Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

De quelle partition Thiago Motta est-il le nom?

10 Avril 2014 , Rédigé par Mbougar

Thiago Motta a tout pour me déplaire. D’abord, il a été formé à Barcelone –à ce propos, je ne me lasserai jamais de revoir ce but de Ronaldo, en 2005, où Motta, alors blaugrana, se claque la cuisse sur une fulgurante accélération, qui finira par un but, du brésilien. Ensuite, Motta, sur le terrain, est un formidable glorious bastard, rivalisant largement, s’il ne les surpasse en filsdeputerie, avec Luis Suàrez et Sergio Busquets. Et, enfin, quoi, il faut le faire, Thiago Motta est italien. D’une nonchalance qui ne m’exaspère que chez lui. « Omai convien che tu cosi ti spoltre… »

Mais ce type est splendide. Balle au pied, c’est un miracle ; sans ballon, c’est un prodige. L’une des rares soirées qui m’a vu supporter le PSG a pris l’allure d’un cauchemar –du moins, pour ce qui est du fond, c’est-à-dire du résultat. Voir Chelsea, avec cet apparent manque de génie collectif, cette médiocrité perpétuelle dans la production du jeu, passer, voir Mourinho, avec cette vulgarité qui le singularise, faire encore taire ses détracteurs (dont je suis) par son intelligence tactique, assister à la chute du PSG, regarder Laurent Blanc, tactiquement apathique, machouiller bêtement sa touillette, et Lucas, s’empêtrer progressivement dans les rets londoniens, et Cavani, El Matador, ne rien tuer que son propre talent, s’auto-toréer dans le vide (« est-ce que ce monde est sérieux ? »), a été insupportable. Mais dans l’obscurité de ce ciel, une étoile ; dans la tempête et le cauchemar de cette nuit, l’étoffe d’un rêve. « … such stuff as dreams are made on…”: le pied gauche de Blaise Matui Thiago Motta.

Inutile que je m’attarde sur le caractère crucial de sa présence au cœur du jeu de Paris, sur son profil, complémentaire, à la perfection, avec celui de Verratti et de Blaise, sur son intelligence tactique, sur son importance sur les coups de pieds arrêtés. Non, je veux qu’on en revienne à l’essentiel ici : au génie technique. Je veux dire : au pied gauche.

Deux actions.

Première mi-temps : dégagement, il me semble, de Willian, sur un ballon perdu par Lucas. Grande balle en cloche, forte, que 90% des joueurs auraient renvoyée de la tête, sans se poser de questions. A la réception, Motta. Autour de lui, à un mètre ou deux, Eto’o et Schürrle font semblant de le presser, qui croyaient sans doute qu’il dégagerait. Que croyez-vous que Motta fit ? Il contrôla, simplement. Non de la poitrine. Mais de l’intérieur du pied gauche. Je ne sais pas si l’on imagine ce qu’il faut d’aisance technique pour, au milieu d’adversaires, maîtriser un ballon dégagé avec force du cou-de-pied (ça s’écrit ainsi), et retombant vite. Motta contrôla ; et le temps que ses deux adversaires se remissent de leur stupéfaction et le pressassent davantage, le ballon était déjà dans une zone moins exposée, et Motta, ailleurs. Contrôle. Passe. Mouvement.

92e minute : Chelsea venait de mettre le deuxième but. Le PSG se jetait à l’avant avec, comme on dit, l’énergie du désespoir. Corner. Motta tire. Le ballon est renvoyé. Maxwell récupère. Comme des meurt-de-faim, les joueurs de Chelsea, tous repliés, sortent sur le brésilien, qui n’a d’autre choix que d’adresser une passe pourrie à Motta, près de la ligne de touche. Motta récupère. La meute déjà l’entoure. Quatre maillots bleus l’encerclent, l’harcèlent. Il contrôle. Une touche pour se libérer une seconde de la quadruple pression. Puis, alors que cette dernière s’abattait, déséquilibré, Motta réussit à glisser le ballon entre ces huit jambes, pour retrouver Maxwell, libre, à l’entrée de la surface. Cette passe, précise, à terre, dans le bon tempo, a été effectuée avec une maîtrise et une sérénité impressionnantes. Dans ces conditions (fin de match, pression insoutenable, atmosphère, spectre de l’élimination) combien sont-ils qui n’eussent pas immédiatement, à l’aveugle, mis la balle dans la boîte, après la passe de Maxwell ? Bien peu. Parmi eux, Motta.

Mais surtout, surtout messieurs, mesdames, ce qui me ravit chez ce joueur, c’est sa volonté obstinée de ne jamais garder le ballon plus de 5 secondes. Que l’on calcule. Que, pour une fois, les stats célèbrent la technique, le jeu, le mouvement. Je suis certain d’avoir raison. Thiago Motta, c’est trois touches maximum –et encore faut-il que les autres ne lui proposent rien pour qu’il garde le cuir si longtemps. C’est ce perfectionniste dont l’obsession n’est pas de retoucher toujours, mais de parfaire la première touche afin de n’être pas obligé de la redoubler. Par ce renversement des codes du perfectionnisme qu’il effectue, Motta devient un esthète de l’instantané, dont le geste ultime, celui en lequel il condense tout son génie, est la remise.

Le pied gauche de Motta est une partition qui se décline en une centaine de temps, mais brefs, insaisissables, et dont l’ensemble imprime une puissance et un rythme d’une exquise perfection. Motta est un éloge de la touche. Motta est un éloge du mouvement. Motta est un éloge de la virtuosité, de la rapidité d’exécution. Motta est un éloge de la fuite. Il touche et fuit.

La touche et la fuite. Toccata et fugue. Bach. Motta.

Partager cet article

Commenter cet article

Sarr 10/04/2014 20:21

Merci Mbougar!

badiaano 10/04/2014 17:35

Respect!

Dexter. 10/04/2014 15:07

Oui, il a étais formé à Barcelone.
Ça résume tout.