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Le Mal et la Littérature

3 Mars 2014 , Rédigé par Mbougar

(...) Or la Littérature, évidemment, est un blasphème. Dans La Littérature et le Mal, Georges Bataille (grand penseur de la Transgression, de l’Erotisme, du Sacré) nous parlait du rapport non seulement évident, mais encore, nécessaire, que la Littérature entretient avec Mal. La Littérature n’aurait selon Bataille, pour toucher à quelque chose qui serait de l’ordre de l’Essentiel, qu’une solution : se confronter au Mal de l’Homme ; et s’y confronter, cela ne veut pas simplement dire décrire des situations où l’Homme ferait le Mal, mais plutôt exprimer, immédiatement, « une forme aiguë du Mal » que porterait l’Homme.

Cette idée est très forte. Elle rappelle que la Littérature doit fondamentalement constituer une transgression de l’Etre tel que les lois morales, les interdits, le surmoi, l’ont façonné. Elle ne doit rien s’interdire : elle parle de l’Homme, avec tout ce qu’il peut porter d’abjection.

Tous les grands écrivains censurés, officiellement (Baudelaire, Céline, voire Flaubert), officieusement (Apollinaire, Sade, Aragon), tous les grands écrivains, en somme, qui ont une véritable réflexion sur la Littérature et ses possibilités, ont en commun ceci : ils ont compris que le Langage littéraire, en exprimant le Mal, devenait, par transmutation, ou transsubstantiation diabolique (l’écriture incarnant, performativement, la parole du Mal) le Mal même. Ainsi le Mal chez Flaubert se trouve-t-il dans sa névrose de la Phrase ; chez Céline, dans l’obsession du Style ; chez Baudelaire, dans le mélange du classicisme le plus rigoureux et de la Modernité la plus déroutante ; chez Sade, dans la sensualité même de l’écriture.

La Littérature donc, est plus intelligente que la Censure. Certes, cette dernière la frappera toujours, et toujours croira la vaincre. Mais la Censure, c’est sa bêtise, se trompe éternellement de cible : elle cherche toujours à cacher l’objet de la Littérature, alors que ce n’est pas son objet, mais la Littérature même, qui est le Mal.

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