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Le Génie du Mouridisme

20 Mai 2014 , Rédigé par Mbougar

Longtemps, je me suis couché tard. Parfois, à peine mes yeux se fermaient-ils qu’il était temps déjà de les rouvrir. J’écoutais alors, assourdies, des notes majestueuses qui s’échappaient encore de mon ordinateur ; toute la nuit elles m’avaient empli d’une sérénité que je ne retrouve que dans peu de choses. Je n’ai jamais écouté, lu, récité les Khassidas de Cheikh Ahmadou Bamba qu’avec une singulière dilection.

Il faut le dire : aujourd’hui, je ne suis plus mouride que par mon amour des Khassidas. Tout le reste, et le Khalife, et les Ndigël, et le Magal, et les légendes miraculeuses et les sermons, tout cela n’a plus pour moi qu’un sens affaibli car perverti souvent ; tout cela n’est plus grand-chose à côté de la seule chose qui vaille : la Poésie. Car c’est bien de Poésie, de limpide Poésie, qu’il s’agit dans les Khassidas. De la régularité de la composition à l’amplitude du rythme, de la rigueur de la versification à l’ampleur du geste, de la beauté du son à la profondeur du sens, les Khassidas m’émeuvent. Et voici la solennité de Jazbu, et voici le rassurant air de Sindidi, et voici le réconfort de Matlabul Chifaï. Et qui n’entend pas la splendeur de Assiru Mahal Abrari… S’il y a une Vérité du Mouridisme, je ne l’imagine pas ailleurs. Cheikh Ahmadou Bamba lui-même l’a suggéré, qui disait : « Mon miracle, ce sont mes écrits. » Oubliez la prière en mer. Revenez-en au miracle de l’œuvre poétique et théologique. Revenez-en au prodige de l’esprit et du cœur.

Aujourd’hui, l’avenir du Mouridisme m’inquiète. Certaines de ses orientations m’interpellent. Certains de ses silences m’intriguent. Certaines de ses ostentations me gênent. Il commence à poindre dans le discours de beaucoup de ses partisans une radicalité et une fermeture que je ne retrouve nulle part dans les grands textes de Serigne Touba. Cela devient de l’idolâtrie. Et l’obscurantisme menace. J’ai entendu, au nom du Mouridisme et de Cheikh Ahmadou Bamba, des affirmations qu’un islamiste eût pu tenir.

Face à toute cette présomption, il faut retrouver l’essentiel : l’humilité. Celle-là même qu’en 2002, alors qu’il avait demandé à être laissé seul avec mes frères et moi, Serigne Saliou Mbacké, silencieux, lumineux, affichant derrière les volutes du thé qu’il venait de préparer pour nous un sourire d’enfant, incarnait. Lorsque, tête blanchie et humblement baissée, toujours sans dire un mot, et toujours souriant, il me tendit le verre de thé, j’avais partagé un sourire complice avec lui. Aujourd’hui, je ne repense pas à ce moment sans que mes yeux s’emplissent de larmes et mon cœur d’émotion. La même qui me saisit lorsqu’un chœur de Hizbut Tarqiyya entonne des khassidas. C’est à ça, à ce Génie du Mouridisme, qu’il faut retourner.

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