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Délibération.

11 Mars 2014 , Rédigé par Mbougar

Je suis un homme parce que je doute, et parce que la lumière se dérobe éternellement à mes idées et à mes sentiments. Je n’ai jamais habité que dans mes tensions, jamais connu d’autres terres où vivre que celles de mes déchirures; et si la clarté du cœur est une grâce, je ne suis pas de ceux qu’elle a touchés.

Je ne suis pas triste. Je ne suis pas seul. Je ne vais pas mal. J’ai joué au foot samedi, et marqué un but de la tête en m’élevant plus haut que les autres. Il faisait beau. Les notes de Myamba s’égrenaient. Le monde était calme. Mais simplement, une expérience humaine se produit : j’y prête attention, comme à toutes les expériences humaines –c’est tout.

Exilé en moi-même, j’essaie d’y trouver un ordre et une unité qui se refusent à mes mains. Et, là, dans le constat lucide de ma matité, et dans ce paradoxe même, je me découvre la force d’une conscience et la fragilité d’une condition.

L’on m’appelle. Me parle. Me dit que je fais de la peine. Qu’on ne me reconnaît pas. Sans colère alors je me défends, m’explique, fidèle à mes convictions et à la suprême dictée de ma liberté. Force d’une conscience.

L’on m’appelle. Me parle. Me dit que je fais de la peine. Qu’on ne me reconnaît pas. Et sans colère alors l’on m’explique, l’on m’ouvre un cœur. Je n’ai jamais pu ignorer la confession d’un cœur humain chéri et blessé. J’écoute, ému. Fragilité d’une condition.

La liberté et la conscience ont un prix. Je l’ai payé, comme j’ai pu le faire par le passé. Et je suis sûr de le payer encore dans l’avenir. Mais jusqu’à quand ? Que ferai-je devant le prix fort ?

Aporie. Je ne peux renoncer ni à l’un ni à l’autre.

Si la clarté du cœur est une grâce, je ne suis pas de ceux qu’elle a touchés.

Il me faut lire et écrire.

Littérature. Je n’ai jamais vraiment dit ce qu’elle signifiait pour moi, même si j’en parle beaucoup. C’est que, comme tous ceux qui en parlent beaucoup, elle voulait dire plusieurs choses. Mais aujourd’hui, ça se précise. Littérature : c’est, au moins, le langage de mes éclats. Aux deux sens de ce mot.

Je cherche une Forme à mes contradictions.

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Anta 14/03/2014 14:00

Le courage de faire face aux incohérences de ce monde!
Il y a bien ceux qui font le choix de s'en accommoder pour ensuite brandir un semblant de "clarté du cœur" et ceux qui cherchent au plus profond de leur être le fil pour relier cœur, pensées et attitudes ou postures. Cela relève du soi, un goût de l’introspection qui donne l’élan vers les questionnements sociétaux. Les premiers ne se seront pas beaucoup fréquentés. Ils n'échapperont probablement pas au dictat collectif solidifié. Les derniers eux le liquéfieront, le gazéifieront, qu'importe, ils s'en détacheront et leurs idées troubleront la masse.

Ton texte est beau.

Mbougar 17/03/2014 14:43

Merci, Anta.

Lamine 11/03/2014 22:21

Ce texte est beau Mbougar. Le deuxième paragraphe notamment.

J’avais écouté l’émission et lu avec beaucoup d’attention le texte (et les commentaires) qui s’en est suivi, le père de celui-ci. Je suis assez proche de ta position, en tout cas beaucoup plus que celle des anti-dépénalisation. Du reste, j’aurais beaucoup de chose à dire sur les arguments exposés. Ce que je ne ferai pas ici. Ça ne serait pas très intéressant en fait. Ce n’est que ma position parmi mille autres.
Ce qui me frappe, au-delà du sujet précis de l’homosexualité au Sénégal qui en est qu’une énième illustration, est l’incapacité que nous avons, notre génération, à affronter idéologiquement celle de nos parents. J’entends certains qui me diront que nous avons le devoir de perpétuer l’héritage qu’ils nous ont légué. Je leur réponds que si c’était un perpétuel héritage, nous serions aujourd’hui de bons Ceddos. Surtout je pense que garder sa culture n’est pas antagoniste avec le fait de faire vivre les conflits de génération. Le propre de la culture est de n’être quelque chose de figée. Je ne veux pas être long. C’est un sujet à creuser davantage sans doute.

À te relire Mbougar.

Mbougar 12/03/2014 11:56

Merci l'ami... Je suis d'accord avec toi sur le problème central que tu soulignes. Je ne sais pas pourquoi la question de l'héritage pèse davantage sur cette génération, au point de devenir une véritable obsession. J'ai comme l'impression que pour nous excuser d'être nés en ce temps, nous cherchons systématiquement à le rejeter, alors que nous y vivons, et devons trouver notre propre langage pour répondre à ce qu'il propose comme politique, valeurs, problèmes. La culture n'est pas quelque chose de figé: tout est là...

Et si, un jour, tu as le temps d'exposer tes arguments sur l'homosexualité, cette page t'es ouverte. A te relire également.

lyncx 11/03/2014 07:41

C'est beau, cher ami. Car définitif. Car funambule. Car humain.

Il ne sera peut-être jamais assez dit la finesse de cette ligne qui sépare l'irrésolution du doute, l'une posture, l'autre condition.

Et l'être vit de questions irrésolues, suivies fatalement de choix, car le monde les exige. Ces choix, en tant que décisions faites à l'ombre du doute, sont eux-mêmes le ferment d'autres irrésolutions.

Mbougar 12/03/2014 11:49

Et tout est dit... Merci.