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Brèves de Mondial #2

14 Juin 2014 , Rédigé par Mbougar

Puisqu’il faut parler du jeu de tête après le magnifique but de Van Persie…

Je fais partie, sur un terrain de football, de ces types plutôt élancés, mais qui n’aiment pas tellement le jeu de tête. Non pas que le mien soit pauvre, je le crois même plutôt correct dans l’ensemble ; mais, simplement, je suis plus à l’aise lorsque le ballon est au sol. J’ai cependant une réelle admiration pour les excellents joueurs de tête, qui parviennent à allier détente, timing, sens du déplacement, technique du jeu de corps, puissance et précision de la frappe. J’ai longtemps joué, au milieu de terrain, aux côtés de Bamba Nokho, excellent joueur, dur sur l’homme, puissant, technique, et qui adulait John Obi-Mikel. Il nous est aussi arrivé, quelques fois, de jouer l’un contre l’autre –que ces duels étaient éprouvants-, mais que l’on fût partenaires ou coéquipiers, il était maître des airs. C’est en le voyant y régner que j’ai compris ce qui, peut-être, était le secret des joueurs de tête de qualité. Il y en a deux, en réalité. Premièrement, ils attaquent toujours le ballon, de manière à le dominer; deuxièmement, ils le regardent jusqu’au bout. Cela semble banal, dit ainsi. Mais je vois tellement de joueurs subir l’impact au lieu de le maîtriser, et plus encore qui ferment les yeux avant celui-ci, que je me dis qu’il s’agit là de ce qu’il y a de plus difficile lorsqu’il s’agit de prendre le ballon du chef. Bamba Nokho sautait, ouvrait grand les yeux, rentrait dans le ballon, les yeux toujours ouverts.

J’ai pensé à lui aujourd’hui, non à cause du but de RVP, mais parce que le Mexique jouait. J’ai pensé à lui car, par sa qualité de jeu dans les airs, il me rappelait un grand attaquant mexicain, Jared Borgetti. Qui ça ? L’auteur d’un des plus beaux buts de l’indigent Mondial 2002. Contre L’Italie, après une séquence collective impressionnante, Borgetti plaçait une tête, dans une position et d’un angle impossibles : complètement désaxé, à l’entrée des 5, 50 m, coin droit, sans coéquipiers autour. La plupart des attaquants auraient contrôlé. Lui, a choisi, avec une spontanéité et une rapidité que dont les vrais buteurs seuls savent faire montre, de mettre un coup de tête. Sans vraie puissance. Mais avec ce qu’il fallait d’effet pour clouer Buffon sur place, surpris, comme tout le monde, par la géniale intuition. Une tête en pivot, en bout de course. Le tout en ayant le grand Maldini aux basques. Allez voir si vous ne connaissez pas l’action. C’est par ici.

Je tiens Jared Borgetti, avec Bierrhof, Hakan Shukur, Ivan Zamorano, Mario Jardel, Crespo, Trézéguet et, bien évidemment, Nokho, pour les meilleurs joueurs de tête que j’aie jamais vus. Jan Koller, ça ne compte pas, et Charisteas, je ne lui pardonnerai jamais son but en 2004 contre la France.

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Au milieu des flagrantes limites techniques, tactiques voire physiques du Cameroun, j’ai été surpris de voir Stéphane Mbia surnager. Le seul qui a essayé de bouger les lignes mexicaines, de surprendre, de prendre des risques. Dans la continuité de sa saison à Séville. Tout le reste a été presque désastreux chez les Lions indomptables. De quoi (les) déprimer.

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Rappelons qu’à l’Euro 2008, les Pays-Bas, dans un style aussi flamboyant qu’aujourd’hui, avaient corrigé la France, vice-championne du monde, 4-1, et humilié l’Italie, championne du monde, 3-0, coup sur coup. L’impression qu’ils dégageaient était forte. Robben, Sneijder, Van Persie, Kuyt, Van der Vaart, Van Nistelrooy. Ils furent éliminés par la Russie en quarts. Comparaison n’est pas raison, certes. Et il est vrai que la prestation des Oranje a été très convaincante tout à l’heure. Mais que tous les prophètes se calment. Rien n’est encore joué.

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J’ai envie de défendre David Silva. Il est vrai qu’il avait l’occasion de mettre la balle du 2-0, qui aurait peut-être complètement changé le sort du match. Cela n’a pas été le cas, et l’Espagne a été punie. On reproche à Silva moins d’avoir manqué l’occasion que de l’avoir manquée d’une certaine manière : en tentant cette pichenette. Je trouve pour ma part qu’il a eu raison de tenter cette pichenette. L’eût-il mise qu’on eût crié au génie. Je ne pense pas que Silva ait tenté ce geste par présomption ou goût de la pose et de la fantaisie tape-à-l’œil, ça ne me semble pas être le genre du joueur. Il a joué au football, tout simplement. Pris un risque. Osé le jeu. Parié sur le plaisir. Tout ça l’espace de quelques secondes. Cela n’a pas marché cette fois-ci, ça arrive. Et c’est dommage. La Panenka de Zidane, c’est en partie ça, et dans des circonstances autrement plus tendues.

J’espère que si cette action était à refaire, Silva retenterait une pichenette, en s’assurant qu’elle aille au fond, cette fois-ci.

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Jean Beauséjour... On dirait presque le nom d'un personnage de Maupassant.

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