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Digressions sur le Bajo (II)

29 Juin 2013 , Rédigé par Mbougar

A vous, frère de plume, qui m’accordez une nouvelle fois le plaisir de votre conversation.

 

Mon cher Monsieur Gassama,

 

Pardonnez-moi, j’ai tardé à vous répondre. C’est que, comme vous me le conseilliez avec tant de sagesse, j’ai médité : longuement, profondément, gravement. Notre sujet le méritait sans doute ; et du reste, vous le savez, je suis un garçon fragile, sensible, primesautier et à la fois sujet à d’attendrissantes affectations de l’âme: la pensée de certaines choses m’emporte tant, et si durablement, que je ne les entreprends guère sans une certaine fièvre, et n’en ressors jamais que nerveusement épuisé. Ce cher Mr Faye refusant lâchement, qui plus est, de prendre part à la conversation, malgré toute la science qu’il a du sujet, je crains que nous ne puissions, cette fois encore, échapper à la lourdeur de la tâche.

Vous m’avez donc mis en face du Bajo. Dangereuse et à la fois salutaire épreuve que celle-là : dangereuse d’une part, en effet, car vous n’ignorez rien des difficultés pratiques qu’il y a à se pencher sur la chose (obscurité de certains phénomènes, absence de littérature, imprévisibilité de la météo du lieu, etc); et salutaire d’autre part, puisqu’en homme intrigué et fasciné par le corps féminin, il fallait bien un jour que je m’occupasse de ce qui en constitue l’un des plus mystérieux organes.

Nous voici donc devant le Bajo, Monsieur. Entrons. Discoopertus vagina.

Par l’art d’abord. Que ressentez-vous, Monsieur Gassama, à la vue de « L’origine du Monde » ? Qu’éprouvez-vous devant le plus célèbre vagin du monde, passé à l’immortalité sous le pinceau de ce grand coquin de Courbet ? Quels sentiments vous assaillent donc ? Je confesse en ce qui me concerne, pour y être allé récemment en compagnie d’une charmante créature qui, soit dit en passant, a manqué s’évanouir d’extase devant le spectacle, je confesse, disais-je donc, n’être pas en mesure d’échapper au tiraillement et à l’indécision que des vagues de sentiments aussi violents que contradictoires créent en moi à la vue de cette peinture. D’un côté, je ne puis, contemplant l’affaire, me défaire de ce saisissement, de ce ravissement devant ce chef-d’œuvre de réalisme. Entrevoyez cette exactitude, cette minutie, cette délicatesse du trait, ce souci du détail, cette vigueur dans la couleur de la chair, cette sobriété  du geste; voyez cette fente si parfaite, sinueuse, impudique, sertie de quelques poils mignons et roux ; admirez la façon dont l’orifice au repos, mais que l’on devine frétillant et prêt à bondir, domine le tableau, l’écrase, attire immanquablement l’œil, hypnotise ; émouvons-nous ensemble devant la puissante vérité de ce sexe fier et conquérant. Tant de réalisme relève du sublime. Mais ce sublime est paradoxalement ce qui m’effraie. Car d’un autre côté, hélas, passé le premier orgasme esthétique, je sursaute : et alors, je vois peu à peu ladite fente se transformer en une hideuse gueule qui claque des dents —il y a toujours des dents là-dedans, ne vous y trompez pas— et veut ma mort ; j’imagine cette chose qui s’ouvre, et la béance ainsi créée me donne le vertige ; j’aperçois derrière ces chairs roses la rougeur inquiétante des cavernes ; et, enfin, cet enchevêtrement de poils au-dessus de l’excavation se charge à mes yeux de mille dangers. Je finis toujours par pleurer devant ce tableau. J’eusse aimé que ce fût de joie. Hélas, ce n’est jamais que par peur. J’ai peur des vagins. Leur apparence me terrorise. C’est dit.

Continuons, Mr Gassama, notre découverte du Bajo. Par le langage, cette fois-ci. Je vous connais, Monsieur : vous avez passé votre enfance à écumer, avec tous les plaisirs d’un vagabondage espiègle, les rues de Ziguinchor, Coubanao, Saint-Louis… Mon optimisme devant ces petites joies d’une enfance si féconde en expériences me porte à croire que vous avez déjà entendu cette chanson paillarde wolof, que des nuées de bambins psalmodient gaîment, sous l’œil d’adultes mi-amusés mi-apeurés ; je vous la livre en sa version originale, qui en garde tout le suc : « Zeumbelé, xale yi zeumbelé, zeumbelé, xale yi zeumbelé ! Grand kooy, paa dambal, xale thiouthiou, mère Banana, jannk lëf, mère bajo, xale data, wi wi wi wi ! » Cela est difficile à traduire. Mais vous l’aurez compris, c’est la deuxième partie du chant, celle qui se rapporte au sexe fiable, qui nous importe ici. Il est intéressant en effet de remarquer que la langue wolof, selon l’âge de la femme, donne à son Bajo une appellation différente : lëf pour les jeunes femmes, bajo pour les femmes mûres, data pour les enfants jusqu’à la puberté. Ce phénomène dont le wolof seul a le secret —vous vous souvenez que j’avais relevé un semblable phénomène pour le mot « fesse »— au-delà de son intérêt linguistique, nous dit une chose cruciale : le vagin est comme nous tous, il grandit, mûrit, vieillit et meurt. A ce titre, il mérite de la considération. Il lui faut des droits. Il aspire légitimement à l’égalité. Cependant, suivant l’adage « c’est dans les vieilles marmites que l’on fait les meilleures sauces », est-ce dans les vieux bajos que l’on a les meilleures sensations ? Ca monsieur, nul ne le sait, c’est comme la mort : homme n’en est revenu. Plus ces choses se rident, plus elles sont farouches et létales. Je place tous mes espoirs en vous, pour qu’à 80 ans, vous tentiez l’expérience, y surviviez, et en rapportiez les enseignements nécessaires à la marche de la science. Je sais que vous banderez encore à cet âge là. Enfin, vous essaierez, du moins.         

J’ai jusque là évoqué la chose sous un angle assez théorique, Monsieur. Il est temps désormais, enfin, de l’aborder de manière plus pragmatique. L’entreprise, en ce qui me concerne, fut plus terrible que je l’imaginais. Oui Monsieur : j’ai lutté. Guerroyé. Attaqué. Et je vous l’avoue, je n’ai d’abord su par quel bout prendre le Bajo, —Seigneur, que de mouvements, contorsions, plis, replis, sentiers, boulevards, culs-de-sacs en ces lieux— qui me glissait entre les doigts. Les parois vaginales étaient trop lisses, et sans prises sûres. Le col de l’utérus ? Impossible à franchir, même dopé. Les grandes lèvres ? Ce portique manque de majesté, et accuse une coupable mollesse. Le clitoris ? Géant dedans, ridicule dehors, toujours trop court. Vous le comprenez : j’ai dans un premier temps —mettez ceci sur le compte de la fougue juvénile— tenté le passage en force. Mais cette chose ne se laisse pas pénétrer ainsi : ça a des principes, ça a des prétentions, ça refuse de s’ouvrir facilement. Voyez la belle affaire ! Il a donc fallu ruser. Là était la clef. Et ça a marché.

Car cet orifice, Mr Gassama, ne comprend en réalité que ce langage-là, celui de l’intelligence. Le Bajo, vous le soulignâtes, n’offre certes aucune émotion au regard esthète, au regard nôtre donc : son panorama est globalement pauvre, ses couleurs sont ternes, rien ne s’y dessine de singulier, le tableau y est triste, sans monts ni vallées ; de l’extérieur, il a la banale apparence d’un flanc de mont fendu, que surplombe parfois, selon que sa maîtresse est pour la sauvegarde de la planète ou non, une forêt souvent dense, mais quelquefois clairsemée voire steppique. En somme, le vagin est laid. A cette vérité, je ne peux que souscrire.  

Mais, Monsieur, lorsque l’on n’a pas la fortune de jouir des faveurs de la beauté, il faut au moins s’imposer le devoir de posséder celles de l’esprit. Le Bajo l’a compris. Au risque de vous contredire pour la première fois de notre long compagnonnage, vous mon sosie d’esprit, je le répète, le martèle, je m’y arc-boute : le vagin est un siège d’intelligence féminine. Il faut, mon ami, que ce soit ainsi : toute autre issue serait inenvisageable. Imaginez-donc le drame, que dis-je, la tragédie, que représenterait pour toute l’humanité cette idée, que nous serions tous nés de l’union d’un phallus —la plus remarquable concentration d’imbécillité jamais créée— et d’un vagin tout aussi idiot! Pensez-donc ! Il faut, par orgueil sinon par nécessité, que le vagin soit intelligent. Et il l’est, en effet. Laissez-moi essayer de vous le démontrer.  

L’important dans le Bajo Monsieur, c’est le croquant. Autrement dit, c’est au moment de l’orgasme, du durcissement, que le vagin démontre définitivement sa supériorité intellectuelle sur tout autre organe du corps féminin. Au moment en effet où ces dames se convulsent, se révulsent, se cambrent, les yeux fous et tournés vers le plaisir, la bave aux lèvres, le cri à la bouche, au moment où toute forme de lucidité et de présence au monde semble avoir déserté leur corps tant que leur esprit, le vagin seul continue à penser, à travailler, refusant de céder à ce relâchement généralisé. Ce n’est pas de l’opportunisme, c’est de la survie. Et puis Monsieur, l’on sait tous que durant l’acte, 9/10 du plaisir est pris par la femme. Qui, Monsieur, croyez-vous qu’il est à l’origine d’un si inégal mais fort efficace partage ? Bajo. Dans tous les autres domaines, les femmes courent derrière une égalité des chances et des droits ; pour ce qui est du plaisir, par contre, la puissante intelligence du vagin leur assure une avance qu’aucun phallus ne pourra combler. Je n’ose faire de blague douteuse sur le vagin s’adjugeant la part du fion…

Mon cher Monsieur Gassama, il me faut conclure. En espérant vous avoir invité à une plus grande indulgence pour le Bajo —je vous sais magnanime—, j’aimerais déplorer un élément préjudiciable à notre échange : l’absence d’intervention autorisée —féminine— sur le sujet. J’aimerais donc en appeler à toutes les bonnes volontés désireuses d’enrichir ce débat, déjà fécond en idées certes (placer le Bajo entre les deux fesses, Seigneur !), mais toujours lacunaires, et qui se bonifierait plus encore d’une intervention féminine.

Reprenez la plume mon ami. Mettez-là en lieu sûr jusqu’à la prochaine fois. Je n’ose vous suggérer où.  

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Digressions sur le "Bajo".

20 Juin 2013 , Rédigé par Mbougar

Convenons-en: ce temps ne sait plus prendre à bras-le-corps les sujets cruciaux. Il ne sait plus échanger, discuter, réfléchir sur les choses essentielles. Il urgeait de corriger ce dramatique manquement. C'est dans ce sens que mon camarade Elgas et moi-même, avons décidé de réhabiliter cette si élégante habitude, qui hélas se perd, du dialogue, au sens le plus élevé et le plus noble du terme. Il s'agit, à travers une correspondance, de converser -autre beau terme-, librement mais avec sérieux, rigueur, application, sur des sujets majeurs et fondamentaux de l'époque. Nous avions déjà parlé, lors d'un mémorable échange, du Lalo. Il est maintenant temps que nous pénétrions le Bajo.

Etant un cadet respectueux, j'ai préféré laisser à mon ami la privilège du premier plongeon. Il est allé la tête la première.

Ceci est sa contribution.

A vous camarade d’infortune, d’esprit et de goût. »

M. Sarr,

Vous le savez peut-être, le 13 janvier de l’année 1988, je naissais. La superstition mondiale attribue à ce chiffre 13 quelques malchances, parfois quelques barakas ; m’enfin je transpire traditionnellement la poisse. Mon infortune ne s’arrêta pas là ; comme 1 humain sur 10, je suis né au bout d’une boucherie assez obscène que l’on nomme dans les milieux scientifiques autorisés : la césarienne. L’opération consiste à une chirurgie barbare où l’on fend le ventre de la mère pour déloger un enfant somnolent, en l’occurrence moi. On ne peut décemment trouver aucune bravoure, ni chez la génitrice, ni chez le fœtus, dans l’acte de naître après une chirurgie. J’en meurs tous les jours de honte d’égo chiffonné. En conséquence, je n’ai aucun mérite, comme ceux qui sont nés la cuillère dans la bouche, je suis né le couteau au ventre, image qui restitue assez fidèlement la caducité du matériel chirurgical africain des années 80.

M, Sarr

J’ai donc manqué, dès ma première seconde sur terre, cette chance formidable d’avoir, comme premier contact dans la vie, les caresses combinées, d’un clitoris maternel dévoué, de 4 lèvres maternelles bienveillantes, avec les contractions successives d’un intérieur abondamment liquéfié, parfois rutilant de cette couleur pourpre, le propre même des organes en extase. Cet accueil est proprement remarquable, j’en jalouse les élus. On dit d’ailleurs – et j’invite des élus de cette naissance-type à témoigner- que ces caresses sont si puissantes, d’un plaisir si intense, que le bébé hurle de joie. Historiquement, aucune simulation n’a été notée chez ces bambins parfaitement candides et incapables de jeu d’acteurs. Ces cris sont une libération sincère qui émancipe de l’inceste et solidifie le lien familial. Vous comprendrez ma peine d’enfant pas comme les autres, moi qui n’ai connu ma première rencontre avec le Bajo que 17 années plus tard.

M. Sarr,

Je suis quelque peu ému d’inviter la digression, saillie admirable et pénétration spirituelle d’essence Balzacienne, à notre propos sur cet organe sur lequel ma science est hésitante. Ne provenir d’aucun Bajo, à fortiori celui de la Femme la plus proche, discrédite à jamais toute tentative de dissertation sur l’origine du monde et parfois des muqueuses, mensuellement du sang et parfois même de bruits incommodes que les dépositaires de l’organe appellent, au bout d’une délicieuse mauvaise foi, effet ventouse. J’aurais pu, j’aurais dû, au regard de cette expérience peu fournie me condamnant à une illégitimité de fait, me retirer de cette conversation. J’aurais fait, ainsi, acte de sagesse, acte de modestie. Mais, vous le savez, je ne vous refuse rien.

M. Sarr, au cours de notre dîner fondateur où naquirent tant et tant d’idées de génie, de reconquêtes sociales, la réhabilitation historique du peuple mandingue à travers l’éloge du Lalo, et tant et tant d’autres mots d’esprits, vous, les yeux lubrifiés d’une curiosité enfantine, hoquetant comme une femme à la troisième contraction de l’orgasme, vous aviez accepté l’idée d’un échange littéraire sur le Bajo. Clairement, je ne pouvais m’y dérober. Les rares expériences que j’ai eues depuis, à défaut de refaire une bibliographie conséquente de l’objet-Bajo, m’ont permis d’entrer dans l’orifice qui semblait trôner, avant la loi de mai 2013 de l’assemblée nationale française, en tête dans la hiérarchie des trous du corps.

M. Sarr, de quoi parlons-nous ?

Le Bajo, nom sénégalais du vagin, désigne une structure très sophistiquée par laquelle, selon la religion, les hommes procréent, et selon la philosophie, ils atteignent le plaisir sur terre avant de chuter du pinacle où il les place. Comme toute définition, celle-là, n’est pas sociologiquement pertinente. On n’y détruit pas les perceptions du sens commun ; la problématique est bancale et la rigueur exhaustive du sujet est brinquebalante. Définir ainsi le Bajo est un manquement à l’éthique et à la rigueur anthropologique. Je ne peux souscrire pour les desseins, même en deux mots, qui m’animent.

M. Sarr, n’en doutez jamais,

La Bajo est l’un des 9 orifices du corps féminin[1]. Il est de taille moyenne, mesure 8 cm au repos avec une capacité de triplement en cas de nécessité. C’est un organe assez calme, plutôt floral, arômes neutres et plutôt primaire. Il a un nez conditionné par le soin, âcre, fétide ou jasminé selon la toilette. C’est un organe muet, comme tous les muets humains, la frustration à ne pas parler le conduit à être violent et à entrer dans un séisme au moindre contact qui dure. Le Bajo émane d’une rigidité administrative stricte. Il est commandé par un maître des lieux assez cérémonial, impitoyable, que l’on nomme, dès la fin des années 1700[2], le clitoris.

Grand engin aux forces tapies dans l’ombre, il règne en maître sur le Bajo dont il conditionne les états d’âme. Le Bajo et le clitoris, quoique ensemble d’un seul et même paquetage, guerroient assez souvent avec une course frénétique pour la compétitivité. Querelle culturelle tranchée par certaines tribus africaines d‘ascendance musulmane où le clitoris est souvent servi en barbecue, en défaut de victuailles. Les négresses, du fait d’un taux haut de testostérone, ont les plus grands clitoris du monde, culminant dès fois à 10, 11 voire 12 centimètres, arithmétique affolante qui ne déplaît pas à Iboo-lô.

M. Sarr,

Vers le milieu du Bajo, à 3 cm du clitoris, se dresse, un sous-orifice, minuscule mais plus développé que le plus grand neurone de Macky Sall, qui sert à pisser. En guise de protection, le Bajo est doté de 4 lèvres, deux petites et deux grandes dont l’utilité n’apparaît pas évidente. Parois d’une insignifiance totale, elles semblent orner. Le vagin est assez chaud, humide, son climat est de type tropical et l’alternance des saisons est conditionnée par les émotions. Sujets à des crus hormonaux, le Bajo peut cracher, faire office de fontaine, denrée constituante de l’approvisionnement hydraulique.

M. Sarr,

L’utilité du Bajo a déjà été contestée par une littérature manuelle et homosexuelle. Personnellement, il me fait douter. Je luis savais gré d’être outil marketing pour vendre des stérilets, accueils généreux de quelques tampons, canal opaque de réseaux mafieux, catapulte à bébés, mais rien d’autre. On dit- je vous prie de la prendre avec des pincettes - que mettre des pénis dedans peut être un moment fort agréable, j’émets des réserves.

Vacancière halée, teint frais de rose qui frétille, Nicole, 19 ans, m’offrait pour mes 17 ans son Bajo. A vrai dire, je m’étais auto-octroyé le cadeau. Détestables souvenirs d’ennuis. Gouffre quelconque, sans style ni panache, offrant toujours le même spectacle, aliéné et aliénant, reproduisant toujours les mêmes mécanismes, je connaissais ainsi un 2e divorce avec le Bajo. Il ne m’a jamais réellement démontré la supériorité de Sodome sur Gomorrhe. Dans le noir, le constat est plus troublant, et l’odeur chez les Gambiennes n’est pas un indicateur fiable, parfois confondant. Les mains aussi contestent la suprématie des Bajo. Le dualisme reste entier, sans une issue consensuelle.

M. Sarr,

Vous l’aurez peut être deviné en filigrane de ce propos, le vagin ne me fait pas bander. Ce n’est pas un élément supérieur. C’est un diktat médiocre des banalités urbaines. C’est d’un commun désarmant. Même les connes en ont un. Cela se vend à des prix modiques, gratuits à Ranérou dans le Fulaadu[3] grand temple libertin. L’islam en accorde 4 pour chaque tête d’homme. Bethio Thioune, sans doute grâce à des affinités plus poussées avec Bajo, s’en donne 7, 8 avec sa cellule de Rebeuss. Par conséquent, ployer sous la dictature du vagin ne relève pas du mauvais goût, mais du manque l’ambition. La bouche peut canaliser le rôt. L’anus pète. L’oreille entend. La narine respire. L’œil contemple. Le Bajo, que(ue) dalle. Et Grand Seigneur, c’est d’une laideur confondante. J’ai regardé, sous l’emprise de l’alcool, pendant 5 minutes d’une œillade sérieuse, un vagin, j’ai ri de pitié. Quel manque de souveraineté. Des limaces étêtées n’offriraient pire spectacle.

M. Sarr,

Pour ce qui nous lie, je finirai sur une note musulmane : méfiez-vous du Bajo. Les esclaves de notre époque, mâles cancres, ont pour bourreaux et maîtresses ces choses-là, c’en est éloquent sur leur délabrement. Les pénis, idiots ultimes de l’épopée terrestre, peuvent dans un effort minime, émerger et voir le ciel ; ce que les Bajos, jamais, ne sauront faire, affairés à fixer béatement, sottement, la même chose une vie durant.

Pour réhabiliter le Bajo, une seule lutte compte, une seule réforme : le placer entre les fesses. Le culot, le panache, bref le génie, avoir du cul en argot. Je vous transmets cette plume que mon bras ne peut plus soutenir, mon fils, allez courez, volez, et remettez le Bajo à l’envers.

Une délicate attention du verbe wolof dit d’ailleurs du Bajo ces extraordinaires maximes pour en dévaluer l’attrait :

« Li ne fang ni Bajo bu Dieu » « Dof ken duko ñamal Bajo ».

Méditez.

Elgas.

[1] Décompte faite le 17 juin 2013

[2] Chronologie de l’anatomie féminine établie par mes soins.

[3] Terre païenne de grande perversité.

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Amor Fati (X et Fin)

14 Juin 2013 , Rédigé par Mbougar

"Je lis dans tes yeux ce même espoir qui te mènera à la mort. Je vois, lorsque tu me fixes, s’allumer dans ton regard, oserai-je, en ton cœur, ce feu que je ne peux attiser, et que tu crois pourtant que chacun de mes gestes attise. Mon plus innocent sourire t’emplit l’âme et se charge de mille et une intentions, désirs, attentes, espoirs que tu me prêtes, comme s’il allait de soi que j’éprouve à ton égard ces mêmes sentiments que tu sembles nourrir pour moi. Tu en es arrivé à oublier qui j’étais, ce que j’étais, ce que je faisais. Tu en es arrivé à m’aimer. Mais qu’espérais-tu ? Qu’espères-tu véritablement ?

J’ai lu clair en toi dès le premier regard que nous nous sommes échangés : c’était si facile... Je t’ai vu, avec ton air étrange, conquérant et timide à la fois, prétentieux et si humble, comme si, pourtant gêné d’être là, perdu entre tous ces sexes de femmes, tu trouvais pourtant dans cet embarras la force de ton orgueil. Toutefois, je t’ai immédiatement compris. Tout, de ta démarche au tremblement de tes lèvres, trahissait ta soif d’amour, c’est-à-dire ta foi en sa possibilité, en ces lieux. Le drame est que tu te crois certainement être unique, original, spécial, alors même que des âmes comme la tienne, idéalistes sous les épaisses couches de cynisme et de rustrerie dont elles se revêtent, il s’en rencontre des milliers dans les rues. Les trottoirs des putains ne sont pas que le théâtre des misères sexuelles ; ils sont aussi, souvent, celui où s’acte la tragédie des misères affectives. Rien n’est aussi manifeste que le désir d’amour qui se dissimule. Nous autres, putains, le savons mieux que quiconque.

Comme ceux de ta condition, ton malheur est de croire au mythe de la putain superbe, la putain magnifique, impériale, romantique, romanesque, celle au grand cœur, qui se prostitue par contrainte et baise les larmes aux yeux, sourit le cœur en larmes. Tu crois, comme tes frères, à l’image de la catin au cœur d’or, qui traîne dans les rues en rêvant d’amour, qui est avide d’infinis, d’immensités, de bleuités de ciels et de douceurs de baisers. Tu ne cherches que cette putain là, que tu aimeras, que tu sauveras de son infâme vie, et qui, en retour, te couvrira de cet amour qu’elle n’a jamais su donner à aucun de ses clients. Tu ne cherches, en errant dans la nuit, que ton double. Ta naïveté est coupable. Ne t’est-il donc jamais venu à l’esprit que ce en quoi tu croyais n’était qu’une chimère ? Evidemment, non, sinon tu ne serais pas ce que tu es.

Il a fallu que je sois la cristallisation de tous tes fantasmes, que tu aies incarné en moi toutes les beautés de tes illusions. Mais qu’espérais-tu donc ? Que je t’aime ? Oui c’est cela. Ton être tout entier est devenu une gigantesque supplication de chair. Tu espères que je te réponde. Tu l’as toujours espéré : lorsque tu me défendais, lorsque tu me réclamais, lorsque tu me lavais les pieds, lorsque tu m’épiais dans la nuit. Tu as toujours rêvé de moi ; cela, je l’ai toujours vu. J’en arrive à un point où je ne peux plus feindre d’être insensible. Tu es là, ton corps lourd meurtri par les coups revit péniblement sous mes doigts et le souffle de mes baisers. Je te soigne, j’exacerbe tes espérances, je te tue à petits feux…

Je te tue car je ne te relève que pour mieux t’abattre. Je ne t’aime pas, je ne t’ai jamais aimé, je ne t’aimerai jamais. J’ai à ton égard une tendresse infinie, qui disparaîtra dès que je rencontrerai mon prochain client. Et je t’oublierai, et je t’oublierai. Et tu souffriras. Pleureras. Je m’en foutrai. C’est ainsi, je suis une putain. Comme tous les autres. Sans cœur, ayant renoncé à l’amour, n’aimant rien qu’offrir mon corps à boire aux hommes. C’est triste, n’est-ce pas ? Oui, mais c’est beau. J’aime cela. Il n’y a aucune explication. Mon passé n‘a pas d’importance. Mon histoire n’a pas d’importance. Mes raisons n’ont pas d’importance. Rien n’a d’importance que mes désirs… J’aime donner aux hommes l’illusion qu’ils me possèdent, alors qu’ils sont à mes pieds, si faibles, se raccrochant comme des enfants aux pans des pagnes de leur mère, se confessant la tête sur ma poitrine. C’est ma façon de goûter à cette chose dont les Hommes s’enivrent : le pouvoir… J’aime ma condition. C’est ma philosophie. Lorsque tu seras remis, ce sera fini.

J’aime mon destin, c’est ce qui me rend si belle, monstrueuse, forte, faible, invincible et inhumaine. Amor Fati. Amor Fati. Amor Fati."

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Amor Fati (IX)

7 Juin 2013 , Rédigé par Mbougar

Tel un mirage elle ne fait que se profiler au loin. Et pourtant, je sais qu’elle est là, puisqu’elle s’occupe de moi, je sais que je suis au cœur de ses pensées. Tandis qu’elle feint, je feins de ne pas la voir feindre, et n’en apprécie que mieux ses efforts désespérés pour paraître insensible, lointaine, sans attaches. Elle feint si bien qu’un autre que moi eût été trompé, donc malheureux. Mais ce n’est point un amateur qui la regarde , mais moi, Gorgui Ndiaye, qui, mieux que quiconque, connais les putains. Je sais de quoi je parle, ma mère en était une.

Ai-je déjà dit qu’elle avait l’odeur d’un zeste d’orange, d’une douceur agressive ? C’est, avec le fait qu’elle était putain, la seule chose dont je me souvienne encore clairement, à son propos. J’ai perdu tout le reste, ou plutôt, tout le reste s’est effacé de ma mémoire, au fur et à mesure que j’ai pris de l’âge ; le son de sa voix, la teinte de son regard, la couleur de son sourire, la forme de son visage, l’esquisse de ses traits : plus rien ne subsiste. Je n’ai gardé que son odeur, et elle vit par là. C’est dans ma mémoire olfactive, à travers elle, au milieu de ses vapeurs, à partir de ses sillages de parfums infinis, qu’elle prend vie et s’incarne. Je ne sais même pas comment elle s’appelait. Ma grand-mère, qui m’a élevée, jusqu’à sa mort, a toujours refusé de me dire son nom : cela la peinait trop, et je ne voulais pas insister pour connaître l’identité de celle qui avait dû souiller l’honneur familial, fût-elle ma mère. Je ne l’avais pas connue, je n’avais qu’une mère, ma grand-mère, la première et seule femme qui m’ait jamais aimé. Lorsqu’à dix ans, ma grand-mère mourut, mon éducation fût confiée à une de mes tantes, la grande sœur de ma mère, m’apprit-on. Je ne sais pourquoi, elle ne m’a jamais aimé. Je faisais pourtant tout pour lui plaire, mais quelque chose en mon visage devait lui déplaire. Un jour, j’ai su. Ce n’était pas quelque chose dans le visage, mais dans mon sang, qui lui faisait horreur. Je l’avais surprise un jour qui pleurais —parce que son mari l’avait délaissée pour une autre femme, plus jeune— et, m’ayant vu qui la regardais curieusement, m’a attrapé et giflé, les larmes aux yeux, en me criant « fils de chienne, fils de chienne, ta mère était une pute, tu comprends, une putain, voilà la vérité ! ». Elle ne m’en a plus jamais reparlé, mais je l’ai compris. Ce refus de parler du passé, de mon passé, était donc lié à cela : j’étais, en plus d’un fils de pute, un bâtard. Mon père pouvait être n’importe qui : un client, sans doute. Je n’ai jamais cherché à savoir. Quant à ma mère, je suppose qu’elle avait dû mourir dans l’exercice de ses fonctions. M’a-t-elle aimé ? Je n’en sais rien. Je ne veux pas savoir, cela n’a plus de sens désormais. Seule ma grand-mère m’a aimé.

Fati est peut-être en train de m’aimer, malgré toutes ses feintes. Elle joue à la putain magnifique et sans cœur, mais se trahit. Son regard lorsqu’elle me donne à manger la trahit, ses mains lorsqu’elle panse mes blessures la trahissent, cette forme même de dureté qu’elle accroche à ses yeux la trahit. Elle ne sait en réalité rien cacher de ses émotions ; c’est par conséquent une très mauvaise prostituée. Elle n’est pas faite pour ça, elle force. Cela fait trois jours que je suis là, trois jours qu’elle s’occupe de moi, trois jours, donc, qu’elle ne travaille pas. Tant d’égards pour un homme qu’elle vient à peine de rencontrer suffisent à prouver qu’elle est l’une de celles-là, trop pures pour survivre dans l’impureté. Une vraie serait allée travailler même si elle (et à fortiriori l’un de ses clients favoris) était sur un brancard. Cela est inscrit dans la forme de leur vagin.

Mais elle, reste à mon chevet, douce et attendrie, même si elle cherche à le refuser. Je lis la tristesse de me voir dans cet état dans ses yeux. Cela lui va si bien de tomber amoureuse…

Elle est dans la cuisine. Je vais attendre qu’elle revienne, lui demander de mettre une chanson de Yandé, puis lui demander de devenir ma compagne. Car oui, elle m’aime. Elle m’aime. Elle m’aime pour l’avoir sauvée. Je suis l’homme par lequel elle a fini par se rendre compte qu’elle n’est pas faite pour ça, par lequel elle a fini par se rendre compte qu’un autre destin était possible.

Je veux qu’elle soit la seconde femme à m’aimer.

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