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"Ego scriptor"

16 Juillet 2014 , Rédigé par Mbougar

J’ai le malheur de ne savoir qu’à peu près écrire. Et encore, ne me résous-je à l’aveu de cette coquetterie que parce que ma vanité ne souffrirait pas que je la lui refuse. Car cette illusion –savoir à peu près écrire- est la seule qui me restât; toutes les autres ont fini par mourir, sagement, les unes après les autres, à la queue-leu-leu, et avec la mélancolique grâce des ambitions à oublier, et que l’on n’aurait pas même dû avoir. Magistrat, Médecin comme papa, footballeur, épistolier ( ?), con, footballeur, diplomate ( ?), journaliste…

Je n’ai jamais été un excellent élève et encore moins – est-ce l’amertume qui me fait songer à écrire « Dieu merci » ? - un étudiant brillant. Je relis aujourd’hui certaines de mes anciennes dissertations avec un certain amusement, et ne repense pas à de prestigieuses distinctions scolaires, acquises dans un passé pas si lointain, sans me faire cette réflexion, si simple et si terrible pourtant : tout mon cursus scolaire n’a, jusqu’à présent, jamais reposé que sur mon aptitude à écrire. Disons mieux, ou pire : hormis écrire, je n’ai rien fait et ne sait peut-être rien faire d’autre de mon esprit. Je ne tente même pas de me demander s’il faut s’en enorgueillir ou s’en affliger : les deux perspectives me semblent pareillement imbéciles. Mais je suis certain en tout cas de n’atteindre à quelque chose qui pourrait être de l’ordre de l’intelligence que lorsque j’écris. Ce n’est pas de mon fait, et je n’ai aucun mérite, du reste : je n’écris pas parce que je suis intelligent ; je suis intelligent parce que (lorsque serait plus juste) j’écris. L’écriture chez moi précède l’intelligence ; mieux : elle la crée et la génère. Et hors d’elle, hors l’écriture, je ne suis qu’un con parmi tant d’autres, sans doute. En société, il me faut faire un effort surhumain, écrire dans mon esprit –c’est plus difficile que simplement réfléchir-, avant de parler ; lorsque je n’y arrive pas, lorsqu’aucune des phrases que je fais intérieurement ne tient, c’est-à-dire ne fait tenir ma pensée, je verse dans l’insignifiance du langage, dans l’informe et ignoble magma de la parole résiduelle, dans « le marais intérieur d’ennui », ou je me tais.

J’ai, bien assez tôt, compris deux choses. Premièrement, que je devrais écrire ou rater ma vie. Deuxièmement : que je raterais ma vie si je me mettais à écrire. Plus simplement, j’ai compris qu’écrire était un luxe que je ne pouvais me permettre encore, un risque qu’il m’était interdit de prendre car, voyez-vous, il faut bien vivre. Au mythe de l’écriture à tout prix, à laquelle on a tout sacrifié, s’est toujours opposée, dans mon esprit, l’image comminatoire de la prétention mal placée, et qui conduit à l’échec. Je ne puis me permettre d’avouer, brutalement, que je veux « écrire » : cela ne veut pas dire grand-chose, et c’est l’excuse des gens paresseux, dit-on. Alors je me suis « engagé dans la recherche en Littérature » : façon plus acceptable, socialement, de confesser que j’écris sur une chose dont il faut supposer qu’elle me plaît. Récemment, un camarade nous posait une question : écrit-on ou rédige-t-on une thèse/un mémoire ? La réponse est aisée, en ce qui me concerne : je l’écris, non par coquetterie ou mépris de la rédaction, mais bien parce que je ne sais pas faire autrement. Ecrire est, au sens fort du mot, une passion : une passio, la souffrance que je désire. Mais elle est une passion paradoxale, une anti-passion car elle n’est pas extérieure à moi. On se passionne pour des choses (un objet, une activité, une personne autres) vers lesquelles on tend irrésistiblement ; or, il se trouve que je ne tends même plus vers l’écriture : je n’ai plus besoin de sortir de moi pour la trouver, puisque chacun de mes gestes, comme chacune de mes paroles, est une modalité de l’écriture.

Lorsqu’on me demande si je suis écrivain, je réponds que non, que je ne sais pas ce que c’est qu’un écrivain, et que d’ailleurs, le saurais-je même que je refuserais toujours d’en être. Et c’est vrai. A la place, j’ai souvent mis des qualificatifs vagues : écrivant d’abord, puis, depuis peu, homme de lettres. Mais cette expression même commence à me paraître impropre à rendre bien ma situation et mon rapport à l’écriture.

J’écris. Point. Sans complément d’objet. « Ecrire, verbe intransitif. » Verbe clos sur lui-même. Autotélique. Portant en lui-même sa propre jouissance, sa propre signification, sa propre croix.

Il y eut un homme qui rit. Je serai désormais un « homme qui écrit ».

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fan de hugo 01/08/2014 20:34

Bonjour mbougar je suis entierement avec vous . Mes respects pour exterioriser ma joie et mettre en exergue ma fierte senegalaise . Etre philosophe a toujours ete mon ambition pour m'empecher de dire reve mais je vous pour l'amour de l'ecriture et

fan de hugo 01/08/2014 20:35

Je voudrai savoir la vrai definition de l'orgueil