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Question d'orgueil

31 Mai 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Errances philosophiques.

     Rien ne me fascine tant que les coquetteries de l’esprit : la révolte, qui donne à l’homme le sentiment d’être libre parce qu’il dit non à l’ordre du monde ; la jalousie, ce miroir de sa propre médiocrité que l’on couvre délibérément du voile noir de la frustration et de la haine de l’autre, par exemple. Il y en a d’autres. L’amour, cette flatulence de l’esprit exhalant la douce fragrance de l’égoïsme lassé de lui-même… L’espoir, cette prison où l’on jette le réel dès qu’il tourne en horreur… Le cynisme, ce désabusement déguisé de soi… Etc... Je pourrais continuer ainsi longtemps.

     L’esprit humain est une putain, bien entendu. Il prend les sentiments que la faiblesse et la porosité du cœur ont laissés inachevés, inaccomplis, et leur donne leur forme finale. Une putain au grand cœur, qui éduque, fait l’amour à l’âme, la dépouille de ses aspérités sauvages et lui donne une face plus acceptable. Ce que le cœur livre sauvage, brut, inhumain, l’esprit l’adoucit, l’ennoblit parfois, l’humanise toujours. Là est son élégance : de savoir nuancer sans être hypocrite. Les sentiments de l’homme l’auraient tué si son esprit n’avait été leur tamis.

     Mais de toutes ses subtilités, il y en a une dont la logique, si tant est qu’il y en ait, m’échappe : l’orgueil. Je ne comprends pas cette chose que j’ai pourtant souvent croisée en moi. Son ambiguïté la soustrait à toute caractérisation. Tantôt péché capital, tantôt bouclier de l’âme, ici poison du cœur, là ultime rempart de l’homme lorsque tout le reste s’est effrité, valeur aujourd’hui, impertinence demain, l’orgueil déroute. Il y a dans cette chose (je n’ose dire « sentiment ») autant d’égoïsme que de courage, autant de noblesse que de mépris, autant d’honneur que de prétention. Nulle part ailleurs en l’homme je ne trouve caractère si ancré dans la vertu et si enraciné dans le vice. Il appartient aux deux à la fois, et n’appartient à aucun, donc. Il y a dans l’orgueil de l‘humanité entière et sans fard. Il écartèle. L’amour lui-même, qui a dupe le monde depuis des siècles, n’est pas si insaisissable : on l’a compris, le truc de l’amour, on le laisse faire par masochisme ou bêtise. Au choix. Je vote bêtise. Par orgueil…

     L’orgueil est le mur indestructible des principes. Lorsque l’on a foi en des choses, il faut plus que du courage pour les assumer : il faut leur donner la force d’affronter la moquerie et la vindicte, il faut de l’orgueil. Nécessairement. Sinon, les convictions sont piétinées ou étaient sans fondements. La grandeur d’un Homme ne vient pas de ce qu’il a des principes. Des principes, tout le monde en a, mêmes les cons. Surtout eux. La grandeur vient de ce que ces principes demeurent inchangés quelle que soit la situation. Le Mal lui-même a eu ses Christs, comme la connerie en a eus. Quant à la valeur du principe, elle relève déjà du jugement moral, qui ne m’intéresse pas. Je suis dans l’esthétique de l’orgueil. Tout ce qui touche à l’éthique m’est d’un si insupportable ennui, ces derniers temps… ! Et surtout, ne me dites pas, surtout pas, que « seuls les imbéciles ne changent pas. » En plus de perdre mon estime, vous seriez encore plus bâté que l’âne qui a commis cette formule. L’orgueil admet la nuance, mais pas la compromission, qui est une lâcheté que l’on couvre de l’habit de la vertu. Mais la vertu connaît les siens, on ne la force pas.  

     Les lâches fuient, les hypocrites font littéralement la mue, les traîtres n’ont jamais tort, puisqu’ils ne prennent jamais partie. Les orgueilleux, eux, sont têtus. Ils préfèrent se tromper sans renier leurs principes que d’avoir raison en les travestissant. Ils ont le repentir aussi solitaire que la larme. Ils se taisent : l’orgueil véritable n’a de force que le silence qu’il revêt. Silence du respect. Silence du mépris. Ils provoquent : leur arrogance envers les Hommes est leur armure la plus impénétrable contre eux. Pudiques obsessionnels, ils ne livrent leurs sentiments qu’au compte-gouttes ou pas du tout. Ils n’aiment que deux fois : la première d’un amour qui tue momentanément leur orgueil, ce qui les mène au désastre ; la seconde, d’un amour que leur orgueil, qu’ils auront appris à garder même amoureux, leur interdit de dire. Ils suggèrent : tout orgueil est un symbolisme. D’ailleurs, ils ne s’aiment et ne se comprennent souvent qu’entre eux.

     L’orgueil s’oppose à la modestie. C’est que cette dernière est une hypocrisie. C’est elle que les Hommes authentiquement orgueilleux combattent par leur trait de caractère si singulier. Mais s’il vomit la modestie, l’orgueil ouvre les bras à l’humilité. Mais les orgueilleux ne le diront jamais : ils sont trop humbles pour cela. Modestie et humilité. Inutile que je marque la nuance, elle se dessine d’elle-même. Elle est du même ordre que celle qui fait que la vanité n‘est pas l’orgueil.

     Je vous laisse : j’ai un orgueil à aiguiser. Il y a du travail.  

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Métamorphoses...

27 Mai 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Solipsismes

     

«Pitié pour celui qui, ayant épuisé ses réserves de mépris, ne sait plus quel sentiment éprouver à l'égard des autres et de lui-même !»

E.M. Cioran, Aveux et anathèmes.

 

     Quelque chose a changé sur mon visage. Comme si mes yeux s’étaient refroidis. Comme si mes traits grossiers s’étaient figés dans l’inexpressivité, ce qui a l’air –Le Seigneur aura-t-il la mansuétude de m’accorder cela ?- de les soustraire à toute douce émotion. Comme une sauvagerie qui point. Comme une sécheresse qui se lève. Comme une bestialité en gésine. Comme Beckett et son air et son «regard inhumain sur certaines photos. » Comme un endurcissement. Un de ceux-là dont je rêvais jeune, et que j’ai longtemps feints, piètre mime qui voulait faire le ténébreux qui se taisait face au monde. J’ai toujours échoué, évidemment. On n’arrête pas la connerie. Mais là, je ne feins rien. Cela s’est fait ainsi, imperceptiblement. C’est donc cela, grandir ? Rien que cela ? Tout cela ? Une ride qui balafre le front et vous l’alourdit  de soucis ? L’impossibilité de dire des choses et de les taire finalement, non par abdication, mais par lassitude pure ? Comme une insinuation au silence : refuge, cristallisation, voix de toutes les révoltes contre le monde. C’est donc cela ? L’inflexion systématiquement arquée des sourcils, caractéristique de la face d’homme qui ne comprend plus et interroge sans réponse ? Dites-moi, vous qui savez, pauvres hères, mes frères… C’est donc cela ?

     L’âme d’un homme peut se lire sur son visage. Je l’ai toujours cru. Car les Hommes ne savent mentir correctement, et cachent très mal leurs tourments intérieurs. Leur visage est une fatale trahison. Dieu leur a donné cette vertu. Mais il a omis –et, jusqu’à ce que je crève, je ne lui pardonnerai jamais- de leur ôter la bêtise, cette cécité de l’âme qui a mené à l’hypocrisie. Cela s’est fait en trois actes. D’’abord, par complaisance, autant pour soi que pour les autres, l’on a feint de ne rien voir sur les visages. Là a été le premier mensonge. Puis, dit-on, par amour, par compassion, l’on a cessé de regarder les visages. Ce fut le deuxième mensonge humain : la peur de ce qu’il peut y avoir de misérable dans le visage et dans une âme. L’Homme vit que c’était facile. Donc bon pour lui. Le troisième jour, l’Homme créa l’hypocrisie : le mensonge collectif amendé et recommandé par tous. Sur un visage, la misère ne sert plus à rien : on en fait un leurre, et le misérable lui-même finit par croire qu’il ment, et qu’il n’est pas misérable.

     Heureusement, il y a l’égoïsme. Je persiste à croire que c’est à ce jour l’un des plus brillants coups du Seigneur.  Heureusement qu’il y a l’égoïsme, donc, qui permet, à défaut de ne plus voir le visage de l’autre, de voir le sien propre, et de toujours être lucide. Si l’on excelle dans l’art de mentir au monde et aux Hommes, l’on est piètre dans celui de se mentir. "L’œil était là, et regardait Caïn…" La mauvaise foi elle-même est un cul-de-sac. Il faut croire que les personnes les moins hypocrites sont celles-là dont l’égoïsme incite leur propension à se détourner du monde pour ne voir qu’eux-mêmes. Je n’ai jamais vu un égoïste hypocrite. Cela n’existe d’ailleurs pas. Où serait le sens, en effet, pour un individu qui ne voit que lui-même, d’une quelconque hypocrisie envers un monde dont les limites ne dépassent pas celles de sa propre personne ?

     Jouer l’égoïsme contre l’hypocrisie en mettant le salut comme enjeu. Dieu, définitivement, a l’humour féroce. Et du génie. Depuis fort longtemps, j’ai choisi l’égoïsme sans le savoir. Comme quelques uns. Il ne faut pas rater ce sentiment là. Ce serait un péché. Il eût été bon que je m’en fusse rendu compte plus tôt. J’en aurais fait un usage meilleur. Mais j’ai encore un peu de temps pour me rattraper.

     Je sais maintenant ce que signifient tous ces changements –qui sont bien réels- sur mon visage : je découvre le mépris. Le mépris: c’est ce qui succède à l’égoïsme lorsque, regrettant d’avoir fait l’effort de s’arracher de soi, par curiosité, par idéalisme peut-être, l’on ne ressent guère plus qu’un tiède sentiment, mélange de répulsion, de pitié, de condescendance et de haine. Bien curieux sentiment que celui-là, quoique révélateur sur soi et les autres. A éprouver au moins une fois dans sa vie, sous peine de l’avoir ratée. Au-delà du mépris, il y a le stade ultime de la révolte silencieuse, celle qui atteint le monde en son cœur et lui inflige ses blessures les plus mortelles : l’indifférence. Hélas, mais aussi, et c’est le paradoxe, heureusement, elle n’est pas de ce monde. Elle est l’apanage exclusif des morts.  Bienheureux ceux-là qui, ayant crevé, peuvent être superbement indifférents sans être lâches… Je me contenterai pour l’instant du mépris, qui est bien suffisant. L’indifférence arrivera. Je la savourerai comme il sied. Quoi ! Je l’aurais quand même cherchée toute une vie sans avoir eu le droit de la trouver…

 

P.S. : Je ne résiste pas à l’envie de vous mettre une deuxième sentence de Cioran. Ne me remerciez pas : le désespoir est gratuit. A consommer avec modération, cependant : 

«Le mépris est la première victoire sur le monde ; le détachement, la dernière, la suprême.»

E.M. Cioran, Aveux et anathèmes.

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Moi souffle coupé...

20 Mai 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Lectures au hasard.

      J’ai lu et relu le Cahier d’un retour au pays natal un certain nombre de fois. Je le ferai encore et encore, dussé-je crever de folie en psalmodiant, halluciné, « …ma négritude n’est pas une taie d’eau morte sur l’œil/ mort de la terre… ».

     Par contre, je découvre à peine les poèmes de Soleil cou coupé.  La voix est toujours aussi puissante même nostalgique; les mots, toujours aussi enflammés quoique murmurés ; son lyrisme toujours aussi incantatoire bien que lui-même astre, soleil, ciel, masque païen. L’émotion à la lecture demeure inaltérée. Plus qu’une émotion. Un saisissement. L’ombre portée du Nègre fondamental est gigantesque. C’est que l’homme était un colosse. Assez de mots vains. Ecoutons. Aimé Césaire parle:  

 

La Roue.

La roue est la plus belle découverte de l’homme et la seule
il y a le soleil qui tourne
il y a la terre qui tourne
il y a ton visage qui tourne sur l’essieu de ton cou quand tu pleures
mais vous minutes n’enroulerez-vous pas sur la bobine à
vivre le sang lapé
l’art de souffrir aiguisé comme des moignons d’arbre par les
couteaux de l’hiver
la biche saoule de ne pas boire
qui me pose sur la margelle inattendue ton
visage de goélette démâtée
ton visage
comme un village endormi au fond d’un lac
et qui renaît au jour de l’herbe et de l’année
germe

 

Aimé Césaire, Soleil cou coupé (1947)

 

J’ai honte d’écrire quoi que ce soit après cela. Merci de bien vouloir ressentir la même chose.

Relisez en silence.    

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Affaire D.S.K. : Décence contre Compassion...

18 Mai 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Réflexions rafistolées.

Puisqu’il faut en parler…

 

     Une des polémiques sordides (comme le sont toutes celles qui baignent dans les eaux saumâtres et périphériques de l’affaire en tant que telle) née du scandale DSK oppose ceux qui s’émeuvent du lynchage médiatique du bonhomme et ceux qui s’indignent de ce que l’on s’émeuve de cela alors qu’une femme a peut-être été violée. Il y a ceux qui trouvent humiliantes, choquantes, irrecevables les images d’un DSK menotté, escorté, vieilli, impuissant, hagard, l’œil éteint, jeté en pâture aux caméras, photographes, bref, à la férocité des médias et la mesquine bassesse des commentaires. Et il y a ceux qui trouvent cette indignation insultante vis-à-vis de la femme qui a été violée, si tant est qu’il y ait eu viol.

     Il y a les tenants d’un certain  respect. Et il y a ceux d’un certain autre respect.

     Il y a ceux qui protestent contre la façon dont DSK a été traité, sur les conditions formelles de sa détention. Et il y a ceux qui veulent que toute émotion aille à la victime présumée, que toute indignation et compassion lui reviennent, de droit comme de fait.

     D’une part, il y a ceux qui s’interrogent sur la dignité d’un homme accusé mais qui est, que je sache, encore présumé innocent ; et d’autre part, il y a ceux qui soutiennent la femme qui aurait été violée.

     Il y a les défenseurs d’une justice décente, et ceux d’une solidarité de cœur et d’état avec la victime présumée.

     La justice contre le cœur. On connaît l’antienne : Camus et Mauriac en ont déjà été les protagonistes, en d’autres temps. C’était en 1945, à propos de l’épuration (procès des collabos.) Camus contre Mauriac. La justice contre la charité. Camus avait bien reconnu, plus tard, en 1947, qu’il avait eu tort. Que Mauriac et la charité avaient donc eu raison. Mais c’était seulement à la fin, après que la partialité et les règlements de compte ont fait irruption dans les procès, et que l’épuration a ainsi tourné en vengeance, en effusion des cœurs et des haines, et non en justice. Je persiste à croire qu’en 1945, sur le terrain des idées, c’est Camus qui avait raison.  

      Je suis pour la décence de la justice. Je m’indigne, comme beaucoup, du traitement qui a été réservé à DSK lors de sa comparution devant le procureur. Comme beaucoup, je m’indigne de la procédure américaine, que je trouve ni juste ni intelligente. La procédure. C’est ce mot qui justifie tout. A tort. Procédure ? Procédure barbare, alors. L’on me parle d’équité, d’égalité devant la justice. C’est vrai : tous les hommes sont indistincts, ou doivent l’être, devant les lois d’un pays. DSK ne fait pas exception. Mais ces lois prennent-elles en compte les conséquences particulières de ces traitements, de cette procédure, sur l’homme ? Si les hommes sont égaux et semblables devant la justice, les conséquences d’une certaine justice sur ces hommes ne le sont pas. L’appareillage médiatique déployé, les commentaires de toutes sortes commis çà et là, le retentissement planétaire de l’affaire, signifient à eux seuls une chose : DSK n’est pas un prisonnier comme les autres. C’est un truisme que de le rappeler. Aurait-ce été une faveur que de lui éviter l’ultime humiliation, planétaire, des menottes et des caméras? Ma réponse est non. Cela se serait appelé décence. Cela se serait appelé intelligence. En toutes choses, j’ai toujours détesté la rigidité et le radicalisme, qui sont des extrémismes, et que je bannis donc du champ de la pensée.  

    Une justice rigide sur ces procédures, quels que soient l’accusé et les conditions, est une justice aveugle. Une justice qui ne prend pas en considération les conséquences particulières de ses traitements sur ses prisonniers est une justice massive et non-éclairée. Une justice sans intelligence est fatalement indécente. Une justice sans cœur se rapproche de l’inhumanité.

        La justice américaine est indéfendable.

     Tout intransigeant qu’il ait voulu paraître, ce système n’aurait pas dû oublier les conséquences. Sa responsabilité s’étend jusque là. Elle juge un homme : qu’elle lui assure sa dignité jusqu’au bout. A ce point, ce n’est même plus de l’intransigeance. C’est autre chose, de regrettable : du manque de discernement. Elle n’en est pas à son premier essai. Michael Jackson a été l’exemple le plus récent. Encore la procédure. Toujours elle. La religion de la justice absolue mène à sa tyrannie. Et ce sont les hommes, toujours eux, qui en pâtissent. Ce pays, que j’ai souvent défendu, me déçoit dans sa façon de rendre justice. Tout ceci me répugne. Et je le répète : DSK aurait dû être traité autrement, ne serait-ce que par décence, et aussi pour éviter un tel acharnement médiatique, déraisonnable et ouvrant la voie aux commentaires les plus petits.  

     Que l’on n’aille pas croire que je prends position pour Dominique Strauss-Kahn. Je réfléchis sur un système, et non sur l’homme, pour qui je n’ai ni affection, ni haine particulière. Je m’arroge le droit de garder secrète mon opinion sur les faits. Elle serait prématurée, donc irrespectueuse, forcément, pour l’une des parties. Personne n’est encore en mesure de dire quoi que ce soit de vrai sur le fond de cette affaire. Tout discours se perdrait en conjectures, pronostics, accusations infondées,  spéculations et autres augures obscurs. Comme tout le monde ou presque, j’attends.

     Maintenant, la victime présumée.

     Maintenir que DSK aurait dû être traité autrement ne signifie nullement que je ne m’émeuve pas du sort de la femme impliquée, si tant est qu’elle ait, effectivement, été victime d’un crime sexuel. Le souci de la décence n’interdit pas la solidarité morale avec la victime. Le viol est un enfer pour une femme. S’il a eu lieu, je suis le premier à reléguer DSK au rang de monstre humain, et le premier à compatir à la peine de sa victime. Notez que je parle avec des « si ».  C’est dire que je ne suis certain de rien. Comme tout le monde. Ceux qui soutiennent déjà cette femme ont à l’avance, je le vois ainsi, choisi leur camp et fait leur jugement : DSK est, au moins, coupable. La notion de « présomption de culpabilité » n’existe pas. Celle de présomption d’innocence, si. Toute prise de position, pour quelque côté que ce soit, fût-elle la plus honorable, la plus morale, la plus solidaire, la plus compassionnelle, est de l’ordre de la supposition. Or, pour ce qui est du cœur et des sentiments des hommes, pour ce qui est de la justice des hommes, pour ce qui est du destin des hommes, je n’aime pas les suppositions.  Je trouve hypocrite de dire que l’on est solidaire de la victime quant on sait que c’est une victime présumée seulement. Et « si » il n’y a pas eu viol ? Et « si » elle avait menti ? Et « si »… ? Et « si »… ? Là encore, je ne suis certain de rien. Comme tout le monde. Se fendre d’un soutien émotionnel à la victime, fondé sur des suppositions, et au fond, disons-le, sur le soupçon tacite, prématuré et injuste de la culpabilité de DSK, n’est pas juste. La compassion fondée sur des « si » est, au mieux, incomplète, au pire, feinte. Les deux cas me semblent d’une insupportable hypocrisie. Je ne soutiendrais moralement la victime que s’il est avéré qu’elle est réellement victime. Pas avant. La compassion anticipée n’est pas mon fort. Dans cette affaire, lorsque l’on est observateur, je pense qu’il faut veiller à respecter également les deux parties jusqu’à ce que la justice établisse ou non la culpabilité de DSK. Après seulement, il sera temps de soutenir sans prendre le risque d’être inique.

     Mais s’il fallait choisir entre, d’une part, la revendication de la décence de la justice, fondée sur la haine d’un ignoble autant qu’inélégant lynchage médiatique et moral -indépendamment de toute prise de position pour un camp de cette affaire; et, de l’autre, la compassion morale pour la femme, peut-être ô combien louable dans son intention, mais fondée sur des « si »,  anticipée, je choisirais encore la première. 

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Les rêves dissipés.

13 Mai 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Solipsismes

     J’aurais aimé être un épistolier furieux.

     Un de ceux-là enragés, que leur correspondance maintiendrait en vie, et que la perspective même de n’en plus avoir suffirait à réduire au rang d’inexistence. J’aurais aimé que ma vie fût suspendue à des lettres. Je les aurais décachetées fiévreusement, fébrile, comme un amant fougueux au désir ardent déshabillerait une femme aimée le faisant languir, sans brutalité, mais pressé que j’aurais été de lire, à la simple lumière de la flamme d’une bougie, des mots écrits, des lettres, penchées ou droites, serrées ou espacées, illisibles en pattes-de-mouche ou bien formées, que diable m’importe, pourvu qu’elles fussent manuscrites, sur un papier exhalant le parfum de son auteur. Celui d’une femme. Il m’envahirait avant que je ne lise, et je serais ivre…  

     L’écriture solitaire, celle où la pensée n’est aux prises qu’avec elle-même,  où elle se débat et se brise fatalement sur les aspérités d’une création sans cesse évanescente, celle où les abîmes de médiocrité s’ouvrent béants aussi vite que s’estompent les horizons hallucinatoires du talent, cette écriture où l’égo tue l’égo, où l’orgueil est arme et poison, cette écriture là, qui ne sied qu’aux génies, ceux-là que leur haine secrète d’un monde gangréné par les hommes n’a d’égale que l’ardeur qu’ils emploient à en sauver le pouls à travers des mots, est un couperet. C’est un aperçu du silence des cryptes. C’est une insinuation au suicide ; hélas je sens, je sais que je n’ai ni assez de courage, ni assez de haine, ni assez de prétention, ni même suffisamment de désespoir pour y faire long feu. J’y souscris non sans aigreur. J’ai pu naguère nourrir l’ambition d’une entreprise littéraire ; celle même, lorsque la prétention devenait outrecuidante arrogance, d’un succès. Pire : d’une gloire. Mais d’ambition, je n’en ai plus guère aujourd’hui d’autre que celle d’un désenchantement tranquille. Je ne crains plus les bas-fonds de l’indigence, je ne les ai vraiment jamais quittés. La lucidité étant l’ultime honneur des esprits défaits et pauvres, je la brandis au seuil de l’ombre. Mort avant d’avoir vécu.   

     Mais Seigneur, que j’aurais aimé correspondre ! Avec une inconnue. Nous aurions joué Zweig en toute insouciance. L’anonymat nous aurait été délicieux : l’on aurait plongé sans méfiance dans la confession, l’on se serait découverts voilés.  Et chaque mot recèlerait un bout d’âme, chaque lettre, un miroir. Exercice n’est plus plaisant à l’esprit d’un homme que l’imagination, la construction dans l’obscurité : je m’y serais lancé rêveur, avec maints fantasmes qu’elle n’aurait sans doute pas satisfaits, mais que mes nuits solitaires auraient achevé de convaincre du contraire. J’aurais deviné la finesse de ses doigts à la façon dont elle aurait écrit ses « o », mesuré sa sensualité à la manière qu’elle aurait eu de former la courbe de ses « s », sondé ses envies et ses peines à la seule longueur de ses phrases, soupirs que trois involontaires points de suspension cloraient toujours, trahissant l’émotion tue… Généticien, j’aurais réhabilité le palimpseste, et entrevu ses tourments, également miens, au moment de choisir tel mot plutôt que tel autre. Nous aurions vieilli ensemble, nos existences communes s’égrenant au rythme nos lettres, étreintes spirituelles que ni les affres du temps et de l’âge, ni l’imminence de la mort n’auraient pu altérer la chaleur. Nous ne  nous serions jamais vus. Là aurait résidé le charme cruel de la chose. Vies parallèles. Existences confondues. A la veille de ma mort, je lui aurais écrit, simplement, « au revoir. » Elle aurait compris et n’aurait pas répondu. Remportant ainsi un vieux pari de jeunesse, j’aurais eu, pour ainsi dire, et à jamais, le dernier mot.

     Si j’avais eu dix années de moins, mon Dieu, j’aurais fait cela. J’aurais recherché à l’autre bout du monde une maîtresse d’esprit et de lettres. J’aurais été épistolier. Cela m’aurait évité beaucoup d’illusions perdues. J’aurais alors été à la veille de mes onze ans ; elle, en aurait eu douze, peut-être treize à peine. Aujourd’hui, je ne peux plus. Il est déjà trop tard. A vingt ans, hélas, l’on est trop vieux pour cela : l’on a déjà commencé à vivre, l’on a déjà connu les Hommes. L’on a… L’on a…  

     L’on a presque achevé de vivre.  

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Cause perdue...

12 Mai 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Solipsismes

    Une amie, que j’admire, m’a parlé récemment de son activité du moment : elle est engagée depuis quelques mois dans la lutte contre le fléau des enfants-soldats. Elle est engagée, elle y croit. Ses mots exsudaient l’indignation devant cette situation, et, en même temps, l’espoir et la foi dans la possibilité d’un changement auquel elle consacrerait toute sa vie s’il le fallait. Voilà qui est honorable : cette grande dame a trouvé sa cause.

     Avoir une cause. J’ai toujours eu du mal avec cette idée. Est-cela, vivre ? Faut-il en trouver une pour laquelle se battre, une à laquelle l’on serait prêt à sa sacrifier toute son existence afin, justement, de conférer à cette dernière un « sens » ? Je me suis posé un certain nombre de questions de ce type après notre discussion. C’est que je me demandais quelle était ma cause. Il m’est très vite apparu que je suis peut-être ce qu’on pourrait nommer un « rebelle sans cause ». Je m’indigne vite, et contre tout : la mort elle-même n’y échappe pas. Mais quelle est ma véritable cause ici-bas ? Je n’en ai pas. J’ai failli écrire « je n’en ai pas encore », mais ce serait admettre, soit que je suis trop jeune pour en avoir, soit que je m’en cherche. Aucune des deux perspectives ne m’enchante : les causes n’ont pas d’âge, elles nécessitent juste du cœur et de l’abnégation ; et se chercher des causes me semble être l’expression d’une faiblesse de l’esprit pour laquelle je n’éprouve que mépris et répulsion. Car lorsque l’on se cherche une cause, c’est que d’une certaine façon, on la choisit. Or, je pense qu’il n’y a de véritables causes que celles qui vous interpellent, abruptement, sans que vous n’eussiez rien demandé, sans même que vous vous y fussiez attendus. Les seules vraies causes, à mon sens, sont celles qui vous choisissent, et ne vous laissent d’autre choix, précisément, que de les mener.

    Moi hélas, –et je suis trop lucide pour en user simplement comme excuse ou justification, ce dont je n’ai d’ailleurs pas besoin, n’en ressentant aucune honte- aucune cause ne m’a encore interpellé au point que je fusse prêt à lui consacrer ma totale énergie. De trois choses l’une : je dois être, ou horriblement paresseux, ou affreusement égoïste, ou simplement inhumain, pour ne point arriver à m’engager durablement dans quelque combat. Et pourtant, Dieu sait que ce n’est pas ce qui manque sur cette misérable et petite terre d’hommes.

    J’ai choisi. Ce sera l’égoïsme affreux. Comprenez simplement par là que j’ai eu très souvent peur. Jusque là, je n’avais eu que des causes et des passions éphémères. Je me suis engagé dans beaucoup de choses, souvent avec entrain, mais à chaque fois, la peur, celle du pari, la peur d’oublier par exclusion d’autres causes, d’autres misères, d’autres plaisirs, la peur, tout simplement, de regretter cette part que l’on perd nécessairement lorsque l’on choisit, l’ensemble de toutes ces peurs, venait m’interrompre dans mon engagement. Je me détournais alors, quel que fût le plaisir que je prenais dans mon activité d’alors, et m’engageais ailleurs. Je trouvais que c’était la seule manière de ne rien s’interdire, et d’être libre. Ce n’était pas faux dans l’idée, mais c’était très loin d’être juste dans l’exécution que j’en faisais. Cette forme d’inconséquence, qui a fait que ne m’effrayaient pas tellement les choix proprement dits, que ce qu’ils pouvaient faire, à la longue, de moi, moi en tant que liberté, m’a sans doute longtemps retardé. Je ne m’en suis rendu compte que récemment, avec une légère ironie et une lucidité cynique, comme d’habitude lorsqu’il s’agit de me scruter. Que d’activités et projets laissés en friche, que de prometteurs talents peut-être perdus à jamais (karaté, scrabble…), que d’éventuelles histoires d’amours rejetées (fuies ?) au nom d’une bien trompeuse foi dans une liberté qui n’était au fond qu’une forme latente d’égoïsme aigu ! A avoir cru qu’il ne pouvait y avoir dans le cœur d’un homme qu’un unique engagement, celui envers l’indépendance, à avoir trop cru en ce mythe de la passion dévorante et inhibitrice, à avoir réfléchi et analysé à l’excès, jusqu’à en oublier parfois que je n’étais qu’un simple homme, j’avais érigé la liberté en dogme, la transformant ainsi en son contraire.

    Aujourd’hui, à vingt ans, je sais. Je sais que l’égoïsme ne disparaît jamais du cœur humain, mais qu’il faut juste s’en accommoder de la meilleure façon possible. Je sais que la liberté n’est pas le solipsisme. Je sais que cette liberté ne doit et ne peut d’ailleurs tout justifier, je sais que la peur qu’on ne dépasse pas et qu’on refuse de voir devient lâcheté immonde. Je sais tout cela. Ne l’ai-je pas toujours su ? Mais je sais aussi que la grande cause de cette vie, la première, l’impérative, celle qui mérite qu’on veuille mourir en son nom, c’est la recherche du bonheur.

   Le mien passe par celui des autres : les amis, la famille, la femme aimée, l’enfant, ceux qui me sont chers, mes seules causes. Les miens. Je suis trop méchant pour agrandir le cercle, trop méfiant pour croire en un humanisme et un universalisme tièdes, trop égoïste encore pour croire que le bonheur ne puisse pas l’être aussi.

   « Le reste, comme dirait Céline, c’est du yo-yo. » Que j’emmerde donc. 

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Sonnet à ma Déesse.

11 Mai 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Déjections littéraires.

Un soir qu’un éclat blanc chu de quelque haut astre

Fugace trait de lumière comme météorique

Illumina l’Attique et ses colonnes doriques

Un dieu laid fit pour Elle le nouveau Pilastre.

 

Ténébreuse Majesté qui sous d’immenses portiques

Sculpta deux ailes siennes : Science et Désastre,

Aux vains beaux Mortels sur cette terre sans cadastre

La pourchassant toujours, elle dit non- ascétique.

 

Amphore de volupté et de fracas mêlés,

Déesse, tu portes aux yeux d’olympiques charmes

Qu’altèrent à peine les flots cristallins de tes larmes

 

D’amour versées- Tes cheveux aux vents démêlés.

Athéna ! Athéna ! Vierge aux dieux Phantasme !

Ah ! Un baiser ! Sinon je meurs d’amoureux spasmes.

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Deux mots et quelques autres sur la France...

9 Mai 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Solipsismes

      La France parle beaucoup. 

     Lorsque je retournerai chez moi, c'est ce que je répondrai si l'on me demande -et cela ne manquera pas d'arriver, mon sentiment sur ce pays que bientôt deux années passées sur son sol m'auront appris à connaître quelque peu, et même à en prévoir parfois les réactions sans pour autant les comprendre toujours. 

     La France parle beaucoup, donc. C'est qu'elle débat beaucoup. C'est peut-être qu'elle est, d'abord, et eu égard à ces nombreux débats, une démocratie. Je ne suis pas très au vent de tout ce qui se passe dans les autres nations, d'Europe notamment, mais je crois ne pas me tromper en disant qu'il y a peu de pays, en effet, où l'on peut voir un nombre si élevé de discussions et débats étalés dans le champ public, toujours avec cette même intensité médiatique si caractéristique; toujours avec le même degré, en apparence du moins, d'importance; toujours avec cette même ferveur (cette fièvre?) pour les mots et l'argumentation; jamais, enfin, sans le moindre signe de désintérêt de la part de quelque acteur que ce soit -c'est-à-dire presque tout le monde- du débat. Cocorico: bienvenue au pays où quasiment tout le monde parle, et où l'on parle à peu près de tout. Qu'on le veuille ou non, par l'importance même du nombre de ces débats, ce pays est bien une démocratie. Mais qu'on le veuille ou non, par l'inanité même de certains de ces débats, la France est aussi une démocratie aveugle. Elle veut tout voir et finit par ne plus rien distinguer. L'importance de ses débats, en nombre, ne garantit pas toujours leur richesse, en qualité et en apports significatifs. Voici une démocratie qui tâtonne beaucoup, ne choisit pas toujours les débats essentiels, effleure les questions de fond, choisit de tout choisir, parle autant de la bonne graine que de l'ivraie. La France est une démocratie lourde et massive. Peut-être est-ce là qui fait sa singulatité et sa force. Mais je sais aussi que c'est là, et cela, j'en suis certain, ce qui la retarde parfois. Le pays d'où je viens, une ancienne de ses colonies, lui ressemble étrangement sur ce point. Que la discussion libre et égale, le dialogue et le débat permanents soient des signes de démocratie, tout cela est vrai et ne saurait faire l'objet d'aucune critique; mais que la revendication presque frénétique de la démocratie nécessite que l'on érige le moindre fait en débat national, souvent houleux, truffé d'attaques ad hominem et autres mesquineries, cela, par contre, est moins honorable et moins vrai. Est-ce être démocrate que de parler de tout? La France, qui répond souvent, pourrait dire oui. Cocorico: bienvenue dans ce "pays-basse-cour", où des coqs tricolores, ceux à crêtes, ceux qui ont perdu la leur, ceux qui n'en ont jamais eues, s'affrontent à coups de becs et de logorrhées d'autant plus amusantes qu'elles sont oubliées très vite, remplacées par d'autres qui subiront un sort fatalement similaire. 

    La France parle beaucoup. C'est aussi, c'est surtout, qu'elle est un pays de polémiques. Ca en devient banal, risible, navrant, pathétique. Aux vociférations indignées, désespérées, nostalgiques, mélancoliques, d'une France-centre-de -l'univers d'un Eric Zemmour, à ses provocations et dérapages quasi-hebdomadaires sur tel sujet, aussi hebdomadaire, de débat, viennent en écho les échanges quotidiens de piques entre l'U.M.P. et le P.S., entre le P.S. et le P.S., entre droite et gauche, entre gauche et gauche, avant qu'une salve de commentaires, d'émissions, de plateaux, d'interviews, de reportages, d'avis d'experts, ne vienne clore le ballet. C'est ainsi presque chaque jour. Si seulement tout cela se faisait avec classe et panache, l'on pourrait au moins atténuer la misère par l'élégance du mot. Mais non. Il n'y a ni classe ni panache. Au détour d'un débat, l'on y égratigne un homme, dont les idées passent à la trappe. Et puis l'on continue. Et hors de la politique, du social, je ne vous parlerai pas des petites batailles rangées que l'on voit souvent, par exemple, dans un milieu aussi féroce que le milieu littéraire, à propos de tel ou tel auteur, phrase, livre, prix littéraire. Eternelles, ces batailles, celles sur Céline (génie ou salaud? A inclure ou non dans les Célébrations nationales?), éphémères, celles sur Rimbaud (Lui ou pas lui sur la photo?), barbantes, celles sur Houellebecq (Goncourt immanquable ou pas?)- et tout le reste, qui donne le tournis. Polémique des polémiques, et tout est polémique. Le débat est ainsi fécond, peut-on me rétorquer. Je suis d'accord: il accouche de beaucoup de souris. Ritournelle du même. 

    Depuis que je suis là, il y a eu beaucoup de débats. Oh Dieu, que oui! beaucoup: le débat sur l'identité nationale, sur les retraites, sur le port de la burqa, sur Jean-Pierre Treibert (si,si,  je vous jure que j'en ai entendus sur des plateaux "sérieux"), sur l'Equipe de France de football (de Knysna aux quotas en passant par Domenech), sur la laïcité, sur Stéphane Hessel, sur le Médiator, sur la sécurité, sur la fessée (!), et sur ceci, et sur cela... Sur tout. Je peux vous dire qu'au bout d'un certain temps, un événement qui, en "temps normal", aurait paru important, même essentiel, passe désormais presque inaperçu, noyé par et dans la vague des polémiques, traité, classé, oublié. Bien sûr, je ne dis pas que tous les français sont ainsi, mais un minimum d'honnêteté suffit à faire voir, même aux plus chauvins d'entre eux, que la France n'a pas son pareil pour parler de tout et, souvent, pas toujours heureusement, de rien. C'est un caractère très général, qui frappe tout de suite par sa récurrence. Au début, ça intéresse; ensuite ça agace, d'abord légèrement puis franchement; après ça laisse indifférent; et enfin ça fait rire et ricaner.  

     Je parle beaucoup. C'est vrai. Mais pas autant que la France. 

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Brèves de Concours... (Suite et Fin)

8 Mai 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Solipsismes

     Voici les derniers hectomètres du chemin de croix. Le dernier rapport du calvaire.

     Les épreuves de Géographie (tronc commun) et de Spécialité Histoire m’ayant paru sans grand intérêt ni piquant (c’est surtout que je les ai ratées sans éclat), je n’en ferai pas mention. Cette brève, la dernière, je la réserve à mon amour, « mon cher amour mon bel amour, ma déchirure », la spécialité Géographie. Ma déchirure surtout. Car je ne m’en suis pas sorti entier. Cette épreuve fut pour moi un molosse sans pitié.

    La Géo Spé donc. De quoi s’agit-il ? D’un commentaire de carte. Le commentaire de carte topographique : deux ans que j’en fais sans rien y comprendre, deux ans que c’est ma hantise, deux ans que l’exécuteur de ces hautes œuvres me massacre (mais c’est réciproque, je le massacre aussi), deux ans que ce bourreau mien me décapite la tête sans que je ne meure. Conclusion nécessaire : je suis le descendant de l’hydre de Lerne.

    Avant l’épreuve, je le savais, l’on allait nous donner la carte d’un pauvre patelin perdu de ce beau pays. J’avais raison. De toutes les façons, pour pressentir ma misère, j’ai toujours raison.

    Il est quatorze heures. L’on nous distribue d’abord des calques. Malheur : à quoi cela sert-il, dans un commentaire de carte ? Double malheur : j’avais oublié comment s’utilisait un calque. Je n’en avais pas eu un entre les mains depuis le C.E. 2, je crois, quand je m’en servais pour faire des lions et autres bonhommes en cours de dessin. L’on nous donne ensuite la carte proprement dite. Je déglutis.

Manosque.

Diable.

Palsambleu.

    Un sourire bête s’afficha sur mon visage. Mais je gardai mon légendaire flegme, pour l’instant. En bon géographe, je me posai LA question, l’existentielle, la seule qui valût la peine d’être posée, la métaphysique interrogation de trois mots : « c’est où ? ». Je ne savais absolument pas où c’était, Manosque. Je ne savais même pas que ça existait.  Je me retournai, hagard et désemparé. Je tombai sur le visage d’un candidat aux cheveux longs qui avait l’air plus hagard et désemparé. Cela me rassura : j’ai vu tout de suite qu’il ne savait pas non plus. Que voulez-vous ? Quand on est ignorant, il faut être méchant, et chercher ses pairs.

    Manosque. C’est où ?

   Les heures s’égrènent. J’ai mis de côté les calques. J’ai commencé à écrire. J’essayai de me souvenir de la voix de la volubile Madame D., de ce qu’elle disait quand elle commentait une carte. Mais ici, cela ne me servit à rien. C’est dans ces moments de solitude que je regrette mon enfance. Immonde monde où l’on grandit pour commenter des cartes stupides.  

   Sur la carte, je décrivis des choses terribles, invisibles à l’œil non exercé, bien entendu. Je produisis des théories. Je me sentis géographe. J'étais géographe. C’est bien.

    Il paraît qu’une candidate (c’est Mohamed, l’autre, le faux, qui me l’a dit) se mettait debout, avec un air intelligent, pour prendre de la hauteur sur la carte, et mieux en voir les aspects, les milieux, les contacts, les dénivelés. Petite idiote que j'ai haïe parce qu’elle réussissait sans doute mieux que moi l’épreuve.

    Au bout de trois heures, c’était fini. Le concours était fini. J’ai survécu. A fêter.

    Au fait, pour tous les ignares, nombreux j’en suis sûr, qui se demandent encore en ce moment même où se trouve la commune de Manosque, sachez qu’elle est  dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, département des Alpes-deHaute-Provence.

    Je l’ai située quelque part en Champagne-Ardenne.

    Puisse Madame D. me pardonner, puisse Dieu me bénir. Amen. Sans trop y croire.

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Le Forcené.

4 Mai 2011 , Rédigé par M.M.S. Publié dans #Déjections littéraires.

Il fut une fois un forçat furieux qui,

Défiant ce firmament flétri mais frondeur,

Fit sa méfiance se fondre en un esclaffement fin

Qui fusa et se fracassa fort comme frêle faïence fendue

Face à l’Infini fait alors comme un fief s’effritant.

 

Fieffé fourbe effréné frénétique

Fis-je,

Que ce fou frappant  franc à la face

Cette foi fienteuse dans un futur par ses fers fermé,

Mais enfin fessé. 

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