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Inutile bavardage de nuit

15 Avril 2015 , Rédigé par Mbougar

Il est 3h 29 du matin lorsque je commence l’écriture de ce texte dont, à vrai dire, je ne sais rien : ni pourquoi je l’écris ni ce que je vais y écrire. La seule chose qui me semble à peu près sûre, à son propos, est que j’espère qu’il me dira quelque chose sur moi ou sur le monde, qu’il me confiera quelque secret.

Il y a quelque chose de proprement absurde à constater qu’en pleine nuit, alors que les autres, quelque part, dorment, rêvent, bavent ou baisent, je suis là, devant un écran d’ordinateur, en train d’écrire un texte sans objet. J’ai toujours béni les insomnies : elles m’ont souvent servi à m’ennuyer sans me sentir coupable et, quelquefois, permis de venir à bout de tâches sérieuses -j’ai somme toute écrit mon mémoire de Master 2 en quelques insomnies salutaires, pendant les premières chaudes nuit du dernier été. Cette insomnie-ci arrive à point : ce compte-rendu d’ouvrage pour une revue ne s’achèvera pas tout seul, mon prochain roman n’avancera pas miraculeusement, cette nouvelle que j’ai promise à des amis n’ira nulle part si je n’y travaille pas, et du reste, honteux aveu, je n’ai pas encore parcouru le tiers de La Comédie Humaine. Sans parler, naturellement, de la masse d’ouvrages que j’ai à lire pour mes travaux universitaires. Et pourtant, j’écris ceci. Absurde ? Non. Désespérant. Que dis-je ? Pathétique…

Le pire est que j’en tire une curieuse –c’est le mot distingué pour dire misérable ou ridicule- gloire : celle de ces écrivains mystiques qui, du fond des nuits, veillent, souffrent, s’enorgueillissent de l’épreuve du silence et de l’ombre, du retrait et de la lenteur, patients pèlerins arpentant l’âpre selva oscura. Je me rêve en martyr de la littérature, que le labeur écrase, que le travail du style angoisse, que l’énigme de la vérité du monde tourmente, que la quête de la forme hante, que le langage obsède, que la langue obnubile, et qui sacrifie sa vie, et ses nuits, à l’écriture d’un grand texte. Ce minuscule pet d’encre, en l’occurrence, pour moi. On est le Flaubert qu’on peut.

Mais soyons sérieux : à quoi tout ceci rime-t-il ? Comment peut-on raisonnablement encore écrire ? C’est pour moi, ce soir, la seule question qui vaille –celle que m’aura révélé ce texte après trente-deux minutes de bavardage. Non pas : pourquoi écrire ?, mais bien : comment écrire ? Je veux dire : comment oser chercher une forme particulière du langage dans un monde qui se soucie si peu de forme, et moins encore de langage ? Comment expliquer à sa famille et ses amis qu’on écrit au lieu de gagner de l’argent ? Et comment, en séminaire, le lendemain, justifier le travail non-effectué par le fait qu’on a écrit une partie de la nuit sur un obscur blog ? Il faut le dire : cela a quelque chose d’extravagant, d’indécent, de provocateur.

Je développerais bien, mais hélas le sommeil semble enfin me venir. J’arrête là. 4h 14. Quarante-cinq minutes de rien. Un homme qui s’emmerde peut être fascinant.

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Cath 02/05/2015 18:54

Je veux bien arrêter de dormir si ça me permet d'écrire comme ça ! !
J'ose vous souhaiter encore beaucoup de très mauvaises nuits......

Willyborgia 02/05/2015 09:27

Belle stylistique dans le maniement de la langue ;)

Inutile commentaire de nuit 16/04/2015 04:27

Sublime l'ancien!