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Brèves de Mondial #3

17 Juin 2014 , Rédigé par Mbougar

Il ne faut pas être éjaculateur précoce. Je vais donc réprimer mon envie d’orgasmes multiples –et réprimer autoritairement la vôtre- en ne commettant pas tout de suite un dithyrambe de Benzema. Je vais attendre quelques jours encore, le temps que la France monte en puissance dans ce tournoi, et que Karim fasse couler sur votre front humble le pur miel de son talent, de sa technique (c’est pour moi le joueur le plus doué techniquement du Real, c’est dit), de son élégance, de son intelligence. Rendez-vous début juillet. D’ici là, revoyez tous les Clasico de cette saison et les deux matchs contre le Bayern. Focalisez-vous sur Benzema. Et pleurez : le paradis, ça ne peut pas être autre chose. Impossible.

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Il faudra un jour que l’on m’explique pour quelle raison la plupart des sénégalais ont une haine viscérale de l’équipe de foot française. Je ne peux pas simplement croire que c’est parce que « les journalistes français parlent trop ». Cet argument tourne vite court, je pense, pour la simple raison qu’ailleurs, je veux dire, dans les autres bonnes nations de foot, c’est pareil. Je me souviens de tout le tohu-bohu qu’il y avait eu lorsque le Sénégal était en phase finale de coupe du monde : les mobilisations, les visites au Palais, les nombreuses chansons faites en leur honneur, les foultitudes de plateaux d’analyse, les kyrielles de reportages, les myriades d’interviews… Et j’en passe. Les journalistes français en font trop, certes. Encensent vite. Critiquent vite. Enterrent vite. S’emballent vite. Mais je ne suis pas certain que ce soit simplement ça qui justifie cette aversion de l’équipe de France.

Dois-je me lancer dans une psychanalyse des anciens colonisés ?

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J’ai connu deux grands joueurs qui évoluaient chaussettes baissées, mollets découverts, (protège-)tibias en l’air : Francesco Totti et Manuel Cesar Rui Costa. Caractéristiques assez similaires : technique supérieure, vision du jeu exceptionnelle, frappe lourde, meneurs de jeu (Rui Costa était un pur 10, tandis que Totti sait se muer en 9 et demi), passeurs hors pairs. Il semblerait désormais qu’il existe un troisième joueur en phase de devenir grand, les chaussettes baissées. Il faudra un jour que le football se penche sur Tomas Müller. Ce type a des caractéristiques étranges : il n’est à proprement parler ni meneur de jeu ni joueur de côté ni même attaquant, ne semble pas être doté de cette pureté du geste qui est le propre des grands esthètes, me paraît avoir une technique bonne sans plus, n’est pas très rapide, n’est pas costaud, n’est pas beau, n’a pas les cheveux gominés ou la coupe à la mode. C’est par excellence l’anti joueur moderne. Mais qu’est-ce qui fait, alors, qu’il terrorise ? Qu’il effraie toute défense par sa capacité à scorer à tout moment ? Quelle est la raison de sa présence ? Essai de réponse : Müller est présent sans l’être ; sa grande force est d’être une menace permanente tout en étant effacé –je ne dis pas : fantomatique, mais effacé. Cet effacement me semble évidemment travaillé chez lui : ce n’est pas de l’instinct. Müller ne me semble pas être de la race des renards de surface que furent Trézéguet, Inzaghi, et qu’incarne aujourd’hui, par exemple, Huntelaar, buteurs intuitifs, supérieurement doués dans la surface, dont le grand don est celui du placement et de l’opportunisme. Müller à l’inverse n’est pas un renard ; je dirai même que tout son talent et toute son efficacité s’expriment hors de la surface. J’ai dit tout à l’heure qu’il n’était à proprement parler ni meneur de jeu, ni joueur de côté, ni même attaquant : c’est qu’il est tout cela à la fois. Qu’est-ce que cela veut dire ? Que sa grande force, tout son génie, tient dans une seule chose : l’intelligence du déplacement. Il n’est pas gourmand avec le ballon, est sobre lorsqu’il l’a, joue toujours au plus simple et au plus direct. Mais c’est lorsqu’il ne l’a pas encore, lorsqu’il l’appelle donc, qu’il est le plus dangereux, car il l’appelle toujours de manières à être près du but dans les bonnes conditions pour marquer. C’est peut-être le joueur chez lequel le dernier geste est le plus facile. Que l’on revoie ses deux derniers buts hier. A chaque fois, il a le même petit mouvement (le contre-appel) qui le fait changer de direction et échapper au marquage. Ajoutez à cette intelligence du mouvement un caractère de merde –l’esprit de Ballack, ancien porteur du 13, l’habite-, une rage incommensurable de marquer, un sens fort du collectif, et vous obtenez un joueur redoutable. L’Allemagne cherchait son attaquant, hormis Klose. Elle a trouvé davantage qu’un simple attaquant : Müller. Et lorsque l’on songe que derrière, les passeurs se nomment Kroos, Özil, Schwien… Schcweni… Schweis… enfin merde, vous voyez de qui je parle, il y a raison de penser que Müller plantera quelques autres buts. Et voilà soudain qu’en terminant ce paragraphe, je songe à Raul…

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Que la plupart des sélections africaines soient limitées techniquement et en retard tactiquement, on le savait. De ce point de vue, les matchs du Cameroun, du Nigeria voire du Ghana ne m’ont rien appris. La Côte d’Ivoire elle-même m’a semblé montrer certaines limites indignes des joueurs qui composent ses rangs. Enfin, passons.

Pas de surprise sur la technique et la tactique, donc. Mais il y a un domaine où les équipes africaines elles-mêmes commencent à déchoir : le domaine physique, qui était pourtant, prétendument, leur chasse gardée, ce qui faisait leur force. J’ai vue la première mi-temps du Nigeria hier, le match du Ghana et le match du Cameroun. Toutes ces équipes ont pêché par carences techniques et tactiques, mais le plus inquiétant est qu’elles ne parviennent plus à faire la différence physiquement, si tant est qu’elles l’eussent jamais faite.

La vérité de cette affaire est simple : il y a tout un modèle à changer, toute une formation à fonder non plus sur des aptitudes physiques, mais bien sur les seules choses qui font le succès des grandes équipes aujourd’hui : la mobilité, le jeu au sol, la vitesse, la possession ou le jeu en contre. Mais quel est le style, l’identité de jeu des équipes africaines ?

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Lamine Diatta et Pape Malick Diop formaient une meilleure paire défensive que l’actuelle charnière ghanéenne Mensah / Boye.

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