semblerait désormais qu’il existe un troisième joueur en phase de devenir grand, les chaussettes baissées. Il faudra un jour que le football se penche sur Tomas Müller. Ce type a des caractéristiques étranges : il n’est à proprement parler ni meneur de jeu ni joueur de côté ni même attaquant, ne semble pas être doté de cette pureté du geste qui est le propre des grands esthètes, me paraît avoir une technique bonne sans plus, n’est pas très rapide, n’est pas costaud, n’est pas beau, n’a pas les cheveux gominés ou la coupe à la mode. C’est par excellence l’anti joueur moderne. Mais qu’est-ce qui fait, alors, qu’il terrorise ? Qu’il effraie toute défense par sa capacité à scorer à tout moment ? Quelle est la raison de sa présence ? Essai de réponse : Müller est présent sans l’être ; sa grande force est d’être une menace permanente tout en étant effacé –je ne dis pas : fantomatique, mais effacé. Cet effacement me semble évidemment travaillé chez lui : ce n’est pas de l’instinct. Müller ne me semble pas être de la race des renards de surface que furent Trézéguet, Inzaghi, et qu’incarne aujourd’hui, par exemple, Huntelaar, buteurs intuitifs, supérieurement doués dans la surface, dont le grand don est celui du placement et de l’opportunisme. Müller à l’inverse n’est pas un renard ; je dirai même que tout son talent et toute son efficacité s’expriment hors de la surface. J’ai dit tout à l’heure qu’il n’était à proprement parler ni meneur de jeu, ni joueur de côté, ni même attaquant : c’est qu’il est tout cela à la fois. Qu’est-ce que cela veut dire ? Que sa grande force, tout son génie, tient dans une seule chose : l’intelligence du déplacement. Il n’est pas gourmand avec le ballon, est sobre lorsqu’il l’a, joue toujours au plus simple et au plus direct. Mais c’est lorsqu’il ne l’a pas encore, lorsqu’il l’appelle donc, qu’il est le plus dangereux, car il l’appelle toujours de manières à être près du but dans les bonnes conditions pour marquer. C’est peut-être le joueur chez lequel le dernier geste est le plus facile. Que l’on revoie ses deux derniers buts hier. A chaque fois, il a le même petit mouvement (le contre-appel) qui le fait changer de direction et échapper au marquage. Ajoutez à cette intelligence du mouvement un caractère de merde –l’esprit de Ballack, ancien porteur du 13, l’habite-, une rage incommensurable de marquer, un sens fort du collectif, et vous obtenez un joueur redoutable. L’Allemagne cherchait son attaquant, hormis Klose. Elle a trouvé davantage qu’un simple attaquant : Müller. Et lorsque l’on songe que derrière, les passeurs se nomment Kroos, Özil, Schwien… Schcweni… Schweis… enfin merde, vous voyez de qui je parle, il y a raison de penser que Müller plantera quelques autres buts. Et voilà soudain qu’en terminant ce paragraphe, je songe à Raul…

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Que la plupart des sélections africaines soient limitées techniquement et en retard tactiquement, on le savait. De ce point de vue, les matchs du Cameroun, du Nigeria voire du Ghana ne m’ont rien appris. La Côte d’Ivoire elle-même m’a semblé montrer certaines limites indignes des joueurs qui composent ses rangs. Enfin, passons.

Pas de surprise sur la technique et la tactique, donc. Mais il y a un domaine où les équipes africaines elles-mêmes commencent à déchoir : le domaine physique, qui était pourtant, prétendument, leur chasse gardée, ce qui faisait leur force. J’ai vue la première mi-temps du Nigeria hier, le match du Ghana et le match du Cameroun. Toutes ces équipes ont pêché par carences techniques et tactiques, mais le plus inquiétant est qu’elles ne parviennent plus à faire la différence physiquement, si tant est qu’elles l’eussent jamais faite.

La vérité de cette affaire est simple : il y a tout un modèle à changer, toute une formation à fonder non plus sur des aptitudes physiques, mais bien sur les seules choses qui font le succès des grandes équipes aujourd’hui : la mobilité, le jeu au sol, la vitesse, la possession ou le jeu en contre. Mais quel est le style, l’identité de jeu des équipes africaines ?

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Lamine Diatta et Pape Malick Diop formaient une meilleure paire défensive que l’actuelle charnière ghanéenne Mensah / Boye.

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Brèves de Mondial #2

14 Juin 2014 , Rédigé par Mbougar

Puisqu’il faut parler du jeu de tête après le magnifique but de Van Persie…

Je fais partie, sur un terrain de football, de ces types plutôt élancés, mais qui n’aiment pas tellement le jeu de tête. Non pas que le mien soit pauvre, je le crois même plutôt correct dans l’ensemble ; mais, simplement, je suis plus à l’aise lorsque le ballon est au sol. J’ai cependant une réelle admiration pour les excellents joueurs de tête, qui parviennent à allier détente, timing, sens du déplacement, technique du jeu de corps, puissance et précision de la frappe. J’ai longtemps joué, au milieu de terrain, aux côtés de Bamba Nokho, excellent joueur, dur sur l’homme, puissant, technique, et qui adulait John Obi-Mikel. Il nous est aussi arrivé, quelques fois, de jouer l’un contre l’autre –que ces duels étaient éprouvants-, mais que l’on fût partenaires ou coéquipiers, il était maître des airs. C’est en le voyant y régner que j’ai compris ce qui, peut-être, était le secret des joueurs de tête de qualité. Il y en a deux, en réalité. Premièrement, ils attaquent toujours le ballon, de manière à le dominer; deuxièmement, ils le regardent jusqu’au bout. Cela semble banal, dit ainsi. Mais je vois tellement de joueurs subir l’impact au lieu de le maîtriser, et plus encore qui ferment les yeux avant celui-ci, que je me dis qu’il s’agit là de ce qu’il y a de plus difficile lorsqu’il s’agit de prendre le ballon du chef. Bamba Nokho sautait, ouvrait grand les yeux, rentrait dans le ballon, les yeux toujours ouverts.

J’ai pensé à lui aujourd’hui, non à cause du but de RVP, mais parce que le Mexique jouait. J’ai pensé à lui car, par sa qualité de jeu dans les airs, il me rappelait un grand attaquant mexicain, Jared Borgetti. Qui ça ? L’auteur d’un des plus beaux buts de l’indigent Mondial 2002. Contre L’Italie, après une séquence collective impressionnante, Borgetti plaçait une tête, dans une position et d’un angle impossibles : complètement désaxé, à l’entrée des 5, 50 m, coin droit, sans coéquipiers autour. La plupart des attaquants auraient contrôlé. Lui, a choisi, avec une spontanéité et une rapidité que dont les vrais buteurs seuls savent faire montre, de mettre un coup de tête. Sans vraie puissance. Mais avec ce qu’il fallait d’effet pour clouer Buffon sur place, surpris, comme tout le monde, par la géniale intuition. Une tête en pivot, en bout de course. Le tout en ayant le grand Maldini aux basques. Allez voir si vous ne connaissez pas l’action. C’est par ici.

Je tiens Jared Borgetti, avec Bierrhof, Hakan Shukur, Ivan Zamorano, Mario Jardel, Crespo, Trézéguet et, bien évidemment, Nokho, pour les meilleurs joueurs de tête que j’aie jamais vus. Jan Koller, ça ne compte pas, et Charisteas, je ne lui pardonnerai jamais son but en 2004 contre la France.

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Au milieu des flagrantes limites techniques, tactiques voire physiques du Cameroun, j’ai été surpris de voir Stéphane Mbia surnager. Le seul qui a essayé de bouger les lignes mexicaines, de surprendre, de prendre des risques. Dans la continuité de sa saison à Séville. Tout le reste a été presque désastreux chez les Lions indomptables. De quoi (les) déprimer.

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Rappelons qu’à l’Euro 2008, les Pays-Bas, dans un style aussi flamboyant qu’aujourd’hui, avaient corrigé la France, vice-championne du monde, 4-1, et humilié l’Italie, championne du monde, 3-0, coup sur coup. L’impression qu’ils dégageaient était forte. Robben, Sneijder, Van Persie, Kuyt, Van der Vaart, Van Nistelrooy. Ils furent éliminés par la Russie en quarts. Comparaison n’est pas raison, certes. Et il est vrai que la prestation des Oranje a été très convaincante tout à l’heure. Mais que tous les prophètes se calment. Rien n’est encore joué.

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J’ai envie de défendre David Silva. Il est vrai qu’il avait l’occasion de mettre la balle du 2-0, qui aurait peut-être complètement changé le sort du match. Cela n’a pas été le cas, et l’Espagne a été punie. On reproche à Silva moins d’avoir manqué l’occasion que de l’avoir manquée d’une certaine manière : en tentant cette pichenette. Je trouve pour ma part qu’il a eu raison de tenter cette pichenette. L’eût-il mise qu’on eût crié au génie. Je ne pense pas que Silva ait tenté ce geste par présomption ou goût de la pose et de la fantaisie tape-à-l’œil, ça ne me semble pas être le genre du joueur. Il a joué au football, tout simplement. Pris un risque. Osé le jeu. Parié sur le plaisir. Tout ça l’espace de quelques secondes. Cela n’a pas marché cette fois-ci, ça arrive. Et c’est dommage. La Panenka de Zidane, c’est en partie ça, et dans des circonstances autrement plus tendues.

J’espère que si cette action était à refaire, Silva retenterait une pichenette, en s’assurant qu’elle aille au fond, cette fois-ci.

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Jean Beauséjour... On dirait presque le nom d'un personnage de Maupassant.

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Brèves du Mondial #1

13 Juin 2014 , Rédigé par Mbougar

Matteo Kovacic a été discret. Il eût fallu qu’il soit plus libéré pour que le triangle qu’il forme avec Modric et Rakitic exprimât tout son talent. Ces derniers ont tenu leur rang : disponibles, ils ont inlassablement organisé et dicté le jeu lorsque la Croatie avait le ballon. J’ai senti leur volonté de se trouver, de redoubler les passes : de bon augure pour la suite. Rakitic a été l’élément décisif sur le but croate : fixer Paulinho, attendre que l’espace se crée à gauche et qu’Olic l’occupe alors qu’Alves était monté, puis effectuer le décalage au bon moment –c’est-à-dire au moment le plus risqué : une demi-seconde de plus et sa passe était interceptée-, tout cela avec calme et maîtrise, est admirable. Le retard de Thiago Silva et celui de Luiz Gustavo ont été provoqués dès le départ par sa justesse technique. Ce type a du talent. A côté, Modric a été égal à lui-même, je ne rajouterai rien à ce que j’ai écrit à son propos il y a quelques jours. J’ai été surpris, néanmoins, que Kovacic ait joué plus haut que ces deux compères du milieu. Je pense qu’avec ces profils de milieux, polyvalents et techniques, le mieux aurait peut-être été de leur accorder une totale liberté de permuter, d’ajuster à leur guise leurs déplacements et automatismes : ils ont l’intelligence tactique et la finesse technique pour eux. Kovacic, à l’Inter, part de plus loin ; il peut-être été un peu plus gêné de se trouver systématiquement dans des zones plus exposées.

Ceci dit, je n’ai pas été déçu, et maintiens que techniquement, ce milieu de terrain est l’un des plus fiers de ce tournoi. L’Espagne seule, me semble-t-il, et en attendant de voir les autres équipes, peut se targuer de faire mieux.

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Les faits de jeu sont ce qu’ils sont : une dimension à part entière de la tragique beauté du football. Une fois qu’on les a relevés, qu’on s’est accordé sur leur injustice et leur cruauté, que la passion, après avoir giclé, s’est rassise, il faut simplement les accepter, avec leur part obscure.

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Alors, oui, le penalty est sévère. Oui il y avait une charge illicite sur Rakitic, je crois, sur le troisième but brésilien, au moment où Ramires tacle pour récupérer le ballon. Et non : le but refusé aux croates n’était pas injuste : il me semble qu’il y avait bien une petite faute d’Olic sur Julio César.

Certaines décisions étaient injustes, mais enfin, rien n’est juste ici bas. Ou du moins, cela dépend toujours du bord où l’on se trouve. Faut-il rappeler Pascal ? « Plaisante justice, etc. »

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Mais d’un autre côté, je hais les supporters mous, droits, justes, qui reconnaissent que les certaines décisions ont injustement favorisé leur équipe. Tout supporter doit être de mauvaise foi. La passion au football est fade sans la mauvaise foi qui doit l’accompagner. Il faut pendre les supporters brésiliens qui disent qu’il n’y avait, en effet, pas penalty. « Bien sûr que si, il y en avait un ! Et même que le défenseur devait être exclu, c’était le dernier défenseur ! » doivent-ils dire, et en y croyant.

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Quel gardien croate de merde, quand même. Josip Broz, reviens, ils deviennent des mauviettes par ici!

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La victoire du Brésil, pour être honnête, n’est pas scandaleuse à mes yeux, finalement. Ils ont poussé lorsqu’il le fallait, ont provoqué les décisions en leur faveur et, surtout, ont converti les occasions qu’ils ont eue. En face, la Croatie pouvait revenir, mais a manqué ses chances. On ne le répétera jamais assez, c’est souvent là que se trouve la différence entre les équipes. Le Brésil n’a pas été meilleur, il a été plus cynique et tueur, tout simplement. Il m’a donné l’impression d’une équipe qui va progressivement gagner en puissance, type France 2006. Cependant, ma fibre romantique et assoiffée de drames me fait davantage supporter la Croatie après cette défaite. Leur confrontation face au Mexique sera décisive. Le Cameroun ? Ils ont décollé de Yaoundé, déjà ?

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