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Souffle court

9 Juin 2015 , Rédigé par Mbougar

L’ouragan passe ; lentement certes, mais il passe. Peut-être même vais-je bientôt pouvoir recommencer à écrire plus régulièrement.

Quelques uns n’ont eu de cesse de me rappeler qu’il fallait garder la tête sur les épaules, comme si la tentation que celle-ci grossisse tellement que je m’en perde et en perde l’essentiel était plus qu’une possibilité : une certitude. Je ne cessais de leur répondre, pathétique, presque suppliant, que tout ce que je souhaitais, c’était continuer à écrire dans le silence, loin de tout cela ; mais cette réponse même semblait suspecte, insincère, un peu poseuse.

Ce qu’il y a de terrible dans tout cela, c’est que désormais, chacune de mes attitudes sera potentiellement une posture, un mépris, un engagement ; chacune de mes phrases, une surprise tantôt agréable, tantôt blessante ; chacun de mes silences, un brouhaha assourdissant. Il y a, je le sens, un fantasme du changement que ma personne nourrira désormais. Comme si l’on n’attendait qu’une chose : pouvoir dire : « voyez-le, il a changé depuis… » ou « regardez-le, maintenant, il se prend pour… ». Je perçois soudain, de façon abrupte, ce que je n’avais jusque-là qu’entrevu de loin : ma responsabilité lourde quant au langage.

Ce qu’il y a de plus terrible, c’est que les efforts les plus absolus pour s’effacer, être le plus discret possible, ou le plus naturel possible, me semblent vains, tout à fait superficiels.

Ce qu’il y a de plus terrible, c’est qu’aucun naturel n’est plus possible. Il faut se tenir. Ne plus péter en public, sinon silencieusement –mais on sait que les pets silencieux sont les plus redoutables.

Je me rends peut-être paranoïaque. C’est finalement ça, le plus tragique. C’est peut-être ça, la tête qui grossit. Mais il est peut-être déjà bien, je crois, de s’en rendre compte, d’être le plus lucide possible, le plus qu’on peut proche du soleil, de ses brûlures et de sa lumière.

Face à tout cela, une seule solution : non pas écrire pour me remettre –ça n’a jamais rien guéri, chez moi- mais écrire ce que j’ai lu. Le livre : le voilà, « le remède dans le mal », pour reprendre un beau titre de Starobinski.

J’ai récemment lu (parfois en entier, d’autres fois des extraits, des chapitres, quelques feuillets seulement) Kafka, Malick Fall, Thomas Mann, Colette, La Rochefoucauld, Arendt, Baudelaire, Odysseus Elytis, Foucault et Kourouma. Ils ont été ma respiration lorsque l'air manquait. Mes bronchies.

C’est d’eux que j’aimerais parler prochainement. De ce qu’ils m’ont dit sous assistance respiratoire.

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Ismo 10/06/2015 03:27

Vous êtes lucide, cher Monsieur ; et je crois que c'est là l'essentiel.

MarinaD 09/06/2015 22:56

Qu'importe ce qu'ils diront. Il n'a jamais été question que l'humain, ou pire l'écrivain demeure figé, dominé par son langage et les mots qu'il a jeté. Tu as su te dire. Ils ont su te lire. Nulle ne peut désormais te comprendre, car tu seras éternellement actif, mouvant et créateur. L'air est dans tes poumons. Méfiance tout de même, les plus doués ont fini tuberculeux.
Littérairement vôtre.
Marine