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De l'écriture perfectionniste: Névrose

9 Février 2014 , Rédigé par Mbougar

Borges disait, parlant des écrivains perfectionnistes (et de Flaubert en particulier), qu’ils « cherch[aient] le perfectionnisme parce qu’ils ne pouvaient chercher autre chose ». Il me semble qu’il a raison : cette incapacité à découvrir en l’écriture autre chose que la perfection n’est pas une pose, une posture, l’expression d’une vanité ; il s’agit plutôt d’une incapacité fondamentale, d’une autre souffrance, donc. Car s’il est vrai que tous les écrivains n’ont qu’une seule obsession, que chacun d’entre eux n’écrit véritablement que sur un sujet qu’il reprend (et non répète) inlassablement, les perfectionnistes, eux, savent que la leur est peut-être la plus terrible de toutes: l’écriture.

L’on peut en effet user de l’écriture pour guérir une obsession, conjurer une hantise, affronter un démon, évacuer un mal-être : le mythe de l’écriture-thérapie, voire de l’écriture cathartique, est très répandu. Mais ce qui est intéressant dans ce mythe est le rôle qu’y joue l’écriture : elle y est à la fois un moyen (c’est par l’écriture qu’on tente de se guérir) et une fin (ce n’est que lorsque l’écriture est réalisée que l’on peut espérer la guérison provisoire ou définitive). En d’autres termes, l’écriture, indépendamment des difficultés secondaires qu’elle engendre (Par où, quoi commencer ? Que dire ? Comment être sincère ?) y est toujours envisagée comme solution à l’obsession.

Mais que se passe-t-il lorsque l’on est perfectionniste, et que l’obsession et sa conjuration ne sont qu’une seule et même chose : écrire ?

La réponse me semble encore être celle-ci : l’on souffre. L’on est dans la répétition (et non plus dans la reprise) : l’on répète le geste de l’écriture, à l’infini, en croyant s’en guérir mais en sachant qu’on s’enfonce dans son Mal. Le vertige qui en naît se nomme névrose : conscience d’une souffrance que l’on ne peut pourtant s’empêcher, comme dans un sacerdoce, moral ou religieux, de perpétuer. Contre soi.

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