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Rapide bréviaire à l'usage de tous les cyniques et désireux de le devenir

20 Septembre 2013 , Rédigé par Mbougar

Lisez beaucoup. Le cynisme est un mensonge permanent : il s’agit d’avoir l’air inculte et détaché du monde pour mieux lui vomir dessus, de façon érudite, le moment venu. Mémorisez toutes les paroles de Jacques Colin, alias Vautrin, alias Carlos Herrera, dans la Comédie Humaine. De la même manière, retenez quelques passages des lettres de la Marquise de Merteuil des Liaisons dangereuses. Il est aussi conseillé de retenir tous les aphorismes de Lord Henry dans Le Portrait de Dorian Gray. Traitez d’imbéciles ceux qui ne reconnaîtront pas les références lorsque vous les mentionnerez, puis fuyez.

Soyez lâche. Le courage est la seule issue des imbéciles pour prétendre à la gloire.

Méprisez la gloire, mais couvrez-vous en à l’occasion. Deux ou trois petites hypocrisies ne font jamais de mal.

Dénoncez les hypocrites. Soyez le pire d’entre eux.

Il vaut mieux être intelligent lorsque vous prétendez au cynisme. « L’intelligence, c’est comme les parachutes : quand on n’en a pas, on s’écrase. » J’espère que vous savez qui a dit cela, sinon…

Pendez-vous si vous songez à aller taper sur Google la précédente citation. Soyez digne dans votre ignorance, nom de Dieu !

Ne craignez pas de vous masturber en public, comme Diogène. Dans le train, ou en avion, pissez autour de votre place pour marquer votre territoire. Veillez à avoir le pet superbe. Et public.

Evertuez-vous à être anticonformiste, tant que ça ne tombe pas dans l’imbécilité. Comment savoir que ça tombe dans l’imbécilité ? Lorsque tout le monde, ou de plus en plus de gens, s’en réclament. Fuyez toute forme de masse. En plus de mal penser, elles puent.

Toujours disposer de mépris en quantité suffisante. Les autres en ont souvent besoin. Gardez-en cependant toujours pour vous-même.

Rejetez avec férocité l’image du cynique écorché vif, dont le cynisme serait une posture, une carapace pour dissimuler de profondes blessures et un masque pour cacher une sensibilité aiguë. Le vrai cynique, c’est celui qui l’est par pure gratuité.

Laissez néanmoins les autres croire que vous êtes un lucide blessé. Ca a un certain charme, et les hommes n’aiment rien tant que le mystère.

Détestez la politique, c’est la seule chose au monde qui soit plus cynique que tous les cyniques réunis. Or, votre doit orgueil doit être si grand, que souffrir ne serait-ce que l’idée d’une existence d’un cynisme plus grand que le vôtre doit vous lanciner l’âme.

Aux élections, choisissez toujours votre candidat au hasard. Ou ne votez pas.

Ayez l’ironie altière, méchante, sarcastique, grinçante, acide. Il faut bien ça pour ronger la carapace des crétins que vous en aspergez.

Aimez. Fortement. Sincèrement. Aucune personne ne survivrait au cynisme sans amour.

La phrase précédente fait typiquement partie de celles dont il faudra vous moquer méchamment, si un autre la dit.

Ne croyez en rien, pas même en vous-même. Surtout pas en vous-même.

Apprenez à écrire à l’encre de votre haine du monde. Cela donne des pépites littéraires.

A ceux qui tenteront de vous faire remarquer que votre cynisme, dans sa visée, est contraire au cynisme grec, répondez que vous haïssez tous les autres cyniques, et êtes à la recherche de votre propre voie. Si ces personnes insistent, indiquez que vous vous masturbez quand même en public, comme Diogène.

Lisez aussi L.-F. Céline. Avec un regard inhumain et un rictus amer, citez : « Arthur l’amour c’est l’infini mis à la portée des caniches, et j’ai ma dignité moi ! » Faites-le seulement quand la personne que vous aimez est loin : elle le prendrait mal.

Evidemment, vous avez une foi indéfectible dans l’amour. Ou du moins, laissez les autres le croire. Et la vérité, dans tout ça ? Il n’y en a pas.

Exécrez avec une férocité immense trois choses :

  1. les poètes et slameurs indigents qui, après avoir fait rimer « maux » et « mots » ou joué sur leur homophonie, croient avoir fait quelque chose ;
  2. les beaufs qui ferment le dernier bouton de leur veste ou retroussent les manches de leur chemise en-dessous;
  3. tous les autres sauf vos proches.

N’ayez de règles que les exceptions. Refusez que ce soit « l’exception qui fasse la règle ». Vous ne faites aucune règle.

N’oubliez jamais que le cynisme ne peut être durable. Ce n’est pas humain. Evitez, par conséquent, de lire tout article qui prétendrait vous en donner les codes. Son auteur est un petit connard qui s’ennuie devant son clavier, et qui ment.

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Pour saluer Mesut Özil.

4 Septembre 2013 , Rédigé par Mbougar

Mon amour pour le Real Madrid s’est toujours cristallisé sur des joueurs qui en ont porté la tunique, et en ont incarné un certain esprit, fait l’élégance, de classe, de fausse désinvolture. Ce fut d’abord, à la fin des années 90, alors que je naissais au foot, Fernando Redondo. Puis, fatalement, Zidane, mon dieu, le football fait homme, le jeu porté au rang d’Art. Depuis sa retraite, tragique donc belle, un soir de juillet 2006, ma passion pour le ballon rond s’était ôtée de cette imbécile folie qui élève ce sport à la dimension des plus somptueux drames. Je me mis alors à suivre le foot d’un œil sans feu, à regarder les rencontres les plus intenses sans passion, à assister aux joutes européennes aux enjeux cruciaux sans cette effusion du cœur qui caractérise les vrais esthètes. Le football me devint fade, insipide, sans génie. Le règne de Barcelone, équipe formidable mais dont la froide beauté du jeu ne m’émouvait pas, n’arrangea rien. Je me consolai en plongeant dans mes souvenirs ; sur Youtube, les exploits de mon dieu remonté au ciel peuplèrent mes nuits.

Dans les colonnes de la presse, prompte à établir des comparaisons aussi rapides qu’illégitimes, les « successeurs » et les « héritiers » firent légion. Camel Meriem. Mourad Meghni. Samir Nasri. Marvin Martin. Yoann Gourcuff. Tous échouèrent, évidemment. Certains, écrasés par l’insoutenable pression d’un inopportun parallèle, d’autres gênés par les blessures répétées, d’autres encore n’ayant pas eu l’humilité, la motivation et la discipline requises pour prétendre, ne serait-ce qu’à être des ersatz au et du maître. Tous, enfin, échouèrent parce qu’ils n’avaient pas, fondamentalement, le génie de Zidane. Une ressemblance physique ou gestuelle, une semblable appartenance à une origine, un petit air au détour d’une action ne suffisent pas. L’éclat du talent pâlit toujours dans le miroir du génie.

Mesut Özil n’est certes pas Zidane. Mais de tous les meneurs de jeu qui émergèrent après sa retraite, il est certainement celui qui me le rappelle le plus. Et, pour une fois, cela n’a pas à voir avec une origine commune et va au-delà de la simple ressemblance gestuelle. Il faut d’ailleurs remarquer que le style d’Özil, à bien des égards, diffère de celui du maître. Özil est plus rapide, c’est un meneur de contres redoutable, son jeu sur le côté est quelconque, il tente rarement des passements de jambe, n’exécute jamais de roulette, a un pied droit inutile, est plus impliqué dans la finition et moins dans les tâches défensives. Evidemment les parallèles tactiques sont ici absurdes : il ne s’agit ni des mêmes schémas, ni des mêmes équipes, ni des mêmes oppositions. Mais techniquement et dans le style de jeu, les deux hommes diffèrent.

Mais Özil me rappelle Zidane dans l’émotion qu’il me procure. Dans ce côté artiste du jeu. Dans cette caresse du ballon, insolente de légèreté. Dans l’élégance des conduites de balle. Dans l’amour de la passe. Dans cette fausse désinvolture qui confine à la grâce. Je le répète, cela va au-delà de la ressemblance gestuelle : Gourcuff effectuait bien des passements de jambes et des roulettes, mais il y avait dans son jeu un surplus d’énergie, de volume, qui lui ôtait trop souvent cette grâce que je recherche, et qui, jointe à l’efficacité, produit de l’émotion pure. Il n’est pas seulement l’un des derniers 10 à l’ancienne, il est aussi l’un des deux ou trois seuls esthètes que ce sport offre encore. En ce temps où cette valeur semble éculée, où elle est moquée, associée à un manque d’ambition, à de l’esbroufe, il faut y croire, et ne jamais oublier que le foot, avant les titres, est un jeu.

C’est un talent brut. Un génie en devenir. Depuis 2010, plus que Benzema, plus que Xabi Alonso, plus même que le si talentueux Modric, c’est à lui que j’associais l’esprit du Real Madrid. Et le voilà qui part au moment précis où notre idole commune, Zidane, arrive sur le banc en tant qu’adjoint. Cruelle ironie.

Je me consolerai en songeant qu’il va à Arsenal. Son jeu correspond parfaitement à la philosophie de ce club. Wenger saura le polir. Il va redonner de l’allure à l’équipe, de l’allant à son attaque, de la confiance aux joueurs, de l’ambition et de la foi à tout un stade, de l’intérêt à la lutte pour le titre et la Ligue des Champions. Aux côtés de Wilshere, Cazorla, Rosicky, Ramsey et —rêvons— Diaby, il peut constituer l’un des milieux de terrains les plus fiers d’Europe.

Son arrivée là, dans une certaine mesure, est un bien. Mais pour quel mal…

Il ne me reste plus qu’à te souhaiter bon vent, cher hibou. Prouve à tous que tu n’as pas eu tort. Et, lorsque tu recroiseras Madrid, fais leur mal. Pas trop, quand même.

J'allais oublier: merci.

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