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Où est donc l'intelligence de Souleymane Bachir Diagne?

12 Janvier 2014 , Rédigé par Mbougar

Souleymane Bachir Diagne porte en son corps même, comme un stigmate, tout un langage de l’intelligence. Je veux dire par là qu’il a les poses classiques de l’intellectuel —il faudrait peut-être, après les décennies de soupçon que ce mot à traversées, apprendre à n’en plus avoir peur.

Par pose, il ne faut évidemment pas entendre posture (c’est-à-dire, au fond, imposture) intellectuelle, mais bien matérialité : la pose, c’est le corps qui s’offre au regard ou à l’objectif, et qui attend. Mais cette attente, inscrite dans l’immobilité, n’en est jamais, pour autant, neutre ou silencieuse : la pose est d’abord un certain discours, de l’ordre de la séduction. Immobile, dans un mouvement savamment interrompu et figé au bon moment, le corps qui pose est toujours une litote : il cherche à dire plus en disant le moins possible, à produire tout ce qu’il peut d’effets en s’évertuant à cacher, dans le même temps, les artifices dont il use. La pose, c’est le corps qui séduit tout en s’en défendant ; c’est le corps orchestrant, à la fois, sa mise en scène érotique et sa prétention au naturel.

Souleymane Bachir Diagne a les poses classiques de l’intellectuel, donc, qui se déclinent en une série de gestes : les jambes croisées, celle du dessus se balançant légèrement de temps à autre ; le poignet, souple, effectuant des moulinets pendant quelque démonstration savante ; les doigts, toujours en mouvement, traçant dans l’air des signes invisibles, jouant une symphonie de significations dans une combinatoire mystérieuse ; la tête, parfois légèrement inclinée alors que la parole est aux autres ; l’index, étalé le long de la joue, titillant l’oreille, tandis que le reste de la main, recourbé en un poing incomplet, sert de reposoir à la tête, etc. Le plus beau, dans ces poses, est qu’elles arrivent parfois à aller au-delà de leur propre mise en scène, à n’être plus seulement choisies par une volonté qui déciderait de les prendre pour produire quelque effet. Il arrive en effet un moment, c’est ce que je crois, où le corps parle en son nom propre, et décide d’être l’analogie de l’esprit, de séduire comme lui, à sa manière. Il arrive un moment où la pose réussit à toucher à la vérité de l’être, à en constituer l’émanation ; et pendant ce moment alors, la pose parvient à se confondre au naturel. Et là s’exerce la vraie séduction, la plus efficace de toutes : celle qui est innocente. Souleymane Bachir Diagne était innocent, hier, dans ses poses ; celles-ci séduisaient, annonçaient déjà, naturellement, son intelligence et sa finesse.

Mais elles les annonçaient seulement : la pose, en effet, en tant qu’elle est une immobilité, n’est pas dynamique. Son discours, pour arriver au mouvement, doit être pris en charge par une série de poses, qu’il faut aligner, changer, remplacer fréquemment. Cela arrive à faire discours, mais ce discours manque de fluidité. Or l’intelligence est dynamique, fluidité, alacrité, mouvement incessant, bouillonnement. Cela ne peut tenir en une série de poses.

Où est donc l’intelligence de Souleymane Bachir Diagne ? Où la voit-on?

Elle ne se voit pas (limite de la pose) ; elle s’entend. L’intelligence de Souleymane Bachir Diagne, c’est, en dernière instance, son énonciation. Claire, exquise, logique, elle est le point d’orgue d’une pensée fluide et ordonnée de sa genèse à sa formulation. « Ce que l’on conçoit bien, s’énonce clairement/ Et les mots pour le dire arrivent aisément » ne sont pas que des vers de l’Art Poétique de Boileau : ils formulent aussi un précepte, mieux : un principe. Mais de quoi ? De grammaire. Et qu’est-ce que la grammaire ? La structure de la pensée. L’ordre du logos. De la raison et de la parole, donc, selon l’antique polysémie du terme. Souleymane Bachir Diagne a la grammaire irréprochable ; c’est le début et la fin, la condition et la conséquence, de tout discours intellig—ible/ent.

Avant que d’écouter l’intelligence de Souleymane Bachir Diagne, il convient d’abord de se donner du temps pour l’entendre.

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IC 22/12/2017 20:03

"...tête, parfois légèrement inclinée alors que la parole est aux autres ; l’index, étalé le long de la joue, titillant l’oreille, tandis que le reste de la main, recourbé en un poing incomplet, sert de reposoir à la tête, etc".. Ce passage m'a fait sourire ; j'ai revu le Pr Bachir Diagne le temps de la lecture.