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Le cortège heureux (20)

1 Janvier 2015 , Rédigé par Mbougar

Texte 20

Chère grand-mère,

Un petit mot rapide, griffonné à la hâte entre la relecture d’un article pour une revue, et et la lecture –je le finirai, cette fois- des Frères Karamazov. Pardonne-moi de ne t’avoir pas écrit hier. Tu sais comment c’est, le nouvel an : les plats copieux, les indigestions, les mêmes vœux depuis qu’on sait lire et écrire, les messages collectifs, les appels à la famille (tout le monde te salue), les pétards, le bruit, la fête. Je n’ai pas pu y échapper, heureusement.

J’ai cependant beaucoup pensé à toi. Depuis bien longtemps, tu sais, j’aime à couvrir d’un mépris radical toutes les manifestations de fin d’année. Il m’a toujours semblé qu’elles n’étaient qu’un prétexte pour essayer de rebâtir du même sur de l’éprouvé, de secouer de poussiéreuses expériences qui hélas n’avaient plus rien à offrir : on célébrait le même, celui qui venait. D’ailleurs, ces dernières années, je n’aimais rien tant que lire ou me promener tranquillement pendant la dernière semaine de l’année, superbement misanthrope et haïssant l’espèce. 2015 pourtant, je le sais, sera différente : il va falloir apprendre à vivre sans toi.

J’oublie parfois que tu es partie, pourtant. C’est assez étrange : en écrivant ces lignes, il m’arrive de ne plus me souvenir que c’est de toi –je veux dire, toi n’étant plus là- que je parle. D’une certaine manière, c’est une bonne chose : c’est la preuve que petit à petit, au fil des textes, je me rapproche de toi, et que je perçois ton sang pulser vigoureusement, si proche, que la question de ton absence devient absurde. Je suis tel ce promeneur qui finit, absorbé dans sa contemplation, par s’oublier en elle.

Ceci est la vingtième perle de ton chapelet. Je l’égrène sans amertume aujourd’hui. Le cortège a parcouru la moitié du chemin déjà. Je ne suis pas fatigué. A bientôt là-haut.

Je t’embrasse,

Boy.

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