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Caprice de nuit

27 Novembre 2014 , Rédigé par Mbougar

Entre la lâcheté et la mégalomanie, je ne sais trop vraiment ce qui m’empêche de supprimer cet épouvantable blog. Un peu des deux, sans doute : dans l’infecte marinade d’inutilité où je baigne, ces fichus textes, pondus pour la plupart en vitesse –comme une malheureuse auto-fellation prodiguée à la hâte- ont fini par devenir mes seules certitudes. Arrêter serait suicidaire : qu’y a-t-il au-delà ? Continuer serait fou : où aller ? Le plus triste dans tout ça, c’est que je n’ai même plus la force de rire de moi-même.

Je ne sais plus pourquoi j’écris. La seule passion (le fameux, candide et imbécile « j’aime ça ») ne suffit plus et n’a jamais suffi : je déteste l’idée que j’écris par amour de l’écriture. J’ai rêvé un jour d’écrire par haine –de l’écriture, des autres, de moi-même. L’écriture sans l’aimer, parce que sinon c'était la mort ; la rage ; la colère ; l’éructation superbe ; la misanthropie ; l'informe crachat ; oui : j’ai voulu tout cela ; j’ai voulu la littérature comme enfer, enfer au cercle unique, où j'aurais tourné en rond sans issue. Au lieu de tout cela, j’écris gentil, j’écris classique, je suis un « aptère », « je rampe dans les phrases », c’est long, ça ennuie, ça se perd dans des subordinations infinies, qui, que, dont, toutefois, nonobstant, tandis que ; ça se veut élégant, balancé, travaillé, sculpté dans le labeur du grand style, oh, et puis, ultime confort, absolu snobisme, les mignons petits points-virgules au bon endroit ; et tout le reste: le terrible imparfait du subjonctif, assions, ussions, circonflexes etc. Et l’éruption ? Je suis un volcan éteint, qui ne gronde que pour l’effet de manche. Plus rien ne brûle. Plus aucune énergie intérieure. Je ronronne devant mes carnets comme une mal-baisée dans son lit. Je prétends m’indigner, réfléchir, me détacher, critiquer, prendre de la hauteur (tu t'écraseras comme un sombre Icare), défendre, contempler, lire, relire. Et ça fait de classieux éloges du football, et ça défend le pédé sénégalais, et ça poétise une banale balade en tram, et ça feint de montrer ses lettres, la Littérature, toujours avec un L majuscule mythifiant bien sûr, et ça professe du haut d’une chaire de mépris, et ça joue à l’esthète décadent qui contemple.

Et tout cela pour quelle raison ? Pas de gros mots, je vous prie, ne rajoutez pas à l’impureté pompeuse de cet endroit : la justice, la vérité, le savoir, l'amour, la beauté, l'engagement -ah misère!, le plaisir, la conscience, et leurs avatars, gardez ça pour vous. Je pisse deux litres de vin dessus et quelques gouttelettes; la chiure, c'est pour les mal-éduqués.

Tout ceci, bien sûr, est un énième caprice, une autre manière de se masturber plus fort encore. Ca passera, ça passe toujours. L’auto-flagellation intellectuelle est la politesse du masochisme moral. Encore une formule qui ne veut rien dire. Décidément.

Tentation du silence. J’y réfléchirai après ma promenade dans le bois. Je me hais scrupuleusement, ce soir.

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Oumar 28/11/2014 00:25

Je l'ai lu en écoutant Junip "Line of fire". Simplement jouissif.
Continuez à écrire et haïssez-vous !

Ndiaya C 27/11/2014 18:54

Tous les blogs sont apparemment voués à disparaître un jour. je pensais que celui ci était une exception. Ecrit aussi sur ceux qui s'attachent fortement à ce blog, à défaut penses y ^^ Je me délecterais des qualificatifs que tu attribueras à ces inconditionnel(le)s de "chosesrevues"